En Algérie : enquêtes et souvenirs

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Dans leur préface à ce livre, Jean et Jérôme Tharaud écrivent : "Tel est bien votre livre, chère amie, il fait rêver, il invite au voyage ; il invite à penser aussi. Il donne, sous sa forme brillante et concise, l'idée la plus juste, la plus réaliste et la plus poétique à la fois, de l'Algérie moderne, de l'Algérie au travail, celle que, vous et moi, nous aimons par-dessus tout". Réédition d'un texte écrit en 1948, 3 ans après les massacres de Sétif et 6 ans avant le début de la guerre d'indépendance.

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Date de parution 05 juin 2015
Nombre de visites sur la page 22
EAN13 9782336384955
Langue Français

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ennuyeux. Mais cela dit, il ne doit pas sacriIer à un vain pittoresque,
montrer, non seulement les charmes d’une contrée inIniment pittoresque, mais
Lucie Paul-Margueritte EN ALGÉRIE : ENQUÊTES ET SOUVENIRS Préface de Jérôme et Jean Tharaud
Présentation de Denise Brahimi AUTREMENT MÊMES avec la collaboration de Roger Little
EN ALGÉRIE
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la dispositiondu public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Lucie Paul-Margueritte EN ALGÉRIE ENQUÊTES ET SOUVENIRS Préface de Jérôme et Jean Tharaud Présentation de Denise Brahimi avec la collaboration de Roger Little L’HARMATTAN
En couverture : « Je pris le temps cependant de porter sur la tombe de mon grand-père, le général Margueritte, à Mustapha, une azalée que le gardien me promit d’arroser.» (p. 102) © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06556-4 EAN : 9782343065564
INTRODUCTION par Denise Brahimi
Ouvrages de Denise Brahimi portant sur le Maghreb et sur la question des femmesème Opinions et regards des Européens sur le Maghreb aux XVI et ème au XVIII siècle, Alger : SNED, 1978 Requiem pour Isabelle : essai sur Isabelle Eberhardt, Paris : Publisud et Alger : OPU, 1983 Femmes arabes et sœurs musulmanes: essai de critique littéraire, historique et idéologique, Paris : Tierce, 1984 La Vie et l’œuvre d’Étienne Dinet:étude monographique d’un peintre orientaliste, Paris : ACR, 1984 Anthologie du roman maghrébin, négro-africain, antillais et réunionnais, Paris : CILF-Delagrave, 1986 Appareillages : dix études comparatistes sur la littérature des hommes et des femmes dans le monde arabe et aux Antilles, Paris : Deux Temps Tierce, 1991 Maghrébines, portraits littéraires : essai, Paris: L’Harmattan, 1995Taos Amrouche romancière : essai, Paris : Joëlle Losfeld, 1995 Cinémas d’Afrique francophone et du Maghreb: Nathan,, Paris 1997 ème ème Voyageurs dans la Régence de Tunis XVI -XIX siècles, Tunis : Cartaginoiseries, 2008 50 ans de cinéma maghrébin, Paris : Minerve, 2009 Hubertine Auclert,Les Femmes arabes en Algérie, rééd. coll. Autrement Mêmes, Paris: L’Harmattan,2009
INTRODUCTION : À la recherche desolutions raisonnablespour l’Algérie (1948)Comme le disent si bien ses présentateurs de 1948, les frères Jérôme et Jean Tharaud, Lucie Paul-Margueritte était vraiment la personne qui convenait pour mener une enquête en Algérie. N’était-elle pas lalle de son père comme aurait dit Monsieur de La Palice et plus encore la petite-lle de son grand-père comme son nom de famille prend soin de le souligner ? Certes, ces antécédents familiaux plus ou moins glorieux sont morts et depuis longtemps au moment où elle entreprend ce voyageEn Algérie, et on peut dire qu’elle en est elle-même à la dernière période de sa vie puisque née en 1886 elle a alors soixante-deux ans. Cependant elle a encore huit ans à vivre avant sa mort en 1956 ; comme beaucoup de Français, elle exprime le sentiment de revivre après les moments terribles de l’Occupation, et elle parle beaucoup de l’avenir, celui de l’Algérie dans le cadre de l’empire français. Pour ceux qui veulent continuer à y croire, c’est le moment où com-mencent à apparaître des incertitudes, voire des inquiétudes, mais si l’on peut supposer queLucie Paul-Margueritte en éprouve elle aussi, du moins les exprime-t-elle sur le mode volontariste de la dénégation. Sa confiance s’appuyant sur le souvenir d’un passé heureux et brillant, c’est par là qu’il faut commencer, et par quelques rappels qu’elle fait elle-même partiellement au cours de son récit. Àl’origine de sa vocation algérienne, il y a le grand-père paternel, ce Jean-Auguste Margueritte né dans la Meuse en 1823 mais qui a sa tombe à Mustapha d’Alger, une tombe sur laquelle elle ne manque pas de se rendre lorsqu’elle revient à la capitale pour repartir en France après son périple dans les principaux lieux du pays : Mon dernier séjour à Alger fut court. Je pris le temps cependant de porter sur la tombe de mon grand-père, le général Margueritte, à Mustapha, une azalée que le gardien me promit d’arroser. Cette tombe est, par les soins du régiment des Chasseurs d’Afrique, honorée tous les ans d’une visite, le 6 septembre. (p. 102infra)
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Jean-Auguste est l’homme de la famille qui a certainement le mieux connu l’Algérie, y étant venu en 1831 (un an après le débarquement des Français à Sidi-Ferruch !) alors qu’il n’avait encore que huit ans, parce que son père gendarme avait été envoyé à Kouba. Lui-même d’ailleurs s’engage à 14 ans dans les gendarmes maures, ce qui n’est que le début d’une brillante carrière militaire, vécue principalement dans cette Algérie dont on peut dire sans réserve qu’elle a été son pays. Pour n’enciter que quelques étapes, il a été chef de bureau arabe à Téniet-el-Had, e lieutenant au 2 Spahis, capitaine chargé du commandement du cercle de Laghouat (1855), colonel et général de brigade comman-dant la subdivision d’Alger (1967). Cette brillante carrière algérienne s’interrompt brutalement lorsqu’il est blessé mortellement à Sedan pendant la guerre de 1870. Il n’a encore que quarante-sept ans. C’est pendant le temps où il est en poste à Laghouat que naît sonls Paul, le 20 février 1860. De ce fait, Lucie considère que ses véritables attaches familiales sont à Laghouat, lieu de naissance de son père. Cependant, à l’âge de dix ans, il est ramené en France par sa mère, la veuve de Jean-Auguste, ainsi que son frère Victor né à Blida en 1866. Paul a été unécrivain connu en son temps, jusqu’à sa mort en 1918, cependant sa plus grande gloire reste d’avoir été lefils d’un général tombé à Sedan. Les deux frères, Paul et Victor, sont connus pour avoir écrit un grand nombre de leurs livres en commun, de 1896 à 1908 ;cependant, et pour s’en tenir à leurs relations avec leur père l’Algérien, chacun des deux a écrit séparément un livre en hommage à celui-ci, celui de Victor étant sans doute le plus connu parce qu’écrit à l’occasion du centenaire de la conquête en 1930. Il s’agit deUn grand Français, le général Margueritte,dans lequel Victor introduit des pages de son frère Paul, alors mort depuis douze ans. Le livre de Paul s’intitule sobrementMon pèreet date de 1884, il est donc écrit lorsque Paul n’a encore que vingt-quatre ans, ce qui est la preuve que lels a été élevé dans le culte de son père, le Général mort à Sedan. Ce culte, qui est aussi celui de l’Algérie coloniale, a des effets sur la vie familiale que Luciea connue dans son enfance et qu’elle rappelle à l’occasion avec beaucoup de bonheur. L’Algérie et plus largement le monde arabe semblent avoir été très présents parmi les nombreux amis qui fréquentaient la maison de Paul et des siens. Lucieet sa sœurÈve(qui n’était que d’un an son aînée) ont évoqué ce monde dans un de leurs livres écrits en commun (une véritable
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tradition familiale !)Deux frères, deux sœurs, deux époques littéraires(1951). On y voit notamment que ce groupe d’amis, dont Paul faisait partie, fréquentait assidûment la maison d’un peintre évidemment peu connu aujourd’hui, nommé Armand Point, lui-même originaire d’Algérie (né à Alger en 1860), adepte de l’orien-talisme pendant sa première période artistique, et qui faisait dans son jardin de somptueux méchouis. Chez les Paul-Margueritte, « le couscous était de tradition », ce qui fait que Lucie est tout à fait à l’aise et réjouie lorsqu’on lui offre ces nourritures typiques, hautes en couleur et en goût, à l’occasion de ses «enquêtes et souvenirs ». Parmi les fréquentations de son père, Lucie a également connu Myriam Harry et les frères Tharaud, dont on reparlera puisqu’ils sont les préfaciers de son livreEn Algérie.C’est d’ailleurs l’occasion de constater à quel point l’Algérie jouait un rôle important dans certains milieux artistiques et littéraires à lan du e 19 sièclepas des moindres puisque les Margueritte, côté et maternel, avaient des liens familiaux avec Stéphane Mallarmé. Dans leur enfance, leslles de Paul Margueritte, Ève et Lucie, ont été plusieurs fois emmenées par leur père pour passer des vacances en Algérie, à des dates que Lucie ne précise pas, mais on comprend qu’elles étaient alors des petites filles. Cependant, après cette enfance, Lucie dit n’y être plus retournée jusqu’à un certain voyage de 1938. Or en 1938, elle a déjà cinquante-deux ans. Son intérêt pour le Maghreb s’est déjà manifesté dans ses publications, parmi lesquelles on trouve, en 1935, un livre intitulé Chants berbères du Maroc et surtout, en 1937,Tunisiennes, pour lequel elle dit avoir obtenu une bourse, constituant une sorte de caution ofcielle. « Tunisiennes » est un mot féminin, et en effet il s’agit principalement sinon exclusivement d’une enquête sur les femmes, auprès desquelles elle recueille un ensemble de té-moignages précis, concernant principalement la catégorie la plus privilégiée, ce qui ne veut pas dire la plus satisfaite. Deux voyages superposés : choses vues Est-ce selon le même principe, c’est-à-dire avec une bourse, et un objectif précis, qu’elle partit en Algérie en 1938?Il semble qu’elle ne donne nulle part des indications là-dessus, mais le voyage est incontestable, elle l’évoque plusieurs fois. Faut-il dire qu’elle n’en tira aucune publication ? Pas dans l’immédiat en effet, mais on a
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