Gott Mit Uns

Gott Mit Uns

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Français
162 pages

Description

Lorsqu’il reçoit, en septembre 1939, son ordre de mobilisation, Jean Spolidor ne sait pas qu’il va vivre l’aventure la plus périlleuse de son existence. Son père, Joseph, était déjà revenu blessé de la Grande Guerre, et voilà que lui, le fils, était envoyé à son tour sur les champs de bataille ! Aventure périlleuse, non pas du fait de la guerre elle-même dont il ignorait qu’elle se terminerait provisoirement par l’armistice, signé en 1940, mais par ce qui allait suivre…
Fait prisonnier par l’armée allemande le 22 juin 1940 près de Mirecourt, dans les Vosges, avec tout son régiment de tirailleurs sénégalais, il va, de semaine en semaine, de mois en mois, être transféré de camp en camp, de stalag en stalag, toujours plus à l’est, jusqu’à atteindre les environs de Cracovie, ancienne capitale de la Pologne.
Et durant toutes ces heures, tous ces jours, tous ces mois de détention, une pensée obsessionnelle ne le quitte pas : s’évader ! Minutieusement réfléchie, préparée, mise au point malgré tous les aléas que l’on peut imaginer, cette évasion prend forme. Jean Spolidor et son compagnon de route Robert Castéran se lancent sur les routes enneigées de l’Europe en guerre…

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Publié par
Date de parution 20 octobre 2015
Nombre de lectures 8
EAN13 9782310025768
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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© Editions Amalthée, 2015 Pour tout contact : Editions Amalthée — 2 rue Crucy — 44005 Nantes Cedex 1 www.editions-amalthee.com
Récit à deux mains À mon père
Jean Spolidor est né à Lourdes en 1918. En tant que Lourdais, il a exercé dans la cité mariale de multiples activités, tant familiales que professionnelles, au pied de ses chères Pyrénées qu’il n’a jamais voulu quitter. Il est décédé en 2008.
« Tout individu a droitàla vie, àla liberté etàla sûreté de sa personne. »
Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme 10 décempre 1948
PRÉFACE Ce livre est l’histoire de ma captivité et de mon é vasion, qui se déroulèrent du 22 juin 1940 au 2 février 1942. Entre ces deux dates, je fu s à la fois témoin et acteur de nombreux événements qui eurent pour cadre principal les divers camps de prisonniers qui essaimaient alors, tels des îlots électrifiés, dans toute l’étendue du grand Reich. S’ils n’eurent jamais et par bonheur, la réputation tragi que des camps de déportés tels Auschwitz, Buchenwald, Dachau, ils furent cependant le creuset de souffrances et d’humiliations qui, pour être moins horribles, n’en marquèrent pas moins les détenus de souvenirs ineffaçables. Depuis de nombreuses années, cette période de mon e xistence éveillait donc, à intervalles réguliers, des kaléidoscopes d’images à la fois proches et lointaines dont je n’arrivais pas à me débarrasser et qui me collaient réellement à la peau. De là à en faire un livre, il y avait une marge que je n’aurais jama is osé franchir si les circonstances ne s’y étaient pas prêtées. Il fallut donc un accident imprévisible (cheville f racturée en l’occurrence), pour que se fraye le passage toujours périlleux qui mène de la parole à l’écriture. Cela se fit presque naturellement à la faveur de cette immobilité forcé e. Les dates, les noms, les lieux s’imposèrent à moi, puis les images s’organisèrent autour de ces repères, se développèrent, des scènes entières réapparurent, un e ambiance, tout un monde ainsi restitué.
Mais l’ouvrage ainsi conçu manquait encore de liant , il fallait déterminer des chapitres,
donner aux principales péripéties tout leur impact psychologique. Je confiai donc ce
travail à ma fille qui révisa et corrigea l’ensembl e de l’ouvrage et au bout d’un an environ,
me rendit ce manuscrit dont le lecteur sera le seul juge. Le titre “GOTT MIT UNS”,(Dieu
avec Nous), fait référence à cette inscription que les soldat s allemands portaient avec
arrogance sur la boucle de leurs ceinturons et qui devait les absoudre, pensaient-ils, des
crimes les plus odieux. Mais pour moi, cette petite phrase revêtait une sig nification bien précise. Elle devenait un véritable talisman et la clé qui m’ouvrait, toutes grandes, les portes de la liberté. Jean SPOLIDOR
PROLOGUE En 1938, j’avais vingt ans, le Bel Age. Appelé pour faire mon service militaire dans un régiment d’Artillerie coloniale dont le personnel é tait composé d’un tiers de Blancs et deux tiers de Noirs, je me suis retrouvé, l’année s uivante, sous-officier dans un village du Nord de la France, Avesnes. C’est là que la déclara tion de guerre à l’Allemagne éclata comme un coup de tonnerre. Les dés étaient jetés. Le groupe d’Artillerie hippomobile auquel j’apparte nais apparaissait comme un ensemble assez hétérogène de réservistes rappelés d e leurs foyers et de jeunes faisant leur service militaire. Une très bonne camaraderie régnait cependant entre nous. Mais ce n’était pas tant les rapports entre les hom mes qui posaient problème, que le matériel mis à leur disposition pour prendre la déf ense de la Mère Patrie. Il est étonnant, en effet, de constater combien les ambitions politi ques de nos dirigeants contrastaient avec les moyens misérables et anachroniques accordé s à leurs soldats pour mener à bien un combat dans une guerre dite « moderne », la première de notre histoire. Alors que les Allemands utilisaient généreusement t anks, auto-chenilles, avions et couvraient en un rien de temps de très longues dist ances, notre principal moyen de locomotion restait… le cheval ! Canons, caissons et fourgons étaient en effet tirés par des chevaux civils et réquisitionnés, qu’il nous fa llait de plus habituer à leur nouvelle tâche, ce qui n’allait pas sans difficultés. Trois attelages de deux chevaux étaient nécessaires pour tirer un canon et il en fallait au tant pour un caisson contenant les obus. Sur les fourgons qui transportaient le ravitailleme nt, s’étalait une inscription que nous avions tout loisir de méditer : « Modèle 1880 ». De ux chevaux en guides les manœuvraient. Ils contenaient non seulement la nour riture, mais aussi les instruments optiques d’artillerie, les cantines des officiers e t souvent des sous-officiers, lesquels se déplaçaient également à cheval.
Cette vision d’un autre monde faisait davantage pen ser aux « Westerns » de la Belle e Époque, qu’à une armée en marche au beau milieu du XX siècle, armée qui prétendait
tenir tête aux redoutables forces hitlériennes admi rablement entraînées, motorisées,
disciplinées. Les quelques reportages que nous avions pu voir au cinéma nous en disaient assez long sur leurs capacités, et mettaient en évidence la folie de notre gouvernement de s’être engagé dans un processus irréversible et iné vitablement voué à l’échec. Nous sommes en Meurthe-et-Moselle, le 22 juin 1940. Le jour se lève lentement sur la plaine près du village de Récicourt. Les oiseaux co mmencent à s’agiter au-dessus de nos têtes, quelques-uns même à chanter, encouragés par le silence du petit-bois où, enroulés dans nos couvertures à même le sol, nous a ttendons, anxieux, la suite des événements.
Cela fait plus d’un mois que la « drôle de guerre » n’est plus drôle du tout.
Après avoir combattu à la limite de nos forces dans un fracas énorme, inimaginable, de feu, de bombes, de mitraille aggravé par les sirène s étourdissantes émises par les attaques en piqué des « Stukas », nous avons dû fui r, hagards, affamés, sans munitions, à l’orée de ce bois où nous avons passé la nuit. Maintenant, les chars d’assaut occupent le terrain. Nous sommes encerclés, acculés, sans défense. Nous ne pouvons plus rien opposer à l’ennemi, si ce n’est nos poitrines. Depuis le temps que nous sommes là, nous n’avons vu ni aviati on, ni chars français. Le moral est au plus bas. Les Allemands ont pris possession du village que no us apercevons à environ un kilomètre de nous. À droite, sur la petite colline de Sion qui inspira Barrès, la statue de la Vierge semble veiller sur notre repos. Mais nous, n ous savons que c’est notre dernier matin d’hommes libres et peut-être d’hommes vivants Nos canons sont restés pointés sur le village dans un geste symbolique. Mais à quoi bon ? Nous n’avons plus d’obus et même s’il nous en restait, nous ne pourrions les utiliser. En effet, les habitants sont revenus et i l nous serait impossible de les tuer de sang-froid. À la jumelle, nous distinguons des femm es et des enfants qui déambulent dans les rues. Le soleil a dépassé la barre de l’horizon. Une brum e traîne et s’étire paresseusement sur les prés étincelants de rosée. Un de nos chevau x hennit derrière un buisson, un autre, au loin, lui répond. Sans doute ont-ils faim , car depuis deux jours, notre ventre aussi crie famine. Notre ravitaillement n’a pas sui vi, intercepté par l’ennemi. Pour oublier nos crampes d’estomac et meubler cette attente inso utenable du félin guettant sa proie, nous nous activons autour de nos canons que nous me ttons hors d’usage afin qu’ils ne puissent servir aux Allemands. Soudain, rompant la trêve, un ronflement de moteur se fait entendre. Une auto-mitrailleuse se dirige vers nous et, chose étrange, arbore le drapeau blanc des parlementaires. Arrivée à une certaine distance, el le s’arrête et un officier muni d’un porte-voix demande à parler au chef commandant le g roupe. Notre colonel s’avance et les deux hommes s’entretiennent sur la route. Au bo ut d’une demi-heure, ils se séparent et regagnent leur propre camp. Le message transmis est bref mais ne permet aucune échappatoire : « Les Allemands nous ont proposé de nous rendre avec les honneurs de la guerre, en considération de notre défense acharn ée des jours précédents », annonce le colonel d’une voix sans timbre. « En raison de l ’impossibilité de continuer le combat, j’ai accepté ». Ainsi que cela avait été convenu, vers trois heures de l’après-midi, à cheval et en bon ordre, nous défilions devant les officiers allemand s qui nous saluaient au passage. Maigre récompense rendue aux vaincus perclus de fat igue et d’humiliation ; arrogance et fierté dans les prunelles de nos vainqueurs qui n’a llaient pas tarder à se transformer en bourreaux.
CHAPITRE 1 Direction immédiate, le camp de Mirecourt dans lequ el nous allons être internés. Selon les autorités allemandes, ceci n’est qu’une mesure transitoire avant que nous ne soyons démobilisés et renvoyés dans nos foyers. Avec toute la naïveté et l’ignorance de la jeunesse, nous sommes arrivés à y croire, nous voul ons y croire. Moi le premier. À quelque distance du camp j’ai dû, comme tous les autres, abandonner mon cheval, mon fidèle compagnon de bataille. Le cœur serré et les larmes aux yeux, je l’ai vu disparaître au loin sur la route, mêlé à ses congén ères. J’ai appris, plus tard, que la plupart de ces chevaux avaient été parqués, eux aus si, dans des champs clôturés et qu’ils avaient péri de faim et de soif, victimes de l’ingratitude des hommes. Sale guerre pour tous… Mais la captivité commençait pour nous. Le camp de Mirecourt était un terrain immense, entouré de barbelés et de chevaux de frise . De loin, en loin, un mirador d’une dizaine de mètres de haut était occupé par une sent inelle armée d’une mitrailleuse. Un des côtés du camp longeait une petite rivière, égal ement équipée, sur l’autre rive, du même système de défense. Et dans ce camp, près de d ix mille prisonniers, hâves, démunis de tout, privés de l’hygiène la plus élémen taire, sans abri, car rien n’avait été prévu pour se protéger de la chaleur du soleil ou d e la pluie. Exceptionnellement, nous avions pu, avec trois autres camarades, faire suivre des toiles de tentes individuelles qui, ajoutées bout à bout, constituaient un « toit » pré caire mais qui valait mieux que rien. Entassés comme des bêtes, Blancs et Noirs cohabitai ent. Il est facile d’imaginer la dégradation physique et morale de ces hommes, sous- alimentés, épuisés, souvent désespérés. L’eau potable faisait cruellement défau t. Elle était apportée par des camions-citernes deux fois par jour, à raison d’un demi-litre à chaque fois. Interdiction, bien sûr, d’aller à la rivière. Quant à la nourritu re, elle se situait bien en dessous du minimum vital. Nous avions droit, par jour, à une t ranche de pain, l’équivalent d’une cuillère à café de confiture et un morceau d’une gr aisse infecte dont nous ne nous serions pas servi, en temps de paix, pour graisser les moyeux d’une charrette. Et pour nos besoins les plus intimes, une tranchée en plein -vent… Après quelques jours de détention dans ces conditio ns désastreuses, une épidémie de fièvre typhoïde se déclara et se propagea à une rap idité effrayante. Tous les matins, ceux qui restaient encore debout pouvaient assister au défilé funèbre des corvées transportant les cadavres des prisonniers morts dan s la nuit. Ébranlés physiquement et psychologiquement, nous nous en remettions à l’effi cacité de nos vaccins subis quelques mois auparavant. Car il s’avéra que ceux qui partir ent les premiers avaient esquivé, par pure forfanterie, ces séances de vaccination jugées inutiles. Après une quinzaine de jcroissant et notre peur, cette peurours, cependant, le nombre des victimes alla en dé primitive qui s’était emparée de nous, desserra son étreinte. Nous savions, désormais, qu’il nous faudrait vivre avec elle mais aussi surv ivre, car c’était de cela, bientôt, dont il allait être question. La vie, la mort. La mort, la vie… Cette dernière s’ éternisait au camp depuis plusieurs semaines et apportait son lot quotidien de souffran ce et de promiscuité. La soif, surtout, devenait intolérable sous l’ardent soleil de juille t et l’air que nous respirions sous la toile de nos tentes se transformait vite en étuve. Au ter me d’une journée particulièrement étouffante, enfin, l’orage s’annonça par de gros nu ages noirs qui roulaient dans le ciel
accompagnés de tonnerre. À la tombée de la nuit, la pluie ne s’était toujours pas décidée à tomber. Allongés dans la moiteur de nos tentes, n ous cherchions désespérément le sommeil, aspirant avec avidité le moindre souffle d e fraîcheur qui montait de la rivière. Puis, avec la brusquerie de vannes ouvertes, un vér itable déluge s’abattit sur notre campement. Nous nous serrions le plus possible les uns contre les autres pour éviter de nous trouver sous l’écoulement des tentes, mais ces précautions s’avérèrent très vite inutiles. Les toiles n’étaient pas imperméabilisées et la violence du déluge fut telle, que nous fûmes rapidement trempés jusqu’aux os. Pour co mble de malchance, la rivière grossie de ces pluies inhabituelles sortit de son l it, envahit les berges et inonda d’un flot boueux notre misérable repaire. Impossible de lutte r contre ce déferlement, si bien qu’au milieu de la nuit, le camp tout entier se trouva ba ignant dans vingt centimètres d’eau. Aucune solution ne s’offrait à notre portée, si ce n’est de s’asseoir dans l’eau et attendre que ça passe. Les premières lueurs de l’aube nous surprirent dans cette position des plus inconfortables, repus de fatigue, claquant des dent s, ruisselants de toutes parts, l’estomac tordu par la faim. La pluie avait cessé e t un bon soleil fit bientôt son apparition. La rivière regagna lentement son lit et nous avons pu enfin faire sécher nos vêtements, ce qui nous prit toute la journée. Pourtant, de cet te mésaventure, il ne nous resta même pas un rhume de cerveau. Avec la soif, la faim aussi devenait notre problème majeur. C’était une faim interminable, jamais assouvie, qui se reportait d’u n « repas » sur l’autre et se transformait en idée fixe. À l’affût du moindre morceau à me met tre sous la dent, je fus malgré moi l’acteur, ou l’un des acteurs, d’une scène qui se r évéla être de l’humour noir, en considération des affres dans lesquelles nous étion s plongés. Je n’ai pas encore parlé de notre voisinage qui se composait, pour la majeure partie, de Noirs sénégalais appartenant à ma batterie. Ils étaient cinq qui, comme nous, vivaient ensemble sous des oripeaux innommables récupérés en ville lorsqu’ils étaient de corvée. Ces travaux étaient interdits aux Blancs, car les A llemands craignaient que, bénéficiant d’appuis extérieurs, nous en profitions pour nous é vader. Et ils n’avaient pas tellement tort…
Or, un soir, à l’heure du retour au camp, je remarq uai que l’un d’eux nommé Mumba,
portait précautionneusement un paquet assez volumin eux enveloppé de papier, que les
autres essayaient de dissimuler aux regards en serr ant le porteur au plus près. Ils
avaient l’air inquiets, tournant la tête à droite, à gauche, en roulant des yeux blancs. Je
crus qu’ils avaient réussi à subtiliser une boule d e pain, qu’ils voulaient camoufler sans
en faire part aux autres. Soudain prodigieusement i ntéressé, je les vis s’enfournant dans
leur gourbi et une vive discussion parvint à mes or eilles. Je laissai s’écouler quelques
minutes et me faufilai jusqu’à leur tente. Je passa i la tête par l’ouverture et surpris un
spectacle peu banal. Ils étaient en train de peler un chien capturé en ville qu’ils avaient
tué pour le manger. – « Entre ! » me dit Mumba en m ’apercevant avec un grand rire
d’enfant. « Nous t’invitons à partager notre festin avec nous lorsqu’il sera cuit ! » La cuisson restait évidemment le point crucial. Ils avaient bien rapporté quelques