JOURNAL D'AFRIQUE

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Français
272 pages
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Description

Un jeune homme de 23 ans nous livre ici son journal de bord, rédigé au jour le jour au cours de son premier voyage en Afrique de l'Ouest. Il nous emmène avec lui de Paris jusqu'aux confins du Niger, en taxi brousse. Nous vivons ensemble la longue descente à toute vitesse vers le désert, l'éprouvante traversée du Sahara, nous découvrons la société maure, la forêt tropicale en Casamance, le pays bambara, les nuits chaudes de Bamako…

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2001
Nombre de lectures 343
EAN13 9782296427198
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Journal d'Afrique(Ç)L'Harmattan, 2000
ISBN: 2-7384-9964-3David GUETTA
Joumal d'Afrique
L'Harmattan ItaliaL'Harmattan Inc. L'Harmattan HongrieL'Harmattan
Via Bava, 3755, rue Saint-Jacques Hargita u. 35-7, rue de l'École-Polytechnique
1026 Budapest 10214 Torino75005 Paris Montréal (Qc) CANADA
ITALIEHONGRIEFrance H2Y IK9Un rêve tenace devant une vieille carte d'Afrique:
Traverser le Sahara et atteindre l'Afrique noire,
Les yeux grands ouverts,
En pensant que le chemin compte autant que le but.
A tous ceux rencontrés sur la route_
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MAURITANIE
Itinéraire généralCHAPITRE I
La traversée du Sahara
Vendredi 7 mars 1997
13 h 10, le bus de la Compagnie des transports marocains quitte la
gare routière de la porte de Bagnolet. l'ai payé 600 FF pour aller
directement jusqu'à Tiznit, le terminus à trois mille kilomètres de
Paris. Je connais plutôt bien l'Espagne et le Maroc jusqu'à Dakhla. Je
vais donc tenter de rejoindre ce point le plus rapidement possible pour
disposer du maximum de temps en Mrique noire. Je prépare ce
voyage depuis trois ans, quand j'avais obtenu à Dakhla tous les
renseignements pour la traversée du Sahara. Pendant les vacances de
juillet-août, les pluies rendent impraticables les routes d' Mrique
occidentale et augmentent le nombre de moustiques, multipliant
considérablement le risque de paludisme. Cette année seulement, j'ai
pu disposer de trois mois au printemps pour réaliser mon vieux rêve:
traverser le Sahara par la piste et découvrir l'Afrique noire. En
prévision, j'ai été vacciné contre la fièvre jaune, l'hépatite A et B, la
méningite, la typhoïde, la rage et le DTPolio.
Pratiquement tous les passagers sont des marocains. Beaucoup
semblent venus du bled, pour visiter leur famille en France. Ils parlent
en arabe, sans y incorporer du français, à la différence des algériens.
J'aime le physique et le comportement de ceux qui ont la soixantaine,
ils rappellent les années 60. La gare est sombre, mais à peine sortis,
nous sommes en plein soleil. Le chauffeur emprunte l'autoroute, puis
s'engage dans des petites rues de Montreuil. Pourquoi? Où va-t-il
comme ça ? Dehors, des enfants de différentes origines vont à l'école
ou en reviennent. En fait, le bus a dû faire ce détour pour prendre le
périphérique, puis l'autoroute qui part de la Porte d'Orléans, en
direction de Chartres. Nous passons pas loin d'Orsay où j'habite. JeJournal d'Afrique
suis assis au quatrième rang à droite, à côté d'un petit homme à la
barbiche blanche coiffé d'un turban. Pieux, il fait la prière. Les sièges
sont assez rapprochés; moins que dans le bus pour Londres pris en
février, mais suffisamment pour que je sois obligé d'écarter mes
jambes pour pouvoir glisser sur le siège et poser ma tête contre le
dossier. Je somnole. Derrière les vitres, des plaines s'étendent, d'un
vert gorgé d'eau. Pendant l'arrêt à Tours, devant la gare SNCF, trois
hommes prennent place parmi nous. Je reste un moment indéterminé
dans un léger sommeil entrecoupé de réveils.
À 45 km au nord de Poitiers, pause repas. Tout le monde prend ses
sacs d'alimentation dans la soute. Assis sur une pierre, je mange du
poulet au champignons. Un homme du Souss qui descendra à
Marrakech et vit en France depuis vingt-sept ans, m'apprend que le
bus CTM respecte la vitesse en France et en Espagne, mais pas au
Maroc. Eurolines fait l'inverse. Il existe des cars à 300 FF pour Tiznit,
mais en cas de panne, on doit attendre la réparation sur le bord de la
route, alors que la CTM disposera de bus de rechange sur tout le
parcours. Je dors et réfléchis pendant que nous poursuivons la route.
Le chauffeur met une cassette vidéo de danse, musique, et chant. Les
artistes ne semblent pas à l'aise devant la caméra.
Le soleil descend, bande orangée au-dessus de l'horizon. Les
structures métalliques des pylônes et des appareils d'arrosage se
détachent, de même que les arbres dénudés. Je pense à la possibilité de
voir des arbres similaires en Afrique. Je me revois adolescent à Alger,
lorsque je regardais une vieille carte Michelin de l'Afrique de l'ouest,
en rêvant de descendre au Mali et au Niger par les pistes de
Tamanrasset et Reggane. La seule vue de la carte suffisait déjà pour
me transporter en plein Sahara et en Afrique noire. Un jour d'avril
1987, j'ai tracé le parcours que je souhaitais accomplir dans un petit
avion survolant l'Afrique. L'idée m'est alors venue d'écrire un roman
dont ce serait le sujet. Pour que ce soit réaliste, j'ai d'abord rédigé la
préparation technique de ce raid aérien que j'avais situé en 1930. J'ai
ainsi écrit quatre-vingts pages d'un cahier petit format. Mon retour en
France et les difficultés de la réintégration m'ont interrompu avant que
je n'ai abordé la rédaction du raid proprement dit.
Le générique d'une cassette vidéo annonce un film de série E.
Finalement, le scénariste s'essaye plus à la psychologie qu'à la
8La traversée du Sahara
violence. À 23 h, près de Bayonne, le conducteur prend une route
dérobée pour s' mrêter dans un hangar Eurolines. Je mange deux
boulettes très savoureuses, du tarama et du pain au cumin. Quelques
hommes en burnous me font sourire par leur démarche et attitude
paisible. Je téléphone à la maison. 23 h 50, le bus repart.
Vers 0 h 30, nous entrons en Espagne, sans que les passeports soient
contrôlés. Je dors la tête posée sur mon pull plié, puis sur le rouleau de
papier de toilette, mais j'ai quand même mal au cou.
Une lueur, il est 8 h. Arrêt à 8 h 30, il fait jour. C'est le nord de la
Castille: une grande plaine, jalonnée de stations services. Deux jeunes
européens, sans doute anglais, et une asiatique de type bouriate,
voyagent dans ce même bus. Je m'assieds sur un muret et commence à
écrire, mais il fait froid.
8 h 45, nous repartons. Je grignote quelques biscuits en écoutant la
cassette du Coran que le chauffeur a mise. Apparemment, nous avons
dépassé Madrid. En août 1996, j'ai longé toute la côte
méditerranéenne de Barcelone à Algeciras, et j'ai découvert la région
de Teruel. Cette fois, avec les marocains, seul arriver chez eux
compte, sans visiter l'Espagne ni lui témoigner de la curiosité. Et moi,
je vais traverser le Maroc aussi vite, pour rejoindre la Mauritanie le
plus tôt possible. Je noue la conversation avec mon compagnon de
1ervoyage. Né en 1922, il s'est engagé dans l'armée française le avril
1944, a combattu à Belfort, est resté un an et demi en Allemagne,
deux ans en Indochine, et dix-neuf ans dans l'armée marocaine. Puis,
il a travaillé quatre ans et demi à Dijon. Sa fille vit à Chelles près de
Meaux, avec ses cinq enfants. Il descendra à Casa pour rejoindre Souk
sebt des Ouled Nemâa, près de Beni Mellal. Vers 11 h 25, nous
traversons le défilé de Desenpefiaperros qui marque l'entrée en
Andalousie. Des ouvriers sont en train de construire une autoroute.
Oliviers, terre rouge. Je n'ai encore vu aucune ville cette fois. Je me
demande même quel chemin nous suivons. Vers Il h 30, je crois que
nous avons bifurqué vers l'ouest, au niveau de Grenade, là où ma
cousine étudie. Le bus ne va pas vite, mais il roule sans cesse grâce
aux trois chauffeurs qui se relaient. Sieste.
13 h, arrêt. Des tables et des sièges métalliques sont disposés sur une
jolie terrasse protégée par une pergola. Mon voisin me donne un
morceau de poulet revenu au curcuma. 13h 25, nous repartons.Nous
9Journal d'Afrique
approchons de Malaga, dont je reconnais les montagnes, puis voici
Marbella sous un ciel gris : pas génial.
À 16 h, nous arrivons au port d'Algeciras. Les passagers descendent
du bus, rentrent dans le bâtiment et attendent. Le chauffeur chauve
amène le billet de ferry pour tout le groupe et nous dirige sur la
passerelle. Dans le bateau, je ne regarde pas dehors ni ne monte sur le
pont. C'est ma septième traversée, mais la première en tant que piéton.
y circule en permanence. IlJ'en profite pour aller aux W-C. De l'eau
est interdit de jeter du papier dans la cuvette. Je retourne m'asseoir
dans la salle d'attente avec mes sacs de bouffe. 16 h 45, j'écris quand
mon voisin de bus me rejoint pour parler. En 1975, il gagnait 700 DR
quand il a quitté l'armée comme sergent. Son neveu est caporal chef à
Lagwira. Il est nourri, logé, blanchi et gagne 3200 DR. Pendant la
deuxième guerre mondiale, il touchait 17,40 FF, et nettement plus en
Indochine où il avait signé pour deux ans. Les huit années d'armée
française lui donnaient droit à une faible pension car dix années sont
requises. Mais il a pu ajouter les quatre ans de travail à Dijon, et
toucher 1800 FF par mois. Un accident du travail à la main l'a obligé
à cesser de travailler. Avec l'aide de son médecin, il a pu élever le
pourcentage d'invalidité à 67 %. Maintenant, il atteint 6000 FF par
mois. II me raconte ça en souriant, malin et fier de l'être. Je change
200 FF contre 320 DR et fais viser mon passeport.
À la sortie du ferry, les européens sont mis de côté pour les
formalités. Vue de Tanger, claire, comme mouillée. Chacun prend ses
affaires pour passer la douane. C'est un peu long parce que les
passagers ont beaucoup de bagages et que tous sont ouverts; mais
sans plus, ce n'est pas la foire de Sebta. À 18 h 30, heure marocaine,
le bus franchit le contrôle. Un jeune vend des verres de thé à la
menthe. La nuit est tombée. Quatre personnes sont descendues à
Tanger. La route. Je suis au Maroc. Ça se voit en jetant un coup d'œil
dehors. Des femmes voilées et des hommes en gandouras marchent le
long de murs chaulés. Les odeurs suaves, les lumières blafardes, tout
m'est familier, et me rappelle mon enfance à Carthage. Étoiles assez
basses dans le ciel noir. Je vais longer cette côte sur 2500 km. 21 h,
Larache, pause devant un restaurant. J'y tourne avec mes sacs, avant
de manger sous un oranger aux fleurs parfumées. J'offre un makroud à
un jeune pompiste. 21 h 30, départ. Je réfléchis au voyage pour
10La traversée du Sahara
Dakhla. Déjà quatre heures d'avance sur l'horaire prévu à Algeciras.
Nous empruntons l'unique autoroute du pays que l'on quitte un court
moment pour déposer quelques personnes à Rabat.
1 h: Casablanca, dépôt CTM, derrière l'hôtel Safir. Le chauffeur
chauve s'arrête ici. Plus que onze passagers. Mon voisin parti, je
m'allonge sur les deux sièges. Je cogite longtemps avant de
m'endormir. À 4 h 30, réveillé par le bruit, je reconnais les rues de
Marrakech bordées d'orangers. Déjà! L'homme du Souss débarque,
armé de plusieurs paquets volumineux. 5 h 30, Chichaoua, une femme
descend. On va arriver très tôt à Tiznit. J'ai toutes les chances d'être à
Dakhla lundi vers 12 h ou 14 h. Le chauffeur fonce. Il dépasse
plusieurs camions, pour la plupart des Bedford. Au Maroc, les routes
sont souvent trop étroites pour deux voitures de front. Donc lorsque
deux automobilistes se croisent, chacun attend le dernier moment pour
se déporter sur le bas-côté. Le même problème se pose lors d'un
dépassement. C'est pourquoi notre conducteur clignote souvent des
phares pour que les camions devant ajustent leur déplacement. Il
maîtrise cette technique à merveille.
6 h, pause. L'aube se lève. Au relais, je me sens trop flasque pour
boire un café au lait. Étoiles, lueur, puis le ciel s'éclaircit, nuages
rosés et enfin le jour. Des bus kakis venus du sud s'immobilisent sur
le bas-côté. En sortent des soldats endormis, au treillis désordonné,
qui vont exécuter quelques mouvements sur le tertre en face avant de
remplir la salle du café relais. Départ à 7 h. La route traverse un beau
paysage de terre rouge, magnifié par une luminosité radieuse. L'Adrar
mauritanien y ressemble peut-être. 8 h 30, Inezgane, près du marché.
En février 94, j'y ai séjourné six jours chez une famille de berbères
d'Azilal. Nous avions sympathisé alors que nous ne parlions pas la
même langue. Il ne reste plus que deux passagers et les deux
chauffeurs. Moi, je vais jusqu'au terminus et après je poursuis. Mal au
ventre. Le voyage jusqu'ici est une révision précipitée de ce que j'ai
déjà vu en 1994 et 1996.
10 h : Tiznit, avec cinq d'heures d'avance sur l'horaire. W-C de la
CTM. Je traverse la place et rentre dans l'agence de la SATAS. Leur
bus a Goulimine pour terminus, mais il part à Il h, soit dix heures
avant celui de la CTM. Je décide de le prendre. Les prix n'ont pas
varié depuis 1994: 0,20 FF/km. Je change 50 FF et achète le billet
pour Goulimine 26 dirhams.
11Journal d'Afrique
À Il h 03, le bus arrive, j'y monte, il part. D'un bus à l'autre. Des
gens grimpent en cours de route, par la porte arrière, dont un barbu qui
s'assoit au fond comme moi. Le gars en face veut me vendre des
bracelets en fer blanc mal soudés, en m'assurant que c'est de l'argent.
Le barbu et moi rigolons. Nous longeons des champs couverts de
pousses vertes, avant de faire la pause repas dans un café-restaurant de
Laouina. Puis des mimosas aux boules jaunes, des cactus, la nature en
fleur égaient notre trajet, sous le haut soleil qui tape. Je mets mon
chèche mauve acheté à Dakhla en février 1994. C'est une pièce de
coton de trois mètres de long et quarante centimètres de large qu'on
enroule autour de la tête pour se protéger du soleil. La route descend
sur le versant sud de l'Anti-Atlas.
13 h 10, Bou Izakarn : le début du Sahara. Quarante-huit heures plus
tôt, je quittai Paris. Un jeune monte, tout noir de suie. Il m'adresse la
parole. Il nettoie les rideaux. Avec l'argent gagné, il continue vers le
sud. Il a dormi à Tiznit pour 10 DH. Il est de Marrakech. Il dit que le
Maroc est une prison. On peut manger, mais pas faire sa vie:
impossible d'économiser, beaucoup de misère. Il parle sans crainte.
Dans le bus, on sent la chaleur de cette zone désertique. Derrière les
vitres, les montagnes défilent comme dans un film en CinémaScope.
Nous arrivons à Guelmim, moi avec mes sacs, fonçant vers le sud,
sans vouloir m'arrêter. J'ai une raison: attraper le convoi de mardi. Je
connais cette région et ce motif me pousse en avant. Seule la CTM
entretient une ligne régulière pour le grand sud, avec un bus quotidien.
Un jeune m'amène sur le bord du grand terrain vague où se trouvent
les taxis. L'un d'eux a déjà chargé trois passagers pour Laâyoune. Je
mets mon sac dans le coffre. Il est 14 h. Je ressens la chaleur. Mon nez
est sur le point de couler. J'écris. En fait, deux taxis s'apprêtent à
partir: l'un pour Tan Tan, l'autre pour Laâyoune. Le taxi est moins
confortable que le bus. Et je devrai en trouver un autre de Laâyoune à
Dakhla, à une heure de plus en plus tardive. Dans le pire des cas, je
prends le bus, sinon j'avance toujours en taxi. Il est 15 h 38 et le CTM
arrivera ici vers 23 h, j'ai donc encore sept heures et demie d'avance,
suffisantes pour remplir les formalités auprès de l'administration de
Dakhla. Je suis à jour dans mon journal. Je réalise maintenant
seulement que je n'ai pas séparé les jours! À l'image du voyage. Je
communique avec un jeune qui va aussi à Laâyoune. Il ne parle pas
12La traversée du Sahara
français. Il est serveur de café. L'attente se prolonge. À 17 h, je crois
que les deux passagers manquants arrivent. Je me précipite. Faux: il
en manque encore un !
Je questionne Yassine, un jeune barbu, sur son métier de chauffeur.
Les conducteurs passent des accords entre eux. Un taxi est affecté à
une liaison entre deux villes, par exemple G et L. La voiture A se
remplit, part, puis c'est au tour de la B. Quand la A arrive à L, elle est
la dernière à repartir pour G. Cette méthode assure le roulement. Des
gens sont chargés de remplir les véhicules. Vu la vitesse de
remplissage, ils doivent attendre longtemps le départ suivant et dormir
fréquemment dans une autre ville. L'argent est divisé en trois parts:
pour la voiture, le propriétaire et le chauffeur. Yassine conduit le
véhicule de son oncle, entre Guelmim et Sidi Ifni où il vit. Il explique
la qualité de la route du Sahara par la volonté des gouvernants. Il fait
allusion à la situation politique au Maroc, en s'abstenant de préciser sa
pensée.
Finalement, à 19 h, le sixième passager est là. Nous pouvons partir.
Je paye 130 DH pour Laâyoune. Comme les autres, le taxi est une
Mercedes 240 D des années 70. L'intérieur est propre et confortable,
alors que l'extérieur ne promettait rien de tel.
Nous prenons la route du Sahara à la tombée de la nuit. C'est
dommage car de beaux paysages la parsèment. Devant, deux jeunes
sont habillés comme beaucoup de colons du Sahara : pantalon violet,
blouson en cuir, mocassins, le tout formant un ensemble dépareillé de
mauvaise qualité. À ma droite, un homme en djellaba et chèche blanc.
À ma gauche, le serveur puis une jeune femme sahraouie. Ciel orangé,
puis la nuit, les étoiles. Je ne suis pas très à J'aise. Parfois de
mauvaises odeurs pèsent dans l'habitacle. Le chauffeur fonce à
90 kmlh. Partis avec quatre heures d'avance sur le CTM et mettant
trois heures de moins, donc gain de sept heures à Laâyoune. Je
m'enfonce dans le sud. Je somnole. Il met cassette sur cassette de
musique arabe.
Pause à Tan Tan, premier port sardinier du monde, que j'ai visité en
août 1996. Les chaluts arrivent en permanence. Les sardines sont
aspirées dans des tuyaux et remplissent des camions bennes qui les
emmènent aux usines de conditionnement. La plupart des anchois
vendus en France proviennent d'ici. Nous reprenons la route d'où l'on
voit les lueurs du port, avant de longer la mer. Humidité, odeur d'iode,
13Journal d'Afrique
brume. Il roule au milieu de la chaussée, toujours à 90 kmlh, suivant
les traits discontinus. Lost highway. On aperçoit deux ou trois traits
devant. Régulièrement, des lumignons rouges se rapprochent et nous
doublons un camion. Souvent ce sont de gros semi-remorques
transportant des chargements de légumes, des sacs de farine... pour
alimenter Laâyoune et Dakhla, villes ne produisant aucun autre
aliment que le poisson et donc sous perfusion. Parfois le brouillard
limite la vue à un trait devant. Aun moment, on ne distingue plus rien.
Mais il continue au même train d'enfer, ralentissant à peine, se
guidant probablement comme moi sur les bords du goudron. La
lumière des phares est diffractée par la vapeur d'eau en suspension.
Son acharnement amène les passagers à suivre la route avec attention,
participant ainsi à cette équipée. Sensations fortes. Si j'avais su, je ne
me serais pas risqué; mais on se trouve embarqué et on ne peut pas
changer les choses au dernier moment, une fois qu'on y est engagé. TI
descend à 80 dans un virage particulièrement signalé. Ma fatigue est
telle que je m'endors sans tenir compte des difficultés de la route.
Pause. Pas étonnant avec cette humidité qu'on trouve de la
végétation. Ciel constellé d'étoiles. Hier j'étais dans le nord du Maroc,
maintenant dans le sud avec des gens émigrés du nord. Les lampes à
gaz des quelques maisons de cette étape s'éteignent. Nous repartons.
La route s'éloignant du rivage, la brume disparaît. Le tr1\iet s'avère
plus long que les cinq heures prévues. Je m'endors. La lumière et le
bruit me réveillent. Tout en continuant de foncer, une main sur le
volant, le chauffeur essaye de réparer le magnétophone en tapant
dessus, car chaque fois qu'il y introduit une cassette, on entend un
affreux grésillement. Serait-ce une panne provoquée par un cahot de
trop? Je ne l'ai pas senti. Ce tapage à 90 kmlh énerve mon voisin
sahraoui. Exaspéré, il lui intime en arabe de cesser. Cette scène
insolite me fait bien rire. Donc voilà le boulot de ces chauffeurs de
taxis : joindre des bourgades séparées par 500 km de désert et ensuite
attendre le remplissage pour retourner chez eux.
Finalement les lumières de Laâyoune s'étirent devant nous. Que
vient faire cette ville en plein Sahara? Fondée par les espagnols en
1932, El Mun s'est considérablement développée depuis que le Maroc
contrôle la région. J'ai déjà visité cette ville huit jours durant, en
février 1994. Une famille originaire de Safi m'avait accueilli
14La traversée du Sahara
chaleureusement pendant le Ramadan. Nous logions dans une
ancienne école espagnole. Quand je suis revenu en août 1996, au
moment du mariage de mon ami Aziz, l'école était disparue! Je les ai
cherchés en vain pendantdeuxjours. Plus tard, j'ai appris qu'il s'était
installé à Taroudant chez sa femme.
La chaussée descend en contrebas traverser le lit asséché de l'oued
Seguiet El Hamra. Première prise d'identité au barrage à l'entrée de la
ville. On me pose des questions qui reviendront plusieurs fois. Entrée
dans Laâyoune, comme un radeau à travers des rues désertes. Sur une
petite place, quelques personnes s'activent. J'entends «DaIdùa» : une
chance inouïe! A peine descendu de la Mercedes, je mets mes
bagages dans une 504 Peugeot aux couleurs des taxis locaux: rouge
en bas, blanc en haut. La femme y monte aussi. Nous sommes six plus
le chauffeur: plein! 11ne manquait plus que moi 1! Quelle chance! Il
est 2 h 30 du matin, nous sommes au beau milieu de la nuit. Comme
quoi l'activité ne cesse jamais. Une barre métallique est située derrière
les appuis tête avant. Les passagers sont de vieux grigous en burnous,
le visage rongé par le sel comme des loups de mer, avec une barbe
hirsute de quelques jours. Ils ne parlent qu'arabe. Le chauffeur, la tête
enturbannée dans un chèche blanc, me dit quelque mots en espagnol.
Ici, c'était la colonie espagnole du Rio de Oro jusqu'en 1975. On le
croirait échappé de Tintin au pays de l'or noir. Certains me diraient
que je ne suis pas prudent de suivre n'importe qui. Moi, ça me plaît et
je ne crois pas que mes compagnons de voyage pensent à mal. Mais
une fois, je peux dépasser la limite sans m'en rendre compte. Le
conducteur tourne dans la ville avant de stopper sur un terrain où
stationnent d'autres taxis. Tout est endormi. En fait, le vrai taxi pour
Dakhla est ici, avec seulement deux passagers dedans. L'un des types
en burnous et moi en plus, cela fait quatre. Il faut donc attendre les
deux derniers. Je m'assieds à la place du conducteur et réfléchis sur
les horaires. L'humidité pénètre dans l'habitacle, la buée se fixe sur le
pare-brise. Au moins je suis à l'abri, alors que je craignais de me
retrouver toute la nuit dehors à patienter. Il y aura bien des passagers.
Comme le bus CTM arrive à 7 h et repart à 8 h, même si le taxi part à
8 h, j'y gagne car il est plus rapide. Je finis par dormir.
Clarté, le jour se lève. L'humidité persiste. Je vais dans le café.
épicerie qui vient d'ouvrir à côté. Un poste de télévision diffuse des
15Journal d'Afrique
informations en français. Enfin, un puis deux voyageurs se présentent.
Comme d'habitude, les rabatteurs, collecteurs et placeurs qui
travaillent avec le taxi sont contents. Le chauffeur arrive. Je paye
150 DH pour 500 km. Départ à 8 h. La ville est animée par les jeunes
allant à l'école. Plusieurs rues sont défoncées, pas encore asphaltées,
des ordures jonchent le sol. Temps gris et humide. Des mécaniciens
réparent de vieilles Land Rover brinquebalantes dans des garages
rudimentaires. Tout à l'air rongé par le sel de la mer. Quelques avions
de la MINURSO, la Mission des Nations unies pour le référendum au
Sahara occidental, stationnent sur le tarmac de l'aéroport. Les dunes
surgissent dès la sortie de la ville. Le soldat assis devant moi prend
des affaires dans sa maison en chantier au port de Laâyoune. Ces
constructions en plein désert me font penser aux cités champignons du
Negev. Juste à côté, une usine dessale de l'eau de mer. Comme cette
méthode est trop coûteuse, une équipe israélienne propose des
techniques modernes pour exploiter au mieux la nappe phréatique
existante. Nous croisons le tapis roulant qui amène les phosphates de
Bou Kraa jusqu'au wharf où il se déverse dans les bateaux
minéraliers. Pour le moment, le phosphate est la seule matière
première extraite du sous-sol de l'ex-Sahara espagnol; mais le
gouvernement marocain espère découvrir d'autres richesses. Je suis
assis près de la portière droite. Trop serrés pour avoir tous le dos
contre le dossier, chacun se penche donc en avant à tour de rôle. Une
borne kilométrique indique: Nouadhibou 800 km. Tout le voyage, je
regarde les bornes et ma montre, faisant des calculs. Végétation
d'arbustes. Troupeaux de dromadaires.
Arrêt d'une heure à Boujdour. Le bourg s'est étendu: des
constructions en série sont apparues depuis 1994. Le phare espagnol
qu'a connu St-Exupery est toujours là. Route. Le chauffeur, la
trentaine, moustachu, reste concentré et maintient sa vitesse de
110 kmlh. Peu de paroles. J'apprécie cette convivialité. Un taxi pour
Dakhla! Le relief est constitué de petites montagnes tabulaires,
parfois blanches. La concentmtion de végétation varie. À 250 km au
nord de Dakhla, la route passe de deux à une voie. Elle n'est plus
marquée au sol depuis Boujdour, ce qui rend difficile la conduite de
nuit. Elle semble déserte, la circulation est nettement moindre que
pour Laâyoune. Dakhla est complètement isolée: 500 km au nord
16La traversée du Sahara
Laâyoune, 500 km au sud Nouadhibou, à l'est l'immensité du Sahara,
à l'ouest l'Atlantique. Nous doublons quelques camions ainsi que
deux véhicules immatriculés en France. Ils vont certainement prendre
le convoi de demain pour la Mauritanie. Je vais arriver avant eux à
Dakhla! 14 h, arrêt d'une demie heure dans une baraque resto, après
le lit d'un oued asséché. Je jubile à la vue des mirages. Ils me
confirment que je suis bien là. Je suis enthousiaste à l'idée de réussir
mon pari : arriver avant 17 h à Dakhla pour demander l'autorisation de
partir dans le convoi de demain. Sinon je devrai attendre trois jours de
plus. Cela donne de l'intérêt à cette longue route que j'ai déjà suivie
en 1994.
Enfin, nous voici au carrefour d'Al Argoub. Selon le gendarme, il
reste ouvert jusqu'à 18 h 30. Enthousiasme dans le taxi à la vue de la
splendide baie de Dakhla. En arabe « dakhel» signifie «pénétrer».
Ce terme convient parfaitement à ce bras de terre long de quarante
kilomètres qui rentre dans la mer. Une oasis du désert égyptien porte
le même nom. Au barrage à l'entrée de la ville, un gendarme affirme
qu'il est impossible de prendre le convoi sans voiture. Pourquoi?
Juste pour m'ennuyer. On tombe toujours sur des emmerdeurs.
15 h 40, nous stoppons sur le terrain des taxis. J'ai parcouru 4000 km
depuis Paris en 75 heures 30. Premier pari réussi! Je serre la main du
conducteur que je félicite.
Je rejoins l'hôtel Bahia où j'ai séjourné quatre jours en février 1994.
La vue y est unique. Le type à l'entrée prétend que toutes les
chambres sont pleines et veut me faire payer une chambre triple.
L'hôtel Sahara est complet. Plutôt que de perdre ainsi mon temps,
mieux vaut aller régler les formalités. Je tourne en rond un moment
avant de trouver le commissariat. Ici les rues se ressemblent, et les
points de repère apparents, comme les châteaux d'eau, se retrouvent
plusieurs fois. En attendant le fonctionnaire, un couple de jeunes
blancs entre.
Je leur demande tout de go :
- Vous allez en Mauritanie?
Oui, me répondent-ils avec autant de naturel que de
fierté.Ils ont l'air sympathique. La jolie jeune fille s'appelle Laurence. Ils
sont sept jeunes arrivés hier de Tournus dans trois autos. Ils ne se
connaissaient pas tous avant de partir. Après s'être baladés quinze
jours au Maroc, ils descendent en Mauritanie où ils essayeront de
17Journal d'Afrique
vendre les voitures. Un seul a déjà fait le voyage, José, c'est lui qui
organise le groupe. Ils aimeraient aller au Mali, mais ils n'ont rien
préparé. Un marocain s'est joint à eux. Elle se méfie d'un coup fourré
de sa part. Le responsable des formalités arrive. Il remplit une fiche
sur ma personne. Je dois seulement aller demain à la gendarmerie,
puis au barrage à la sortie de la ville à Il h. avec deux photos
d'identité.
Il énonce naturellement:
- On le met sur votre voiture pour les formalités...
Ils acceptent immédiatement:
- D'accord, on te prend.
Voilà, c'est réglé! Cette rapidité me rend exubérant. Je les reverrai
demain. Je dépose mes sacs à la consigne de la CTM. Je dois dormir,
manger et téléphoner avec 60 DR. À la poste, l'employée m'apprend
qu'une communication avec la France est facturée au minimum
44 DR f Quant au télégramme, il est hors de prix et met deux jours. Je
me repose à la terrasse d'un bistrot, en buvant un café au lait.
Je discute avec un marin pêcheur qui est allé à Nouadhibou et
Nouakchott. Maintenant, il est propriétaire de son bateau. La pêche au
poulpe s'est très développée dans la région, alimentant principalement
le marché espagnol. Un grand port est en construction plus loin sur la
péninsule. Son ponton atteindra deux kilomètres. Il regarde les
convois passer régulièrement. Certains viennent plusieurs fois par an
vendre leurs autos en Mauritanie ou au Sénégal où la législation est
plus souple qu'au Maroc. Récemment, un convoi de cinquante
véhicules a pris cette route. Les mauritaniens laissent entrer mais
demandent des «cadeaux ». Tous suivent la piste de la plage, entre
Nouadhibou et Nouakchott, sans véhicule tout terrain. Un marocain
seul avec deux autos cherche un deuxième conducteur. Est-ce le gars
dont m'a. parlé Laurence? Quelques jours auparavant, deux jeunes
français dans un vieux 4x4 Toyota ont été reconduits sur Nouadhibou
par l'armée mauritanienne pour les empêcher de retourner au Maroc.
En effet, les autorités mauritaniennes n'autorisent pas le trajet en sens
inverse. Une route de 500 km à sens unique! Ces deux voyageurs ont
dû longer la voix ferrée sur 60 km avant d'entrer au Maroc en plein
désert, pour éviter d'être repérés. Il faut s'y connaître en piste,
orientation et mécanique!
18La traversée du Sahara
Je quitte mon interlocuteur et longe l'aéroport vers l'ouest. Le froid
exclut l'hypothèse de dormir dehors. Hôtel Oued ed Dahab. En
insistant, le gars accepte que je ne paye qu'un seul des deux lits de la
chambre. J'écris et crayonne la carte Michelin.
A 20 h, je ressors me promener, marchant vers le sud, passant
devant de nombreuse échoppes ouvertes. La ville s'étend sur un sol
plat épatpillé de lots en construction. De la Villa Cisneros, fondée en
1886 par les espagnols, escale de l'Aéropostale, il reste le fort aux
murs blancs, l'église jaunie et quelques villas. Maintenant, c'est une
garnison importante dans cette région contestée du Sahara Atlantique.
Depuis 1992, une trêve est observée entre le Polisario et le Maroc
pour permettre le recensement préalable au référendum sur
l'autodétermination. Mais cette phase s'éternise, et, en attendant, des
gens descendent du nord attirés par les subventions accordées par le
gouvernement. Entre 1976 et 1989, le régime marocain a investi
environ 2,8 milliards de dollars US pour mettre en place des
infrastructures économiques et sociales dans la région. Actuellement,
100000 fonctionnaires et 160000 soldats marocains vivent dans
l'exSahara espagnol. Plus de 40 000 nomades ont été fixés dans des
camps, principalement à Laâyoune, en prévision du référendum. Le
Maroc dépense 250 millions de dollars par an pour soutenir la
colonisation. Les deux parties se chamaillent au sujet de la
composition du corps électoral, reportant continuellement le
référendum. En attendant, un statu quo s'installe, favorable au Maroc.
Je longe la corniche, en regardant les quelques lumières du port
militaire. Vers 21 h, moins de personnes circulent, des magasins ont
fermé. Attiré par sa vitrine éclairant des poissons frits, j'entre dans
une petite gargote, m'assois et mange une écuelle de loubia (haricots)
parfumée au cumin et persil, trois morceaux de poisson et des frites
(25 DR). J'aborde en chelheu mon voisin, un jeune berbère,
Mohammed, dont la famille vit à Fès: un autre monde! Vif et parlant
bien français, il est né en 1974, comme moi, et a signé pour dix ans
dans la gendarmerie. C'est sa troisième année ici à escorter des
convois, et surveiller les camps de réfugiés d' Aoussard par une route
asphaltée et de Tichla par la piste. Ces noms stimulent tellement mon
imagination: bleds perdus dans le désert mais vivants sur la carte
Michelin. Son frère est professeur de géologie à Toulouse. Il finit son
troisième jour de permission à l'hôtel Bahia. 22 h 30, nous allons au
19Journal d'Afrique
cinéma Lumen où une mauvaise copie de Conan le barbare est
projetée. Le film est déjà en soi décousu et superficiel, mais si en plus
il faut supporter ce son affreux! La place au balcon coûte 7,50 DH.
Nous nous quittons vers minuit.
J'ai déjà rencontré beaucoup de gens. Si j'étais moins pressé,
j'aurais facilement pu aller chez eux, mais je connais le Maroc, j'y ai
déjà séjourné quatre fois. Je veux disposer de tout mon temps pour les
occasions qui se présenteront en Afrique noire. De retour à l'hôtel, je
prends une douche chaude. L'eau coule des robinets, légèrement salée.
Je peux enfin me laver après trois jours de voyage. La semaine
dernière, je fêtais mes vingt-trois ans à Paris. Cela me paraît si loin! Il
suffit de partir!
Mardi J J mars
Réveillé vers 7 h, à cause du bruit, je suis debout à 7 h 40. Belle vue
de la terrasse. J'écris mon journal, le mettant à jour avant le début de
l'inconnu. 8 h 50, je sors et me dirige vers le nord. Arrivé à la
gendarmerie, j'apprends que les étrangers doivent aller ailleurs. J'ai
commis la même erreur qu'en 1994 ! Je marche pour rien! J'arrive au
bon endroit vers 9 h IS, près du fort espagnol. Beaucoup de voitures
sont candidates au départ. J'attends longtemps les français d'hier. Je
commence à m'inquiéter: le comble serait qu'ils se pointent trop tard.
Deux suissesses ont débarqué hier soir. Elles vont faire un tour en
Mauritanie, et cherchent une voiture pour les prendre. Je rencontre
également un garçon et une fille qui étaient dans le précédent convoi.
Au début de la piste, après Guerguerat, les allemands qui les avaient
pris en stop ont cassé leur carter. Ils ont dû bivouaquer trois jours au
pied du fortin avant de revenir ici. Leurs copains sont passés en
Mauritanie. Une forte lumière se réfléchit sur les murs blancs, mais la
chaleur est supportable grâce au rôle modérateur de l'océan.
À 10 h 30, mes nouveaux compagnons de voyage arrivent enfin.
Nous remplissons une fiche à la gendarmerie. Je récupère mes affaires
à l'agence ClM, où je me change. 11 h 30, ils vont au hammam. Je
les attends devant. Les filles en ressortent au moment où les écoliers
quittent l'école. Ils s'attroupent tout autour. Nous restons calme, pas
20La traversée du Sahara
de raison de s'énerver. Néanmoins, ils sont tellement bruyants qu'un
policier les disperse à coups de pied. Il est sur le point de leur jeter des
pierres quand le dernier garnement disparait au coin de la rue. Les
garçons finissent de s'habiller dehors. Puis ils effectuent quelques
courses et remplissent les trois réservoirs de gazole. Ils marquent tout
sur un carnet: la répartition des frais, la consommation de carburant...
Ils parcourent 100 km avec six à sept litres. La Mercedes 220 D verte
de 1972 affiche 340000 km. La 505 Peugeot bleue 240000 km, mais
Jacques m'apprend que le cadran de vitesse indique un nombre
inférieur à la réalité i.e. 60 km/h au lieu de 90 kmIh, donc le compteur
qui lui est lié tourne moins vite. Quant à la Mercedes 300 D marron de
1978, son compteur est bloqué depuis longtemps à 200 000 km. Sa
carrosserie est abimée: rouille, peinture écaillée, mastic gris laissé
apparent, mais aucun vestige d'une collision.
13 h, le barrage à la sortie de la ville. Je compte trente-quatre
véhicules. Deux jeunes français vont essayer de faire le tour d'Afrique
en moto en passant par Le Cap. Quatre sud-africains blancs sont partis
de Londres pour rejoindre Capetown en une année. Ils ont acheté un
Land Rover Defender dont ils ont renforcé plusieurs pièces. Ils sont
bardés de tout l'équipement: plaques de désensablage, pelles,
jerricans, roues de secours, treuil... Mon jeune interlocuteur a dû
apprendre la mécanique en lisant des manuels et démontant le
véhicule.
En février 1994, j'ai rencontré à une terrasse de café de Dakhla un
français qui allait en Mauritanie. Il acceptait immédiatement de me
prendre dans sa R21. J'étais très enthousiaste à l'idée de m'enfoncer
encore plus au sud vers l'Afrique noire. Arrivé un lundi soir, avec le
bus CTM, je n'avais pu demander les autorisations que le mardi
matin. Au barrage, un officier m'avait inscrit la précieuse autorisation
sur le passeport. Mais un autre contesta la régularité du tampon; et,
après vérification, il la raya. Le convoi partit, me laissant seul sur le
bord de la route, un goût amer dans la bouche. À l'excitation succédait
l'abattement. À mon grand regret, je n'ai pas risqué de prendre le
convoi trois jours plus tard car je ne disposais plus de suffisamment de
temps pour revenir, et parce que les gens disaient que les mauritaniens
ne permettaient pas de franchir la frontière dans le sens contraire.
Depuis, j'attendais la première occasion pour tenter de nouveau cette
21Journal d'Afrique
traversée du Sahara. Aujourd 'hui, je poursuis le voyage là où je
l'avais laissé.
15 h : départ. À nouveau, la splendide baie. À droite, du sable, plat;
et à quelques mètres, la mer, plate elle aussi. Petite crique délimitée à
l'est par une élévation de sable. Une longue île montagneuse de
couleur rose mauve s'étend au milieu de la baie. Puis, je peux admirer
l'immense cirque de sable dans lequel la mer rentre. Un site
grandiose, magnifique et vierge perdu sur le rivage du Sahara. Au XV
siècle, les récits des voyageurs arabes rapportaient que le commerce
de l'or florissait sur les rives d'un grand fleuve au sud du Sahara.
C'est pourquoi les premiers marins portugais qui parvinrent ici, en
1436, crurent que c'était l'estuaire tant convoité. De là, provient le
nom « Rio de Oro». Ils pensèrent de même en 1441 devant la baie du
Lévrier. Ce n'est qu'en 1445 qu'ils atteignirent l'embouchure du
Sénégal, dont la description s'apparente à celle des péninsules de
Dakhla et Nouadhibou.
Je suis dans la 505 conduite par Jacques, un grand gaillard blond
d'environ un mètre quatre-vingt-cinq. Lors des différents barrages, les
prises d'identité m'apprennent qui sont mes sept compagnons. James,
le propriétaire et conducteur de la 300, est né en 1966, il ressemble à
Sylvester Stallone. Stéphane, né en 1971, est boulanger. Sa copine
Laurence est aide-soignante. Ils vivent à Bourges. Les autres ont
vingt-cinq ans. Nathalie prépare une thèse en anthropologie juridique
à Nanterre, sans bourse donc sans s'y investir. Nancy est intérimaire
en post-production à Euronews. Jacques est dessinateur industriel.
James et José sont mécaniciens. Tous sont au chômage en ce moment.
Les trois J vivent à Tournus. José a déjà vendu quatre fois des autos en
Mauritanie et au Sénégal.
Arrêt à Al Argoub, sur le tropique du Cancer. Ils préparent des
sandwichs aux crudités et jambon portugais. James a fixé le bouchon
du radiateur avec du fil de fer pour obtenir l'effet de bouchon pression
d'une cocotte minute. Le convoi repart, nous en dernier. La route est
goudronnée à une voie. Paysages plus sauvages et déserts que
précédemment, à moins que ce ne soit qu'une impression due au fait
que je connaissais déjà la route précédente. Maintenant, je suis dans
l'inconnu. Je regarde la montre par habitude mais je ne suis plus
pressé. Musique de Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Joe Cocker. Une
22La traversée du Sahara
dune blanche aux formes si parfaites qu'on la croirait irréelle, sortie
d'un film en Technicolor, empiète sur la route. Nous la contournons.
Le golfe de Cintra. Autour, du sable plat; au loin, la ligne bleue de la
mer. Parfois le ruban de goudron serpente, descend, remonte. Les
deux « vieux» en break 505 et 404 bâchée roulent au même rythme
que nous, entrecoupé de pauses. Ce sont eux que j'avais doublé sur la
route de Dakhla. Un panneau indique Bir Guendouz à l'est mais sans
la moindre trace d'une quelconque piste. Le soleil est bas, le sable
humide, quelques buissons d'épineux. Un pneu de la 300 est foutu: la
chaleur l'a excessivement dilaté. Nous nous arrêtons plusieurs fois
pour aider une famille dont le vieux camping-car Renault perd de
I'huile continuellement. La nuit tombe. Où sommes nous 1 À quelle
distance est le rivage 1
Soudain, une chaîne barre la route. Des soldats marocains surgissent
de l'obscurité. Us nous laissent continuer. Plus loin, deuxième arrêt, au
pied d'une butte surmontée d'un fortin. Personne 1 Derrière une dune,
sur la gauche, nous distinguons un terrain où toutes les voitures du
convoi sont disposées pour la nuit. Certains doivent être arrivés depuis
longtemps car ils sont confortablement installés. Nous plaçons les
quatre autos en U. Ils enlèvent la couche superficielle de sable,
disposent des pierres en cercle, apportent du bois ramassé aux
alentours et y mettent le feu. Us sortent des matelas, des ustensiles de
cuisine, des aliments. Gêné de ne rien faire alors que les autres
préparent, je succède à Stéphane pour maintenir le feu allumé.
Musique, feu, bivouac. Je n'y pensais pas du tout. Ils sont bien
organisés. Tapas, tajine et même du vin. En effet, ils gardent des
bouteilles de Bourgogne au frais! Stéphane et moi chauffons du
whisky dans une bouteille pour flamber la salade de fruits. Nous
continuons à parler et rigoler en écoutant de la musique alors que le
camp s'est presque endormi. À proximité, s'étend le no man's land. À
partir de demain, plus de route. Étoiles. Ils dorment allongés sur des
mousses avec duvets et couvertures. Je n'ai ni tente ni sac de
couchage. Bien qu'ils me proposent une place, je préfère dormir assis
à l'avant de la 505. Le tic tac de la montre de bord persiste malgré que
je me sois bouché les oreilles avec du papier. Je suis réveillé au cours
de la nuit par des piqûres de moustiques. D'où sortent-ils donc 1!
Étant en bermuda, j'enroule mon chèche autour des jambes. Le froid
pénètre dans I'habitacle et je dois enfiler le pull.
23Journal d'Afrique
Mercredi 12 mars
Réveillé à 7 h. avec le jour. Nous chauffons de l'eau dans une
bouilloire, à l'aide du camping gaz, pour boire du nescafé. Nous
rangeons les affaires. Le convoi s'allonge en file sur la route. Nous
sommes en dernière position, juste derrière les deux « vieux », comme
les appellent les autres, à l'accent de Provence. Le plus âgé descend en
Afrique depuis des années pour y vendre des bagnoles et des pièces de
rechange, par les pistes d'Algérie jusqu'en 1992, et depuis par
celleci. TIroule sans forcer, l'essentiel étant d'arriver entier. TIse moque
des pressés et des égoïstes en 4x4. Je suis plutôt d'accord sur la
nécessité d'être prudent. Il est blasé. Il n'aime pas la Mauritanie et la
traversem le plus vite possible. Attaqué à Dakar l'an dernier, il va
tenter le Mali.
L'officier marocain nous rend les passeports. Illes gardait jusque là
pour vérifier que personne ne manque, essentiellement pour dissuader
certains de quitter la route pour rejoindre les positions du Polisario.
Les autos avancent sur 200 m, puis voici les derniers soldats
marocains, et ensuite la fin de la route. La piste! Elle serpente devant
nous, cabossée, parfois recouverte de sable, dérisoire par mpport à
l'immensité du désert. Quelques tas de pierres la balisent, mais c'est à
peine si on peut les distinguer des autres pierres! La zone est minée.
Ce lieu, ce cadre, ces conditions, cette lumière: c'est surréaliste. J'ai
du mal à réaliser où nous sommes, à saisir que ceci est réel. Si j'en
doute maintenant, alors combien plus quand je m'en souviendrai plus
tard. Des autos s'éloignent à droite alors que le convoi est loin à
gauche. Certains se perdraient-ils déjà? Nous laissons quelque part la
Mercedes du marocain immatriculée à Aoste que Stéphane a conduite.
Un correspondant viendra la chercher pour la conduire directement sur
Nouakchott sans être contrôlé par la douane.
Nous rejoignons la vieille route espagnole par un mccourci,
dépassant même certains. Il ne reste plus que des lambeaux de
goudron souvent recouverts de sable. Premiers ensablements. Il faut
pousser, alors que le vent souffle. Longues attentes répétitives dues
aux bacs à sable en travers de la « route ». Les vans s'ensablent, des
4x4 les tirent. Un marseillais convoie à Niamey un 4x4 Pajero
commandé par un client nigérien. Trois camions Mercedes sont
24La traversée du Sahara
conduits par de grands et maigres allemands dont l'un au crâne rasé
couvert d'un haut de forme! On croirait voir le groupe Midnight Oil.
Deux allemands moustachus, en treillis militaire et aux gueules de
mercenaires, sont à bord de deux coupés Mercedes assez récents,
probablement volés. La famille en camping-car a dû abandonner.
Quelle guigne de devoir rebrousser chemin après 4500 km et si près
du but. Mais c'est ici seulement que commencent les difficultés. Du
haut des amas rocailleux proches de la piste, on peut voir le convoi, tel
la colonne de l'Afrikakorps en plein désert. La zone est effectivement
minée. Le vent se lève et découvre les mines. Deux ans auparavant,
deux espagnols sont morts. L'an dernier, un ftançais en avait
ras-lebol d'attendre derrière les autres véhicules. Il a quitté la piste pour
contourner le large bac à sable où tous s'enlisaient. Sa Land Rover a
sauté sur une mine. La carcasse calcinée git à dix mètres de nous. Les
trois J se tirent étonnamment bien des « épreuves imposées».
Les premiers soldats mauritaniens relèvent notre identité et prennent
nos passeport. Un mur de sable barre la route espagnole, sans doute
pour contrôler davantage leur frontière. Obligation de passer un bac à
sable où plusieurs s'enlisent profondément. Ensuite la route n'est plus
recouverte de sable, mais par contre le goudron est complètement
abîmé. Des pans entiers de la route ont été emportés. Si on progresse
lentement, on sent tous les cahots. Mieux vaut rouler à côté, sur le sol
naturel qui est dur. D'après José, il n'y a plus de mine. Nous le
suivons donc. Le contraste avec la route marocaine est frappant. Les
uns ont besoin de descendre rapidement leurs troupes pour lutter
contre le Polisario et veulent développer cette région. Les autres,
mauritaniens, veulent limiter l'accès à leur pays. Les espagnols, les
marocains, les mauritaniens, les sahraouis, tous ont déposé des mines
dans cette zone. Je me demande d'ailleurs si ce vestige de l'époque
espagnole se prolongeait jusqu'à El Mun.
La route est barrée par des pierres. Une flèche indique l'est. La piste
est à peine balisée. Nous suivons deux catalans en 505 ; mais eux,
savent-ils où ils vont? Je crois rêver. Ceci est-il réel ou une
hallucination? J'ai du mal à croire ce que je vis. Nous roulons
n'importe comment à travers un paysage lunaire, marron au lieu de
noir, comme le Lunar des missions Apollo. Puis une ligne apparaît.
«C'est le chemin de fer », dis-je à Jacques. En effet, la ligne se
précise en nous rapprochant. Nous la rejoignons et la traversons.
25Journal d'Afrique
Maintenant, nous sommes certains d'être en Mauritanie, et en suivant
les rails nous arriverons à Nouadhibou. Un pick-up Toyota arrive en
sens inverse, chargé de Noirs. Les transports en commun reprennent
ici. Une ligne bleu, du sable ocre: la baie du Lévrier, de topographie
semblable à celle de Dakhla. Le convoi est arrêté à un contrôle que les
habitués appellent «bouchon» parce qu'il verrouille le bras de terre
comme le goulot d'une bouteille.
Des cheminots noirs vivent ici, dans des cabanes. Ils entretiennent la
voie ferrée qui relie les grandes mines de fer de Zouerat au port de
Nouadhibou. Un jeune me montre son travail sur les rails. Ils
dévissent les boulons pour chasser le sable avec de l'air comprimé,
changent les rails abîmés, et déblayent le sable que le vent amène
continuellement sur la voie. Récemment, deux accidents sont
survenus. Les wagons se sont mis les uns sur les autres. Mais les
collisions frontales sont évitées parce que les pilotes communiquent
par radio et dégagent leur train sur des bretelles. Trois trains passent
chaque jour dans les deux sens. Ces travailleurs sont des Peuls de
Bogué et de Kaedi, sur le fleuve Sénégal: un autre monde à 700 km
d'ici. Surprenant de tomber sur des hommes au travail après la
traversée de lieux désertiques, lunaires. Prise d'identité. Le convoi
repart par une piste qui est la seule voie «routière}} reliant
Nouadhibou au reste du monde. À gauche la baie du Lévrier, les rails
à droite. Dingue! Je suis très excité, la tête à travers la fenêtre pour
mieux respirer cette atmosphère.
Barrage. La nuit tombe à 18 h. Obligés de donnir ici, nous sortons
les affaires. Je vois le train passer, plus petit que je ne l'imaginais.
Comme hier, feu, thé, tapas, tajine. Les deux catalans de Taragone se
joignent à nous. Ils sont déjà descendus au Niger par l'Algérie, et sont
contraints désonnais de passer par ici. Deux maures essayent de nous
changer de l'argent. Je tente de rigoler avec l'un d'eux en racontant
des histoires de Nasr Ed Din Hodja, connu ici sous le nom de Joha,
mais ce type me reste antipathique. Comment allons nous dormir? Je
m'allonge sur une mousse, les étoiles au-dessus. Vers 3 h 30, le froid
et la peur d'être piqué par une bestiole me poussent à poursuivre la
nuit dans la 505.
26La traversée du Sahara
Jeudi 13 mars
Réveillé vers 7 h, levé à 7 h 30. Je cire mes chaussures, ça fait
toujours bon effet sur des militaires, d'autant plus quand la situation
est défavorable. Après le café, j'écris. Un long train de minerai de fer
passe. Par dessus le minerai, des sacs de farine sont entassés et des
hommes enturbannés voyagent gratuitement. On nous rend les
passeports, notre identité ayant été relevée à deux reprises. Les deux
maures d'hier soir tentent de nouveau de nous faire changer de
l'argent. Les véhicule du convoi repartent par petits groupes vers
Nouadhibou. Nous approchons de la ville. Baraques. Le goudron
réapparaît.
Nouadhibou ! Les Noirs! L' Mrique ! Voilà: je voulais voir cela
arriver progressivement, et m'y voici. Nous roulons, enthousiastes, sur
l'axe principal. Autos déglingués. Couleurs. Marchés. Viande sur des
étals de bois. Bric et broc. Carcasses de voitures. Nous longeons le
port, et arrivons aux douanes. Formalités. Je déclare toutes mes
devises car la différence entre le taux officiel et le marché noir n'est
que de 10 %. J'explique la règle de trois à un gamin. Commissariat en
centre ville: tampons. Quand je vais changer 50 FF, je marchande
tellement avec le changeur qu'il finit par rigoler. Ne pas être pressé,
tourner en dérision leur commerce. Les autres ont changé de l'argent
et fait des achats. Ils ont une caisse commune et marquent leurs
dépenses.
Assis à la terrasse d'une buvette, je bois un coca avec un sénégalais.
Il est président de la communauté sénégalaise de la ville. La pêche est
plus développée et les salaires plus élevés ici qu'au Sénégal, mais la
vie coûte cher: un deux pièces se loue 700 FF par mois et les légumes
sont hors de prix car importés. Beaucoup d'africains venus des pays
limitrophes sont bloqués là sur le chemin de l'immigration clandestine
vers l'Europe. Peut-être que l'Union Européenne a demandé à la
Mauritanie de limiter les sorties de son territoire par cette frontière
nord. J'accompagne Jos~ au bureau de l'office du Banc d' Arguin. 11
essaye de négocier avec le représentant le droit d'entrée dans ce parc
naturel que la piste traverse. Finalement, nous payons 43 FF par
personne au lieu de 58 FF. Puis ils discutent d'autos. Un Land Rover
de vingt ans se vend 10 à 15000 FF. 11est possible de le vendre
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