L'odyssée maritime de la Sainte Claire

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Description

Il arrive que des personnages, marqués par le destin, trouvent un chemin les conduisant vers une destinée prodigieuse. Ce fut le cas de Marceau, un jeune Normand qui voulait devenir marin alors que sa famille était paysanne. À la suite d'une rencontre fortuite, il fait la connaissance d'un noble suédois qui va le présenter à un armateur qui le teste et l'embauche comme pilotin. C'est là que commence l'aventure : il monte tous les échelons de la hiérarchie maritime et devient le capitaine d'un navire, la Sainte Claire, qui le conduira vers toutes sortes d'aventures à découvrir dans ce roman historico-picaresque.

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Date de parution 02 octobre 2016
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EAN13 9782140019722
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0120 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Roger Charles HouzéL’odyssée maritime de la Sainte Claire
ou les aventures extraordinaires
d’un jeune paysan normand
Il arrive que des personnages, marqués par le destin dans
leur prime jeunesse, trouvent un chemin, certes hasardeux,
mais qui les conduit vers une destinée prodigieuse. Ce fut le
cas de Marceau, un jeune Normand qui voulait devenir marin
alors que sa famille était paysanne. À la suite d’une rencontre
fortuite, il fait la connaissance d’un noble suédois qui le trouve
fort bien prévenu des affaires de la mer, et va le présenter
à un armateur qui le teste et l’embauche comme pilotin.
C’est là que commence l’aventure : il monte tous les échelons
de la hiérarchie maritime et devient le capitaine d’un navire
qui est à lui seul une curiosité car particulièrement performant
dans le domaine de la course. Il s’agit de la Sainte Claire qui,
elle, a déjà sa propre histoire.
En Méditerranée, Marceau et son navire se frottent à des
pirates singuliers qui confsquent le bateau et son équipage.
Les voilà partis pour Constantinople, la mer Noire, le Don L ’ o d y s sé e m ar i t i me et la Volga, pour trouver un passage vers la mer Caspienne.
Périlleuse aventure que Marceau supporte avec maestria, et,
mission remplie, il rentre par ses propres moyens en Normandie,
traversant toute l’Europe. Là, il va lui arriver encore toutes sortes de la Sainte Claired’aventures, à découvrir dans ce roman historico-picaresque…
ou les aventures extraordinairesRoger Charles Houzé est un ancien professeur
d’électronique dans une école d’ingénieurs. d’un jeune paysan normand
Il fouille désormais les archives et les faits divers pour
développer des sujets historiques qu’il agrémente
de détails humains qui ne sont jamais ennuyeux
et, ce, avec une verve alerte et facilement accessible. C’est là son
huitième roman.
Photographie de couverture : Pixabay.
Romans historiquesISBN : 978-2-343-07934-9
eSérie XVII siècle21 €
Roger Charles Houzé
L’odyssée maritime de la Sainte Claire









L’odyssée maritime
de la Sainte Claire




Romans historiques


Cette collection est consacrée à la publication de romans
historiques ou de récits historiques romancés concernant
toutes les périodes et aires culturelles. Elle est organisée par
séries fondées sur la chronologie.


MILLOT (Georges), Berceaux de guerre, 2016.
LARRIAGA (Jean), Ils inventèrent l’été. Une escapade estivale sous l’Ancien Régime,
2016.
OUSQUET (Bernard), Le magicien de Pétra, 2016. B
BAROIS DI GAETA (Julien), Naples la cruelle, 2016.
BRASSAC (Pierre-Jean), Jérôme Bosch entrez soufre et hostie ou la lancinante
tentation du désastre, 2016.
ILVEIRA (Vincent), Par-delà le rejet et l’oubli. D’Evariste Galois à Maximilien S
Robespierre, 2016.
MAUMY (Jean), Le duel des reines. Aliénor d’Aquitaine et Adèle de Champagne,
2016.
ENCERRADO (Monique), Manant et Croisé. La quête d’un destin au Moyen C
Âge, 2016.
BEVAND (Roger), Estienne Dolet. Un écrivain de la Renaissance mort sur le
bûcher, 2016.
UDRE (Jacques), Le Matin d’Eylau. Une aventure du colonel de Sallanches, S
ingénieur géographe au service de l’Empereur, 2015.
BRATZ (Marc), L’Échiquier vénitien de Napoléon, 2015.
DUBREUIL (Chloé), Fortunae. De pourpre et de cendres…, 2015



Ces douze derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site
www.harmattan.fr
Roger Charles HOUZÉ










L’odyssée maritime
de la Sainte Claire

ou les aventures extraordinaires
d’un jeune paysan normand
































































































Du même auteur
(Dans l’ordre de parution)

Au bon plaisir de Henriot (Editoo.Com)
L’Escalier du pouvoir (Edition privée des Clos)
Chroniques sarthoises (La Découvrance)
Histoires à dormir debout (La Découvrance)
La Dame de Moire (Éditions Amalthée)
Le Roman d’Héloïse (Éditions du Petit Pavé)
Les Sentiers de la providence (L’Harmattan)
Les Témoins du fond des âges (Ed. La Bruyère)
L’étrange momie d’Alet-les-bains (en préparation)
























































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07934-9
EAN : 9782343079349
PRÉFACE
Il est toujours surprenant d’adapter une conscience à une
"chose" dite « sans âme » : elle ne peut s’exprimer mais elle
rayonne malgré tout par elle-même et s’impose par le talent
de l‘artiste ou de l’ouvrier qui l’a créée…
Une œuvre artistique ou, pour ce qui nous préoccupe ici,
le bateau construit de mains d’homme, exhale l’esprit de
celui qui l’a imaginé : l’armateur impose toujours son ego en
concevant le projet d’un voilier. C’est encore plus évident
quand ce bâtiment possède une histoire qui se déroule avec
la complicité des hommes courageux qui l’ont guidée. Cette
" chose " acquiert alors une vie propre intéressante et cela
devint le cas de la Sainte Claire...
Ainsi, le sujet que nous développons ici démontre que le
héros véritable du roman est un voilier, réalisation créée
pour une besogne précise : la surveillance en mer ; donc : la
protection des convois maritimes et, accessoirement, le
commerce côtier rendu nécessaire dans le cas de blocus.
Très convoitée à cause de sa rapidité sur l’eau, car bien
servie par sa voilure, la Sainte Claire a subi néanmoins des
attaques parfois meurtrières en ouvrant le chemin des
convois militaires ou commerciaux. Dans le cas d’une
mauvaise rencontre, elle ne devait son salut que dans la fuite,
car sa fonction de patrouiller était de fuir afin d’informer le
navire amiral. S’il en réchappait, blessé par les canonnades de
l’ennemi, le navire était réparé et, alors, il va évoluer, grandir
d’intérêt dans l’esprit de l’armateur et l’on peut se demander
s’il n’acquérait pas, à chaque réparation, un peu de cette
7 humanité qu’apportent les charpentiers de marine en
soignant les blessures de leur beau voilier.
Les marins le prétendent à juste raison car ils ne
manifesteraient pas autant d’ardeur à le préserver au péril de
leur vie et puis, la chaloupe de sauvetage n’est jamais très
engageante sur une mer peu sûre !
La Sainte Claire qui fait l’objet de ce présent récit est un
exemple-type de l’intérêt suscité par ces marins : même si ce
voilier a changé plusieurs fois d’apparence, de nom, de
capitaine ou d’équipage, c’est ce qu’on connaît de ses
exploits qui nous intéresse. Et s’il a laissé des traces dans
l’Histoire, c’est qu’il fut vraiment exceptionnel grâce à la
valeur de son capitaine, le second héros de ce roman :
Marceau, qui se révèle être d’une trempe peu commune pour
ème supporter vaillamment tout ce qu’il a vécu dans ce XVII
siècle dit des « Lumières » et, cela, dès sa prime jeunesse
d’orphelin avant de devenir un brillant capitaine.
Nous suivrons donc avec intérêt et, souvent, avec
surprise, les péripéties de son odyssée, car Marceau Bonin du
Vernois le mérite : capturé par un prince de l’Orient, prince
ami des Barbaresques de la Méditerranée, il fut obligé de
diriger la Sainte Claire bien au-delà de la mer Noire, sur le
Don en crue, pour découvrir un passage maritime pour la
mer Caspienne, réputée intérieure à l’époque. Son exploit se
trouve d’ailleurs être à l’origine du percement d’un canal vers
cette mer mystérieuse pour un jeune Occidental.
Puis, autre épopée : périlleux se révèle le retour de
Marceau en France, traversant une partie de l’Asie et toute
l’Europe, avec la réserve qu’il sied de donner à
l’interprétation des événements qui se produisirent dans ces
divers pays plutôt tourmentés par les guerres.
Il réussira son long et étrange périple, mais au prix de
tourments divers et de déceptions sentimentales quasi
insurmontables pour un être normal exposé à tous les
dangers suscités par les mauvais chemins de l’Europe
èmecentrale du XVII siècle, chemins infestés de bandits.
8

PREMIÈRE PARTIE

La jeunesse d’un bon capitaine 1
Marceau
Le jour naissait avec cette lumière hésitante d’une aurore
aux doigts de rose qu’un printemps précoce dispense
volontiers en Normandie.
Marceau, plongé dans ses pensées, flânait sur la route et
prenait du retard sur son rendez-vous avec Albert
Raimondin, son oncle, patron paludier qui l’employait
comme apprenti saunier…
Le jeune homme musardait, la tête dans les nuages. Il sautait
à cloche-pied sur le chemin poudreux qui mène au prieuré de la
Bucaille, où habitait son ancien précepteur, l’abbé Foulard,
maintenant à la retraite mais doué d’une mémoire de
pédagogue peu commune.
C’était agréable de le fréquenter et de lui faire raconter ses
souvenirs, car cet ecclésiastique avait été, dans sa jeunesse,
avant d’entrer dans les Ordres, un talentueux lieutenant
cartographe de marine et il connaissait tout de la mer.
Marceau, qui voulait devenir marin, voire un cartographe
comme l’abbé, lui posait fréquemment des questions sur la
èmenavigation de jour comme de nuit, ce qui, au XVII siècle,
était véritablement une prouesse.
Soudain, en ce petit matin, Marceau se rendit compte,
voyant le ciel s’ouvrir au soleil voilé d’avril, que son oncle
Albert devait l’attendre, terriblement grognon, à la saline des
Grands Veys, au creux de la presqu’île du Cotentin.
11 Le jeune homme était trop absorbé par des réflexions
devenues brusquement moroses en songeant à ses parents
décédés et, troublé, il commençait à s’attarder vraiment...
Albert, le paludier, beau-frère de sa mère, l’avait recueilli
mais, pour l’heure, il devait arborer l’air renfrogné des
mauvais jours, ne voyant pas arriver son neveu à l’heure !
Oh ! Cet Albert-là n’était pas un mauvais bougre, mais,
trimant comme une bête de somme depuis l’aube jusqu’au
crépuscule, il ne concevait pas qu’on puisse arriver au travail
autrement qu’aux heures que les saisons prévoyaient durant
le jour, c’est-à-dire depuis le lever du soleil jusqu’à ce que
celui-ci daigne enfin se coucher !
L’hiver, c’était fait pour se reposer, comme c’est parfois le
cas dans les campagnes.
Mais, nous allons le voir, ce n’était pas tout à fait le cas
pour Albert car il s’occupait alors à tout autre chose, même
les jours de frimas, afin de se chauffer et chauffer ses voisins
avec ce qu’il tirait des tourbières proches...
Ce matin-là, le soleil d’avril pointait déjà haut dans
l’horizon et Marceau traînassait encore en revenant de chez
l’abbé Foulard. Sur la terrasse de son prieuré, ils avaient
passé une partie de la nuit à étudier la course des étoiles dans
le firmament.
Ils en avaient profité pour étudier le fonctionnement de
l’astrolabe, aidés par des cartes du ciel définies pour cette
latitude de la Manche. Marceau avait littéralement bu les
savantes explications de l’ecclésiastique, mais aux dépens
d’un sommeil qui s’imposa finalement quand tous les deux
piquèrent du nez !
La nuit avait été largement écourtée, donc : trop de retard
au réveil et, même, lors du déjeuner matinal, constitué d’une
"trempée" de pain dans une soupe roborative au potimarron.
Marceau, affamé, ne pouvait pas se passer de l’ingurgiter, car
cela serait sans doute la seule nourriture à digérer d’ici le soir,
sauf si Albert apportait à la saline un panier repas préparé
par sa femme.
12 Mais il aurait fallu qu’il y ait eu des restes au dîner de la
veille ? Or, Marceau ne pouvait le savoir puisqu’il était resté
dormir à la Bucaille, cela avec l’autorisation d’Albert.
Le jeune homme avait donc pris du temps pour avaler la
fameuse "trempée" rehaussée de morceaux de lard !
Malgré cette autorisation de découcher, l’oncle Albert
serait quand même intraitable envers ce neveu retardataire
qu’il devait former à la tâche laborieuse d’ouvrier saunier.
Dur apprentissage pour un jeune de dix-sept ans !
Ce sévère jugement d’Albert résultait d’un mode de
pensée fataliste où il n’y avait de place qu’au labeur,
c’est-àdire à un travail de servitude, sans poésie, ni espoir de sortir
d’une condition qu’une naissance ordinaire imposait en ce
siècle dit « des Lumières ». Il avait pourtant progressé
sensiblement dans la société locale, mais c’était par la
pratique volontaire d’une besogne ardue : être officiellement
saunier provincial, avec la permission et le privilège du Roi, grâce à
son opiniâtreté et, aussi, à sa science innée du commerce…
Toutefois, si cela lui permettait de vivre assez
correctement, c’est qu’il acceptait de faire des efforts
surhumains pour rentabiliser son négoce au-delà de
l’acceptable. Il ne pouvait espérer mieux, n’étant pas de ceux
qui avaient pu s’ouvrir l’esprit par le biais des études. Il savait
lire, écrire et très bien compter, mais aucun autre genre de
culture ne l’intéressait : c’était un manuel un peu borné dans
ses jugements, mais diablement courageux.
Conscient de ses devoirs, il avait volontiers recueilli son
neveu au décès de la sœur de son épouse, l’autorisant à
continuer à suivre l’enseignement maritime du vieil abbé,
autrefois lieutenant de vaisseau. Puis, celui-ci était passé dans
les Ordres, puis précepteur du jeune vicomte de Choisy dont
Marceau était frère de lait, sa mère étant nourrice. Des
comparaisons de train de vie étaient apparues lorsque Albert
avait épousé une pimpante dentellière dont la sœur,
Gertrude, avait, elle, évolué dans la noblesse provinciale de
Normandie comme domestique privilégiée : au début, simple
13 servante, celle-ci était devenue la dame de compagnie de la
comtesse de Balleroy, après avoir été la nourrice du petit
Guillaume de Choisy.
Gertrude avait eu, en effet, un peu avant la naissance de
Guillaume au château de Balleroy, propriété de sa mère, un
gros et robuste poupon, Marceau, bien abreuvé par une
dispensatrice généreuse de lait maternel. Pour cela, elle
devint une nourrice attentionnée lorsque la comtesse eut son
premier fils, Guillaume.
Marceau grandit, ainsi, aux côtés du jeune vicomte, de
sorte qu’il devint son ami d’enfance et qu’il bénéficia
largement de l’éducation du jeune noble, grâce à l’abbé
Foulard qui enseignait indifféremment la même chose aux
deux garçons…
Mais, entre la naissance privilégiée du jeune vicomte et le
quotidien qui aurait dû être l’ordinaire d’un manant, il
apparut une différence essentielle : l’intelligence, faculté innée
chez certains individus. Marceau en bénéficia de manière
croissante avec l’âge. En effet, il comprenait beaucoup mieux
et plus vite les leçons du précepteur, leçons que le petit
noble n’arrivait pas à garder en mémoire, ni ne le voulait
d’ailleurs : au lieu de « s’encombrer » l’esprit de belles lettres,
il aimait bien mieux la chasse et l’escrime que les livres !
Puisque seules les armes séduisaient le jeune vicomte, ce
serait donc un militaire et cela suffirait à son bonheur ou à
son malheur, si le destin ne lui était pas favorable.
Mais n’anticipons pas : c’est donc le domestique qui aida
le bien né à sauvegarder son rang et Marceau se distingua,
auprès des parents du jeune vicomte, par son esprit vif, sa
patience et sa gentillesse polie. Gênant auprès de leur
décevante progéniture !
La reconnaissance des nobles parents fut telle qu’ils
trouvèrent normal de dispenser la même éducation au deux
garçons auprès de l’abbé Foulard, brillant ancien lieutenant
de vaisseau.
14 Marceau devint donc le filleul de l’abbé avec la
bénédiction de la famille de Choisy.
1Gertrude Bonin du Vernois , la mère de Marceau, était
mariée à un garde-chasse de la propriété voisine du comte de
Choisy, garde qui, en plus d’être un veneur de talent, était
aussi un très bon soldat.
Le comte prit donc Bonin du Vernois avec lui comme
écuyer lors d’un de ces multiples conflits qui sévirent entre
l’Espagne, les Flandres et la France.
Chez Marceau, le gentilhomme pointait déjà derrière le
manant et, aucunement jaloux, le vicomte, complice amical
de Marceau, ne s’en trouva jamais affecté tant qu’il battait
son compagnon à l’escrime où il excellait, ou bien au tir sur
cible avec un mousquet ou un pistolet.
Cela aurait dû aboutir à une destinée bien différente de la
réalité mais, tragiquement, Bonin du Vernois, l’écuyer, père
de Marceau, fut tué à la guerre, en protégeant le comte de
Choisy d’un coup de sabre destiné à son maître.
Puis, un nouveau malheur vint briser la montée de
l’échelle sociale qu’empruntait peu à peu le jeune Marceau :
en effet, survint le décès dramatique de sa mère ! L’oncle
Albert réclama alors son neveu selon le droit du sang, dès
que son éducation fut accomplie, toutefois poursuivie avec
l’abbé Foulard, pour les choses de la mer.
Après ces deux décès, Marceau aida donc son oncle dans
la gestion et la distribution du sel sous le contrôle du fermier
général du comté. Albert voulut, pour compléter son
apprentissage « à la dure », comme il le souhaitait, le faire
participer à toutes ses activités, y compris l’exploitation des
tourbières.

1 Vernois n’était pas un titre nobiliaire mais un surnom que sa famille
avait acquis depuis que les ordonnances de Henri III sur la désignation
des propriétaires d’un lopin de terrain cultivé avaient été proposées
contre une rétribution provinciale substantielle.
15 A la dure, Marceau l’était, mais le jeune homme se
consolait grâce à l’enseignement dispensé par l’abbé et à son
espoir de devenir, un jour, marin. C’était son rêve.
Mais, pour l’heure, sur la route de la saline, Marceau
ressassait de tristes réflexions et il eut bien du mal à sortir de
la torpeur dans laquelle le souvenir de la mort de ses parents
l’avait plongé. Malgré la reconnaissance qu’il devait à son
oncle, lequel l’avait recueilli comme son fils, Marceau
trouvait trop dure l’attitude d’Albert, lui qui n’avait pas pu
avoir d’enfant de sa femme : il aurait dû quand même
cultiver un peu l’esprit paternel !
Alors, la dégringolade du jeune garçon dans l’échelle de la
société lui laissait un goût amer dans la bouche et il lui fallait
beaucoup de courage pour supporter l’adversité.
Heureusement, il continuait d’étudier avec l’abbé Foulard,
maintenant à la retraite dans un prieuré que lui avait cédé le
comte de Choisy en récompense de l’enseignement qu’il
avait prodigué naguère aux deux garçons. Marceau avait ainsi
le loisir de conforter son éducation dans le domaine
maritime qu’il affectionnait tant et il savait maintenant tout à
fait bien interpréter les cartes marines. Il était même en
avance sur son temps.
Avant d’entrer en religion, l’abbé Foulard avait été pilotin
chargé des cartes marines d’un lieutenant de vaisseau du Roi.
Même en étant prêtre, il avait continué à s’intéresser aux choses
de la mer et il avait même bricolé un système qui donnait
directement la hauteur d’une étoile au-dessus de l’horizon.
Or, ce jour-là aurait dû être l’anniversaire d’une grande
joie qu’avait suscitée l’agrément d’un voyage imprévu : celui
où Dame Gertrude devait accompagner madame la comtesse
à Paris, ville qu’elle ne connaissait évidemment pas, comme
beaucoup de provinciales.
Elle ambitionnait donc de découvrir la capitale car c’était là,
une opportunité fantastique pour la paysanne qu’était Gertrude !
Mais il en fut tout autrement, car Gertrude y trouva non
pas du plaisir mais, hélas, un destin funeste...
16 2
Le hameau de Coquebourg
Mais revenons, ce matin-là, aux aurores : Marceau quittait
le prieuré de la Bucaille, étant resté là-bas, tard dans la nuit, à
découvrir les étoiles pouvant servir de repères de navigation
en mer avec un astrolabe.
C’était très compliqué, puisque la Terre, tournant sur son
orbite, la course des étoiles change selon l’heure, la saison et
le lieu de l’observation. Il avait noté tous les conseils de
l’abbé et le jeune homme en avait attrapé une sacrée
migraine.
Nourri d’une bonne soupe de potimarron au pain et au
lard, il semblait submergé de pensées aventureuses fort
improbables et cela ralentissait encore plus son pas plutôt
que de le presser. Il serait en retard aux salines et cela
l’angoissait car il devrait subir les récriminations de son oncle
toujours intransigeant sur l’exactitude.
Soudain, en chemin, il se rappela que cela faisait juste un
an que sa mère était morte : le cœur serré, il réduisit encore
sa marche traînante jusqu’à s’arrêter tout à fait à
l’embranchement de la route de Coquebourg. On y
apercevait, au loin, la chaumière si accueillante de sa tante
Caroline. Aussi, dans l’état d’âme morose où il se trouvait, il
aurait bien voulu, ne serait-ce qu’un instant, se réchauffer le
cœur chez elle, tant il avait de la peine et si douce était sa
tante !
17 Mais il renonça et repartit, songeant maintenant à son
père, tué à la guerre d’Espagne en 1658.
Des larmes jaillirent spontanément de ses yeux d’orphelin
et coulèrent dru sur ses joues couvertes d’un début de barbe
mal rasée : malgré ses dix-sept ans accomplis et son
apparence de jeune homme si bien tourné, il gardait encore
parfois la sensibilité du jeune garçon qu’il n’était plus. Alors,
là encore, la tête pleine d’étoiles, il aurait vraiment voulu
retrouver au hameau de Coquebourg l’atmosphère apaisante
de la maison au toit de chaume tout imprégnée de la chaleur
maternelle de sa tante Caroline. Mais ce n’était pas possible
car il savait qu’elle priait à cette heure-là et, renonçant à
bifurquer, il dissipa sa peine avec effort et reprit sa route vers
les salines, en courant, cette fois-ci...
Tante Caroline, en cet instant, se rappelait aussi la triste
mort de sa sœur et, égrenant son chapelet, elle pleurait
doucement. Puis, elle souffla sa bougie, attendant la pleine
lumière du jour pour entrelacer les fils des fuseaux de son
ouvrage. Dentellière, elle confectionnait des coiffes typiques
de la région, coiffes normandes qu’elle exposait à Isigny dans
une boutique de passementeries tenue par une de ses
parentes.
Marceau avait eu honte finalement de sa faiblesse
passagère et s’étant secoué vigoureusement l’esprit autant
que les muscles, il écrasa furtivement une dernière larme et
se mit à courir vers la barrière de la saline de son oncle.
Enfin arrivé, il la poussa doucement et vit son oncle souriant
qui attendait que la marée soit haute pour ouvrir le canal
d’alimentation en eau de mer de ses œillets placés tous en
enfilade devant lui. Il ne paraissait pas fâché du retard de
Marceau et souriait même en l’apercevant. Contemplant l’eau
qui coulait en remous tourbillonnants au soleil désormais
bien levé, il était satisfait car ses salines donneraient encore
cette année le meilleur rendement de sel fin blanc exempté
de gabelle : il toucherait une bonne partie des bénéfices
18 découlant de sa récolte de fleur de sel et la réserverait au
salage des mottes de beurre des fermiers de Normandie.
Cela enrichirait la contrée dont il assurait la couverture en
sel fin très blanc.
Depuis 1660, en effet, le beurre normand était très
apprécié à la Cour de France, surtout depuis que le roi en
avait découvert, lors d’un de ses voyages à Caen, la saveur
rehaussée d’un arrière-goût de noisette. Sur les mottes de
beurre moulées en pyramide, le beurre ne rancissait guère et
il conservait longtemps ce goût de noisette si particulier à la
région d’Isigny.
Maître Raimondin n’était donc pas pauvre et ses bonnes
relations avec les marins d’Irlande et de Terre- Neuve
constituaient le plus gros de ses revenus ; tout autant,
d’ailleurs, avec les petits pêcheurs et les particuliers fortunés
du Cotentin.
Il avait donc les moyens de s’acheter une maison en ville
mais, modeste, il préférait vivre dans sa chaumière, toujours
très bien tenue par son épouse attentionnée et il bénéficiait,
là, de la réputation d’un notable local.
Surprise : l’oncle Albert avait accueilli Marceau de
manière bonhomme, presque cordiale, ce qui n’était pourtant
pas son habitude quand il arrivait en retard :
– Bonjour, mon neveu, ça va, ne fais pas cette tête
chagrine : tu n’es pas trop en retard car je viens seulement
d’arriver, ayant retenu chez moi, hier, fort tard dans la soirée,
un colporteur de mes amis qui s’est finalement reposé dans
ta carrée puisque tu as passé quasiment toute la nuit au
prieuré de la Bucaille. Au fait, comment va ton parrain, ce
bon abbé Foulard ? Que t’a-t-il donc enseigné ce dimanche,
malgré ses septante ans ? A-t-il toujours l’esprit clair et le
parler véloce ?
– Oh que oui ! Il a gardé l’âme vaillante et le savoir très
sûr : il m’a véritablement saoulé de ses connaissance dans
l’art de s’orienter la nuit en mer à partir des étoiles. Ce fut
passionnant mais harassant car nous nous sommes couchés
19 vers les deux heures de la mi-nuit et n’avons que trop peu
dormi ! En revanche, je sais maintenant à peu près bien me
servir d’un astrolabe.
– Ah ! Tu n’as toujours pas abandonné cette idée de
prendre la mer ? Pourtant, ne pouvant avoir d’enfant de ma
douce Caroline, tu pourrais hériter un de ces jours de mes
privilèges de saunier du comté de Saint Lô et tu pourrais
créer, à côté, d’autres œillets tout aussi rentables que ceux-ci.
– Je vous en sais gré, mon oncle, et vous en remercie
mais je n’ai pas fait toutes ces études avec l’abbé en
compagnie de Guillaume, le fils du comte Etienne, pour ne
pas tenter ma chance en mer, quitte à m’engager un temps
dans la Course, avec les corsaires du Roi. Ils engagent les
meilleurs marins, en ce moment, à Granville.
Voyant son oncle bien luné, il en profita pour avouer :
– J’ai d’ailleurs reçu du comte de Choisy une introduction
à un engagement en mer qui devrait m’aider à faire carrière
comme pilotin cartographe.
Maître Raimondin hocha la tête et, subitement assombri
de ne pouvoir trouver une réplique péremptoire pour
1contrer Marceau, il se mit à gratter le fond d’un fare avec
2son lasse et Marceau en fit autant sur un cobier* voisin. Or,
il n’ajouta rien à ses prétentions : il aurait dix-huit ans à la
Noël, un âge où les humanités fondamentales – à savoir : lire,
écrire, compter et bien connaître le latin – étaient terminées
depuis longtemps et il pourrait décider tout seul de son
avenir avec son certificat qui tiendrait lieu d’émancipation.
Malgré sa peine, Marceau était quand même satisfait de
son état, car les roturiers avaient rarement la chance de
trouver un aussi bon maître que le comte de Choisy.

1 Fare : seconde suite d’œillets après les premiers appelés cobiers* et avant
les derniers nommés adernes, tous donnant du sel allant du plus gris au
plus blanc, selon la pente du terrain, la nature argileuse du fond et le
degré d’évaporation au soleil.
2 Sorte de râteau sans dent pour remonter le sel de l’eau.
20 Marceau avait eu aussi la chance de naître au château de
Balleroy, la demeure de la comtesse, son épouse, un peu
avant que naisse le fils du comte Etienne.
Quant à Jacques Bonin du Vernois, le père de Marceau, il
avait été le veneur et le garde forestier du domaine voisin de
Cérisy, un terrain de chasse qui appartenait aux sieurs de
Choisy mais dont les Bonin avaient l’usufruit du moment
qu’ils en cultivaient des parcelles.
A cause de cette demi-noblesse octroyée autrefois par le
roi Henri III, il devint l’intendant, puis l’écuyer du comte,
lorsque la France s’offrit le luxe (?) de déclarer la guerre à
l’Espagne.
Tant que Gertrude resta vivante, les relations de Marceau
avec la famille de Choisy devinrent beaucoup plus celles d’un
filleul que d’un subalterne et le fait d’être frère de lait de
Guillaume lui avait permis de suivre le même enseignement
que lui, y compris le maniement des armes, ce qui était
inhabituel pour un roturier, paysan de surcroît !
Plus attentif que l’aîné des Choisy, Marceau avait
beaucoup retenu de cet enseignement et, s’étant pris d’amitié
pour le précepteur et chapelain du château, l’abbé Foulard, il
écouta ses conseils et acquit une solide connaissance du latin,
de l’allemand, de la mer et des bateaux, allant souvent voir
l’abbé à sa retraite du prieuré de la Bucaille, un hameau
perdu dans les marais donnant sur la passe des Grands Veys.
Le vieillard avait entrepris de transmettre à son protégé
tout ce qu’il savait de la mer, et comme il en avait appris
beaucoup lorsqu’il avait été aumônier des galères du Roi,
c’était pour Marceau, un puits de science et le meilleur des
instructeurs de pilotins.
Hélas, Jacques Bonin avait suivi le comte Etienne à la
guerre avec l’Espagne et il y fut tué l’année du traité des
Pyrénées (1659) qui réunit le Roussillon à la France.
Comme il avait poussé son fils aux études, il supplia le
comte, avant de rendre l’âme, de lui faire terminer ses
humanités. Le comte Etienne revint, lui aussi blessé et, fort
21 marri d’avoir perdu son fidèle écuyer, il décida de parrainer
Marceau comme pilotin cartographe quand il aurait fait ses
preuves.
C’est ainsi que ce garçon bénéficia, dès l’âge de dix ans,
de l’éducation d’un gentilhomme, tâtant aussi bien de la
plume que du fleuret... A seize ans, on l’appelait déjà
« Marceau Bonin du Vernois » car, à cette époque, il valait
mieux ajouter à son nom une particule, même si l’on n’était
pas adoubé administrativement par un suzerain. Pourquoi ?
Afin de se différencier, durant les guerres de religion, des
gens peu recommandables portant le patronyme très
répandu, en Normandie, de « Bonin » !
Un ancêtre de Jacques Bonin, farouche catholique, avait
décidé d’accepter ce marché bizarre pour se démarquer d’un
cousin huguenot brigand ayant le même nom, au triste temps
des guerres de religion.
C’est pour cela que le roi Henri III avait permis cette
distinction par ordonnance royale, et ce, contre une somme
d’argent forfaitaire remise à la couronne.
Quant à Marceau, il accepta volontiers cette particule sans
en tirer gloire bien qu’elle l’aidât beaucoup dans des
circonstances dramatiques…
Quand le comte Etienne devint secrétaire au ministère de
la Marine, il rédigea au bénéfice de Marceau une lettre
patente le recommandant à tout maître d’équipage ou
1capitaine de la Course comme aspirant lieutenant déjà

1 On appelait ainsi la confrérie des corsaires qui sillonnaient les mers
pour attaquer et s’approprier les bateaux de guerre ou de commerce
battant un pavillon ennemi de la France. La cargaison, confisquée, était
ramenée au port d’attache et les denrées consommables étaient partagées
équitablement entre les corsaires et les habitants de ce port. Le reste, non
périssable, était vendu au bénéfice du royaume. Quant aux marins
ennemis, ils restaient prisonniers jusqu’à ce qu’une rançon soit payée par
leur pays d’origine. Comme l’argent ne venait pas toujours, les marins qui
devaient rester dans des geôles souvent infâmes finissaient par s’enrôler
dans la Course qui les avait vaincus…
22 compétent sur les choses de la mer et, surtout, des cartes
marines, et ce, à la discrétion des commandants de bord de
le tester pour en évaluer la capacité réelle. Ce document écrit
sous l’imprimatur de la fleur de lys allait guider le jeune
homme dans la voie qu’il s’était tracée et, ceci, très
étonnamment, bien au-delà des frontières de France !
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