Pourquoi j

Pourquoi j'meurs tout l'temps

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Français
140 pages

Description

«Pourquoi j’meurs tout l’temps ?» se demande Anaïs Airelle qui fuit le carcan sociétal, choisit la rue et se réfugie dans l’errance. C’est pour calmer sa colère, pour domestiquer sa haine que «la petite» écrit, livre son parcours dans la rue, entre Montréal, Vancouver, la campagne française et le reste de l’Europe. Dans ce récit empreint de poésie, d’indignation mais aussi de lucidité, l’auteure se raconte. Écorchée vive, elle nous dit toute sa révolte face à une société où le conformisme l’oppresse, une «normopathie» qu’elle fustige et qu’elle provoque en choisissant la marginalité.
Écosociété, éditeur qui publie exclusivement des essais, fait un pari audacieux en publiant ce récit d’une très grande qualité littéraire. Mais cette publication va aussi de soi pour l’éditeur. Anaïs Airelle nous parle de l’enjeu social qu’est l’itinérance, certes, mais aussi de quête de sens, de maladie mentale, de suicide et de l’ostracisation des marginaux, sans jamais tomber dans la victimisation. L’errance est, au fond, une quête pour tenter de «vivre autrement».
Anaïs Airelle est aide-soignante et vit dans une communauté où la toxicomanie fait rage. Lorsqu’elle se réfugie dans la rue et décide de quitter Montréal, sa vie se résume à beaucoup d’alcool, de drogue et d’insomnies, mais surtout à un «mal» qui lui colle à la peau. Elle a «mal à l'absurde, mal aux repères, mal aux humains».
L’autobus où elle monte la mène vers l’Ouest, vers Vancouver où elle fraternise rapidement avec des punks. L’âpreté de la rue, de la ville, la rattrape: dormir n’importe où, manger quand elle peut, se laver rarement, prendre toutes sortes de drogue pour atténuer tout ça, et s’entraider, malgré tout. Sa rage de liberté grandit. Elle part pour l’Europe et finit par se retrouver à la campagne, dans un village auto-géré où plusieurs ont atterri à force de galère, de rejets, de mal de vivre ou d’originalité dérangeante. Vivre avec des déviants, de tendres fous, des voyageurs la calme. La solidarité et la tolérance qui règnent entre eux lui permettent de vivre, d’apprivoiser sa colère et d’atténuer son chaos intérieur.
Pour le lecteur, ce parcours est déroutant et profondément touchant. Il permet de voir de l’intérieur ce monde de l’itinérance tristement ignoré et trop souvent méprisé. Ce récit est une révolte, une mise à nu, mais aussi un apprentissage.
C’est «un hommage à tous ces gens qui galèrent, des gens riches d'histoires, d'expériences, des gens riches de leur regard sur les humains... Y'a pas un seul universitaire sur Terre qui m'fera oublier que les discours les plus essentiels, j'les ai entendus de la bouche des bums de Montréal, des crackhead de Vancouver, des SDF de Paris et des fous du Grandlarge. Sans glorifier la déglingue, j'veux rendre hommage aux pirates de la civilisation malgré eux, qui en arrachent et qui s'accrochent ou bien finissent par larguer les amarres.»

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mai 2014
Nombre de lectures 10
EAN13 9782897191481
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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ANAÏS AIRELLE
Pourquoi j’meurs tout l’temps récit
Pourquoi j’meurs tout l’temps
Anaïs Airelle
Pourquoi j’meurs tout l’temps récit
Coordination de la production: Valérie LefebvreFaucher et AnneLise Gautier Illustration de la couverture : Julie Doucet Typographie et mise en pages : Andréa Joseph [pagexpress@videotron.ca]
Tous droits de reproduction et d’adaptation réservés ; toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.
Pour l’édition française : ©Les Éditions Écosociété, 2009
les éditions écosociété c.p.32052, comptoir SaintAndré Montréal (Québec)h2l 4y5
er Dépôt légal :1trimestre2009
isbnpapierisbn pdf isbn epub
97829231655309782897191498 9782897191481
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Canada
Airelle, Anaïs, 1987
Pourquoi j’meurs tout l’temps : récit d’une errance
isbn 9782923165530
1. Airelle, Anaïs, 1987 . – Romans, nouvelles, etc. I. Titre. II. Titre : Pourquoi je meurs tout le temps.
PS8601.I76P68 2009
PS9601.I76P68 2009
C843’.6
C20099403714
Nous remercions le Conseil des Arts du Canada de l’aide accordée à notre pro gramme de publication. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIE) pour nos activités d’édition. Nous remercions le gouvernement du Québec de son soutien par l’entremise du Programme de crédits d’impôt pour l’édition de livres (gestion SODEC), et la SODEC pour son soutien financier.
À celles et ceux qui en arrachent et qui s’accrochent Aux gens courageux d’mon cœur: Asma Mafamamé Katarina Tournesol Rhouli et son p’tit germe Mélafol, Mimi, Corale exbotcha crew, Djo, Cougar tous les potos, toutes les pototes beaucoup Ch’tit Gug et Jocelyne :merci!
hîento.
J’saîs pas pourquoî tu t’es pendu. Et même sî j’m’en doute, j’m’en Fous. Aucune spécuatîon. Tu étaîs însomnîaque et Fatîgué, tu étaîs une Force tranquîe… Ta Fortune : une guîtare et un paquet de copes. Ton Horreur : des nuîts bancHes, întermînabes, et puîs une nuît noîre,a dernîère. J’saîs pas quee gueue tu Faîsaîs orsque tu t’es passé a corde au cou. Et n’veux surtout pas savoîr ce que es spécîaîstes en ont dît. Aucune anayse psycHo-médîcae. Tous ces épancHements scîentîiques quî dîssèquent ’âme et ses soufrances, toutes ces connerîes quî ne t’ont mené à rîen… Que dae. Tu étaîs un puîts de brume. Des cernes sous tes yeux trîstes, des cernes sî nombreux qu’on auraît pu es compter comme es cerces d’âge d’un arbre abattu. Des yeux où ’on auraît pu îre tous tes poèmes teement que dedans î y avaît de îgnes et de marges. En marge, parce que comme a pupart de tes potes, on dîsaît de toî que tu étaîs Fou, angoîssé, névrosé, psycHotîque, maade. Maade de a vîe, de cette cHîenne de vîe avec ses portées de cHîots bâtards, tendres et joueurs. Maade d’une socîété totaement icHue.
À part es cîgarettes, qu’est-ce qu’on a pu partager, sînon qu’on cHercHaît tous es deux ? On cHercHaît, on cHercHaît, on cHercHaît… On savaît même pas c’qu’on cHercHaît. Incurabes et égarés. Je cHercHe encore. Maîs je suîs Fatîguée, moî aussî. Même sî je commence à guérîr entre cHacune de mes ièvres.
hîento, je croyaîs avoîr brûé tout e combustîbe-poîson de ma rage, et voîà que tu m’rattrapes, tu m’murmures : « Souvîens-toî, rappee-toî, n’oubîe pas quî tu es, n’oubîe jamaîs ce que nous sommes. » La rage, a rage, a rage, a rage… comme un cHapeet que j’égrène dansma tête. hîento, comme ton grand Frère avant toî, tu t’es pendu. Compagnon de dégîngue, de crîses în-exîstentîees nocturnes et d’espoîrs cHaHutés… J’me souvîens : certaîns soîrs, toî, grand maïtre de a guîtare, tu gîssaîs tes maîns sur es cordes et on tanguaît, comme ça, dans un coîn encrassé de a grange, sur un aîr de vîeux rock ou de baade Françaîse. Tu m’dîsaîs aors que tu aaîs mîeux. D’accord. Maîntenant, j’te croîs. Et puîs es autres, hîento… Me souvenîr des autres… Mobîîser mon cœur et mon esprît. Désarmer mes entraîes. Me souvenîr de vous toutes, de vous tous… De vous, es protectrîces, vous, es efaroucHées, vous, es grands yeux, vous, es optîmîstes, vous, es tombés, vous, es reevés, vous, es retombés, vous, es Femmes tordues, vous, es anges encHaïnés. Vous, es pîrates de a cîvîîsatîon. Je m’rappee ’însondabe, je m’souvîens de vos êtres étaés en peîn jour, sortes d’antî-umîères mordues par e soeî. Votre errance dans ce cHemîn d’asîe : un peu de came, e repos, un reFuge, a paîx et ’envîe de s’y încruster, parce que c’est sî bon d’être avec vous. Je m’rappee vos crîs sîencîeux, vos cent mîes bruîts d’assîettes coupées, vos écats de vître et de porceaîne, vos maîns et vos pîeds ; vos protubérances brûées et gonlées. Je m’rappee vos peurs quî décHîraîent entement e jour, vos bras baants et vos boucHes crîspées quî s’ouvraîent comme avant a mort. Je m’rappee vos présences, vos cHaîrs vîves ou votre Grande Absence. Je m’rappee vos regards… Je m’rappee m’être reFusée à comprendre certaîns regards, à es prendre, à es cueîîr comme on trufe ses trîpes de bombes à retardement. Je m’rappee vos paroes, vos Hîstoîres, vos vîes d’Humaîns. Je m’rappee ce cHarabîa, ce mîcrocosme de Foîe où vous, et vous seus, m’avez donné un nom.
Septembre
Zoom sur le Canada… Québec… Montréal. Zoom sur un Centre Hospitalier de Soins Longue Durée (c’est l’institution où la solitude achève de crever la vieillesse). Zoom sur une gringalette qui pousse un chariot chargé de plateaux repas chauffés au microondes et scellés sous plastique.
Bosser soixante heures par semaine, c’est pas son truc. La petite est aidesoignante. C’est un travail fatigant et mal payé, mais la petite aime bien la présence d’autres gens. Dans son équipe de travail, il y a Omar. Omar vient du Congo. Il est biologiste, mais ne peut pas pratiquer son métier, car les institutions québécoises lui ont ordonné de reprendre toutes ses études depuis le collège. C’est un problème courant et bien emmerdant pour beaucoup d’immigrés au Canada : la nonreconnaissance des diplômes étrangers. En attendant, quelque part en Afrique, une femme et cinq gamins attendent qu’Omar ramasse assez de fric pour pouvoir leur faire traverser l’océan. Et avec le salaire qu’il gagne, c’est pas pour demain ! Omar et la petite se marrent bien. Parmi les douze personnes âgées dont ils prennent soin, il y a une vieille Autochtone nommée Madame Brascoupé. Chaque fois qu’ils vont la voir, Omar se goure de nom et lui dit : « Bonjour, Madame Brascassé, tu vas bien ? » À chaque fois, ça fait rigoler la môme. Avant de passer son certificat d’aidesoignante, elle travaillait avec des enfants handicapés.