Une âme vagabonde

Une âme vagabonde

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Français
218 pages

Description

Dès sa prime enfance, Élisa est arrachée à ses racines et à son île natale, La Réunion. L’adaptation de la petite fille à la terre métropolitaine et à ses nouveaux parents ne se fera pas sans mal.
En grandissant, elle connaît bien des mésaventures, des déceptions et des humiliations qui la pousseront sur les routes de l’errance. Elle y fera des rencontres inattendues et insolites, des mauvaises comme des bonnes, croisant même quelques apparitions mystérieuses et fantastiques.
Rêves, fantasmes et visions étranges ponctuent l’existence d’Élisa. Ce qui la rattache à la vie, c’est sa quête absolue de l’amour idéal, qu’elle poursuit à travers ses aventures de jeune fille puis de femme mûre.
C’est la clef véritable de son destin. Parviendra-t-elle à la trouver ?
Marlène Ouledy est née en 1967 à La Réunion. Victime de la fameuse affaire des « cargos de la Creuse », elle a été arrachée à son île et sa fratrie pour être adoptée en métropole. Après une enfance difficile et une adolescence chaotique, de fugues en aventures rocambolesques sur les routes de France, d’Espagne ou d’Italie, elle s’est fixée dans la Manche où elle est aujourd’hui assistante maternelle.

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Informations

Publié par
Date de parution 09 mai 2016
Nombre de lectures 14
EAN13 9782310028769
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Marlène Ouledy
Une âme vagabonde
Chroniques d’une vie déracinée
Récit
Éditions Amalthée
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© Éditions Amalthée, 2016 Pour tout contact: Éditions Amalthée – 2 rue Crucy – 44005 Nantes Cedex 1 www.editions-amalthee.com
En souvenir de mes parents biologiques
Élisabeth et Christian, de mes parents adoptifs Alphonse et Paulette, À mes frères et sœurs, À mes enfants.
Avec une pensée pour tous les enfants de La Réunion arrachés à leurs racines entre 1963 et 1982 pour être adoptés et placés dans des familles d’accueil en métropole…
Ne plus penser, ne plus vouloir, entrer dans le livre ouvert, en être un mot, une lettre.
Laisser sur le rivage les vêtements dont la vie nous a revêtus. Retourner vers le temps d’avant l’éveil de la conscience dans un monde sans barrière que nous retrouverons un jour.
Anne Philipe,Spirale.
PROLOGUE L’ALPHA
Hier moins l’infini. Avant même le commencement, elle se trouvait dans un grand trou noir. Avec le vide tout autour. Elle ne faisait qu’un ave c sa conscience, bien présente, mais à un autre niveau que sur terre: en plus éveillée, plus clairvoyante. Elle ne ressentait rien. Elle ne connaissait pas la souffrance. Elle n’éprouvait qu’une sorte de bien-être. Elle se sentait légère, légère… Elle flottait dans une autre dimension. Puis, elle eut l’impression de percevoir des présen ces, des sons, des bruits. Des entités – des êtres? – semblaient veiller sur elle. Elle était heureuse. Elle baignait dans l’extase, ne ressentan t toujours aucune douleur. Il lui restait cependant la sensation d’avoir quitté un corps terrestre. Mais elle ne se souvenait plus lequel, ni même de quelle nature il avait pu être, ni non plus en quel lieu, ni en quel temps. Si cela av ait été. Elle n’en savait plus rien, sa conscience avait oublié ces détails. Ce pouvait être à l’époque de Bonaparte, au Moyen Âge ou en Atlantide. Elle s’en fichait d’ailleurs. Les jours, les semaines, les mois, les années, les siècles mêmes ne comptaient plus. Là où elle se trouvait, elle ignorait la noti on du temps. Là-bas – là-haut? – mille ans se résumaient à une vision fugace qui passait aussitôt venue, comme en un seul instant. Très vite, elle se retrouva comme dans une file d’attente, à faire la queue. Devant elle, patientait une multitude d’autres âmes , d’autres consciences. Pour la plupart, elles lui paraissaient inconnues. Certaines semblaient sourire, d’autres pleurer. Elles chantaient. Elles progressaient, chacune à leur tour. Puis, ce fut le sien. Elle s’avança et se retrouva devant une lumière, éblouissante, mais qui ne l’aveuglait pas. Elle l’admirait. Ensuite, elle aperçut d’autres êtres de couleur blanche. Ils flottaient eux aussi, comme el le, autour d’elle. Ils la regardaient. Elle remarqua alors un point minuscule au loin, sur l’infini, un point pas plus grand qu’une tête d’épingle, que le chas d’une aiguille, posé dans l’immensité de l’univers et cerné par le néant absolu et noir. Elle ne savait pas que c’était la Terre… Cela aurait pu tou t autant s’avérer être Mars, Vénus, la Lune, ou toute autre planète connue ou ignorée des humains. Les « êtres » la fixaient toujours. Leurs « voix » se mirent à résonner en elle. Elle les entendit soudain lui dire: « Le moment est venu… C’est ton
touronscience qu’elle! » Et elle s’entendit leur répondre à travers sa c refusait ce voyage, qu’elle n’était pas encore prête, qu’elle ne voulait pas y aller, qu’elle avait peur… Les voix insistèrent: — Si! Tu dois t’apprêter à souffrir… Tu dois souffrir! Va maintenant! — Non! répondit instantanément sa conscience. Je ne veux pas y aller! Mais elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pa s s’y opposer, se dérober. Elle ne pouvait pas fuir. Elle était sans pouvoir, sans défense. Elle ressentit alors comme une poussée qui la précipita dans la spirale du néant. Elle aurait voulu crier mais comment aurait-elle pu le faire? Elle n’avait pas encore de corps… Elle allait en trouver un. Et soudain elle se réveilla. Elle sentait les choses. Elle sentait, elle ressent ait, elle voyait, elle entendait, au sens habituel, par ce qu’il est convenu d’appeler les cinq sens. Elle se retrouvait dans un landau des années 1960. Elle se voyait téter un biberon. Elle n’avait que quelques jours, dans cette existence terrestre qui pour elle ne faisait que commencer.
L’ÎLE PERDUE
Juin 1967. Le soleil brille dans un ciel bleu turquoise. Quelque part dans une petite île perdue au milieu d’un océan, une femme souffre. Elle va bientôt accoucher. Personne ne sait encore si ce sera une fille ou un garçon. Elle est étendue sur un grand l it. Le « travail » a commencé depuis de longues heures déjà. Les contrac tions deviennent plus intenses, plus rapprochées… Autour d’elle, des femmes s’activent, ce n’est pas le moment de rester là, les bras croisés, sans rien faire. Le père de l’enf ant qui va naître est présent; il est prêt à vivre ce qui doit se passer. Celle qui va engendrer se tord de douleur. Elle a t ellement mal qu’elle voudrait que tout cela se termine au plus vite. Elle n’en peut plus. Sous la fatigue et sous l’effort qu’elle doit fournir, elle se met à crier. Elle a l’impression que ses entrailles se déchirent au plus profond d’elle. Elle se dit: « Mon dieu! Quand est-ce que tout cela va s’arrêter? » Il faut pousser. Encore. Encore plus fort. Elle hurle. Voilà… Une petite boule chevelue vient d’apparaître… Elle reprend son souffle… Les épaules à présent… Il faut continuer… Pas un seul instant de répit… Ce bébé doit venir. Il le faut à tout prix! Cette petite fille est née enfin. Dans un corps à l a peau toute rosée, comme ses deux petites joues bien rondes. Elle pous se son premier cri. Elle semble vouloir vivre! Elle est arrivée en ce bas monde, si fragile, si innocente, si désarmée. Elle s’appellera Élisa. Les infirmières s’affairent autour de la mère et de l’enfant. Elles connaissent bien leur tâche; elles ne perdent pas une minute. Elles ont emmailloté le bébé de langes taillées dans de grands draps blancs, ficelés comme des saucissons, pour l’empêcher de trop remuer et pour le protéger des maladies infectieuses car l’île foisonne de mic robes, de bactéries, de virus. La mère d’Élisa est femme au foyer. Elle s’occupe de ses enfants comme elle peut. On raconte que son homme la bat. Il est alcoolique. Lorsqu’il rentre de son labeur de journalier, le seul possibl e pour lui dans ce pays d’outremer, il se montre violent, il casse tout à l a maison. Sa femme en souffre terriblement. Elle a le plus grand mal à élever ses sept enfants dans ces conditions. La nouvelle venue est le huitième. Et dans trois ans un autre va la suivre: son unique et dernier frère. Le sort les séparera vite.
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Élisa ne peut pas encore penser que la vie puisse ê tre injuste. Elle ne peut pas savoir non plus que son père partira « avant l’heure ». Un jour, plus tard, elle cherchera la vérité, elle essaiera de comprendre. Ce sera une de ses demi-sœurs qui pour la retrouver mettra la roue en marche. Elle apprendra alors ce qui se sera passé. Mais elle ira au-delà des paroles seules, des sources qu’on lui donnera. Elle se confrontera toute entière aux origines et s’en trouvera à nu. Elle remontera très loin dans ses souvenirs d’enfant, vivants à jamais en elle, plus réels même que son présent, jusqu’à cet instant où, à peine âgée de neuf mois, on l’arrachera pour la voler des bras de sa demi-sœur. Elle plongera dans des cauchemars terrifiants, sera marquée de cicatrices indélébiles, jusqu’à ce qu’el le comprenne que son histoire devra être révélée au monde. Élisa ne peut pas encore penser que ce qui est écri t dans les astres se réalisera. Et nul ne sait encore ici-bas ce que les bonheurs et les malheurs à venir feront de ce petit être d’amour.
L’ANNÉE DU FOUET
1970-1971. Depuis environ trois ans, Élisa a été recueillie da ns un orphelinat. Elle ignore pourquoi elle y est entrée. Elle va sur ses quatre ans. Cette année-là, un étrange événement se produit. Son souvenir la gl ace encore d’effroi aujourd’hui. C’est un jour où tous espèrent recevoir des cadeaux . Le soleil est très haut dans le ciel de l’océan Indien. Elle est devant un grand et large mur. Elle ne comprend pas pourquoi mais elle ressent de la peur. D’autres enfants se trouvent près d’elle. Ils ont peur eux aussi, aussi peur qu’elle. Ils ne savent pas pourquoi ils sont là et ni à quoi ni à qui ils doivent s’attendre. Soudain, tout le monde se met à courir, à fuir. C’est la débandade. Elle fixe alors le mur et aperçoit une silhouette inquiétante toute de rouge vêtue. À l’instant même, elle comprend la raison de cette ag itation, elle se met à paniquer à son tour, elle s’enfuit. Elle ne sait pas où se réfugier. Elle voit une petite bicoque, une case, comme on dit là-bas. Elle s’en approche. Elle reprend un peu son souffle. Il fait chaud, le vent charrie un parfum de vanille et d’autres fruits de cette terre qu’elle connaît à peine. La porte de la cabane est grande ouverte. Elle se risque à y pénétrer. Un petit garçon la suit. Les autres enfants se sont dispersés. Rien n’aurait pu les retenir. Élisa s’avance avec prudence. Au fond de la case, e lle remarque une chaise. Assis dessus, elle reconnaît ce personnage étrange et inconnu, habillé de rouge, dont l’apparition vient d’effrayer tout le monde un instant auparavant… Elle en reste paralysée de frayeur. Il porte une longue barbe blanche et dans sa main il tient un quelque chose qui ressemble à un fouet. Il se lève tout à coup et se dirige vers elle et le garçon. Élisa sent une menace, l’angoisse l’envahit. Il faut vite se cacher! Mais où? Il n’y a aucun recoin! Trop tard! Il a déjà attrapé Élisa. Il la tient fermement sur ses genoux. Elle le supplie de l’épargner, de ne pas lui faire de ma l. Mais il n’en a cure. Il reste sourd à ses plaintes. Il fait ce qu’il avait décidé, ce qu’elle craignait. Il se met à frapper… Sans montrer aucune émotion, il la repose ensuite à terre. Après elle, c’est au tour du petit garçon. Lui non plus n’a pas pu s’enfuir. Il est resté près d’Élisa. Il ne l’a pas quittée. C’est à présent le mois de mai. On doit être vers le milieu du jour. La petite fille en robe blanche ne se lasse pas d’a dmirer les gracieux cocotiers qui dansent sous le vent. Elle a le visage d’une enfant de la terre et la fragilité d’un petit être abandonné. Sa douce peau mâte et dorée
exhale des senteurs suaves de mangue, d’ananas et mille autre fragrances enchanteresses. Son innocence resplendit de beauté. Élisa regarde une belle voiture blanche, étincelant e sous le soleil au zénith. Elle n’a aucune idée de la raison pour laquelle ce véhicule se trouve là. On lui dit qu’elle est venue pour la chercher. Le moteur tourne. Il faut qu’elle monte dedans. Élisa ne veut pas, el le pleure, elle ne veut pas partir. Il le faut pourtant. On l’attend ailleu rs. Des gens de très loin qu’elle ne connaît pas et qui vont l’accueillir dans leur grand pays au-delà des mers. Entre deux sanglots, Élisa inspire à plein poumons cet air pur et parfumé qu’elle doit quitter. Elle n’a pas d’autre choix que de monter. La voiture démarre. Assise à l’arrière, Élisa se retourne une dernière fois pour regarder à travers la vitre fumée s’éloigner cette allée familière, ce petit bout du monde où elle a vu le jour et qu’elle ne reverra pas avant bien longtemps. Une gentille dame l’accompagne. Elle a dit à Élisa qu’elle sera son chien de garde jusqu’à l’arrivée des inconnus qui viennent l’adopter. Mais la petite fille se demande si elle ne l’a pas plutôt trahie. Ensuite Élisa s’est retrouvée à bord d’un immense oiseau de fer. À travers le hublot, elle contemple la mer infinie tout en ba s, jusqu’à l’horizon. Elle songe à une vie meilleure qu’on lui a fait miroiter mais déjà les regrets la submergent. Elle s’inquiète de savoir où on l’emmène. On l’a arrachée à la terre de ses origines. On ne lui a pas demandé son avis. Ce sont les adultes qui décident de ces choses. Elle, elle n’a plus que ses yeux pour pleurer. Elle a commencé à le comprendre… Au bout de combien de temps et de milliers de kilomètres? Elle n’en sait rien. Le voyage a passé comme un songe. L’oiseau de fer a atterri. Si elle savait lire, elle déchiffrerait le sens des grandes lettres en haut du bâtiment: « Paris-Orly ». Élisa scrute le ciel d’où elle vient de descendre. Elle est effrayée par l’agitation de l’aéroport et le bruit assourdissant des machines volantes. Le terminal est rempli de gens pressés qui vont et viennent. Elle n’a jamais vu autant de monde. On la bouscule. Certains s’en excusent, d’autres pas… Élisa aperçoit alors un couple immobile qui la rega rde. Un homme aux cheveux bruns, de taille moyenne et une femme plus petite, aux cheveux châtains. Tous deux doivent avoir la trentaine. Ils lui sourient. La petite fille pense qu’il s’agit de ses vrais parents. Quand on est enfant, la différence de couleur n’existe pas et le mot « race » n’a aucune valeur, aucun sens. L’homme et la femme lui tendent les bras. Dans sa c andeur, Élisa fait de même. Ils se présentent comme ses « nouveaux parents ». Elle ne se rend pas vraiment compte de ce que ses mots signifient réellement. Ils lui disent qu’elle va devoir les suivre…