Une ville (13 boucles)
84 pages
Français

Une ville (13 boucles)

-

Description

[TEXTE COURT]

Il ne faudrait pas, pour parler de ce que ce texte apporte de neuf à l'écriture de la ville, commencer par dire que l'auteur est architecte, spécialiste de Le Corbusier photographe, et parallèlement enseignant dans une école d'architure.

Parce que ce n'est pas cela qui aide à écrire, ou plutôt inventer une écriture.

D'ailleurs, le texte ne parle pas de celui qui écrit, à quel moment, en quels lieux, à quelle heure – à suivre son blog "à peine perdue", on devine les voyages, les chantiers, les soirs d'hôtel, les rumeurs de ville.

Peut-être est-ce ce permanent décalage, peut-être est-ce le geste même de toucher à la ville en tant que paysage, parce qu'on la modifie, qu'on l'écrit – si l'architecture écrit par ses signes et bâtiments – que les mots ici en appellent aux souvenirs d'enfance, d'adolescence, aux dérives, pour revenir à la ville imaginée, la ville intérieurement reconstruite.

On découvrira qu'elle inclut le vis-à-vis avec la mer. Qu'elle inclut le souvenir de la guerre. Qu'elle inclut ses étages, niveaux, escaliers, perspectives. Qu'elle inclut les mots et graffitis qui sont sa peau d'écriture.

Il y a ici construction. Le mot "boucle" n'est pas au hasard : comme les cercles de Dante, chacun ne mène qu'à lui-même, on retraverse toujours depuis le point de départ, et tout s'assemble en se superposant. Ainsi va naître notre rêve de lecteur.

Il y a de l'abstrait, mais il surgit à ce dessin si net et précis en chaque figure de mot. Un livre intérieur. Et qui pour cela se confie tout entier aux figures géométriques, mais si habitées, de la ville.

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Informations

Publié par
Date de parution 06 mars 2012
Nombre de lectures 29
EAN13 9782814506152
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Couverture d'Une ville

UNE VILLE
(13 BOUCLES)

Emmanuel Delabranche

glyph


publie.net
ISBN : 978-2-8145-0615-2
© Emmanuel Delabranche & Publie.net

L’auteur & le texte

L’auteur

Né au havre passé par rouen puis paris et revenu au havre puis à rouen

Ai voyagé en quelque sorte

Architecte pour que la vie ait lieu

Tente d’enseigner l’architecture au travers de textes et de musiques

Peux mieux faire

E. D.

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur son blog, à peine perdu(e), ou sur Twitter : @edelabranche.

Le texte

Il ne faudrait pas, pour parler de ce que ce texte apporte de neuf à l’écriture de la ville, commencer par dire que l’auteur est architecte, spécialiste de Le Corbusier photographe, et parallèlement enseignant dans une école d’architecture.

Parce que ce n’est pas cela qui aide à écrire, ou plutôt inventer une écriture.

D’ailleurs, le texte ne parle pas de celui qui écrit, à quel moment, en quels lieux, à quelle heure – à suivre son blog “à peine perdu(e)”, on devine les voyages, les chantiers, les soirs d’hôtel, les rumeurs de ville.

Peut-être est-ce ce permanent décalage, peut-être est-ce le geste même de toucher à la ville en tant que paysage, parce qu’on la modifie, qu’on l’écrit – si l’architecture écrit par ses signes et bâtiments – que les mots ici en appellent aux souvenirs d’enfance, d’adolescence, aux dérives, pour revenir à la ville imaginée, la ville intérieurement reconstruite.

On découvrira qu’elle inclut le vis-à-vis avec la mer. Qu’elle inclut le souvenir de la guerre. Qu’elle inclut ses étages, niveaux, escaliers, perspectives. Qu’elle inclut les mots et graffitis qui sont sa peau d’écriture.

Il y a ici construction. Le mot “boucle” n’est pas au hasard : comme les cercles de Dante, chacun ne mène qu’à lui-même, on retraverse toujours depuis le point de départ, et tout s’assemble en se superposant. Ainsi va naître notre rêve de lecteur.

Il y a de l’abstrait, mais il surgit à ce dessin si net et précis en chaque figure de mot. Un livre intérieur. Et qui pour cela se confie tout entier aux figures géométriques, mais si habitées, de la ville.

 

Une ville (13 boucles) existe aussi en version papier.

01 - l’auto

L’auto une simca 1500 carrosserie blanche sièges de skaï rouge dormait dans la cour du 35 boulevard kennedy au pied de la tour encerclée de bâtiments bas formant îlot l’un des plus grands de la reconstruction rapport au croisement des deux trames de la ville l’une historique et parfaitement nord/sud calée perpendiculairement au fleuve et le port l’autre parallèle à la mer à l’ouest suivant les anciennes fortifications du perrey faisant angle à soixante degrés et l’îlot de se retrouver articulation passage de l’une à l’autre

S’asseoir sur la banquette arrière molletonnée et piquée brûlante l’été aux cuisses et froide l’hiver et les jours de pluie qu’aucune ceinture aucun accoudoir ne redécoupaient toute entière mais toujours du même côté assis au dos du siège passager regardant de biais le conducteur et ses quelques manettes vitesses au volant et frein à main juste en dessous et de déposer sur la plage arrière de la voiture les prospectus récupérés dans la boîte aux lettres ouverte quelques instants avant pour en voir le contenu et les regarder chaque jour se décolorer au soleil de l’été passant en les déplaçant légèrement en les décalant pour organiser ce changement de couleurs cette atténuation révélant une composition finale à la manière de peintres abstraits dont je ne connaissais ni le travail ni même le nom

Une fois par jour monter à son bord quitter la cour après avoir fait le tour du jardin en contrebas qui à la manière anglaise éclairait un parking sous terrain à l’accès interdit n’y ayant aucune place réservée puis passer la grille qui un jour est devenue passage à niveau comme pour garantir les places aux résidents quand le nombre d’autos a dépassé celui de logements et déboucher dans la rue au dos de la poste rues aux façades identiques et les volumes pareils à ceux de la cour qui en faisaient de la ville une extension et d’elle une ville miniature au cœur même de la cité modèle lieu témoin et essentiel

Par la rue de paris remonter vers le bassin et la place du théâtre qui jamais n’avait revu le jour depuis sa mise à terre par les bombardements qui était bordée d’arcades hautes et peu profondes formant abri quand le vent se levait quand il pleuvait mais surtout donnaient caractère unique au lieu le désignant comme l’un des principaux axes de la ville reconstruite interrompues pour laisser place à la cathédrale posée quelques marches plus bas sur le sol ancien des alluvions et des marais de la première ville

Cette rue la pratiquer chaque matin pour y faire les courses quotidiennes servant à la préparation du déjeuner mais pas plus l’après-midi assurant l’achat des produits de base et courants les conserves les fruits à laisser mûrir et le jambon ou tourte du soir partageant ainsi les pratiques urbaines en deux lieux différents pour des choses finalement semblables à quelques exceptions près

Le haut de la rue de paris comme on l’appelait bien que le sol soit plat en cette partie de la ville et cela depuis les destructions plus au nord était une vaste dilatation une incroyable ouverture où l’eau se donnait de nouveau à voir sur la droite l’eau du bassin pointée en son presque milieu d’une flèche blanche supportant une passerelle en parenthèse couchée ventre au sommet et sur la gauche une place régulière et carrée retenant des centaines de voitures stationnées

Cadrée la ville s’ouvrait devant dans une complexe composition spatiale équilibrée mettant en rapport la place tenue sur trois côtés le vide du bassin la ponctualité de la pointe blanche la profondeur des immeubles faisant rives et la percée continue de la rue de paris montant au-delà vers les jardins de l’hôtel de ville et ce vaste édifice majeur du centre flanqué à l’ouest de sa tour et d’une colonnade trop expressive

Et la voiture de s’engager sitôt l’espace ouvert sur la gauche pour venir se stationner sur la place qui deviendra l’un des plus beaux lieux de la ville lorsque le théâtre refera surface émergeant tel un arbre puissant et généreux du sol nourrit de l’eau souterraine présente dans tout le centre comme témoin de la venise qu’avaient fabriquée le fleuve et la mer se rencontrant à chaque marée montante avant que l’homme ouvre le cordon littoral et répartisse à son avantage les choses de la nature

Des places sur la place il y en avait des centaines non marquées non dessinées des places libres gratuites comme cela était encore le cas en province à cette époque-là alors l’une ou l’autre peu importait et en marche avant toujours se garer pour pouvoir mettre dans le coffre les achats au retour des halles et de la main droite au volant un mouvement mettre au point mort le moteur et la boîte automatique de la simca

Le sol était comme en devenir couvert de gravillons permettant aux cirques qui s’y installaient plusieurs fois par an de s’ancrer sans le détériorer sorte de champs de mars carré et des cirques il y en avait encore et souvent obligeant à chercher à se garer autour des halles directement à proximité réduisant contre volonté la marche à pieds

Me souviens de ce sol irrégulier crissant sous nos pas de la couleur même des graviers des flaques qui s’y formaient et des détours pour rester au sec lorsque la pluie avait cessé et que le ciel inondait de lumière bassin et place jetant des ombres aux façades comme gifles aux visages révélant les sables des bétons et leurs teintes jaune et rose comme les joues échauffées

La place gambetta était séparée des halles centrales par une barre placée nord/sud qui ne ressemblait pas aux autres ne formant pas îlot n’ayant aucune cour et dont les façades étaient peintes de blanc et les loggias de jaune groupées en deux points qui au sol entre les commerces faisant socle offrait passage de la place vers les halles d’est en ouest et de traverser enveloppé des vapeurs chaudes de la teinturerie centrale qui s’y rejetaient et d’en ressortir comme propre et pressé fumant et blanchi découvrant la coque voûtée des halles juste devant

Une rue à traverser la première dans cette ville qui en a plus que tout autre une rue des rues un millier de rues quadrillées un sol tissé de voies et l’entrée dans les halles alors que de halle il n’y en a qu’une unique au plafond bas sans que la coque externe ne produise rien au dedans un espace plat au plafond de dalles et à la lumière artificielle aux boutiques organisées autour d’un circuit carré ville miniature encore réduction du quartier avec ses commerces alimentaires ses primeurs ses bouchers ses poissonniers ses marchands de thé ses boulangeries et son supermarché

Les jours de pluie le sol était brillant glissant reflet des passants et des enseignes des étals depuis lesquels ils disaient bonjour ça va allez-vous bien et ce temps qui ne s’arrange pas ah quelle pluie bel été madame on a connu pire l’an passé et puis de traverser aller à la grande surface acheter sucre lait conserves mais très peu on faisait tout nous-mêmes encore bière en bouteilles consignées comme ça se fait encore dans le nord tu mets la bouteille sur un plateau tournant valide elle disparaît et tu reçois une pièce et nous des bouteilles on en mettait un jour sur deux ou trois plusieurs et des savons du dentifrice des ampoules à acheter

En caisse avec le caddy dans des paniers après pas de sac pas de carton repartir des fruits acheter chez le primeur il a encore grandi vu la veille c’est fou et retourner aller avec mes deux francs de poche m’acheter une friandise réservant un mini jouet ou au tabac faisant un des angles de la rue intérieure en circuit fermé des halles une voiture miniature étaient fabriquées à lyon encore les majorettes et aussi petites soient-elles 69 on lisait sur les plaques des audi 100 ou des fuego et de retour dans la file d’attente du primeur des poires s’il vous plaît pour ce soir

Le caddy avait déjà retrouvé sa place ne sortait pas de l’enceinte des halles personne n’allait à sa voiture avec et pourtant ni vigile ni consigne ne l’interdisait on les rangeait près des sorties dans des espaces réservés et aujourd’hui de traîner en périphérie attachés à des portiques formant files comme sur les parkings des hypermarchés zones commerciales périurbaines et repartir passant parfois à la pharmacie pour en rapporter des boîtes de comprimés et des sachets de granulés à avaler avec la soupe c’est ça vieillir

Les courses mises dans le coffre de l’auto remonter à son bord et reprendre la direction du front de mer le bas de la rue de paris les arcades défilant les priorités à droite tous les trente mètres ou moins et au bout le port entrant dans la ville le port pour horizon des bateaux le coupant le traversant le bouchant même parfois comme si la reconstruction prenait seulement fin un nouvel immeuble blanc en bout de rue un de métal aux fenêtres comme des télévisions lisses et aux angles adoucis dans cette ville où toutes sont verticales et quadrillées en huit carrés égaux

Rouler vers le port entendre le bruit des pneus sur les pavés posés en éventail entendre le bruit plus présent chaque instant des bateaux en mouvement les sirènes les moteurs les bruits du port si proche si urbain encore rentrer chez soi le quartier la tour la vue sur le port sur la mer le sémaphore et les anglais tous ces anglais débarquant et embarquant inlassablement nuit et jour faisaient file d’attente serpentant sur le quai débordant sur la route comme des amarres enroulées au sol

Garée la voiture ne bougerait plus jusqu’au lendemain même heure et l’était comme à cheval entre voie et trottoir faute de place tellement les gens en avaient acheté des voitures ces derniers temps des voitures berlines à coffre même les deux portes et de tourner parfois avant d’en trouver une place tourner dans la cour en faisant attention de ne pas en érafler d’autres tellement le passage se resserrait surtout dans les virages à angle droit et de vider le coffre ne portant rien juste la miniature la faisant rouler sur les barrières les façades ou à même le sol lisse du porche de la loge

Une femme était gardienne dont le mari était gardien aussi de l’îlot s’occupant des colis du nettoyage des cages d’escalier au moins une vingtaine et puis de la tour de ses dix niveaux sortant les poubelles de petits locaux techniques aux portes coulissantes de métal noir et directement alimentés par les vides ordures des cuisines surplombant les vidant dans des containers plus grands et replaçant les rondes plus petites sous les conduits et cela chaque jour matin et soir une mini ville c’est ça et de dire bonjour ça va à tout le monde et même d’être proche

La loge organisée sur deux niveaux et faiblement ouverte vers l’extérieur deux fenêtres seulement l’une pour la salle l’autre la chambre donnait sur un passage couvert d’une voûte de briques de verre et d’une terrasse d’un côté la cour le jardin et son parking de l’autre les anglais françois 1er l’entrée du port le sémaphore la maison de la culture et la mer

Traverser un grand local poubelles pour couper et arriver sans ressortir dans le hall de la tour l’appelait comme ça la tour il y en avait deux presque trois une commençant pareil mais tronquée stoppée en pleine croissance plus à l’est au bord du bassin au roy justement d’étrange proportion d’étrange allure l’appelait la tour mais il y en avait d’autres dans la ville autour de la place de la mairie au bout de l’avenue menant à la plage des plus longues moins ramassées moins statiques comme en mouvement orientées et plus hautes et sur les hauteurs on en avait construit des dizaines comme pour offrir la vue sur la mer à ceux qui étaient déjà à la campagne mais celles-là c’était pour rentabiliser le sol pas pour ponctuer c’était pour empiler pas pour repérer pas pour la ville mais pour l’économie autant en bas sur les marais c’était cher hors de prix de bâtir des tours rêves d’architectes et de monarques autant sur le plateau ville haute bon sol c’était rentable alors montons plus haut plus haut encore

Le hall était sombre que seul le sas d’entrée vitré sur un extérieur couvert d’arcades ombrageait éclairait sol de pierre concassée et polie murs de béton brut et de dalles de ciment aux gravillons lavés et apparents sur lesquels mes mains se frottaient jusqu’à l’engourdissement la douceur extrême béton devenant plus doux que la peau et aux deux ascenseurs visibles enserrés dans une colonne grillagée vert wagon d’abord puis noire avec le temps et les couches ajoutées traversant tous les paliers de la tour et qui se refermaient d’un geste soutenu les ascenseurs grilles tressées hachoirs verticaux bruit de métal et de roues déployés

C’était comme une route mais verticale avec ses défilements de peupliers lampadaires panneaux publicitaires pavillons épars devenus les portes palières la dalle des sols les lumières plafonnées les jambes parfois et les corps et les têtes dessus de ceux qui attendaient l’un ou l’autre des ascenseurs mais la course aussi courte qu’une rue traversée n’allant qu’au deuxième étage seulement entresol passé cabine stoppée à peine lancée prête à monter en quelques secondes au dixième et de limiter sa course au deux

Crissement de grille effort du bras mouvement de main et cette porte après dans les étages grillagée s’ouvrant à la française protégeant des accidents ceux qui attendent de descendre et une porte face à soi en bois pleine et vernie d’un logement le seul du palier qui soit mono orienté au sud et petit avec une chambre et la salle et ce plafond bas deux à gauche et symétrie pour celles de droite pour les logements d’angles et plus grands et cet escalier large et non encloisonné de la cage faisant le tour descendant à gauche et montant à droite escalier comme rosier grimpant dont chaque palier est fleur et pétales les appartements surfaces horizontales recevant lumière et vie et qui s’enroule autour de la cage et que l’on voit quand on se déplace rapidement et mécaniquement à la verticale et inversement vues croisées quand à pied on monte ou descend jamais seul jamais enfermé pas de miroir juste noyau sève montante et plus tu montes plus tu verras le sol le port la mer les bateaux et les anglais qui toujours attendent en bas que les portes géantes du ferry s’ouvrent pont-levis sur une coque vide parking

02 - les palissades

Il y a ce trou dans la ville ce cœur qui bat au dedans comme si le sol se dérobait des rues s’esquivait sous nos pas fuyant il y a ce trou dans la ville et rien qui ne tombe dedans plus rien que n’attire la lumière l’eau l’espace du volcan et de sa lave se lave le vent léchant les parois de biais les pentes et murs blancs

Il y a ce trou dans la ville et la mort jouée sur sa scène rideau en sang que plus rien ne lève lèvres closes plus de chant et sa salle ronde son cirque de ne plus jouer que le mort dedans il y a ce trou dans la ville écrin de théâtre aux films passant sous les projecteurs des vents pires tempêtes du temps

Il y a eu cette place vide si longtemps et un jour des palissades voilant un dedans devenu secret celui qui juste avant était terrain de jeux aux voitures aux cirques aux parades aux enfants un jour des palissades interdisant de voir supprimant l’espace aux passants

Et il y a eu cette réduction d’une réalité à venir de carton blanc dans une vitrine où le bus 10 attendant on avait le temps de regarder les cheminées comme des volcans pures blanches lisses et grandes des corps abstraits fendus au couteau finement du sol un soulèvement

J’avais dix ans

Et il y a eu ce trou dans la ville le chantier se faisant des terrassements promettant avenir et épanouissement le théâtre devait renaître de la terre venant un architecte avait fait œuvre comme une main d’un tout-puissant ni contexte ni contour pur rêve posé à terre maquette texte et dessins dressés d’une main dans un geste continu fluide et certain

Il était en exil l’homme réfugié sur notre terre y posant son empreinte comme pour s’y accrocher et retenir son sel marin ses lumières et nous donner de sa main et d’inscrire un jour comme cette eau la mer la terre et le ciel à tous appartiendront et de la voir couler entre ses doigts de bronze l’eau et de voir la terre dessous et le ciel dessus et la mer si proche à le croire

Il y a eu ce trou dans la ville là où avant il n’y avait rien enfin juste du passage du passant et voilà que la ville advient l’espace se construit du vide le plein des murs se monter comme couchés tournant sur eux-mêmes encerclant et la ville de se dessiner entre de se glisser comme la main le vent la lumière magnifiée le sang de reprendre de taper il y a eu ce trou et il y a eu ce chantier qui monte comme pour ne pas s’arrêter et cette eau du sol qu’on doit vider pomper et la mer si proche la lui rendre qu’elle redonne aussitôt et il y a ce va-et-vient continu ce retour des éléments quand on pense que la main aujourd’hui est sèche et que la mer la terre le ciel jamais à tous n’appartiendront

Il y a eu ce vide dans la ville qui n’était place que par son nom simple sol simple vide lieu de tout et point d’espace et il y a eu ce vide creusé sur le vide existant devenant complexité et contexte devenant tout ville place espace lieu culture rassemblement

Il lui a fallu du temps au volcan pour se faire et qu’en son sein on se réchauffe il a fallu béton et hommes pour monter les coques et les dalles entailler le sol d’une échancrure sensuelle et délicate il en a fallu du blanc pour faire briller le sel sous la pluie le vent les embruns il en a fallu de l’adresse pour montrer mieux que les peintres la lumière des lieux et les ombres accompagnant

La maquette à l’arrêt de bus me faisait rêver architecture immaculée au cœur de la ville gris-rose au béton des colonnes et des corniches plus proches de versailles que du radieux moderne architecture lisse et continue sans répétition sans trame sans fenêtre sans toit il en avait fallu du temps pour que la ville commence à se reproduire à renaître on ne l’avait que recommencée

Il en a fallu des heures pour ouvrir à l’esprit cette brèche qu’elle se propage se repende inonde nos heures nous libère de nos leurres et il a fallu aux hommes trop peu de temps pour finir dans ce renoncement cet abandon cet oubli du don qu’il avait fait qu’eux avaient poussé que tous on avait ému aimé

La palissade est tombée comme rideau se lève en scène et le tableau s’est offert cintrant l’espace singulier de la ville quadrillée ouvrant de l’intérieur le monde montrant les choses simplement justement les îlots devenant fond devenant ville et les volcans et le forum devenant place faisant lieu donnant vie

La palissade est tombée et le sol avec lui retrouvant au fond une terre d’alluvions origine de la ville et de s’y poser les dalles de béton de s’y installer bancs bassin et d’en surgir une lumière filante comme ruisseau écartant les murs repoussant les limites de cette cité construite de haut

La palissade est tombée l’espace s’est ouvert le vide s’est fait comme en nous la lumière quand la joie perce et tout a pris sens comme évidence et nos pas et notre regard et nos mains applaudissant ce théâtre urbain et humain nos arrhes

Il est venu l’architecte au jour de l’ouverture signer de sa main sorte d’affiche dessin était assis derrière un meuble de béton aux pieds et plateau continus et identiques simple pliage étendu faisant cène et le repas était bon il est venu l’architecte et de la main écrire son nom tout de minuscules et son front comme témoin et de faire payer ce coup de crayon quelle honte ont dit certains faire payer pour son nom en bas du dessin il est venu l’architecte fier de son don car lui n’avait rien pris d’autre que la joie de faire et avait partagé tout l’argent en bon patron

Ils s’y sont installés ouvrant boutiques de livres et de nourriture rapide c’était la première fois ils ont alimenté l’espace et les salles aussi se sont ouvertes au public cultivé aux comités d’entreprises de la pétrochimie proche et des usines renault et aux élèves de collège et de lycée et on y a joué et molière et l’empire romain et on y a vu chanter et ferrat et ferré et higelin et on y a exposé des dessins

Ils y sont venus tous pris par la main l’eau qui en coulait et le bronze et le blanc ont raisonné plus fort encore à la ville et tout s’est éteint

Les murs courbes et pentus sont devenus prolongement urbain les gens y sont montés y ont glissé se les sont appropriés et les voitures ont occupé de temps à autre puis plus longtemps le bas du forum comme un lieu qu’on n’ose imaginer où l’espace sans être limité serait partagé

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