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Réminiscences

De
100 pages

« Petit, je détestais Godzilla qui terrorisait l’archipel japonais.
Dans ma naïveté d’alors, pour aider les populations dans leur lutte contre ce monstre, j’avais proposé à mon père qu’on leur envoie ma mère puisque la famille disait d’elle dans son dos que c’était un dragon.

J’avais reçu la gifle cinq sur cinq. »

On situe l’enfance comme étant la période allant de 2 à 10 ou 12 ans, l’adolescence courant ensuite jusqu’à 18 ans. Ce livre présente les fragments de mémoire de l’enfance, de la plus petite à la plus grande.

Les quarante textes proposés ici sont des bribes de vérité ou des fictions installées. Ci-dessous, un quarante-et-unième, le seul souvenir qui me soit incontestablement personnel :

« Petit, j’adorais les musées. »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-02898-1

 

© Edilivre, 2015

Avertissement

« Nous sommes en 1965. Je m’appelle monsieur M., Jacques de mon prénom.

J’enseigne dans un collège de la région parisienne, dans le département le plus violent de l’Hexagone, « un coin de voyous » comme le martèlent les journalistes. Ici, les blousons noirs tapent dur – des bagarres entre soi, de bande à bande –, sans se frotter aux anarchistes, aux communistes, aux ensembles hétéroclites de contestataires aux poings levés qu’ils côtoient pourtant. De leur côté, ces autres phénomènes, plus prompts à élever la voix que la pensée, savent aussi se bastonner méchamment avec des cliques ennemies globalement bien identifiées : des engeances garées à l’extrême droite et encore plus loin, si c’est possible. Ces agitations musclées donnent des soirées bien chaudes, même en plein hiver.

Je suis professeur de français. Mes élèves ont douze, treize ou quatorze ans ; ce sont les fils ou les frères de ces trublions. Je sais ce qu’ils pensent de moi. Je le lis dans leurs yeux et sur leurs bouches. Ce n’est pas flatteur. Je suis mince, sanglé dans un éternel costume gris étriqué. Je fume des cigarettes fines et longues, les lèvres pincées. J’ai des manières efféminées. Je leur parle doucement de littérature et ils me rient au nez. Je suis aux antipodes de leur monde. Alors, quand j’ose lâcher le mot « poésie », en les invitant à lire le minuscule recueil que je viens de publier à compte d’auteur, c’est une horreur. Ils me conspuent, me bousculent et me traitent de pédé, évidemment. Je les perds définitivement. Sauf un, peut-être, qui ne s’est pas mêlé à la meute. »

Quand j’étais encore petit, ce « un », c’était moi qui quittais le camp des railleurs, qui achetais son livre, qui me jetais dans l’écriture pour, sous une autre carapace, ressembler un jour à monsieur M., Jacques de son prénom.

 

 

« Ces “je me souviens” ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels,… »

Georges Perec
dans Je me souviens

Ici, on pourrait en discuter. Ce sont des fragments de mémoire. Des pierres qui parfois ont à se frotter entre elles parce qu’elles se ressemblent ou se contredisent ; qui parfois n’ont aucune terre commune. Ce sont des bribes de vérité ou des fictions installées, qu’importe. Mais ce qui est certain, c’est que « ces choses… neméritaient pas de faire partie de l’Histoire, ni defigurer dans les Mémoires des hommes d’Etat, desalpinistes et des monstres sacrés. », comme Georges Perec l’écrivait aussi.

Aux amours gravés à mon bras : Véronique ma femme, Cédric et Luc nos enfants. Merci à ce dernier de m’avoir prié de n’évoquer que l’enfance, pour réserver une suite possible au traitement de l’adolescence.

Merci à Florence Pazzottu. Nous ne nous connaissons pas mais la lecture de son livre illustré « Petite » paru en 2001 m’a ravi et donné l’idée d’écrire ces « Réminiscences » en m’inspirant de la forme qu’elle a utilisée.

 

 

Les enfants ont relié le serpent à la lune.

Le venin de l’amour perle à leur dessin.

Kate Maminsoe
dans Naïvetés éphémères.

Réalités

Petit, je n’avais aucun sens des réalités. Personne n’avait songé à m’inculquer les choses de la vie commune. J’étais une espèce d’objet animé de qui on devait éloigner le démon, mais pas un petit humain à faire grandir.

Ce qu’on aimait en moi, c’était ma capacité à égrener les chapelets.

Réminiscence (1)

Communion

Petit, j’étais programmé pour suivre le parcours initiatique du futur « honnête homme bon catholique » que ma famille espérait me voir devenir : Baptême, Eucharistie et Confirmation, pour me permettre d’entrer dans le mystère du Christ mort et ressuscité et de grandir dans la foi. Je priais à genoux tous les jours matin et soir, je livrais mes secrets en confession une fois par semaine, j’assistais à la messe chaque dimanche. J’avais eu du mal à tenir la distance, mais vers douze ans tout était bouclé, dernière communion en aube blanche ridicule incluse.

Les curés ne m’avaient pas retenu pour aider régulièrement aux offices. Ils auraient peut-être mieux fait de me confier les tâches d’un enfant de chœur, cela m’aurait habitué à porter avec précaution et à marche lente les ustensiles du rite. Cela aurait probablement évité que le jour de ma communion solennelle, dans la grande église de notre commune, devant un parterre de nombreux fidèles fiers, graves et pénétrés, je foute en l’air une partie de la cérémonie.

On avait frisé la catastrophe. Pendant la procession qui menait les communiants à l’autel, je tremblais d’émotion, je suais malgré la fraîcheur, mon cœur battait à rompre et j’étais encore moins qu’à l’habitude maître de l’ensemble de mes segments. La malédiction qu’on m’avait maintes fois lancée « lève tes pieds ou un jour il arrivera quelque chose ! », sous-entendu quelque chose de grave...