Réplique à M. J. Roumanille - Jeux floraux d

Réplique à M. J. Roumanille - Jeux floraux d'Apt en septembre 1862

-

Livres
50 pages

Description

MONSIEUR,

Je commence par vous déclarer que vous ne trouverez, dans ma réplique, ni bonnet aux longues oreilles (3), ni âne qui brait ou se vautre sur des lys (2), ni geai, ni paon (3), ni beuloli cloué sur des portes (16), ni porc devant qui on jette des perles (5), ni autres aménités EJUSDEM FARINÆ, qui donnent à votre Réponse un cachet tout particulier, que je ne vous envierai pas.

Je ne riposterai donc pas à des injures, si violentes ou si perfides qu’elles puissent être ; je vous en laisserai le privilége.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 27 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346101498
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Signaler un abus
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Alfred Artaud

Réplique à M. J. Roumanille

Jeux floraux d'Apt en septembre 1862

Le ton pris par nos adversaires dans la polémique soulevée par notre Étude sur le Cantique à Sainte Anne couronné aux Jeux Floraux d’Apt le 14 septembre 1862, non moins que tous les artifices employés pour les faire amnistier par l’opinion publique, nous imposent l’obligation de déchirer le voile dont nous n’avions voulu d’abord soulever qu’un coin.

Nous nous proposons donc de traiter en temps et lieu, et avec tous les développements qu’elles méritent, quelques questions intéressantes relatives à notre Concours Poétique, telles que :

  • 1° Admission au concours de compositions écrites dans des langues non appelées à concourir ;
  • 2° Couronnement de pièces déjà éditées ou n’ayant pas traité les sujets désignés ;
  • 3° Violation du secret des signatures des concurrents non couronnés.

 

Ce travail est sur le chantier. Mais, comme il exige plus de recherches que nous ne présumions d’abord, nous le suspendons provisoirement aujourd’hui, pour ne pas faire attendre plus longtemps ce que le public paraît impatient de recevoir de nous comme Réplique à la Réponse de M. Roumanille.

Si le besoin de cette Réplique nous force à toucher à quelques points de notre programme, nous promettons que ce sera toujours avec assez de réserve pour laisser tout l’intérêt de la nouveauté aux questions forcément effleurées.

RÉPLIQUE A M.J. ROUMANILLE

Mai pièi, Roumaniho moun mèstre,
Es lon dounaire d’escanfèstre !
Quand part, lis aclapo de mau ;
Son iu se cargo de belugo ;
Son to sa voues lis amalugo :
Es un tron parti sènso uiau...

(GLAUP. Armana de 1856, p. 32.)

 

MONSIEUR,

 

Je commence par vous déclarer que vous ne trouverez, dans ma réplique, ni bonnet aux longues oreilles (3)1, ni âne qui brait ou se vautre sur des lys (2), ni geai, ni paon (3), ni beuloli cloué sur des portes (16), ni porc devant qui on jette des perles (5), ni autres aménités EJUSDEM FARINÆ, qui donnent à votre Réponse un cachet tout particulier, que je ne vous envierai pas.

Je ne riposterai donc pas à des injures, si violentes ou si perfides qu’elles puissent être ; je vous en laisserai le privilége. Le Français en général reste poli, même quand on l’injurie2 ; or, je tiens à rester Français, quoique Provençal, écrivant sur une question provençale. J’ajouterai que, n’ayant ni popularité à conquérir, ni fait personnel à justifier, il serait sans but pour moi de faire appel à des passions auxiliaires ou tributaires. Écarter les personnalités, c’est, d’ailleurs, donner au présent débat la mesure et les proportions qu’il doit réellement avoir : celle d’un débat littéraire.

Je conviens que l’Armana avait, depuis longtemps, habitué ses lecteurs à de telles urbanités ; mais, circonstance atténuante, elles se produisaient en langue romano-comtadine ; et, franchement, je croyais ce vocabulaire seulement à l’usage des loustics de la Compagnie. On tolère les joyeuses impertinences de Polichinelle et les ridicules fanfaronnades de Don César de Bazan, parce qu’on sait que les forfanteries de l’un et les lazzis de l’autre n’ont pour but que d’égayer le public, et qu’ils sont en outre sans conséquence. Mais que vous, le doux et pieux auteur de l’ANGE DE LA CRÈCHE, vous vous laissiez aller à une pareille exubérance, c’est ce qui paraît incroyable. Aussi, permettez-moi de vous dire que j’estime assez votre caractère et votre goût pour croire que vous regrettez, à cette heure, la profusion de traits si peu courtois lancés contre moi avec tant d’ardeur. Je me refuse à reconnaître l’écrivain des Oubreto sous la défroque du Félibre l’Ajougui. J’irai même plus loin, et je puis vous affirmer que mon doute a été partagé par beaucoup de ceux qui ont lu votre plaidoyer en faveur du Cantique à Sainte Anne.

Je vous concède donc que je porte des lunettes (4), que j’ai une large face (8), que j’ai le teint jaune comme un pissenlit (ibid), que mon gros rire fend ma bouche jusqu’à mes deux oreilles, et que, fort heureusement, celles-ci sont assez longues (7) pour arrêter cet affreux rictus qui, sans cela, ferait le tour de ma tête. Le portrait est achevé ; il ne manque plus que Louëi de M. Bénédit pour vous dire : Frappant ! Je me garderai bien de vous contredire au sujet de tous ces ornements dont il vous a plu de me gratifier et de donner les détails au public, qui très probablement s’en souciait fort peu. Ce n’est pas à moi que l’envie prendrait

De me faire graver au devant du recueil,
Couronné de lauriers par la main de Nanteuil.

Ces concessions une fois faites, je me sens plus libre dans l’examen de votre œuvre ; et j’espère apporter dans cette nouvelle étude autant de modération et de convenances qu’un autre a mis de gros sel dans la sienne. CONTRARIA CONTRARIIS OBSTANT.

 

Il ne s’agit point dans ce débat, je vous prie de bien l’observer, de Mademoiselle la Félibresse Anaïs. — Bien que ces deux mots Félibresse et Anaïs, l’un si doux, l’autre si grotesque, semblent grimacer d’un tel rapprochement, je conserverai néanmoins le mot de Félibresse, puisque des pères ou des maris consentent à ce que leurs filles ou leurs femmes ajoutent l’ornement de ce titre à celui de leurs crinolines. — Le fond de la question, ce sont les lettres provençales ; c’est le fond même de notre littérature et de notre langue qui est sur le tapis. Ce que j’attaque, ce sont les théories qui ont dirigé les juges du tournoi. poétique ; l’auteur couronné, la chatouno, si gracieuse soit-elle, n’a rien à faire ici ; son œuvre elle-même n’est plus le principal objet de ce débat.

Je ne pourrai néanmoins m’empêcher de répondre en passant à toutes les observations que vous avez faites si légèrement sur mon Etude.

Reprenez donc votre vieille férule dont vous m’avez fait un long sabre à barbarismes (2) et le bonnet de papier dont vous coiffiez vos jeunes élèves. Serrez précieusement tout cela ; car, que sait-on ? Une veine, si habilement qu’elle soit exploitée, peut s’épuiser ; et l’on ne doit jamais prodiguer ses économies.

 

Vous déclarez (1) que le Cantique couronné n’est pas votre ouvrage. Je vous crois sur parole ; je regrette seulement de n’avoir pas eu de vous cette déclaration avant l’impression de ma 2e édition. Je désire que votre déclaration et la mienne puissent infirmer l’opinion de ceux qui veulent que l’on ait vu et corrigé la pièce avant le Concours.