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Répliques

De
224 pages

Et si, au détour d’un événement somme toute ridicule, vous preniez conscience que vous n’êtes en fait que l’improbable fac-similé d’un scénario qui a marqué des générations et des générations de spectateurs ? Il s’agirait là certainement d’une mise en abyme quelque peu déconcertante ; pour ne pas dire foncièrement inquiétante, ne pensez-vous pas ? Eh bien, aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est pourtant ce qu’un étrange phénomène venu de je ne sais où impose à Vito Battuta, un quarantenaire comme mille autres pareils qui n’aurait jamais pu envisager jusqu’alors d’être précipité dans les méandres d’un monde parallèle dont vous, lecteurs et lectrices, serez l’un des principaux personnages, et peut-être même l’unique main qui pourra être tendue à cet homme soumis aux diktats d'une invraisemblable articulation de répliques.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76887-2

 

© Edilivre, 2015

Répliques

 

 

– « Tu sais ce que je viens de faire ?

– …

– Je venais de passer cette porte, je suis tombé sur deux collègues, et je m’apprêtais à balancer sur toi un paquet de vacheries, mais je me suis abstenu parce que mon vieux m’a appris qu’un homme qui balance des vacheries dans le dos d’un autre est un lâche…

– Waouh ! Entre nous je préfère ça !

– Tant mieux ! Parce ce que je vais te le dire en face…

– Non ! Rien ne t’y oblige !

– Si ! Je ne peux pas te sentir !… Le bruit que fait ta pisse en tombant dans l’urinoir…On diraitune gonzesse ! Si on était dans la jungle, je te sauterais dessus ! Et même, si tu n’étais pas dans ma chaîne alimentaire, je serais près à faire un détour exprès pour te sauter dessus ! Et si j’étais un lion et que tu étais un thon, je nagerais jusqu’au milieu de l’océan, et je te becterais tout cru, et je baiserais lethon qui te sert de copine.

– Ok ! Déjà, un lion traversant l’océan à la nage… Les lions n’aiment pas l’eau !Si encore, tuparlais d’une rivière ou d’un quelconque point d’eau, ça tiendrait la route, mais tu te retrouves au milieu de l’océan avec des vagues de six mètres ! J’imagine qu’on est au large de l’Afrique du Sud ? S’attaquer à un thon de quatre cent kilos dans la force de l’âgeaccompagné de ces vingt ou trente copains… C’estsûr que tu perds ! C’est sûr que tu perds à 90 % ! Etdevine quoi, tu t’es égaré dans notre boîte de thon, et maintenant on a gouté au steak de lion ! On a tenu un conciliabule, on a communiqué…

Ouais ???

– Et tu sais ce qu’on s’est dit ? Le lion, c’est bon ! Allons chercher de la viande de lion ! On développerait un système pour établir une base sur la côte, et on te traquerait sans relâche toi et ta famille, et on t’acculerait toi et ta meute, tes enfants, ta descendance…

– Comment vous feriez ça ?

– On va construire une série d’appareils respiratoires avec des algues brunes. On sera capable de piéger une certaine quantité d’oxygène. On ne tiendra pas des journées entières, mais uneheure, une heure quarante-cinq même… Pas deproblème ! Ça nous laissera le temps de trouver oùtuhabites, de retourner à la mer, faire le plein d’oxygène et de revenir te chasser ! En gros, tu viens de perdre à ton propre jeu ! Tu es désarmé et dépouillé !

– …

– Tu t’y attendais à ce scénario ?… Non ? »1

Non, c’est certain, je ne m’attendais certainement pas à ce scénario. En même temps quand je suis rentré dans son bureau, je n’imaginais, ni n’envisageais même, pas la moindre chose ! Seul comptait alors pour moi de pouvoir lui cracher à la figure toute cette bile qui embrase mon œsophage depuis que j’ai appris ce qu’a fait ce pauvre mec. Que voulez-vous que je vous dise, ma vie et ainsi faite ! Depuis trois mois, chaque jour qui passe ressemble à un incroyable scénario que de talentueux auteurs auraient insidieusement écrit pour que chacun d’eux s’imposent sans crier gare dans le quotidien d’un gars qui n’a pas même envisagé ne serait-ce qu’une seconde de devenir un jour celui à qui l’on destine de fantastiques répliques, qu’un projecteur viendra ensuite dérouler dans une salle obscure devant des milliers de spectateurs.

D’aucuns pourraient penser qu’après tant et tant de jours, je sois, pour ainsi dire, vacciné. En effet, comme je vous l’ai dit, et aussi surprenant que cela puisse paraître, ce qui s’est passé il n’y a que quelques instants ne devrait a priori pas me surprendre plus que cela. Il n’y a plus un jour depuis trois mois qui ne m’ait pas confronté à cette surprenante réalité d’un quotidien qui me plonge bien malgré moi dans les méandres de mots et d’émotions sortis tout droit de l’imagination d’une multitude de scénaristes et dialoguistes qui ont marqué de leur empreinte, ce que l’on nomme avec révérence, le septième art.

Il est évident que pour celui ou celle qui n’a pas eu le plaisir de visionner le film, “Very Bad Cops”, tout ce que je viens de vous raconter est pour ainsi dire incompréhensible. Pourtant, si vous preniez le temps de vous intéresser un peu à ce film, vous comprendriez aussitôt ce que je vis au quotidien. Cette scène à laquelle vous avez assisté, n’a rien d’originale, du moins au sens où le commun des mortels l’entendrait.

Dans l’absolu, chacun d’entre nous nait original et notre vie devrait l’être tout autant ! Pourtant en ce qui me concerne, c’est loin, mais alors très loin d’être le cas. En fait pour tout vous dire, il m’a fallu quelques longues semaines pour comprendre tout cela, ou du moins pour pouvoir appréhender ce singulier phénomène qui fait que chaque jour faisant je me retrouve embarqué par des scènes cultes du cinéma mondial qui dictent le moindre de mes mots, le moindre de mes actes. Ce que je vis au quotidien, c’est ce que des centaines, que dis-je des milliers, et même des millions de pellicules de celluloïd déversent chaque jour sur des grands et petits écrans pour nous offrir dit-on, l’illusion d’un monde réel.

Si dans toutes ces salles obscures, il n’est question que de divertissement, d’imaginaire et de fiction, en ce qui me concerne tout ceci se meut régulièrement en de surprenants instants de vie qui s’imposent à moi dans mon quotidien sans même que j’en prenne conscience, du moins jusqu’au jour où je découvre au hasard d’un film visionné, ce même instant que je pensais jusqu’alors être le mien.

Pour être honnête avec vous, dans un premier temps, j’ai même pensé qu’il s’agissait là, d’une incroyable coïncidence, ou mieux encore d’un manque certain d’originalité créative d’un scénariste. Je m’en suis à tel point convaincu, que j’ai même eu la faiblesse de penser qu’il y avait en moi ce je ne sais quoi de génial qui fait qu’un gars puisse avoir la prétention d’envoyer une cinquantaine de pauvres pages griffonnées à une maison de prod en étant persuadé qu’il s’agit là du scénario du prochain blockbuster.

Plus tard, avec un tant soit peu plus de recul, une dose certaine d’humilité, et quelques souvenirs de cours de philosophie et de psychologie du troisième cycle, j’ai alors envisagé que j’étais peut-être en train de perdre pied. J’ai envisagé que la force évocatrice de ces films que j’avais vu depuis mon plus jeune âge était venue court-circuiter mon inconscient jusqu’à faire que je ne puisse plus dissocier le réel de la fiction, et que mon moi le plus profond ne soit plus qu’une pâle et fade copie de tous ces personnages que j’avais eu le loisir de découvrir sur le grand écran. Mes mots étaient leurs mots, mes actes, leurs actes, aussi banals puissent-ils être.

Mégalomanie, schizophrénie, mythomanie, ou tout simplement carence évidente de personnalité, il y aurait là bien des choses à dire sur tous ces amoureux du canapé qui pourraient tirer sur moi alors des conclusions bien trop hâtives.

Non, je vous l’assure, croyez-moi, je n’ai rien d’un quelconque Nicholson qui aurait décidé de voler au dessus d’un nid de coucous. Ce que je vis chaque jour est réel, et aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’emprunte ne serait-ce pas même un mot à un quelconque souvenir que le cinéma aurait insidieusement gravé dans mon esprit.

Quand j’ai franchi aujourd’hui la porte du bureau de mon collègue je n’avais pas même idée de ce que j’allais pouvoir lui dire pour lui faire part de ma colère. Les choses se sont naturellement enchainées, les mots se sont bousculés les uns contre les autres, pour faire que toutes ces phrases s’agglomèrent entre elles et s’imposent comme une simple discussion entre deux hommes.

N’avez-vous pas vous-même assisté à cette scène ? Tout est réel non ? Je n’ai rien inventé ? Vous m’avez entendu lui parler, et vous avez entendu ce qu’il m’a répondu ? Je veux bien croire qu’en ce qui me concerne je fus à tel point bercé trop près du mur que mon esprit défaille aujourd’hui, mais comment expliquez vous alors que mon collègue lui-même ait rejoué au mot près cette réplique culte du cinéma américain ?

Si je défaille, vous défaillez tout autant que moi, car sauf erreur de ma part, je pense que vous avez vécu en direct ce que j’ai moi-même vécu aujourd’hui en entrant dans ce bureau !

Pascal Bonitzer2 a écrit : « Le cinéma semble devoir toujours osciller entre deux tendances : la capture plus ou moins brute du réel (le document) et la construction d’un espace imaginaire (le rêve). »3

Dans l’absolu qui pourrait vouloir redire quelque chose à cela ? On pourrait même penser qu’il s’agit là d’un lieu commun ! Pourtant à bien y réfléchir et en s’attachant à vous expliquer ce qu’il m’arrive, je pourrais très bien m’en attribuer la paternité moyennant quelques petits arrangements.

En effet, sachant qu’il est d’usage de me voir déblatérer des mots qui a priori ne sont pas les miens, je pourrais cette fois-ci y mettre quoi qu’il en soit mon petit grain de sel en désarticulant quelque peu cet argumentaire et en faire : « Ma vie semble devoir toujours osciller entre deux tendances : La capture plus ou moins brute d’un espace imaginaire (Le cinéma), et une construction singulière d’un réel qui n’a plus rien d’original (Mon quotidien) ».

Si cela ne suffisait pas déjà à faire de moi un être à part, il faut savoir aussi que jamais, non jamais au grand jamais, ces captures d’espaces imaginaires qui s’imposent dans mon quotidien pèchent d’une quelconque médiocrité. Il s’agit toujours, et ça je peux vous l’assurer, de scènes cultes, d’incontestables dogmes cinématographiques qui brillent et brilleront à jamais au firmament de cet art qui se revendique être le septième.

Comme je vous l’ai dit, j’ai moi-même beaucoup de mal à pouvoir les identifier. J’ai bien souvent la faiblesse de penser qu’il s’agit là d’un pure instant de vie qui m’est donné d’expérimenter sans pour cela imaginer qu’il puisse s’agir d’une singulière capture d’un imaginaire pensé et créé par de talentueux dialoguistes et scénaristes. Je n’ai certainement pas une culture cinématographique à la hauteur de cette exigence qui me permettrait de pouvoir prendre illico conscience que ce que je suis en train de vivre n’est en fait que le fac-similé d’une scène pensée et imaginée pour que des millions de spectateurs s’évadent durant quelques heures !

En fait pour tout vous dire, c’est souvent après coup que je m’en rends compte, et ce, tout simplement car je prends alors conscience que ces mots que je viens de prononcer, ou cette réponse qui m’a été donnée par mon interlocuteur, sont à tel point singuliers et délicieusement articulés qu’ils ne peuvent être bruts d’originalité.

Bon ! Pour ce qui est de ma discussion avec mon collègue tout à l’heure, j’ai immédiatement compris que je m’embarquais dans un truc complètement dingue ! Il m’a suffi de lancer ce singulier : « Si on était dans la jungle, je te sauterais dessus ! » pour comprendre aussitôt que ce qui allait suivre ne serait pas sans me rappeler une réplique culte que j’avais certainement dû apprécier confortablement assis dans le fauteuil d’une salle obscure.

Comme vous avez pu le constater ça n’a pas loupé ! Si mes mots furent pour le moins surprenants, la réponse de mon collègue le fut d’autant plus, et je vous le dis comme je le pense, que pourrait être tout cela si ce n’est les délires d’un dialoguiste qui fait d’une simple dispute un petit bijou d’excentricité à la fois surréaliste et désopilant !

Ce qui me rassure là, c’est que depuis que je suis en train de vous parler, il semblerait que rien de déjà écrit et pensé par un autre soit venu s’immiscer dans notre discussion ! En disant cela, c’est peut-être une chose qui vous chagrine ? J’imagine que mon discours est bien pauvre et dénué d’intérêt quand il n’est plus soumis au va-et-vient itératif de ce singulier phénomène qui me fait glisser de temps à autre dans un monde parallèle ! Que voulez-vous que je vous dise, ma vie est ainsi faite, et je ne peux malheureusement pas savoir quand, et comment les choses vont prendre une tournure inattendue !

– « La vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. »4

Vous l’avez fait exprès, ou…

– Quoi donc ?

Eh bien cette phrase que vous venez de me lancer…

– Oui ? Eh bien quoi, cette phrase ?

Elle n’est pas de vous !

– Et de qui donc alors ?

Ok, vous ne l’avez pas fait exprès alors ?

– Mais qu’est-ce que vous racontez ?

Ok, jetez un œil sur la note de bas de page N°4, et vous comprendrez alors de quoi je parle !

C’est bon ? C’est clair, ou vous préférez aller vérifier cela en visionnant ce film ? Il y a là deux solutions ! Soit vous avez déjà vu ce film, et il vous a alors inconsciemment inspiré cette tirade, soit vous ne l’avez jamais vu, et c’est alors le fait d’être à mon contact qui vous a fait glisser dans cet étrange phénomène qui fait que ma vie soit ce qu’elle est aujourd’hui ! Vous ne dîtes plus rien ?

– Que pourrais-je dire ? Ce n’est peut-être qu’une coïncidence ! Ce n’est tout de même pas une phrase si…

Je le conçois ! Je ne veux pas être désobligeant avec vous, mais pensez-vous que vous ayez la finesse d’esprit nécessaire pour me sortir tout de go une telle allégorie, qui soit dit en passant, ne manque pas de sens et de poésie ?

– Et pourquoi cela ne pourrait pas être le cas ? La finesse et la fulgurance d’esprit ne serait-elle l’apanage que de talentueux scénaristes et dialoguistes ?

Loin de moi le désir de vous froisser, mais n’oubliez pas ce que je vous ai dit il n’y a pas si longtemps de cela ! J’ai moi-même envisagé au début que je pouvais être l’auteur de ces bons mots dont j’affublais de façon intempestive mon discours…

– Oui je sais, jusqu’à imaginer même que vous aviez un talent certain de scénariste qui pourrait être reconnu par de célèbres boîtes de Prod…

Je ne vous le fais pas dire ! Et vous savez ensuite ce à quoi j’ai pensé, et vers quoi de piètres théories psychanalytiques on faillit me faire glisser. Ce qui nous est étranger, ce qui ne trouve pas d’explication cartésienne, est bien trop rapidement assimilé à de la folie ! Je vous le répète une fois de plus si nécessaire, je ne suis pas fou, et si tel était le cas, vous le seriez tout autant que moi dorénavant.

– Mais comment, expliquez-vous alors…

Je ne l’explique pas ! Du moins, je ne l’explique pas pour l’instant, mais peut-être maintenant que nous nous sommes rencontrés, vous pourriez me rejoindre et m’aider à comprendre ?

– Je ne sais pas ! Je ne sais plus !

Nous avons l’un et l’autre je pense, la capacité d’aller au delà de tout cela, reste juste à savoir si vous en avez le désir !

– Et qu’aurai-je à y gagner ?

Rien ! Si ce n’est la satisfaction d’avoir au moins essayé de comprendre l’incompréhensible ! A quoi bon, vouloir toujours posséder ! A quoi bon, vouloir toujours gagner quelque chose ! « Les choses que l’on possède finissent par nous posséder »5

– Pourquoi moi ?

Pourquoi pas vous ? Voilà peu ou prou une dizaine de pages que vous m’accompagnez ! Si vous n’aviez pas envie de comprendre, cela ferait certainement déjà longtemps que vous m’auriez quitté. Vous ne pensez pas ? On a ici la chance de pouvoir faire au gré de nos envies, des flash-back, des arrêts sur image, on ne sera certainement pas trop de deux pour avancer dans ce monde tout aussi illusoire que concrètement ancré dans la réalité ! Dans ma réalité, qui peut devenir la vôtre si vous restez à mes côtés !

– Avec tout ça, je ne sais même pas comment vous vous appelez !

Si un scénariste avait mis cela dans l’un de ses scénarios, j’imagine que vous auriez trouvé cela quelque peu attendu !

– Je ne comprends pas !

Je m’appelle Vito Battuta !

– Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de…

Je suis d’origine italienne. Mon père est calabrais. On est arrivé en France alors que je n’avais que six ans.

– Oui et alors ?

C’est lui qui a choisi mon prénom…

– Vito, c’est ça ?

Oui, Vito, comme Vito Corleone ! Mon petit papa est un fan inconditionnel du film, « Le parrain ».

– Oui, en même temps si tous les gamins à qui l’on a donné le prénom d’une star ou d’un personnage que l’on affectionne se retrouvaient dans votre situation, ça se saurait, vous ne pensez pas ?

J’imagine !

– Je ne vois donc pas ce qui vous laisse penser que « Si un scénariste avait mis cela dans l’un de ces scénarios » j’aurais trouvé cela quelque peu attendu !

Peut-être que si je vous donne la traduction littérale de mon nom de famille, ça vous aidera à comprendre ?

– Vous m’avez dit que vous vous appelez Battuta, n’est-ce pas ?

Oui Battuta, ou réplique si vous traduisez mon nom en français !

– Réplique ?

Ça ne manque pas de piquant, vous ne trouvez pas ?

– C’est vrai que ?

Et pour tout vous dire en français, mon nom prend tout son sens eu égard à ce que je suis en train de vivre.

– Vous pouvez préciser ?

Il vous suffit d’ouvrir un dictionnaire pour prendre conscience qu’il y a là de quoi s’interroger ! « Une réplique est la partie d’un dialogue au cinéma ou au théâtre. Quand une réplique est fréquemment citée, on parle de réplique culte. »

– Oui mais bon ! Jusque-là…

« Une réplique est la copie, la reproduction d’une œuvre avec ou sans variantes (dimensions, composition, facture, etc.), exécutée, sous le contrôle ou non de l’artiste. »

– Mouai…

« Réplique, Du latin replicatio (sens identique) ; Venant du verbe replicare (fléchir en arrière, recourber, déplier, dérouler, compulser, revenir vers, remonter à, rappeler, redire) ; de re-(à nouveau) et plicare (plier). »

– Oui, c’est sûr que la coïncidence est troublante !

Oui, et pour conclure, en sismologie, une réplique est un tremblement de terre secondaire. A l’origine, le séisme, et ensuite ses répliques. Ce reflet, cet écho venu de je ne sais où, mais qui s’ingénie à venir rejouer une même partition.

– Vous m’en direz tant ! Si encore vous vous appeliez, « Juste, Juste Le Blanc… »6

Ah non ! Vous n’allez pas m’embarquer là-dedans ? Celle-là, je l’ai vu venir à trois kilomètres…

– C’est certainement parce que vous l’avez vu arriver à trois kilomètres, que cette fois-ci elle est bien à mon initiative et certainement pas soumise à un quelconque phénomène de réplique incontrôlée et incontrôlable !

Ah ! Je préfère cela ! Je me suis déjà retrouvé bien malgré moi invité, ou à inviter quelqu’un, à un dîner de cons, mais je vous avoue que je suis aujourd’hui quelque peu las d’être obligé de revivre cette scène.

– Comme quoi ! Ce qui parait être, ne l’est pas systématiquement ! Je reste persuadé que nous pouvons contrôler tout cela, si nous en prenons la peine !

Je n’espère que cela ! Votre condition de lecteur vous donnera peut-être ce recul, cette force de caractère, peut-être même, ce physique qui me manque malheureusement bien trop souvent !

– « Écoute, je crois que toi et moi on a un peu le même problème, c’est-à-dire qu’on ne peut pas vraiment tout miser sur notre physique, surtout toi ! Alors si je peux me permettre de te donner un conseil, c’est oubli que tu n’as aucune chance, vas-y fonce ! On sait jamais sur un malentendu, ça peutmarcher ! »7

Celle là, vous l’avez contrôlée aussi ?

– De quoi parlez-vous ?

Non, de rien ça va, laissez tomber ! A ce rythme on n’est pas sorti de l’auberge ! Et après ça, vous allez me dire que vous restez persuadé que nous pouvons contrôler tout cela, si nous en prenons la peine !

– « Écoute connard ton numéro de cirque, c’est fini !

– Tu remballes ton matos et tes gugusses, ou bien je débarque et je te mets une grosse raclée.

Vous n’avez rien compris ! Vous ne savez pas qui je suis ! Ni de quoi je suis capable ! »8 Merde ! Où est-ce que vous m’entrainez là ? Elle est bien bonne celle là ! Ça ne fait pas cinq minutes que l’on a décidé de collaborer ensemble, et il y a cette putain de réplique de « Die Hard » qui vient s’immiscer dans notre discussion ! Merde ! Si on reste là-dedans, je donne peu de chance à notre collaboration ! Ça se saurait si Jhon Mc Lane9 avait fait, copain-copain avec Thomas Gabriel10 ! Et en plus si ça ne suffisait pas, c’est moi qui me tape le rôle du salaud !

– Désolé ! Je… Je ne sais pas ce qui s’est passé !

Je veux bien le croire ! Mais, ça risque d’être coton de poursuivre ensemble ! A bien y réfléchir, ce n’est peut-être pas une bonne idée !

– Non ! Non ! Vous ne pouvez pas laisser tomber maintenant ! En même temps, c’est un peu moi qui ai les cartes en main dès à présent…

Comment ça ?

– Eh bien, tant que je garderai ce livre ouvert, vous ne pourrez qu’accepter ma présence à vos côtés !

Ce n’est pas faux, mais rien ne m’oblige cependant à poursuivre cette histoire. Il me suffit simplement de me taire, pour que s’enchaînent ici aussitôt des pages et des pages toutes aussi blanches les unes que les autres !

– Oui, c’est vrai, mais si vous faites cela, c’est vous-même que vous condamnez car je vois mal un quelconque éditeur publier un livre avec seulement une petite quinzaine de pages !

Oui, c’est vrai ! Mais vous rendez vous compte du risque que vous prenez ? Avec le recul nécessaire, vous prendriez conscience qu’il s’agit là d’une mise en abyme quelque peu dangereuse pour un lecteur tel que vous !

– Je vous le répète ! Que seriez-vous si je n’étais pas là ? Que serait ce roman si je n’étais pas son lecteur ? Grâce à ma présence à vos côtés, vous ne pouvez que poursuivre votre quête de vérité. Au fil des pages se construira alors le témoignage de ce qu’est votre vie, et j’espère qu’ensemble on pourra alors expliquer quel est ce phénomène qui vous impose de rejouer bien malgré vous, quelques-unes des plus célèbres scènes de cinéma qui ont fait et font vibrer des milliers, que dis-je, des millions de spectateurs dans les salles obscures.

Vous vous appelez comment ?

– Est-ce important pour vous de le savoir ? Non ! je ne pense pas ! Pourquoi ? Eh bien c’est simple ! Car je suis, ce « Il », ce « Elle » qui a décidé d’ouvrir ce roman. Je peux tout aussi bien être un homme, une femme, un adolescent, un vieillard même ! L’important n’est pas là ! Seul compte dorénavant d’être l’un et l’autre réunis pour que cette surprenante réalité qui est la vôtre, devienne, la nôtre ! Il vous faut être courageux, égoïste, que dis-je égocentrique même ! Ne soyez pas timide ! Lâchez-vous ! Laissez-vous aller et ne pensez surtout pas aux conséquences de vos actes ! « Je vous vois quasiment à l’agonie ! Debout, allez ! Abrégeons votre tourment !

Euh…

– Monsieur croit que ce qu’il a en lui est d’une bêtise piteuse et embarrassante ! Ce n’est pas vrai ? Ce n’est pas ça votre terreur ?… Vous avez tort, je crois que ce que vous avez dans le ventre a une grande valeur ! « JE… HURLE… MON CRI… BARBARE : YAUP ! SUR TOUS LES TOITS DUMONDE ! »… Le phonie est tout à fait clair, un « YAUP !!!! » traduit un grand cri rauque. Allez ! Vous allez nous offrir une démonstration de ce barbare « YAUP !!!! »

Euh…

– Voyons, on ne YAUP pas assis ! Allez, Allez en piste debout ! En position de « YAUP » !

Yaup.

– Non, je veux un « YAUP » barbare ! YAUP !!!!

D’accord… Yaup.

– Oh ! Mieux que ça ! Fort !

Yaup !

– Mais c’est un miaou, ça ! YAUP !!!! Soyez un homme pas un canard…

YAUP !!!!

– Ça y est ! Eh oui ! Il y a un barbare qui dort en vous ! »11

Imaginer qu’un lecteur puisse s’intéresser à moi était déjà peu probable, alors en trouver un qui s’implique avec une telle énergie dans mon histoire, il faut dire que ça, je n’aurais pas même pu l’espérer !

– Elle est venue du « Cercle des Poètes disparus » celle-là, n’est-ce pas ?

Oui, tout à fait ! Et pour être franc avec vous, je crois bien que c’est la première fois, qu’une réplique à laquelle je suis confronté, m’emplit de joie ! Cette façon avec laquelle vous avez su me motiver, me donner cette rage de vaincre est tout bonnement jouissive, et je vous en remercie !

– Je vous en prie ! Mais vous savez d’un autre côté, je n’y suis pour pas grand-chose ! Elle est arrivée, s’est imposée dans mon discours, et je n’ai fait qu’en être le porte-voix !

C’est certainement là, le rôle qui vous sied à ravir, et vous êtes maintenant sans nul doute, cet autre, ce complice, qui m’a manqué jusqu’à aujourd’hui !

– Vous m’en voyez ravi ! Reste maintenant à voir si mon rôle se résumera à n’être qu’un interlocuteur soumis lui aussi à ce phénomène qui bouleverse votre vie ! Si tel est le cas, votre collègue avec qui vous avez eu cette étrange discussion tout à l’heure serait lui aussi tout autant susceptible de vous aider à comprendre.

Non, je ne pense pas ! Votre statut de lecteur a de cela d’intéressant qu’il semble vous donner cette possibilité de vous extraire du présent qui est le mien, pour vous permettre d’assister tel le ferait un spectateur à ce que je suis en train de vivre.

– Permettez-moi d’en douter ! Jusqu’à présent, il semblerait plutôt que je sois emberlificoté dans votre présent ! Je suis dorénavant tout autant soumis que vous à ce phénomène qui nous interroge !

Oui, c’est vrai, mais en même temps, tout à l’heure quand je suis rentré dans le bureau de mon collègue et qu’il s’est passé ce qu’il s’y est passé, vous n’y avez trouvé aucun rôle ! Vous n’avez fait qu’assister à la scène sans que mon collègue ou moi même ayons conscience que vous étiez là !

– Vous êtes bien sûr de ça ?

Ah ça, je vous le confirme ! J’avoue avoir une certaine incidence sur vous du fait que vous sembliez être soumis aux mêmes maux que moi quand vous êtes à mes côtés, mais il est évident que vous pouvez tout aussi bien vous défaire de mon présent quand vous choisissez d’en être qu’un simple spectateur !

– Faudrait peut-être expérimenter la chose, vous ne pensez pas ?

Qu’est-ce que vous entendez par, expérimenter la chose ?

– Eh bien, c’est simple ! Si j’ai cette faculté de n’être qu’un lecteur, qu’un simple spectateur de votre histoire, poursuivez donc votre journée comme si je n’avais jamais montré le bout de mon nez !

Et ?

– Et nous verrons donc, si je peux ainsi rester auprès de vous sans pour autant occuper un rôle quelconque dans la quotidienneté de votre présent, ou plus précisément, dans cette réalité qui fait de vous un personnage de roman soumis à un singulier phénomène que je qualifierais de surnaturel, si vous le voulez bien !

Je pense que le terme de surnaturel a ici toute sa place. N’est-ce pas un phénomène qui semble échapper aux lois de la nature, et qui par définition ne s’explique pas ?

– Oui, je le pense !

Reste juste à espérer qu’il ne le restera pas, et qu’un jour viendra où l’on pourra l’un et l’autre donner un sens à tout cela !

– L’un des moyens de le faire, serait peut-être que je puisse comme je l’espère m’extraire de votre quotidienneté, et pour se faire je pense qu’il est important comme je vous l’ai dit, de vérifier cela le plus tôt possible.

Eh bien allez-y !

– Je ne pense pas que cela marche comme ça !

C’est-à-dire ?

– Je ne pense pas qu’il me suffise de le vouloir pour aussitôt recouvrer ma simple condition de lecteur.

Et que devons-nous faire alors ?

– Poursuivez votre récit comme si je n’avais jamais été là ! J’imagine que la simple évocation ou l’apparition d’un nouveau personnage à vos côtés dans ce roman, me fera aussitôt rejoindre mes quartiers.

Et si ça ne marche pas, que ferons-nous ?

– Vous, je ne sais pas, mais moi je commencerais alors à avoir les chocottes, car cela voudra dire que je suis à jamais réduit à n’être qu’un nouveau personnage de ce roman. Pour tout vous dire, ce n’est pas vraiment ce que j’espère faire de ma vie. J’ai bien des personnes et des choses que j’affectionne dans le monde qui est le mien. J’aurais énormément de mal à accepter d’être obligé de les abandonner à tout jamais !

Bon ! Eh bien alors, je pense que l’on va faire en sorte de vérifier cela dès maintenant !

– Oui ! Je vous en saurai gré !

Vous savez, au pire, il vous restera tout de même une solution !

– Laquelle ?

Il vous suffira de refermer ce livre et…

– Oui, je sais, j’y ai pensé moi aussi, mais ce serait là une manière de vous sacrifier, et ça je me l’interdis ! Si je ne suis plus devant ces pages, vous ne pourrez plus poursuivre votre histoire et…

Oui d’accord, mais si c’est le seul moyen qu’il nous reste pour vous libérer de mon emprise…

– Ça, on sera toujours à temps d’en rediscuter le moment venu mais pour l’instant on a encore devant nous quelques solutions à expérimenter, vous ne croyez pas ?

Oui, c’est vrai, comme l’a écrit Boris Vian : « Une solution qui vous démolit vaut mieux que n’importe quelle incertitude. »12

– C’est un comble ça tout de même ! On est là l’un et l’autre à essayer de comprendre ce qui fait que des répliques s’imposent dans votre quotidien et la seule chose que vous trouvez à faire c’est d’aller puiser cette fois-ci volontairement dans la littérature les mots d’un autre pour argumenter vos dires ! De grâce ! On a déjà bien du boulot avec tous ces mots que l’on n’arrive pas à contrôler, alors veuillez s’il vous plaît essayer de faire preuve d’originalité quand on a cette chance de ne pas être soumis aux diktats de ce phénomène...