3 - Le Naufrageur

-

Livres
31 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description





Épisode 3 sur 6 : Le Naufrageur :




M. Mirmac est un trentenaire, riche et sportif, que la vie ennuie à mourir. Il a pour domestique un Américain de son âge, Harry Wilson, un homme intelligent et dévoué.




Tous deux sont blasés jusqu'au jour où Mirmac décide de mettre du piment dans son existence en embrassant la carrière de détective. Il en profite pour exhorter Harry à jeter son uniforme de domestique pour qu’il devienne son aide, son acolyte, son partenaire...




Dès lors, le privé investit son argent au service de son métier, et lui et son compère vont retrouver le goût de l’existence et prouver leurs qualités d'enquêteurs. Car, c’est lorsque l’on frôle la mort que l’on mesure la beauté de la vie, c'est là tout le sel d'un destin fait de péripéties et de dangers.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mai 2015
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9782373470208
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
couve

Les Aventures d'un Détective Amateur

Le Naufrageur

 

Auteur inconnu

 

 

D’après les textes publiés journellement à partir du 20 novembre 1908 dans LE FEUILLETON du « MATIN ».

I

 

Dans un jardin fleuri de roses et de mimosas, étendu sur une chaise longue, je m'amusais à tirer des coups de revolver sur un carton placé à une vingtaine de mètres.

J’étais assez satisfait. J’avais retrouvé la justesse de mon coup d'œil. Ma main ne tremblait plus et je venais de tracer avec mes balles tirées les unes à la suite des autres, sans une bavochure, la première lettre de mon nom qui est un M.

Cela fait, je me levai. Je me sentis solide sur mes jambes et me trouvai tout à fait heureux de vivre. J’en étais d’autant plus heureux que je me faisais l'effet d’un ressuscité. N'étais-je pas un ressuscité, vraiment ?

Qui aurait pu supposer qu’après ma chute dans la Seine, suivant la terrible blessure que j’avais reçue, je me serais tiré d’affaire ? Je m'en étais tiré pourtant et sans trop de dommage.

Tombé tout près du bateau d'un braconnier d’eau douce, qui jetait des filets dans le fleuve, j'avais été recueilli sur son bachot, et comme l'homme avait peur d'être compromis, il m'avait tout simplement déposé sur la berge du quai Henri-IV, où je demeurai évanoui jusqu’à ce que j'eusse été découvert par des agents de la sûreté, qui surveillaient par là des voleurs de bois.

Conduit par eux à l'hôpital, j’y restai plusieurs jours entre la vie et la mort, sans avoir repris connaissance, sans qu’on sût qui j'étais, car je n'avais aucun papier sur moi. Mais Harry était parvenu à me découvrir, m'avait fait conduire dès que je fus transportable, dans une maison de santé où je ne tardai pas à me remettre, et, maintenant, j'achevais ma convalescence dans une villa, près de Cannes, sous un ciel délicieux, dans un jardin qu'embaumaient les parfums des orangers et des citronniers, se mêlant à ceux des roses et des mimosas.

Pendant le temps assez long que j'étais resté étendu sur mon lit, j'avais fait de sérieuses réflexions. Je ne regrettais pas du tout la profession un peu étrange que j’avais embrassée et que me rendaient plus chère encore les péripéties tragiques que je venais de traverser, car elles en avaient pour moi décuplé l'intérêt.

Je me voyais engagé dans une lutte dont il fallait à tout prix que je sortisse vainqueur. Je voulais prendre ma revanche, et une revanche éclatante, contre un gredin dont les exploits criminels venaient seulement de commencer, et que je jugeais capable de devenir bientôt un des maîtres du vol et de l’assassinat.

Il avait tout en effet pour réussir dans cette partie : l'audace, le sang-froid, l’absence des préjugés, la férocité native, et, de plus, il était activé par cet aiguillon de la suprême misère qui pousse les hommes aux pires extrémités, soit dans le bien, soit dans le mal ; mais c'est vers le mal seul que le gredin se dirigeait.

Je comprenais donc que j'allais avoir affaire à un adversaire des plus redoutables, d’autant plus redoutable que j'ignorais absolument ce qu’il était devenu, et que tout le monde l’ignorait comme moi. En effet, voici ce qui s'était passé après qu’il m’eût donné le magistral coup de couteau qui pouvait m'envoyer de vie à trépas, et qu’il m’eût précipité au fond de la Seine.

Il devait, on s’en souvient peut-être, se battre le lendemain avec l'amant infortuné de la pauvre Mme X... Il s’était battu en effet, comme si rien n'était, comme s’il n’avait pas commis quelques heures auparavant un crime abominable. Il s’était présenté sur le terrain avec un aplomb imperturbable et avait tué son adversaire d’une balle en plein front.

Il avait prouvé par là qu’il était un tireur incomparable et il avait montré en même temps qu'il était capable de toutes les habiletés et de toutes les ruses, car, après ce beau coup, il avait disparu, et ni la police qui le recherchait, ni Harry qui était parti pour Paris pour le retrouver n'avaient pu découvrir ses traces.

En pensant à cet homme, je me représentais toutes les difficultés de mon métier, pour lequel il faut vraiment maintenant avoir des qualités exceptionnelles, et en certaines occasions presque du génie. Car on se trouve souvent en présence de coquins qui en ont, eux, pour lutter contre la société et contre vous.

On ne peut pas appeler autrement les trouvailles que font certains virtuoses du crime. Et souvent Harry m’avait dit, à propos de celui dont je parle et qui seul, pour l’instant, me préoccupait :

— S’il avait de l’argent, ce serait le scélérat le plus redoutable peut-être qu’il y eut jamais eu !

Et, de l'argent, le coquin devait chercher par tous les moyens à s’en procurer, et il était évident pour moi qu'il y réussirait un jour ou l’autre, car il ne devait plus reculer devant rien.

Harry était toujours à Paris. Je l’attendais avec impatience. Et il m'arriva précisément ce matin-là, superbement déguisé et méconnaissable pour tout le monde, même pour moi, qui ne sus que c’était lui que lorsqu'il m'eut parlé.

Il portait une majestueuse barbe blanche si bien faite, si bien ajustée, qu’il était impossible à l’œil le plus exercé de soupçonner qu'elle n’était pas naturelle.

Il avait sur la tête une casquette de voyage, une sacoche en bandoulière, un long pardessus noir laissant apercevoir une redingote impeccable ornée d'une rosette rouge.

Il tenait à la main une petite valise. Il avait tout à fait l’air de quelque...