9’32 Pollock

9’32 Pollock

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Livres
78 pages

Description

Présentation sous forme de cut-up d’échanges de mails avec l’auteur :

Ecrit en 2 jours (16 / 17 novembre 2008)
Pollock est debout.
Obsession terrible. Notes notes notes notes pendant deux jours. Au final j’étais minable. La loco : pollock, pollock, pollock.
Fallu aller au bout pour taire.

Alors voilà j’ai essayé froidement, et à peine déjà au bout de 2, 3 pages, j’étais ému à nouveau, comme lors de la première lecture. Quelque chose du geste magique, un geste lâché ?
Bien sûr c’est Pollock, et pour moi ça cause, mais je ne cherche pas à comprendre : ça me touche, pas grand chose d’autres à en dire.
Rares sont les livres que je lis d’une traite, mais là j’y suis allé jusqu’au bout, facilement, porté.
Par exemple, la page, centrale,

Et c’est versant sa grolle que Pollock se révèle. C’est stupide. Le geste de verser verse Pollock. En versant sa grolle, toute l’usure de sa grolle, Pollock se verse dans mes yeux, c’est simple.

C’est Pollock et ce n’est pas tout à fait Pollock...

c’est au-delà ou en deçà, dans un dedans de langue qui s’ivre.
"Pollock", et ce mot se remplit, puis se vide, se pollock encore et bien plus, perd substance comme mot infiniment répété en se remplissant.
Des sortes de petites "fictions" : soixante-sept.

"Fictions" car Pollock c’est aussi la somme de toutes les figures qu’il laisse passer par sa figure. Aussi parce que fiction, c’est ce qu’on a de plus vrai, de plus intime et qui nous échappe tout à fait. Pollock est venu foutre un coup de pied dans ce tas-là.
La fiction, nous n’avons que ça de vie. Nous vivons dans un tissu de scénarios complexes. Des histoires qu’on se raconte, projets, fantasmes, etc. De toute façon, dès qu’on ouvre la bouche, on passe dans la fiction. Voilà, je crois que j’ai pigé pourquoi pendant très très longtemps je n’ai pas parlé. Je ne pouvais pas supporter ce passage.

Armand Dupuy, une langue souvent dans la peinture, compagnonnage qui semble dater, voir par exemples son dehors / hors de / horde et son Distances. A rapprocher d’ailleurs, même époque et même mouvement peut-être, du Robert Frank de De Jonckheere ?
9’32 c’est la durée du film de Namuth en 1951 dans lequel on voit Pollock peindre avec les gestes, et l’énergie, courbé, la tension sur les grands formats au sol, dehors, ou dans les autres films, dans la grange.
Mais sans tout révéler, c’est aussi le film dans lequel on voit Pollock qui verse sa grolle et de laquelle grolle tombe un truc. Grosse pièce de monnaie ? Ou bout de ferraille ronde qui tourne au sol ou peut-être une toupie, un tournevis, une clé de 12, sa montre à gousset, le capuchon de la caméra de Namuth (on n’arrivait pas à remettre la main dessus), un bouchon d’un petit pot de confiture... un petit bouchon d’un petit pot d’acrylique bon marché pour peintre en bâtiment du dimanche ?

Pollock, 1947 : On the floor I am more at ease, I feel nearer, more a part of the painting, since this way I can walk around in it, work from the four sides and be literally in the painting.

Armand Dupuy ne l’a pas inventé.

Juste ce truc obsédant. C’est là que Pollock est venu faire le boulot.

Là le nœud minuscule, l’impulse qui a emmené sur le glissoir d’écrire. Deux jours non stop...
Allez on écoute, on laisse couler, on prend le temps de laisser "écouler" ce mouvement là. Celui de Pollock ?

fred griot


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Informations

Publié par
Date de parution 21 janvier 2009
Nombre de lectures 178
EAN13 9782814502031
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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fictions
« Quand je commence à comprendre quelqu’un, c’est que j’ai la trouille » (Pierre Fédida)
Pollock ne peint pas, bien sûr, c'est une voix vers le fond. Pollock ne peint pas, c'est juste qu'il s'enfonce dans les yeux. Et Pollock verse je ne sais quoi de sa grolle qu'il venait d'enfiler, qu'il ôte puis qu'il verse car il y a dedans je ne sais quoi – une sorte de petite pièce métallique ou rondelle qui gène. Pollock est assis, donc il n'est pas là. Pollock est tout entier dans ce qui l'avale c'est-à-dire, également, tout à fait là qu'il nous faut. Pollock ne tient qu'à un fil et peut-être même qu'il le sait.
Pollock n'a pas de regard. Le bras nerveux jette la clope et retour. Pollock s'enfonce dans ses yeux. Pollock plisse les yeux, s'enfonce. Il y est. Cet air rentré je connais, la tête dans les épaules, je n'admire pas Pollock. C'est juste qu'il y a ce que sa figure chasse ou ramène. Pas la figure fermée de parfois piège à rat /clac mandibules ou quoi. Ainsi Pollock est un ami. Et rien qu'un peu de temps sépare, ça fait l'affaire.
Pollock à la bagarre et bas se répèteje ne suis pas un imposteur. Il est difficile d'en faire autant mais Pollock est un mot que j'aime dire. Pollock remonte à la surface tout le bouillon tiède de ses tripes. Sous la chemise noire, c'est la peau de Pollock qui brûle. Pollock a soif, c'est peu dire.
Pollock est là. Mais ce que nous savons de Pollock, nous, nous ne le savons pas . Dans l'ombre, à la limite, mais qu'au fond nous savons. Et peut-être qu’untel a raison lorsqu'il noteil ne faut pas penser à certaines choses, à celle qui vous tiennent à cœur, ou plutôt il faut y penser, car à ne pas y penser on risque de les retrouver, dans sa mémoire, petit à petit.De toute façon, mon Oublions. père ne connaît pas Pollock. C'est dire s'il lui ressemble.
Pollock c'est l'effort de mémoire. Bien sûr ça n'est pas suffisant. Derrière Pollock un pan d'herbe jaune, les planches d'une baraque. Pollock habite la banlieue d'East Hampton, une petite ville des Etats-Unis. Pollock est né à Cody dans le Wyoming, la ville de Buffalo Bill. Mais quand il est petit, Pollock déménage souvent. Pollock déménage encore, voilà.
Pollock s'inquiète, le soir s'avance. Autant dire que Pollock n'est déjà plus grand chose de Pollock. Pollock est penché sur la toile et pleure. Ou peut-être qu'il ne pleure pas mais s'égoutte au bout d'un bâton. Pollock lutte. Tout le Pollock en tempête. Pollock dans l'œil absent qui le voit. L'oeil qui nargue et Pollock peut-être qu'il ne pense pas. Il coule. Pollock s'écoule. Pollock s'écroule dans l'évier sale de sa tête.
Pollock ne raconte pas d'histoire. Pollock ne ment pas puisqu'il ne dit rien. Si Pollock ment parfois c'est pour s'approcher. Et Pollock ment double s'il s'approche car la vérité ment toujours. Mais l’on se fiche de savoir si Pollock car Pollock s'avance, c'est tout. Pollock cherche ailleurs. Pollock refuse. La vérité ne sort pas d'un puits, ni d'un œil, ni rien de la bouche de Pollock. Il dort au fond, Pollock, dort sur un tas de chiffons. Pollock s'endort et se réveille. Pollock traverse un rêve qu'il ne vit pas.
Pollock est beau. Je le trouve beau gars ce matin l'Pollock. À East Hampton, le ciel ne bouge pas. Simplement, le matin recommence. On pourrait trouver l'heure mais non. C'est juste qu'il ne fait pas d'ombre ce matin. Pollock ne jette pas d'ombre sur le sol aujourd'hui. Pollock ne prend pas la lumière. De là à dire que Pollock n'existe pas, il n'y a qu'un pas. Il n'y a rien. Il ne sait pas, Pollock, que tous les matins, tout le matin recommence. Personne ne sait d'ailleurs. La journée sera ce qu'on fait. Bien sûr Pollock sait tout ça qu'il ne sait pas, mais Pollock pas d'humeur.