A mes mais

A mes mais

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Description

”A mes mais” est un recueil de nouvelles et pensées ayant pour point commun le thème de la relation à l’autre par le biais de problèmes de sociétés actuels mais encore trop souvent tabous : euthanasie, transsexualisme, abandon, maladie.
Le lecteur est ainsi invité à une réflexion à plusieurs niveaux sur la responsabilité de tout un chacun envers autrui.
Bien que le recueil soit, dans son ensemble, assez grave, il se termine sur une note tout à fait optimiste et bienveillante.

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Date de parution 17 novembre 2017
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EAN13 9791026213901
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Isabelle Drumez A mes mais
© Isabelle Drumez, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1390-1
Courriel : contact@librinova.com Internet :www.librinova.com
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- I -
Je n’ai pas de parents. Je n’en ai jamais eu. Ils s ont morts il y a longtemps… bien avant que je naisse. Ils sont morts de chagrin, dans des souffrances ter ribles, terrassés par la détresse à force de contempler la luisance de la fortune illus oire des autres. L’argent pourtant ne fait pas le bonheur. C’est bie n connu ! Dieu sait pourquoi ils se sont mis à croire à toutes ces fabulations, les pau vres.
La sérénité de l’âme, c’est cela la vraie richesse. Mais elle ne peut pas s’acheter. Ce serait trop facile ; comme de se voiler la face pou r renier son errance sur les étroits chemins menant aux cimes sans retour du leurre. Nom breux sont ceux qui tomberaient avant d’avoir atteint leur but, et ceux qui y parvi endraient seraient finalement les plus malheureux, prisonniers d’un paysage dont ils ne po urraient plus voir la beauté.
- II -
Alice referma doucement la porte derrière elle. Ell e aimait aller jouer là en cachette ; d’autant plus que cela lui était défendu.
Comme à son habitude, elle commença par faire le to ur de la chambre en examinant avec attention du bout de son index la frise dont l es motifs bleus se répétaient à l’infini. Elle pouvait les reproduire à l’identique sans modè le mais c’était un secret.
Ensuite, elle se dirigea vers l’imposante photograp hie qui faisait face à la porte et se posta devant, pour morguer son auréole. Comme tous les jours, elle fit un sourire au bébé noir et blanc qui la fixait : Gabriel. C’était un beau bébé à l’air mutin, avec de bonnes joues bien remplies, et des cheveux fins et bouclés ; il lui ressemblait un peu. Il était allongé dans son berceau, calme, tout emmitou flé dans ses couvertures claires. Elle aurait tant voulu qu’il lui fasse ne serait-ce qu’une petite risette, mais il se contentait de la regarder fixement avec sa bouche e ntr’ouverte, jour après jour. On aurait dit qu’il prenait un malin plaisir à l’ignor er. Comme si elle était invisible pour lui. Alors, elle lui tira la langue. Pour voir. Aucune r éaction. Elle entama donc une kyrielle de grimaces concoctées durant la classe tout spécia lement pour lui… en vain !
Dépitée, elle lui tourna le dos et se dirigea vers le magnifique berceau orné de tulle bleu, se pencha sur le petit lit et attrapa le noun ours qui y dormait paisiblement. Elle commençait toujours par le serrer très fort contre elle. Comme dans une étreinte avec l’éternité. A la fois terrible et libératrice. Puis , elle l’embrassait, ardemment, en épiant le cadre du coin de l’œil, à l’affût de la moindre pet ite réaction… mais le nounours sentait mauvais la poussière et elle finissait tout le temp s par en être incommodée et par le lancer violemment par terre. Alors, elle le sommait de se relever sur-le-champ. Puisqu’il il n’en faisait rien, elle l’empoignait et lui ross ait le postérieur avant de le remettre dans le berceau et de quitter la pièce en refermant la p orte avec précaution, folle de rage, déçue et mortifiée.
Mais ce jour-là, elle n’eut pas le temps de finir s on jeu. Tandis qu’elle allait entamer la scène des embrassades avec le nounours, elle ent endit la porte d’entrée claquer. Sa mère, Joséphine, était de retour. Alice s’empressa de jeter la peluche par terre avant de la remettre délicatement à sa place, dans le bercea u. Puis elle tira la langue au bébé, sortit silencieusement de la chambre et descendit l es marche de l’escalier à cloche-pied.
— Enfile ton manteau et tes souliers, vite ! Il fau t qu’on se dépêche d’aller au cimetière. On va être en retard, lui lança Joséphin e sans même lui accorder un regard.
Alice s’exécuta, en silence. Alors qu’elle boutonna it son petit manteau rouge, l’angoisse viola brutalement sa candeur. Les sens à l’agonie, elle éclata en sanglots. Elle aurait tant voulu que sa mère la prenne dans s es bras, qu’elle l’embrasse très fort et lui fasse sentir, même sans forcément lui dire, qu’elle l’aimait. Elle aurait tant voulu avoir une mère comme les autres, mais la sienne, ma lheureusement, était différente. Pas foncièrement méchante, simplement différente.