//img.uscri.be/pth/e76416b3042ea3203a9021b53aed9c12527d21fe
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,95 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Abidjan-Lyon

De
121 pages
Deux villes. Abidjan, en Côte d'Ivoire et Lyon, en France. Deux frères. Kablan et Karim. Jumeaux. Ce livre nous présente leur parcours de l'enfance à l'âge adulte. Les zones de rupture et de raprochement présentées par cette histoire se situent non seulement entre l'amour et la haine, entre la vie et la mort, entre parents et enfants mais aussi entre les deux villes où elle se déroule et même au-delà entre deux univers mis l'un face à l'autre.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

manuscrit.com
5 bis rue de l’asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comAbidjan-Lyon© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0589-3 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0588-5 (pour le livre imprimé)Lauryn
Abidjan-Lyon
NOUVELLEAux deux Alexandre de mavie
Jecroisquejevousaimaisdéjà
Avantmême devous connaître
Vous avezfaitetvousferez toujours
Partiedemon étrangeaventure…
7Prologue
Elle avait marché pendant deux bonnes heures.
Bienentendu,ellesavaitquec’étaitbondefaireunpeu
d’exercice en fin de grossesse ; et comme ses derniers
mois avaitété réellement éprouvants, elle se réjouissait
d’approcherleterme. Çan’avaitpasétéfacilepourelle
si menue de porter des jumeauxet siles études de mé-
decine qu’elle était en train d’achever lui permettaient
de comprendre parfaitement ce qui se passait en elle,
Laura se disait néanmoins que c’était la dernière fois
qu’ellevivraitunegrossesse; c’étaitpeutêtrepourcela
quelanatureluienenvoyaitdeuxd’uncoup!
Elle avait attendu le coucher du soleil avant de
quitterl’appart. Fredn’étaitpasencorerentréetellesa-
vaitqu’iln’auraitpasappréciéqu’ellesorteétantdonné
l’heuretardiveetlestadedesagrossesse;luiaussiétait
pressé de voir ses enfants mais ne voulait pas qu’elle
prennelemoindrerisque;siellel’avaitécouté,elleau-
raitpassétoutesagrossesseallongée.
Comme elle l’avait prévu, il n’y avait pas grand
monde dans les rues. On était le 5 janvier et il faisait
déjà très froid dans les rues sombres de Villeurbanne.
EllefrissonnaetfermalaParkaBarbourdeFred,leseul
vêtementchaudqu’ellepouvaitencoreenfiler.
Unefoisdeplus,ellesemitàsongerauxprénoms
qu’ilsallaientdonneràleursenfants. Elledésiraitplus
que tout que leurs prénoms soient d’origine africaine.
9Abidjan-Lyon
Pour qu’à travers eux elle se remémore les effluves de
son lointain continent. Pour qu’ en prononçant leurs
prénoms, elle puisse en quelque sorte évoquer la part
d’elle quiétaitdemeuréelà-bas…
Maisenmêmetemps,elles’interrogeait;fallait-il
qu’ilssubissentcommeellelesinconvénientsd’unpré-
nomtropsynonymed’uneorigineétrangère? Ilss’in-
tégreraient peut être plus facilement dans une société
française avec des prénoms "bleu, blanc, rouge". Et
mêmesiellerentraitenAfriquepourlesélevercomme
elle en avait bien l’intention, ils allaient être de na-
tionalitéfrançaisecommeelleetallaientcertainement,
vouloir venir plus tard en France pour "se chercher "
comme on dit à Abidjan.
Et là, ils allaient en voir de toutes les couleurs
comme elle quelques années auparavant. Eh oui, en
ces années 80, en France, on avait beau avoir la na-
tionalitéfrançaise,quandonétaitnoir,onétaitconsi-
déré comme un étranger. Le racisme latent, sournois,
quotidienestbeaucoupplusmalfaisantquelesdiscours
deM.Lepenquepresquetoutlemondetraited’abruti
d’ailleurs. Les même personnes qui disent ne pas être
racisteshésiterontàlouerunappartementouàconfier
un poste important à une personne "de couleur". Ces
mêmes personnes auront un geste de surprise quand
ils s’apercevront que la personne à l’élocution parfaite
qu’ils avaient eu au téléphone et à laquelle ils étaient
prêtsàfaireconfianceestenfaitd’unnoirébène. Alors
ilsdiront"Ah! C’estvous??"puis"désolé,iln’yaplus
deplace"ouleterrible"onvousrappellera",synonyme
de fin pour nous.
Oui elle était consciente de tout cela puisqu’elle
l’avait vécu mille etune fois.
Mais elle s’était battu, en pensant à tout ceux qui
étaientrestéslàbas. Elles’étaitbattueetelleavaitgagné.
Elleavait du enfaire beaucoup plusquelesautresmais
10Lauryn
elle y était arrivé et tout ce qu’elle espérait c’était de
pouvoirtransmettrecetespritdeguerrière,debattante
qu’elleavaitcertainementreçudecesancêtresàcesdeux
petitsêtresquipoussaientenelleetqu’elleattendaitavec
impatience.
Unepetitepluiefinetombaitàprésentetlatirade
sesréflexions. Elleétaitarrivéeplusloinquecequ’elle
aurait voulu. Elle fit demi tour. Fred devait être ren-
tré à présent etelle ne voulaitpasqu’il s’inquiète pour
elle. Ellesouritenpensantàsamèrequidevait arriver
le lendemain. « Comme ça Fred ne s’inquiétera plus
pour moi toute la journée » se dit elle. Toute méde-
cin qu’elle allait devenir, Laura n’en appréhendait pas
moins son premier accouchement et la présence de sa
mèrequiavaiteusixenfantslarassuraitd’avantageque
toutes les médecines du monde…
11