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Adresses

De
203 pages
Bien plus qu'un itinéraire, l'auteur nous entraîne dans tous ces lieux qui ont jalonné sa vie. RéelVraies ou menties, ces adresses là sont celles où l'on aime s'attarder pour retrouver une odeur, un sourire, ou tout simplement changer le monde. Barcelone, Bordeaux, New-york, ici le personnage principal peut être un fleuve, un hall d'aéroport, une haie d'arbousiers. Peu importe ce qui s'y joue et de quelle manière il convient de le mentir, de l'enjoliver. Si l'écriture ne servait qu'à cela "se défaire" enfin de ces endroits qui vous font une démarche lourde tant ils s'accrochent à votre jambe, à tout votre être avec cette insistance qui fait de vous un piètre vivant encombré de son passé.
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2 ADRESSES

Titre
Dominique OLIVAIN
ADRESSES

Contes et Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8372-X livre imprimé
ISBN 13 : 9782748183726 livre imprimé
ISBN : 2-7481-8373-8 livre numérique
ISBN 13 : 9782748183733 livre numérique

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ADRESSES INTRO


INTRO
11 ADRESSES






Et s’il ne restait que des adresses !
Reliquats de toute une vie déposés là sans
charme et sans mélodie aucune. Lieux soldés au
gré des fantaisies. Adresses tristes comme des
rues sans ombres et des places sans soleil.
Adresses des rendez vous manqués, des amants
tièdes comme des linges d’août que le vent
cajole.
Adresse des portes qui ne se sont pas
ouvertes. Des rues accablées que l’on a fini par
gommer de notre déraison. Adresses des
maisons louées pour échapper à l’ennui ou au
désarroi. Adresses incongrues aux noms
imparfaits, rues Frère où l’on doit se quitter
sans plus jamais se retourner. Acanthes d’après
la dune que le visage creuse et le sourire endure.
Plis d’arbousiers en fruits que l’on attend nous
deux le long du chemin. Adresses de tes éclats
de rire et de ta robe blanche un après-midi de
quai. Connivences de parcs, conséquence
lourdes de peupliers semblables à la saison qui
suit. Heures longues qui précèdent les caresses.
Adresse de nulle part, envois mentis. Terrasses
où l’on refaisait le monde lorsque le monde
nous convoitait. Adresses des malades, des
13 Adresses
soupirs longs comme le deuil lorsque le deuil ne
vient pas. Adresse de l’inacceptable. Lieux de la
déportation et de l’humiliation. Adresses de
quai, de palue et de rivière emmêlées. Adresse
de musicien, de vignes, numéro jeté là comme
un décor idiot que la saison brûle.
Châteaux, mansardes, moulins, villa,
échoppes. Appartements blottis que le soleil
étrange, studio large comme des baisers, lits
longs comme mes rêves.
Prés minuscules que le colza inonde parfois.
Adresses des amis, jardins de l’enfance. Lieux
des embrassades gravées à jamais, des
promenades, des palais lointains d’où l’on ne
revient pas. Adresses sans fin des valises posées,
bien ou mal, on ne le sait jamais. Adresses des
livres que l’on a envoyés ou bien reçus.
Adresses de tous ceux qui ne vous disent pas
pourquoi ils ne les ont pas lus.

Adresses aux chambres lumineuses, aux
salons ternis, adresses aux senteurs terribles,
adresses de la mort. Adresses de marbre où j’ai
quelques retrouvailles douces. Adresse de jadis
où l’on allait dîner, adresses perdues que j’ai si
longtemps cherché. Adresse de tous ceux qui
m’ont abandonné et que je n’ai pas regretté.
Adresse des sourires las posés à la commissure
de ma mélancolie. Adresse d’aujourd’hui où
14 Adresses
j’attends que tout cesse enfin et que vienne le
charme de la ligne meurtrie.
Adresse de mon impossible adresse.

Comme j’ai peine à parler de tout cela, parler
des promesses qui ne s’y sont pas tenues.
Comme j’ai peine à parler de tous ceux qui
vécurent là ou là, près ou assez loin de moi et
qui ne firent que passer. Passer comme le temps
lorsque le temps est léger.

Parler de tous ceux que j’ai tant et si mal
aimés.
15 Cours du Chapeau Rouge


COURS DU CHAPEAU ROUGE
17 ADRESSES






Quand il est entré dans le studio, nous avons
tous su qu’il pouvait se passer quelque chose
d’exceptionnel. C’était ma première interview
en direct. Il est arrivé très tôt, je lui avais donné
rendez-vous à 14 h à cause de la circulation en
ce moment en ville. Des travaux partout, je
pensais qu’il aurait des difficultés à garer sa
voiture. Pierre arpente le couloir d’un pas que je
lui connais déjà ; il récite à voix haute les rendez
vous de la journée ; il apprend en marchant. Il
ne prend pas le temps de savoir qui nous
attendons, il nous regarde ou plutôt passe
devant nous à hauteur du journal de 18 heures
et de tout ce qui va suivre. Il psalmodie un
emploi du temps terrible à retenir, ses lèvres se
crispent, il va trop vite. C’est un des ces après
midi de début d’automne, l’air marin contenu
tout l’été à la limite des pins pénètre à cette
époque jusque dans la ville. Le cliquetis des
mâts se mêle aux klaxons des voitures et
restitue comme une odeur suave de vacances
volées à la rentrée qui vient de nous surprendre.
Hauteur de nos avant bras bronzés et nos
sourires attardés de soirées fruits de mer là bas,
tout près sur la jetée.
19 Adresses

Le bassin entre en ville comme un neveu
surpris dont on n’osait plus espérer la visite. Il
entre soudain dans le salon moite où l’on se
reposait parce que le temps était trop lourd,
c’est du moins ce qu’on avait prétendu. Il
ondule dans un jeu de piste merveilleux où
chaque détail, chaque indice, semble le ramener
enfant. Il sourit à la poche de pralines dans le
tiroir. Il vient de marquer un point, la certitude
de pouvoir continuer, il ne capitule jamais, il est
chez lui. Ce chez vous qui lui appartient pour la
simple raison qu’il est venu souvent là se
construire, grandir. Il s’étonne, s’éparpille, va
partout où on l’attend. Le bassin rend aimable
l’automne à Bordeaux.

Derrière les PC, Camille, arrivée une fois de
plus en retard, classe les fiches qui feront le
journal de midi. Il faudra parler de l’incendie.
Des pannes successives du tramway. Pannes
alibi. Camille fait partie de ces gens qui
n’arrivent jamais à l’heure. Elle parle de fatalité,
elle dit que c’est comme ça, qu’elle n’y peut
rien.
Je la regarde un moment, encombrée, et
j’imagine ma vie à attendre des Camille du soir
ou du matin, qui ne viendront jamais à moi à
l’heure. Qui ne feront que passer s’excusant
d’avoir loupé leur tram, oublié je ne sais quoi
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