Ahaggar

Ahaggar

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152 pages

Description

Nabil a fini par céder à la tentation de se rendre dans cette vaste contrée qu'est l'Ahaggar, en plein centre du Sahara. Il y retrouve une harmonie intérieure qu'il n'avait jamais ressentie à Alger. A travers la beauté, la fascination de l'immense massif montagneux, il a renoué avec des repères qui l'ont conforté dans ses nouvelles convictions. La frêle et furtive silhouette de la jeune et belle targuie rencontrée par hasard sur le chemin qui mène à l'Assekrem, accroît sa quête de la vérité.

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Date de parution 02 janvier 2005
Nombre de lectures 257
EAN13 9782296385788
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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AhaggarEcritures Arabes
Collection dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions
N°199 Joseph FADDOUL, Le pays qui n'existe pas, 2004.
N°198 Bouthaïna Azami-Tawil, Le cénacle des solitudes, 2004.
N°197 Abdelkaderl El Yacoubi, Le Banquet de Bounite, 2004.
N° 196 Youssef AMGHAR, Il était parti ans la nuit, 2004.
N°195 Mohamed TAAN, Bahmane, 2004.
N°194 Salah MOUHOUBI, Destins éclatés, 2004.
N°193 Abdelfattah AÏT AÏS SA, Les bonnes épouses, 2003.
N°192 Noureddine ABA, C'était hier Sabra et Chatila et
Montjoie Palestine! ou L'an dernier à Jérusalem, 2003.
N°191 Noura BENSAAD, Mon cousin est revenu, 2003.
N°190 Ammar AMOKRANE, L'honneur n'est pas sauf, 2003.
N°189 Hafedh DJEDIDI, Fièvres dans Hach-Médine, 2003.
N°I88 Farid BENYODCEF, Le Festin du diable, Roman,
2003.
N°I8? Saïd LAQABI, Journal intime d'un figurant,
Roman, 2003.
N°186 Yamina BERRABAH, Algériennes à perpétuité, 2003.
N°185 Ahmed TAZI, Le convoi du chien, 2003.
N°183 Halim CHAREF, Couscous amer, 2002.
N° 182 Salah MOUHOUBI, Le revenant, 2002.
N°181 Mokhtar ATALLAH, Le nœud et le talisman, 2002.
N°180 Noura BESSAAD, L'immeuble de la rue du Caire,
2002.
N°179 Gulpérie EFFLATOUN-ABDALLA, La ballade des
geoles, 2002.
N°178 Gulpérie Gulpérie, 2002.
N° 177 EFFLA TOUN-ABDALLA, D'une mort à
l'autre, 2002.
N°176 Jamel GHANOUCHI, Lefou du roi, 2002.
N°175 Rabah KEROUAZ, Le musulman et la Païenne, 2002.
N°174 Mohammed TAAN, Khawaja, 2001.
N° 173 Abdelkader EL YACOUBI, Gélème, 2001.
N° 172 Rafif FATTOUH, Menus détails, 2001.
N°171 Salah MOUHOUBI, Jeux d'enfants, 2001.Salah MOUHOUBI
Ahaggar
Roman
L'HARMATTANL'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris
FRANCE
L'Harmattan Hongrie
Kosuth L. u. 14-16
1053 Budapest
HONGRIE
L'Harmattan Italia
Via Degli Artisti, 15
10124 Torino
ITALlE
@L'Hannattan,2004
ISBN: 2-7475-7742-2
BAN : 9782747577427A la mémoire de mon père.DU MEME AUTEUR
Sous-développement et extraversion financière du
monde arabe-PUBLISUD - OPU - Alger - Paris -
1983.
La politique de coopération algéro-française : bilan
et perspectives- PUBLISUD - OPU - Alger - Paris -
1989.
L'Algérie et le tiers-monde face à la crise -
ETTARIK - Alger - 1990.
L'Algérie au futur - DAR ETTAKAFA - Alger
1992.
L'Algérie à l'épreuve des réformes économiques -
OPU -Alger -1998.
Afrique. L'ère des turbulences - CASBAH
EDITIONS - Alger - 1999.
Jeux d'enfants (roman) - L'HARMATTAN - Paris -
2001.
Le revenant ( roman) - L'HARMATTAN - Paris
2002.
La mondialisation en marche - ENAG-Alger-2003.
Destins éclatés (roman) - L'HARMATTAN -Paris
2004.Depuis quelques jours, Nabil éprouvait une grande
lassitude. La fatigue, la routine et surtout le surcroît de
travail l'avaient particulièrement éprouvé. Il était à la
limite du stress, conjonction de plusieurs cumuls tant
physiologiques que psychologiques. Le travail qu'il était
en train de peaufiner l'avait réellement éreinté. TI avait
grillé des neurones durant plusieurs semaines pour
l'achever. Ses supérieurs lui avaient fait savoir que la
commande venait du boss lui-même. D'où l'extrême
minutie avec laquelle il l'avait fait et surtout le soin qu'il
avait apporté aux recommandations pour qu'elles soient
pertinentes afin d'être retenues. Sa seule satisfaction est
qu'elles soient retenues.
Il ne s'attendait ni à une promotion ni à des
honneurs. Dans un pays qui a tourné le dos à un système
de valeurs et perdu ses repères, en lui substituant
sottement la médiocrité, l'opportunisme, le clanisme, voire
le régionalisme, il n'y avait rien à espérer. Pas de
nouveaux privilèges aussi. En fait, l'idée de se sentir
vraiment utile compensait toutes les frustrations. Il savait
qu'il se crevait pour un idéal comme, d'ailleurs, beaucoup
de cadres honnêtes et surtout compétents. Cette terrible
réalité lui procurait paradoxalement un peu de réconfort. Il
faisait partie d'une frange de la population qui partageait
9le même et triste sort. Au moins, sur ce plan-là, il ne se
sentait pas seul.
Il relut le document très attentivement une dernière
fois avant de le transmettre au responsable hiérarchique. Il
était parfait, pas même une faute de frappe. Il poussa un
soupir de soulagement car il se sentait vraiment libéré
comme s'il venait de réaliser avec succès une mission de
la plus haute importance. Il apposa sa signature sur la
lettre d'accompagnement et mit le tout dans une enveloppe
de grand format, scellée avec deux cachets, l'un portant la
mention: «Très urgent» et l'autre: «Très confidentiel ».
On ne sait jamais. Il vaut mieux prendre toutes les
précautions. L'enveloppe sera, dans ces conditions, remise
très vite et surtout en mains propres au plus haut
responsable hiérarchique. C'est la signification des deux
cachets. Il appela la secrétaire et lui remit le pli. Elle savait
ce qu'il fallait faire maintenant. Elle le prit sans dire un
mot et referma soigneusement la porte derrière elle.
Nabil était maintenant plus libre pour se plonger
dans la lecture de la dizaine de journaux qu'il recevait
quotidiennement. Sa fonction exigeait de lui d'être
parfaitement informé de l'évolution de la conjoncture et de
ses tendances. Ce n'était donc pas une partie de plaisir de
passer en revue la presse qui, sur un autre plan, est loin de
se limiter à la seule mission d'informer. Un minutieux
travail de décryptage est toujours nécessaire pour déceler
les enjeux, les problèmes de l'heure, les messages codés
et, cela va de soi, les dessous des critiques et leurs
objectifs inavoués. Il faut vraiment être un virtuose et au
parfum des arcanes politiques pour resituer les faits dans
leur véritable contexte. Les pièges et les écueils ne
manquent pas et rien n'est plus facile que de tomber
bêtement dans les écueils de la désinformation et de la
manipulation. Dans tous les cas, la vigilance est
10extrêmement recommandée pour éviter de s'engouffrer
dans les fausses pistes. Nabil en sait quelque chose. Un
jour, il a vu s'affronter deux amis à cause de la grille de
lecture d'un article. Chacun avait compris, à sa manière, le
fond de cet Conclusion, les deux avaient raison
mais ils s'étaient égarés sur une fausse piste. C'est le côté
génial, diabolique aussi, de la presse de ce pays. Un article
peut cacher plusieurs leurres.
Nabil prit les journaux et s'installa confortablement
dans un des fauteuils du salon qui meublait son bureau. Le
stylo à la main, il commença leur compilation. Seuls
quelques articles émergeaient d u I ot des b analités. Leurs
auteurs avaient tenté une analyse pour exposer la
problématique. Nabilles sélectionna et prit tout son temps
pour les lire avec beaucoup d'attention. Sa fonction
exigeait de lui qu'il soit informé constamment de tous les
courants qui traversent la société et des problèmes
récurrents 0 u nouveaux qui surgissaient. Il faut maîtriser
tout cela pour ne pas se tromper dans les analyses. Bref, il
devait satisfaire aux critères du bon fonctionnaire utile,
intègre, compétent et qui ne posait pas de problème
politique. Un être froid, dans le moule de la machine du
système.
Les articles répertoriés traitaient tous du même
thème: thème récurrent, provocateur et surtout redoutable.
Redouté par le politique et, bizarrement, par un courant
qui en admet le bien-fondé tout en le combattant. Cette
tendance qui navigue à contre-courant de l'histoire, selon
un adage bien connu, est bien consciente qu'elle est déjà
dépassée mais s'obstine malgré tout à vouloir s'accrocher
car les enjeux sont considérables. Son obstination à nier
cette réalité pourrait diviser le pays ou créer des troubles,
d'où sa position mitigée, ambivalente mais combien
insidieuse. Alors, pour ne pas paraître un trouble-fête sur
Illequel pourrait être pointé un doigt accusateur, elle rentre
dans le rang tout en affûtant ses annes. On ne sait jamais
tant les retournements de situation, quelquefois
spectaculaires, ne sont pas rares. Bien souvent, on les crée
volontairement pour faire diversion. Autres cieux, autres
mœurs politiques.
Nabil étala devant lui les articles extraits de
quelques journaux sélectionnés à bon escient et essaya de
s'imprégner de leur contenu. Il voulait tout simplement
comprendre. Est-ce un vent de folie qui souffle, une fois
de plus, sur le pays, ou est-ce tout simplement un
événement, comme on en voit de temps à autre dans la vie
des nations, et qui donne à l'époque un cachet vraiment
historique? C'est-à-dire qu'à la suite d'un tel événement,
normalement les choses ne sont plus les mêmes qu'avant.
Il y a un déclic, une prise de conscience collective que tout
doit changer et que plus rien ne sera comme avant. Cela
peut arriver car son pays en a vu épisodiquement tout au
long de son histoire. Et bien sûr, chaque fois, il prit une
autre tournure. Heureuse ou tragique, selon le cas.
Subitement, i 1eut peur. I I connaissait suffisamment bien
1'histoire contemporaine de son pays pour saisir
immédiatement que dans la conjoncture actuelle,
l'événement en question pourrait devenir un cauchemar. Il
s'affala sur le fauteuil en se disant combien il avait été naïf
de n'avoir pas pris la juste mesure de ce thème. Ce n'était
pas une affaire simple. Il n'avait entrevu au départ que la
partie visible de l'iceberg sans se poser des questions sur
le fond. Il se reprochait d'avoir été si aveugle et si
inconscient au déclenchement larvé des passions. Le débat
risquait d'engendrer, par presse interposée, des positions
partisanes irréductibles et peut-être fatales. Il craignait, à
juste titre, une déferlante suicidaire. De petits ruisseaux
qui allaient grossir un fleuve dormant, connu pour ses flots
12impétueux qui emportent tout sur leur passage.Un désastre
était programmé.
Pour la première fois de son histoire récente, le
peuple se posait la question de son origine. Un débat inédit
et anachronique, à l'ère de la conquête spatiale, des
révolutions technologiques et de la mondialisation
rampante qui est en train d'uniformiser toute la planète.
Mais quelle mouche a donc piqué ce peuple pour
s'interroger avec une telle hargne sur son passé? A croire
que les gènes perturbateurs se sont réveillés après une
hibernation de plusieurs siècles. Car, jamais ce peuple ne
s'est amusé à s'interpeller de cette manière. Il y a donc
forcément un événement considérable pour qu'il réagisse
ainsi, et que dans le tumulte d'un débat passionné et
combien délicat, il se pose la question toute simple de son
origine. Pendant des années, il a écouté un discours
surréaliste du politique. Ce dernier, sans nuance mais avec
maladresse et ignorance, a tout simplement décidé de
gommer le passé, d'imposer une autre histoire et de lui
choisir une langue et une civilisation importées en prenant
bien soin de combattre avec hargne la langue ancestrale.
Pour un esprit intelligent et rationnel, c'est du Kafka à
l'état pur et dur. Alors, un jour, le peuple en a eu marre de
cette schizophrénie et a décidé de remettre les pendules à
l'heure. Ce jour est important car il donna naissance à une
nation, une vraie. Tout le monde a fini par se reconnaître
la même origine et la même langue. C'est à la fois
magique et amusant. Qui aurait cru que l'intelligence et la
tolérance finiraient par triompher dans un pays où, pour
des broutilles, les gens prenaient les armes et
s'entretuaient comme de pires ennemis. C'est un
changement considérable et après des siècles d'ignorance
et de myopie, la lumière a eu raison des ténèbres.
13L'ignorance est le pire des dangers. C'est elle qui pousse à
la folie meurtrière et au recul de la civilisation.
Nabil relut un article concis et pertinent signé par
un journaliste dont le nom ne lui disait absolument rien. Il
prit le téléphone et interrogea un collègue, bien au courant
du monde mystérieux de la profession journalistique, qui
connaissait pratiquement tous les journalistes ayant pignon
sur rue et même ceux à qui l'on prêtait le pouvoir de faire
et de défaire les opinions.
La réponse de son ami fut claire et sans équivoque.
Non seulement, il ne connaissait pas l'auteur de l'éditorial
mais, de plus, l'article avait toutes les apparences d'une
«commande» en bonne et due forme. Il ne voulait pas en
dire plus. Le terrain semblait miné et il préférait s'abstenir
de faire des commentaires et sur l'illustre journaliste
inconnu au bataillon de la profession et sur l'article
luimême. Il n'en fallait pas plus pour que Nabil fasse des
extrapolations. L'article était un message codé du pouvoir
destiné au pouvoir. Rien de plus. Il est toujours facile de
trouver un pseudonyme pour effectuer cette besogne.
Inutile de chercher qui pouvait se cacher derrière ce
pseudonyme. C'est chercher une aiguille dans une botte de
foin.
Il prit un journal d'une autre tendance et
commença à le feuilleter minutieusement afin de dénicher
un article sur le même thème. Il en débusqua un dans un
encadré écrit par un journaliste bien connu. Ille parcourut
avec avidité. Il comprit, entre les lignes, ce qu'il visait. Il
n'y avait aucun doute: les deux articles avaient un point
commun et semblaient obéir aux mêmes instructions. Ils
laissaient entendre que d'importantes mesures seraient
annoncées incessamment pour régler définitivement le
problème lancinant de l'identité de ce peuple. Nabil était
convaincu de l'imminence de la décision car le procédé
14utilisé était classique. C'est le mystère du pouvoir qui
utilise des subterfuges imprévisibles pour décréter ou créer
l'événement. Ne pouvant annoncer ouvertement sa
décision au risque de provoquer des dérives, il prépare
donc l'opinion publique en lâchant des ballons d'essai, en
suscitant et en amplifiant la rumeur et en suggérant des
articles bien intentionnés.
Nabil connaissait les tenants et les aboutissants de
ces paraboles ou métaphores. Quand le pouvoir est
sérieusement coincé ou ébranlé, il déclenche cette guerre
psychologique pour «sensibiliser» le peuple et l'amener à
de meilleurs sentiments à son égard. C'est exactement le
cas avec l'irruption de la question identitaire qui, de près
ou de loin, ressemble à cette lame de fond qui p eut tout
emporter sur son passage. Le pouvoir se devait donc de
réagir pour l'éviter. Les deux articles confirmaient qu'il
était a ux a bois et q ue lep euple venait der emporter une
bataille décisive. Une page honteuse et dangereuse venait
d'être tournée définitivement. L'épée de Damoclès est
tombée sur l'intolérance et l'ignorance. Un peuple a vécu,
un autre est né. Plus rien ne sera comme avant.
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