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Ajuda

De
112 pages

Oliveïros mulâtre brésilien, né d'un père portugais et d'une mère esclave, est envoyé en éclaireur par son père à Ajuda afin d'ouvrir un commerce.
C'est la découverte de l'Europe, puis de cette Afrique dont lui avait si souvent parlé sa défunte grand-mère.
Mystérieusement attiré par ses origines maternelles, il tombe amoureux de la fille du roi du Dahomey alors que le pays connaît une instabilité politique : les rivalités entre les occidentaux pour le contrôle du territoire sont exacerbées et le roi n'en finit plus de guerroyer avec les royaumes voisins.
Il est bientôt happé par les événements et se retrouve soldat dans les troupes françaises.


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Couverture

Copyright

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-54555-8

 

© Edilivre, 2013

Chapitre 1
Le départ

Oliveïros Rodrigo DE SOUZA, était tout excité.

Il n’avait pas dormi de la nuit. Cependant bien que fatigué par cette nuit sans sommeil, il ne tenait pas en place.

C’était le grand jour : il partait pour l’Afrique en passant par l’Europe. Bien sûr qu’il était heureux de découvrir à quoi ressemblait en vrai cette Europe dont il avait toujours entendu parler par les amis ou les relations commerciales de son père. Il allait enfin voir par lui-même si tout ce qu’on lui racontait était la vérité. Mais sa plus grande excitation résidait dans le fait qu’il allait également connaître la terre de ses ancêtres, cette Afrique qu’il avait promis à sa grand-mère de découvrir un jour. Maintenant que son destin se mettait en marche, tout cela n’était plus qu’une question de temps. Il avait envisagé de ne consacrer que le temps nécessaire au traitement des affaires de son père, puis à certaines courses indispensables, et enfin il prendrait place sur le premier navire en partance pour Ajuda.

Il avait 25 ans, il était beau et bien bâti. Il était mulâtre, issu d’une union entre son père Augustino et sa mère Sina, qu’il n’avait pas connue. Elle était morte en couche, ayant perdu beaucoup de sang, et malheureusement personne à ses côtés pour lui donner une aide. Son père était absent de la propriété cette nuit-là, parti à la côte surveiller un chargement important pour l’Europe.

Quelle nuit étrange que celle de sa naissance !

C’était une nuit orageuse, il avait beaucoup plu, il y avait eu des éclairs, de nombreux coups de tonnerre, avec un impact de foudre à dix mètre de la case de l’accouchement. Du fait de ce temps exécrable, sa grand-mère maternelle n’avait pu venir du village voisin pour aider sa fille ; et elle était morte, ainsi en donnant la vie à Oliveïros.

Augustino avait eu beaucoup de chagrin au retour, car il aimait beaucoup Sina. Bien qu’elle fût une esclave, il avait toujours eu beaucoup d’affection pour elle. Il lui avait donné au sein du domaine une belle case, mais c’était tout ce qu’il pouvait faire, car son rang d’homme blanc et de maître lui interdisait de divulguer sa relation avec son esclave. Sina était considérée comme une concubine très bien entretenue.

Etant sur le point d’officialiser sa liaison avec la fille d’un commerçant de la côte, Pedro DA CRUZ DE ALMEIDA, il avait demandé à la grand-mère de l’enfant de s’en occuper.

Oliveïros avait donc grandi dans le village de sa grand-mère distant de trois kilomètres du domaine de son père.

Cette vieille femme esclave elle aussi, avait représenté tout pour lui : son père, sa mère, son grand-père. Elle l’avait éduqué comme cela se faisait en Afrique, avec un grand respect pour les aînés et pour la famille. Elle lui avait raconté toute l’histoire de son arrivée au Brésil sur le bateau des blancs. Elle lui avait raconté comment elle avait été enlevée en revenant du puit où elle était allée chercher de l’eau pour sa propre mère. Puis après cette traversée épouvantable elle s’était retrouvée dans une ferme, propriété d’un maître blanc. Elle avait eu la chance de ne pas être prise dans le groupe des esclaves travaillant dans les champs ; elle avait servi à la cuisine et la famille de son maître l’avait traité avec beaucoup d’égard. C’est là dans le service aux cuisines qu’elle avait connu son futur mari, le père de Sina.

Oliveïros n’avait aucun souvenir de son grand-père maternel. En effet, ce dernier était mort dans la force de l’âge. Il était cocher au service de son maître et forgeron à ses heures perdues. Un jour alors qu’il voulait changer les fers d’un cheval, ce dernier lui avait donné un violent coup de sabot à tête ; il n’avait pas survécu à l’hémorragie. Dagar, avait alors été revendue à un jeune maître qui arrivait de l’Afrique et recherchait une gouvernante expérimentée pour tenir sa maison.

Neuf mois plus tard, Dagar donnait naissance à son unique fille Sina. Le nouveau maître l’avait traité à son tour avec tous les égards, car elle était exemplaire à la tâche et avait communiqué aux autres employés du domaine ce même enthousiasme au travail. Quand elle fut assez vieille pour fournir de grands efforts, le maître Augustino DE SOUZA, lui avait donné une parcelle de ses terres, où elle avait construit quelques cases et où elle cultivait quelques plantes domestiques pour passer le temps. Les autres employés du maître logeaient dans les autres cases et peu à peu un véritable « village » s’était constitué.

Oliveïros avait donc été élevé dans cette ambiance africaine, faite de chants, de danses et des mœurs du continent. Il gardait tout à l’intérieur de son cœur, le désir de découvrir un jour cette terre dont lui parlaient tous les objets, toutes les personnes et tous les évènements de cette petite « Afrique » reconstituée.

Il se souvenait des quelques rares visites de son père, à la tombée de la nuit, dans la case de sa grand-mère. Il regardait avec un mélange d’admiration et en même temps de crainte, cet homme barbu qui l’intimidait.

Lorsqu’il eut huit ans, Augustino avait demandé à Dagar, que Oliveïros fût intégré au service de la maison, il aiderait l’intendant dans l’exécution des diverses tâches inhérentes à l’entretien d’une grande demeure. Comme Augustino s’était enrichi rapidement et considérablement, les pièces de la maison s’étaient également multipliées. Il y avait de ce fait, du travail au quotidien, sans compter les grandes fêtes et les réceptions indispensables pour tout homme d’affaires désireux de tenir son rang et de diversifier ses relations commerciales.

S’il passait toujours la nuit dans la case de sa grand-mère, Oliveïros vivait dans la journée au sein de la grande maison. Il recevait toute la matinée une éducation scolaire, puis les après-midi étaient consacrés à toutes sortes d’activités physiques diverses : comment construire une cabane, monter à cheval, poser des explosifs, chasser ou apprendre à pêcher…

A 15 ans, Oliveïros était un jeune homme accompli parlant couramment l’anglais, le portugais, le français, l’espagnol, et même un dialecte de la côte ouest africaine, le fon qu’il avait appris en cachette avec sa grand-mère. C’était dans cette langue secrète qu’elle communiquait avec lui, lorsqu’elle voulait lui dire des choses importantes à l’abri de toutes oreilles indiscrètes.

A dix-huit ans, son père l’avait amené avec lui sur la côte dans la grande ville de Bahia de tous les saints, et l’avait présenté à des commerçants et à des hommes d’affaires appartenant à la noblesse de la ville. Oliveïros avait été tout ému, car il avait été présenté à ces gens comme le fils d’Augustino. C’était un grand honneur car peu de mulâtres accédait à un tel rang. Les mulâtres bien que nombreux dans la société brésilienne d’alors, n’avaient pas les mêmes droits que les blancs : ils formaient une caste à part, à mi-chemin entre les noirs et les blancs. Il faut dire qu’Augustino n’est pas n’importe qui ; il est un propriétaire terrien reconnu ayant de grandes fermes et des plantations diverses : canne à sucre, tabac, café, coton. De plus il possède des épiceries dans plusieurs villages éloignés des grandes villes. Il siège parmi les notables du bourg et est membre d’honneur d’un grand nombre de clubs sélects des villes de Bahia et de Rio de Janeiro. Mais avant tout, il est reconnu comme un patron bon et bienveillant, toujours correct en affaires et courtois. Il est donc un homme respecté. Il n’a donc eu aucun mal à faire entrer son fils dans cette haute société brésilienne.

Quant à Oliveïros, il avait bluffé tout le monde. On s’attendait à voir un indigène peu habitué aux us et coutumes de cette société bourgeoise et qui se serait montré gauche et maladroit. Bien au contraire, Oliveïros de par l’éducation qu’il avait reçue de sa grand-mère, mais également des précepteurs, s’était montré charmant, ouvert et respectueux de tout un chacun. Il avait eu la prestance d’un prince, le port de tête altier et la voix forte indispensables à un homme d’autorité. Il avait fait tourné pas mal de têtes de jeunes filles dans les divers salons où il avait été introduit. Un nombre non négligeable de mères de famille avaient en secret voulu l’avoir pour gendre, tant il avait été courtois et aimable. Mais Oliveïros n’avait pas la tête à la bagatelle ; il avait écouté attentivement, avait appris à chaque instant de toutes les situations qui se présentaient, avait observé sans le montrer les moindres faits et gestes de tous les courtisans qui papillonnaient autour de son père.

Sur le chemin de retour, son père et lui avaient débattu de l’attitude des uns et des autres. Son père lui avait enseigné à se montrer ouvert, mais toujours prompt à se défendre en cas de nécessité.

Ce passage dans la haute société de Bahia avait été comme un rite de passage qu’il avait brillamment réussi. Il était à présent prêt à affronter l’Europe et le reste du monde.

Au retour des trois jours à la côté, Augustino avait nommé son fils intendant de la propriété et de l’ensemble de ses fermes ; il était fier de lui.

Pendant les sept années qui avaient suivi, Oliveïros n’avait pas ménagé ses efforts. Levé tôt et couché le dernier, il avait été sur tous les fronts : la surveillance des semis, des récoltes, le travail dans les champs et les fermes, la surveillance des troupeaux de chèvres et de moutons, sans compter l’accueil, l’installation et l’intégration des nouveaux esclaves. Car plus le domaine s’agrandissait et plus le besoin de nouveaux esclaves s’imposait. Sur cette question de l’esclavage, Oliveïros avait d’abord été très remonté, surtout dans son enfance. Mais au fur et à mesure qu’il grandissait, il avait appris à faire la part des choses. Il avait compris que cette main d’œuvre bon marché était indispensable pour faire tourner les terres et les propriétés. Il avait alors adopté une règle : toujours traiter avec le plus grand respect ces hommes, femmes et parfois enfants qui devenaient la propriété de sa famille. Il comprenait que ces gens faisaient, qu’il le veuille ou non un peu partie de sa propre histoire. Il n’avait jamais eu honte de ses origines noires et était même fier d’appartenir aux deux mondes, ceux des blancs et ceux de noirs. Il avait toujours pensé que cette double appartenance lui conférait un pouvoir supplémentaire.

A présent à 25 ans il était un jeune homme accompli.

La propriété s’était considérablement agrandie. Les fermes et les champs produisaient de merveilleuses récoltes ; aucune révolte d’esclaves n’était à mentionner contrairement à ce qui se passait dans les autres domaines. Il avait accompli un travail monstre et pouvait être fier de lui.

Tout cela lui manquerait.

Il quitta la chaise à balancier sur laquelle il se reposait et alla s’appuyer à la balustrade de la véranda qui entourait le bâtiment principal du domaine.

Devant lui se levait le soleil à l’horizon. Sa vue portait au loin sur la cime des arbres de la forêt voisine. D’un mouvement circulaire du regard, il contempla les champs qui s’étendaient à perte de vue dans le lointain. Au-delà de la cime des arbres, il devinait la route qui le mènerait tout à l’heure vers le port de Bahia. Un vol de tourterelles passa il les suivit du regard un moment, puis décida de faire le tour de la véranda. Le domaine étant assis au sommet d’une colline, il avait une vue plongeante sur les paysages à ses pieds. Il distinguait de l’autre côté de la véranda, les fermes tout au loin. Au premier plan se trouvaient les bâtiments de service du domaine, les écuries, les ateliers de réparation, les cuisines indigènes et un peu plus loin il distinguait le village de sa grand-mère.

Elle lui manquerait.

La veille il avait été se recueillir sur sa tombe. Elle avait rejoint le monde des ancêtres il y a deux ans déjà. Il s’était assis sur le bord de la pierre tombale et soudain il s’était revu vingt ans en arrière ; il se souvenait des bras forts qui le serraient contre la poitrine lorsque la nuit il se réveillait effrayé par un cauchemar ou lorsqu’il avait une contrariété dans la journée. Il se souvenait de ces grandes mains calleuses qui lui essuyaient les larmes. De cette bouche aux grosses lèvres qui lui murmuraient des chants s africains afin de l’aider à s’endormir. Il lui semblait que tout cela datait d’hier. Alors qu’il se levait et s’apprêtait à retourner au domaine, il avait entendu distinctement, mais comme dans un murmure une voix qui disait :

« Voilà que tu vas découvrir la terre de tes ancêtres, n’oublie jamais que nous serons toujours à tes côtés ». Se retournant vivement il avait regardé autour de lui : personne, mais il ne fut pas surpris des propos qui lui étaient destinés ; sa grand-mère lui avait toujours dit qu’il était un « fils du Serpent ». Il n’avait jamais compris le sens de ces propos. Chaque fois qu’il l’avait interrogé là-dessus, elle avait toutes les fois été évasive, lui répondant : « quand le moment viendra, tu comprendras par toi-même ».

Ses deux demi-sœurs lui manqueraient également : Helena et Maria.

Helena était née un an après lui, issue des noces de Augustino avec la fille d’un de ses collaborateurs de la côte : DA CRUZ DE ALMEÏDA.

Lorsqu’à huit ans il avait rejoint le domaine, sa belle-mère, Marina DA CRUZ DE ALMEÏDA, l’avait accueilli comme son propre fils ; lui de son côté l’avait toujours respecté comme une autre mère ; et au fil des années, une grande affection s’était instaurée entre les membres de cette famille, pour la plus grande joie de Augustino. Maria était venue au monde deux années après Helena. Entre les deux sœurs, il avait toujours eu une complicité avec Maria, qu’il avait tendance à protéger ; et c’était avec elle qu’il jouait le plus souvent lorsqu’ils étaient enfants. Helena avait de tout temps été plus réservée avec lui. Mais il les aimait tendrement ses deux demi sœurs. La séparation ne serait que de courte durée, tout au plus un an. Sa mission principale consistait à préparer l’arrivée de toute la famille à Ajuda.

Augustino voulait retourner dans ce gros village où tout avait commencé.

Lorsqu’il était arrivé en 1820 comme simple soldat au sein de la troupe assurant le remplacement de la garnison qui sécurisait le fort Saint Jean Baptiste de Ajuda, il...