Alfred Jarry : critique littéraire et sciences à l'aube du XXe siècle

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Livres
186 pages
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Description

À la fin du XIXe siècle, les sciences sont partout. Jusque dans la philosophie, dans ses différents courants. Il n'est que de se reporter au positivisme et au scientisme, alors tout-puissants. Même les pensées idéalistes ou religieuses empruntent au discours scientifique, dans la multiplicité de brochures qui paraissent alors, une partie de sa rhétorique, fût-elle alors transformée pour les besoins de la cause : convaincre les lecteurs du bien-fondé des théories – souvent farfelues – qui y sont exposées.
Mais, à cette époque, que peut la littérature, elle, face aux sciences ? Question que sont amenés à se poser, à un niveau ou à un autre, tous les écrivains ou presque de cette période, Paul Valéry en tête.
Quand on est écrivain mais aussi critique littéraire, une autre question alors logiquement se pose : comment rendre compte d'ouvrages scientifiques dans une revue littéraire ? Cette question, Alfred Jarry se l'est ardemment posée, en la mettant en acte, singulièrement, et ce continûment, ayant été l'un des membres les plus actifs de La Revue blanche.
Mais il n'a pas été le seul, loin de là, à se passionner pour l'irruption des sciences dans le champ littéraire.
Comme ce livre s'attache à le montrer, divers auteurs à l'aube du XXe siècle ont pu faire se rejoindre science et littérature, en cherchant à ce que l'une et l'autre grandissent de cette rencontre, en augmentant considérablement leur pouvoir d'évocation, et ce sans rien perdre de leur propre singularité – cette singularité qui définit chacune consubstantiellement, dans son champ propre.

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Date de parution 01 janvier 2013
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EAN13 9782849243312
Langue Français

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Alfred Jarry
e Critique littéraire et sciences à l’aube du XX siècle
Collection « Portraits littéraires »
Dans la même collection :
Katarina Frostenson, textes et commentaires sur son œuvre poétique,H. Ruin & J. Hatem Pierre-Albert Jourdan : l’écriture poétique comme voie spirituelle,Élodie Meunier L’amour les yeux ouverts : Marina Tsvétaïéva, Nestor Koukolnik, Rouma Al-Moudrâyâ, Jad Hatem Nicolas Dieterlé : souffle et couleur poétiques, Annpôl Kassis & Gaetano Persechini Le temps dans la poésie catalane contemporaine,Jad Hatem Georges Brassens : de la pudeur sacrebleu..., Didier Antoine Amour pur et vitesse chez Madame Guyon et Kleist, Jad Hatem Rendre à Naples tous ses baisers,Elvire Maurouard La poésie slovène contemporaine,Jad Hatem Francis Jammes, une initiation à la simplicité, Claire Démolin René Daumal, l’Inde en jeu, Caroline Fourgeaud-Laville
© Éditions du Cygne, Paris, 2013
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-331-2
Matthieu Gosztola
Alfred Jarry
e Critique littéraire et sciences à l’aube du XX siècle
Éditions du Cygne
Du même auteur :
Rencontre avec Lucian Freud, Éditions des Vanneaux, 2013 Rencontre avec Balthus, La Porte, 2013 Alfred Jarry à «La Revue blanche», l’intense originalité d’une critique littéraire, Éditions L’Harmattan, collection Espaces littéraires, 2013 Ariane Dreyfus, Éditions des Vanneaux, 2012 Traverser le verre,syllabe après syllabe, La Porte, 2012 Le génocide face à l’image, Éditions L’Harmattan, collection Questions contemporaines, 2012 Contre le nihilisme, Éditions de l’Atlantique, 2012 Visage vive, Gros Textes, 2011 La Face de l’animal, Éditions de l’Atlantique, 2011 Un père (chant), Encres Vives, 2011 Ton départ ensemble, La Porte, 2011 Un seul coup d’aile dans le bleu (fugue et variations), Éditions de l’Atlan-tique, 2010 Débris de tuer (Rwanda 1994), Atelier de l’agneau, 2010 Une caresse pieds nus, Contre-allées, 2009 J’invente un sexe à ton souvenir, Minuscule, 2009 Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin, Éditions de l’Atlantique, 2008 Matière à respirer, Création et Recherche, 2003 Sur la musicalité du vide 2, Atelier de l’agneau, 2003 Les voitures traversent tes yeux, Contre-allées, 2002 Sur la musicalité du vide, Atelier de l’agneau, 2001
Introduction
Comme l’écrit Julien Schuh dansAlfred Jarry,Le Colin-Maillard cérébral,Étude sur les dispositifs de diffraction du sens, « [l]a première période de l’écriture d’ [Alfred] Jarry », qui correspond à « la première moitié » de sa vie d’écrivain, de 1893 à 1899, « peut être analysée comme une forme de quête de l’absolu littéraire : dans le sillage du décadentisme et du symbolisme, et sous l’égide de Remy de Gourmont, Jarry livre des ouvrages d’une obscurité calculée, synthèses voulues de son univers, prétendument libé-rées des contingences ». Cette « obscurité calculée » s’inscrit pleinement dans la mouvance du « rêve mallarméen du livre », rêve qui correspond à toute une époque, étant ontologiquement relié au symbolisme. Ce rêve est, comme le note Bertrand Marchal, « d’abord un rêve narcissique d’identité absolue, le rêve d’un livre […] total qui enferme dans sa plénitude jalouse, comme les missels à fermoir ou les grimoires des alchimistes, la plénitude du sens ». Et cette plénitude du sens ne doit pas être octroyée à quiconque. Pour Jarry comme pour Mallarmé, la lecture est vue comme « un viol ». Et, de fait, l’œuvre est « livr[ée] » à la « subjec-tivité » perçue comme « parasite » du lecteur. Cette communica-tion, nécessairement tributaire des contingences, est vécue par l’auteur comme une violence faite à son œuvre, violence néces-saire certes puisque c’est elle qui fait exister le livre, mais jugée intolérable. Aussi, « [c]omment faire […] pour que le livre, appelé à confronter son objectivité à la subjectivité du lecteur, n’y perde pas son identité, pour que le livre, en somme, reste LE livre, et non pas un livre pulvérisé par la multiplicité des lectures possibles ? »
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À cette question rappelée par Bertrand Marchal, Jarry répond de cette façon : il s’agit, par le texte, de s’offrir au regard et dans le même temps de se soustraire – du moins en partie – à la compré-hension qui peut être faite de ce que l’on offre au regard. Il n’est pour s’en rendre compte que de se reporter auxMinutes de sable mémorialou àCésar-Antechrist, ou encore à la critique d’art prati-1 quée par Jarry dans sa jeunesse . Est mise en œuvre comme le souligne Françoise Lucbert dans cette première critique une « intensication de la dimen-sion polysémique de la prose poétique. Il s’agit d’instaurer une relation entre le signiant et le signié qui ne soit pas exclusive-ment dénotative. » La « prose s’inscrit [alors logiquement] dans un projet poétique. Le choix d’une écriture savante et complexe correspond aux convictions » d’un Jarry « récalcitran[t] à la tyrannie de la supposée clarté de la langue française, à laquelle i[l] contest[e] tout pouvoir d’évocation. » e En revanche, constate Julien Schuh, « à l’aube du XX siècle, dans un autre espace littéraire », espace que cet ouvrage analyse le plus précisément possible et qui correspond principalement au cénacle deLa Revue blanche, « la démarche de Jarry se trans-forme ». « [L]es textes qui devaient constituerLa Chandelle verte, liés à l’actualité, découlent d’une autre vision de la littérature […] ». En effet, ce qui frappe immédiatement, en ce qui concerne les textes des « Spéculations » ou des « Gestes » comme en ce qui concerne les critiques publiées dans le même temps àLa Revue blanche, c’est l’immédiate clarté de la langue, qui s’oppose si fortement au premier Jarry que nous venons d’évoquer. Cette clarté ostensiblement afchée naît logiquement des trois carac-téristiques « médiologiques » propres à tout organe de presse, et ainsi à la forme deLa Revue blanche: « les conditions de périodi-cité, de clôture et de diffusion », comme le résume Laurent Fedi.
1. Voir Françoise Lucbert, « Dépasser le commentaire prosaïque : le cas Fargue-Jarry »,Entre le voir et le dire, La critique d’art des écrivains dans la presse symboliste en France de 1882 à 1906, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005, p. 209-220.
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Mais cette clarté manifeste dissimule une autre forme d’obs-curité, qui a fasciné de nombreux auteurs ayant abordé les rives e du XX siècle, comme Jarry ou Paul Valéry. L’obscurité d’un sens. Un sens qui a trait aux sciences. C’est ce sens que nous nous proposons d’interroger ici.