Amélie Nothomb
244 pages
Français

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Amélie Nothomb

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Description

Nous proposant un regard psychanalytique et littéraire précis et accessible sur l'œuvre et s'appuyant au plus près sur les paroles et les nombreux témoignages de l'écrivain à propos de son sentiment de la vie et de sa création, l'auteur explore ici les mystères et la fonction intime de l'écriture brève et saisissante d'Amélie Nothomb.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2013
Nombre de lectures 61
EAN13 9782336326610
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0135€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MichelDAVID

Amélie
Nothomb

L’écriture illimitée

Espaces
LE
Littéraires





























AMÉLIE NOTHOMB

L’ÉCRITURE ILLIMITeE

Espaces Littéraires
Collection fondée par Maguy Albet


Dernières parutions

Nicole BERRY,John Cowper Powys, au-dessus de la terre
l’oiseau. Un homme dans son œuvre, 2013.
Magda IBRAHIM, Prière d’un petit enfant nègreGuy de
Tirolien. Un manifeste de la Négritude, 2013.
Fabrice BONARDI (dir.),Des nouvelles du désir, 2013.
Simone GOUGEAUD-ARNAUDEAU,Crébillon le Tragique,
2013.
Berkiz BERKSOY,Ahmet Hamdi Tanpınar, 2013.
Najib REDOUANE et Yvette BÉNAYOUN-SZMIDT,Le pari
poétique de Gérard Étienne, 2013.
Annie RICHARD, L’autofiction et les femmes. Un chemin vers
l’altruisme ?, 2013.
Calisto,La femme surréaliste : de la métaphore à la métonymie,
2013.
Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, société et
politique. Tome 4 : Ecrits 1980-2012, 2013.
Muguraú CONSTANTINESCU,Pour une lecture critique des
traductions. Réflexions et pratiques, 2013.
Lidia COTEA,À la lisière de l’absence. L’Imaginaire du corps
chez Jean-Philippe Toussaint, Marie Redonnet et Éric
Chevillard,2013.
André LUCRECE,Aimé Césaire. Liturgie et poésie charnelle,
2013.
Jacques PEZEU-MASSABUAU,Verne. Les voix et les Jules
voies de l’aventure, 2013.
Jacques PEZEU-MASSABUAU,Jules Verne. Un art d’habiter
la Terre, 2013.
e
David BANKS,Le texte épistolaire du XVIIsiècle à nos jours.
Aspects linguistique, 2013.
Matthieu GOSZTOLA,Alfred Jarry àLa Revue blanche.
L’intense originalité d'une critique littéraire,2013.
Virginie GIRAULT,Femmes et nation dans la littérature
contemporaine, 2012.








Michel DAVID

AMÉLIE NOTHOMB

L’ÉCRITURE ILLIMITeE














Du même auteur



- UnePsychanalyse amusante – Tintin à la lumière de Lacan,
Desclée de Brouwer, Paris, 1994.
- Marguerite Duras – Une Ecriture de la Jouissance, Desclée de
Brouwer, Paris, 1996.
- Serge Gainsbourg – La Scène du fantasme, Actes Sud, Paris,
1999.
- Le Ravissement de Marguerite Duras, L’Harmattan, Paris, coll.
L’œuvre et la psyché, 2005.
- Marguerite Duras, (collectif), L’Herne, Paris, 2005.
- Amélie Nothomb - Le Symptôme graphomane, L’Harmattan,
Paris, coll. L’oeuvre et la psyché, 2006.
- Isabelle Adjani - La Tentation sublime, Imago, Paris, 2008.
- La Mélancolie de Michel Houellebecq, L’Harmattan, Paris, 2011.














© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01780-8
EAN : 9782343017808












« Lavraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par
conséquent réellement vécue, c’est la littérature »

Marcel Proust


























Le Grand Livre d’Amélie Nothomb



Amélie Nothomb serend tous les jours dans le bureau
personnel dont elle dispose chez son éditeur parisien afin de lire
et de répondre au courrier de ses lecteurs. Et c’est un mur
d’étagères et de lettres rangées et empilées qui l’accueille chaque
matin, devant lequel elle s’installe et exerce son activité de
correspondante épistolière, avec la même régularité que
l’écriture quotidienne qui l’absorbe aux aurores, quelque soit
l’endroit en France, en Belgique ou dans le monde où elle se
trouve.
Pourtant, elle se dit proche de la saturation:y a un« Il
déséquilibre de plus en plus grand entre les lettres que je reçois et celles
auxquelles je réponds. Pour que les lettres ne s’effondrent pas, j’écris en
moyenne douze lettres par jour »confie-t-elle au journalLe Mondefin
2010, ceci alors que l’appétit de correspondance ne se tarit pas,
comme celui de l’écriture, chemin de papier illimité semblant
constituer la grand-route ou le Grand Livre de sa vie.« La faim
est un art dans lequel j’excelle» énoncela romancière qui écrit des
correspondances depuis l’enfance, des textes et des romans
depuis l’adolescence et répond à ses lecteurs depuis maintenant
vingt ans. Parlant ainsi désormais de sa« faim épistolaire »comme
d’un« art »(dansUne Forme de vie), évoquant la correspondance
plus précisément comme un art proustien, les lettres autorisent
selon elle« la lecture[qui]permet de découvrir l’autre en conservant cette

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profondeur que l’on a uniquement quand on est seul», situant ainsi
l’autre à la bonne place, c’est-à-dire à la bonne distance, Amélie
Nothomb reconnaissant alors que« raressont les êtres dont la
compagnie m’est plus agréable que ne le serait une missive d’eux »...
Il semblerait alors que l’écriture et le style de l’écrivain plonge
ses racines dans un autre grand livre, celui de l’enfance, dont on
sait chez elle les chapitres nombreux, autant au moins que de
pays dans lesquels elle a vécu par force de nécessité. Elle le dit
aussi :écrire fut tout d’abord même une contrainte, et
particulièrement les lettres puisque ses parents, a-t-elle confié,
l’obligèrent, dès l’âge de six ans où l’on commence à savoir lire,
à écrire des lettres à son grand-père paternel :« C’était un véritable
cauchemar ! Je séchais sur ces pages que sur le pire des devoirs. Vers douze
ans, c’est devenu problématique. Je veux croire que l’écriture m’a conduite
ici à l’écriture»,puis, sans doute, à mettre ainsi des mots et des
pages entre elle et l’autre, transformant le pensum de l’enfance
en philosophie, si ce n’est en art de vivre. Art de vivre avec ou
face à l’autre, bien sûr et même nécessité vitale à continuer, à
recommencer :« Même avec une personne que je vois au quotidien, il y
a ce besoin d’écrire. Sinon il manque quelque chose à notre relation. C’est
un prolongement du lien, une manière d’être présent à l’autre ».
Alors Amélie Nothomb écrit, toujours à la main et sur papier
blanc, à des centaines de vrais correspondants, se traçant du
même coup une»de papier« frontièreà l’envahissement, ce face
qui la mène parfois vers des liens écrits presque intimes et
qu’elle vérifie même lors de ses innombrables signatures ou
rencontres publiques depuis vingt ans, auxquelles son public
arrive là aussi en nombre presque illimité, signe de son
indéniable popularité.
Unjour de novembre récent, Amélie Nothomb arrive pour
rencontrer ses lecteurs venus de la Bretagne entière à la librairie
Le Failler dans le centre historique de Rennes. Elle s’installe
posément derrière une petite table et «reçoit »chaque lecteur
(souvent des lectrices), correspondant(e) ou pas. Elle écoute
avec attention, gentillesse et une étonnante disponibilité.« C’est

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un moment magnifique et difficile,confie-telle,car il faut créer une forme
d’intimité dans un cadre qui, à priori, ne la favorise pas ». Puis elle se
rend plus tard à quelques centaines de mètres, à l’Institut
Franco-américain pour une causerie passionnante à propos de
son nouveau roman, ainsi que sur son singulier rapport
personnel à l’écriture et à la vie de l’écrivain qu’elle est.
Ellerépond de bonne grâce et généreusement, non sans esprit
voire humour, se sustentant à l’occasion d’une coupe de
champagne frappé qu’elle affectionne tant, très présente et
attentive au public dans lequel elle reconnaît immédiatement tel
fidèle ou telle lectrice, tel correspondant(e) ou connaissance. Sa
mémoire des visages, des noms et des circonstances passées est
impressionnante. Elle se souvient du moindre détail de leurs
rapports, des prénoms, de leurs études ou de leur métier mais
aussi des lieux de leur dernière rencontre, remerciant
chaleureusement pour tel cadeau personnalisé qu’on lui offre,
souvent des chocolats, des livres... Des heures plus tard, sans
aucune trace d’impatience ou même de fatigue (elle tient une
forme physique peu commune malgré sa minceur), elle quitte
les lieux, ravie et même éclairée par l’expérience qui se vérifie
encore une fois, celle d’une attention et d’un lien qui tiennent et
prennent les formes aussi convenues que convenables d’une
rencontre chaleureuse et respectueuse que lui garantit, on le
voit, son art littéraire pour lequel on l’aime mais aussi, sans
doute, pour son singulier talent épistolier qu’elle a su, au fil des
années, pérenniser. Puis elle ira dîner avec ses hôtes et quelques
proches. Et pourtant, elle se lèvera à quatre heures du matin
afin de reprendre et de continuer l’écriture semi nocturne d’un
des quatre romans qu’elle écrit par an et dont un seul, l’enfant
élu, sera publié à la fin de chaque mois d’août. Elle a noué et
réglé un lien aussi précieux que précis à son public et trouvé
cette solution, cette formule de vie et d’écriture pour se mettre à
la bonne place dans la grande conversation humaine.

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Effectivement, il est bien là question d’écrits et même de
paroles et, lorsqu’on rencontre Amélie Nothomb, on est saisi, à
l’écouter précisément, par la vivacité, la précision et la
singularité de sa parole, par son désir de parler et le tact de son
propos. On est alors frappé par la simplicité de ton, son
apparente facilité, son humour sérieux et la fluidité du dialogue
qui s’installe. Ce qui n’est pas sans évoquer son art de
dialoguiste présent et déployé dans la plupart de ses romans
publiés depuis 1992, depuisHygiène de l’assassin, premier brûlot
d’une œuvre déjà significative qui connaît un immense succès
francophone et même mondial.
AmélieNothomb est un écrivain accessible. La jeunesse d’âge
ou d’esprit de ses lecteurs ne s’y trompe pas. On peut lire un de
ses livres en deux petites heures et, pour le moins, on ne s’y
ennuiera pas. Elle a l’élégance de la fluidité et de la concision.
Mais on peut aussi être débordé(e) dans ses romans malgré leur
forme brève, par la multiplicité des « objets » qui y circulent : les
mots bien sûr, les paroles souvent peu communes de
personnages se traitant comme des choses, les meurtres d’âmes,
les deuils, les séparations, les brisures, les dévastations
premières de l’enfance et les évènements de corps qui leur ont
succédés, la récurrente opacité de l’autre, l’énigme et la
perplexité face au fait humain, la causticité et l’ironie du propos,
la maestria verbale… tout un univers unique à peine adouci par
un style rapide, classique, étayé par de solides références
philologiques, grecques et latines, artistiques, bibliques etc. qui
annoncent déjà la proximité immédiate d’avec l’altérité,
l’inquiétante étrangeté liée au fait humain, à l’autre.
Expressionnistedu prénom rare, néologique ou
encyclopédique, du mot précis, de l’ellipse, de l’oxymore, de la
litote ou de l’hyperbole, Amélie Nothomb nous saisit en outre
par la montée en épingle desémanations issues des corps en
présence : la voix, le cri, le regard, la balistique des perceptions,
le miroir mortifère, la nourriture, les scybales, la déjection, le
sang, la blessure, le vide, l’extase, lerien… comme le« trop »des

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« sensationsextraordinaires »du corpsfrigorisation »et même la «
féminin dontLes Combustibles, son troisième livre, paru en 1994,
nous annonce déjà que seul le livre lui confèrera une« dernière
parcelle d’humanité ». Mais tous ces « objets » paradoxaux sont pris
dans le langage littéraire et enveloppés d’un style élégant et
personnel. L’écriture leur confère une présence singulière et
tolérable précisément durant ce court espace de temps qu’est la
lecture d’un de ses livres.
AmélieNothomb est vivante, on l’a vu. Mais on peut aussi la
voir et l’écouter à distance. Les médias contemporains sont là
pour ça: journaux, interviews innombrables, radios, TV,
internet… Elle s’adresse à l’autre etse présente en chair et en
os face aux questions et au regard publics de ceux et celles qui
l’interrogent et lui supposent un savoir, qui l’admirent et
l’aiment du même coup et qui sont souvent étonnés, voire
fascinés par le « savoir » de l’écrivain sur la Chose intime et son
mystère. Alors elle parle, elle répond, évoque les livres,
l’écriture, les références, la littérature, l’énigme humaine, le
rapport physique à l’acte d’écrire (un« acte total »Elle dit-elle).
parle aussi dans ses romans comme dans ses interventions
publiques, de la solitude, de l’angoisse, des brisures de
l’adolescence, du corps malmené et quelquefois aussi de sa vie
quotidienne. Parfois livre-t-elle des éléments de sa vie intime
mais rarement de sa vie privée.Ainsi, elle semble s’être tracé
une limite sur ce point.

L’écriture,la publication dans lesquelles elle s’est enracinée et
le rapport mesuré mais dorénavant établi avec le public de ses
lecteurs se sont noués ensemble chez Amélie Nothomb. Elle
témoigne à l’occasion de ce nouage, de son adresse et de sa
présence au monde ainsi,modus vivendi acquisà partir du désir
d’écrire, de l’écriture assumée, de la publication, de la
reconnaissance et du succès. Ses livres dépassentla question
littéraire surannée des rapports entre vérité et fiction, entre
(auto)biographie et roman, débat que le terme désormais

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convenu d’« autofiction» tente de circonscrire dans le débat
critique. Il y a par contre, c’est exact, un effort intense pour se
raconter dans ses livres, une historicisation déjà remarquable
dès 1993 avecLe Sabotage amoureux, puis avec les célèbres
Stupeur et tremblements, Métaphysique des tubes…, mouvement
amplifié et« pacteautobiographique » assumédepuis son intense
Biographie de la faim (2004),Ni d’Eve ni d’Adam(2007),La
Nostalgie heureuse(2013). Ces livres établissent et dessinent une
frontière, un bord tenable entre faits avérés et remémorés,
vécus et annoncés comme tels (»« toutest vrai dit-elle),et faits
traduits, transposés dans l’espace romanesque le temps d’un
récit. Ce traitement littéraire de l’expérience et de l’histoire
semble permettre chez Amélie Nothomb le rassemblement et la
récupération d’une image, d’un corps, l’appropriation d’une vie
et d’un sentiment d’exister, d’une histoire envisageable et d’une
pensée, ainsi qu’elle le dit à qui veut l’entendre. C’est le Grand
Livre la menant peut-être même au grand œuvre, à l’œuvre
achevé qui clôturera un jour une vie consacrée avant tout à
l’écriture sans limites. Elle se rassemblerait ainsi autour d’un
nouveau prénom doublant le nom d’auteur, patronyme par
ailleurs célèbre en Belgique.
Ily a aussi dans son œuvre un certain récit de son «roman
familial» mais cela reste plutôt «et absent des récitsprivé »
autobiographiques. Elle ne parle pas, ou très peu de ses parents.
Mais en revanche, elle nous fait part de son rapport au corps, au
langage, à l’enfance, aux autres et à l’espace. Elle témoigne de
l’acharnement qui lui a été nécessaire pour se (re)construire une
image, un corps et un sentiment de la vie qui tiennent le coup,
dont l’écriture et le livre deviennent le support. Encore fallut-il
qu’après les séparations, les brisures puis l’expérience pour le
moins déstabilisante (« l’humiliation ») du Japon relatée dans
Stupeur et tremblements, elle ait pu avoir l’idée de se mettre à écrire
et le désir de soutenir la publication de sa production, ce qui
n’est pas donné à tout le monde. C’est néanmoins le moyen
qu’elle a trouvé afin de définir une position voire une réponse

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face à ce qui la hante depuis la petite enfance, à savoir la crainte
d’un certain état de« déréliction », expérience vécue dont elle
décrit une des occurrences (l’« abjection ») dans ce roman qui lui
valut d’ailleurs l’estime de ses pairs plus âgés (Grand Prix du
roman de l’Académie française 1999).
Alors,laissons-nous emporter, guider et suivons ainsi Amélie
Nothomb pas à pas dans cet itinéraire de vie, de littérature et de
mots dans lequel le livre et l’œuvre apparaissent, entre autres,
comme la réponse du sujet aux brisures de sa vie. Amélie
Nothomb nous offre ainsi, à la lire, une expérience « clinique »
si l’on peut dire, en la suivant à la lettre à travers les méandres
d’une enfance et d’une histoire littérairement bordées,
saisissables, où l’endroit de la réalité vécue (ou censée l’avoir
été) rejoint l’envers de la fiction romanesque jusqu’à se
confondre avec elle. Effet de l’œuvre elle-même, l’écrivain
prend place dans le langage et(re)construit son histoire. Elle
souligne et illustre cette équivalence subjective entre le souvenir
« vrai »et sa reconstruction via la remémoration, nous
démontrant alors freudiennement que la seule «vraie »réalité

qui vaille est toujours la réalité subjective, personnelle.

L’œuvreparaît alors devenir une traversée et une
reconstruction à rebours de sa vie. Elle continue ainsi à (se)
raconter, à (s’)écrire, à se transposer, dans un effort incessant,
même si tout n’est pas racontable. L’écriture de l’autobiographie
emporte aussi avec elle son point de manque voire de vacuité.
Elle borde, avec ses pleins et ses déliés, les éléments aussi
informulables qu’invérifiables du «vécu »subjectif secret de
l’enfance, les échos du vide ainsi que les dangers extatiques liés
à la proximité du néant tels qu’ils sont entre autres relatés dans
Métaphysique des tubes,Biographie de la faim,Ni d’Eve ni d’Adamou
La Nostalgie heureuse. Ainsi, avec Amélie Nothomb, on est de
plain-pied dans la littérature en acte, dans l’urgence d’écrire qui
impose une perpétuelle écriture. Il s’agit là d’un texte-vie illimité
à la Duras (à laquelle elle se réfère avec bonheur dansNi d’Eve

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ni d’Adam), qui n’en finit pas de s’écrire pour notre plaisir de
lecteurs. Elle se saisit alors elle-même autour de ce nouvel
élément créé de toutes pièces, même si beaucoup de ses livres
passent aux oubliettes: plus de soixante-dix-sept à ce jour de
son aveu même. Elle témoigne endirect-livede son état :« enceinte
de mes livres »comme elle l’énonce, de ces perpétuelles grossesses
et parturitions symboliques, nous donnant une idée de ce que
cela représente pour elle que d’écrire, vers quel« acte total »cela
l’engage, ce que c’est physiquement pour elle qu’écrire des livres
(ses« enfants ») dont certains seulement verront le jour, sortiront
vivants si l’on peut dire, seront par elle jugés publiables et
seront publiés.
Autant de prolongements et de matières à reconnaissance
comme à échanges, à ces relations fiables désormais bien
établies avec le public. Les autres textes sont « accouchés » dans
le silence de l’écrivain seul (elle écrit, dit-elle, en moyenne «3,7
romans par an») irontfrigo »« au. Naguère, elle a ainsi pu dire:
« Quand j’ai terminé un livre, je suis prise d’un dégoût total pour lui et je
le mets «au frigo». J’appelle cela le post-coïtum. Deux mois après je le
reprends et je juge si je peux le partager avec d’autres humains ou
pas ».Ces textes non publiés resteront à l’écart et elle y tient très
fermement. Elle dit avoir même pris des mesures juridiques afin
qu’ils ne soient jamais montrés et demeurent sans adresse ni
publication aucune.

Untri est donc possible. Chez Amélie Nothomb, la littérature
publiée c’est donc devenude la« »vraie vie selonle mot de
Proust, grâce à l’élaboration puis à l’extraction du livre des
limbes sans adresse. L’écriture et le livre sont devenus pour elle
mode de présence au monde et, avec le succès et l’audience,
c’est logiquement qu’elle est devenue, non seulement un
important écrivain contemporain mais également un auteur que
l’on doit désormais reconnaître comme emblématique de notre
modernité. Une modernité contemporaine parfois surprenante
dans laquelle elle enracine souvent son propos, son (jeune)

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public ne s’y trompant pas. Alors, elle témoigne bien sûr de la
jeunesse de corps ou de cœur de son immense lectorat comme
de sa propre jeunesse dont les brisures, les désordres et les
aspects «illimités »très souvent décrits par elle, ont mis une
certaine expérience intime de la jouissance aux commandes
d’une œuvre toujours en plein devenir. Ses thèmes, le plus
souvent tragiques et intemporels, relatent une enfance (qu’elle
voit comme un état« où l’on vit tout à fond, sans aucune protection »),
une adolescence jalonnées par unnombre impressionnant de
dérèglements ou de débranchements multiples, d’irruptions
symptomatiques parfois brutales induisant une susceptibilité,
une fragilité et une revendication narcissique parfois
déconcertantes, sans compter un certain nombre d’addictions
orales relatées de manière apparemment humoristique (voir
Métaphysique des tubes,Biographie de la faim,Ni d'Eve ni d'Adam).
Maisla modernité d’Amélie Nothomb ressort aussi de
l’exploration des symptômescontemporains, de leur traitement
par l’écrit de la mystérieuse jouissance qu’ils recèlent, de leur
lien à la féminité ainsi qu’au ravage à l’endroit d’une relation
malade à la mère où à son tenant-lieu (Métaphysique des tubes,
Robert des Noms propres, Antéchrista…). Elle nous parle
directement du corps des jeunes filles, de l’anorexie, de la
boulimie, des addictions, des obsessions narcissiques, de la
dépression comme de l’hyperactivité, de la pensée qui s’évide,
de la tentative de suicide, de l’alcool et de la toxicomanie, de la
dépersonnalisation, de la déréliction… Elle relate ce qu’il en est
des formes mal apprivoisées et symptomatiques de certains
modes de jouissance actuels, ceux d’un sujet « moderne » égaré
dans le monde scientiste et évaluatif de notre société. Elle décrit
le malaise dans la civilisation (Les Combustibles,Péplum,Acide
sulfurique) et celui du sujet à la recherche du fantôme de l’amour
absolu, de sa jouissance mythique sur laquelle elle fonde sa
Métaphysique des tubes, saBiographie de la faimou même sonVoyage
d’hiver, expositions de ces dérèglements intimes et de ces
symptômes de jouissance pure qui prennent alors, pour le sujet

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isolé, valeur d’être, d’identification, voire d’identité («être »
anorexique, « être » toxicomane ouaddict…). Elle décrit à partir
d’elle-même toute cette clinique des jouissances
contemporaines souvent catastrophiques et mortifères, qui se
spécifient d’une relation à l’isolement. C’est une des singularités
de l’écriture nothombienne que de l’éclairer par la voie littéraire.
L’écrivainnous parle ainsi de l’insularité. Mais elle se
différencie cependantd’un Michel Houellebecq, d’un Maurice
G. Dantec ou d’un Bret Easton Ellis pour ne citer que trois des
auteurs actuels sur la dérive des jouissances contemporaines
malades, ces écrivains qui fascinent un public souvent jeune là
aussi, à partir de leurs personnages solitaires qui incarnent
parfois une violence totale et un débranchement radical. Sa
différence d’avec ces auteurs «extrêmes »est, entre autres,
qu’on étudie dorénavant AmélieNothomb dans les collèges,
les lycéeset mêmeles universitéset qu’elle laisse quelques
raisons d’espérer, entre autres par son abord de la question de la
civilisation, de la recherche de l’amour, du langage, de la
littérature et par son désir intense de rester« lisible ».
C’estsans doute sa réussite que de faire passer ce «savoir ».
Ce n’est pas une démarche calculée et encore moins carriériste,
mais la marque d’un désir vivant et décidé. Car Amélie
Nothomb est aussi un écrivain de désir, du désir, même si ce
désir est agencé à partir d’une position fondamentalement
solitaire voire absolue. Et puis elle ne se saisit jamais comme
victime, pas plus qu’elle ne cède à cette somptueuse facilité de la
victimisation de ses héroïnes et de ses personnages. Elle réussit
même à se voir comme actrice de son drame le plus précoce
dansMétaphysique des tubes, assumant entièrement une place
qui est une position d’objet, puis se réorientant et se
reconstruisant à partir de cet anéantissement subjectif.
EvoquantLe Sabotage amoureux:, elle dit ainsiconstaté que« J’ai
toutes ces destructions avaient toujours apporté quelque chose. Et qu’il
fallait mieux se laisser détruire, d’abord parce qu’il n’y a pas moyen de
faire autrement, et puis parce que finalement, on y perdrait beaucoup à ne

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pas se laisser détruire. On apprend toujours tellement de choses et la forme
de soi qu’on parvient à reconstruire est toujours quelqu’un de plus riche et
de plus fragile[…] Les maisons japonaises, ce sont celles qu’on détruit le
plus facilement parce que ce sont des maisons en papier. Tiens, justement,
mon outil de travail! On les détruit comme rien, mais en même temps il
n’y a pas plus facile à reconstruire. Donc c’est vrai, je m’identifie tout à fait
à une maison japonaise.»: Illui arrive ainsi, comme elle le dit
« Quand je reçois mon courrier, une lettre peut me détruire[…] C’est très
difficile et j’en prends souvent plein la gueule. Il y a des jours où je rentre
chez moi dans un état de décomposition avancée […] et je suis toujours
sidérée de voir que tiens bon, au fond, je finis toujours par me
reconstruire. »Elle en déduit que :« Le mal, on n’en guérit jamais, on
le garde toujours mais on peut éventuellement en faire un livre. Il ne guérira
certainement pas […] D’où l’importance cruciale du style. Le style c’est la
seule chose qui permet d’affronter l’ennemi […] C’est le moment du style.
Ce moment-là me sauve.»:Elle se souvient alors «J’ai commencé à
écrire à dix-sept ans, quand j’ai guéri en fait. On ne peut pas être
anorexique et écrire en même temps […] Je suis devenue très précisément
anorexique le 5 janvier 1981: à l’époque c’était encore la saint Amélie,
depuis c’est devenu la saint Edouard, je ne sais pas pourquoi. Ma sœur et
moi on a commencé ce jour-là. Le projet était tellement extraordinaire que
je voulais maîtriser tout, le temps et les nuits à partir du 5 janvier 1981.
Je faisais défiler dans ma tête toute ma vie. Je devais me rappeler
absolument de tout, tout ce qui m’était arrivé, surtout les choses les plus
insignifiantes. C’est très vite devenu une maladie puisque ça a beaucoup
trop bien marché, à tel point que la nuit ça s’enclenchait tout seul. Et
encore maintenant je dois lutter contre ça. Je me suis rendu compte que
c’était très douloureux, que c’était de la folie […] J’avais un excès
d’énergie. C’est bien mais en même temps ça peut être très destructeur.
Donc il fallait la sublimer et la sortir. Nietzsche m’a vraiment sauvée
parce que je suis sûre que si je n’avais pas commencé à écrire, j’aurais fini
par mourir.»

AinsiAmélie Nothomb nous fait-elle participer à son drame
intime littérairement évoqué, comme à ses avancées et à ses

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solutions. Elle nous entraîne dans l’enjeu, que ce soit sur le
mode le plus tragique (l’épuisement du corps duSabotage
amoureux oudesCombustibles, les tentatives de suicide de
Métaphysique des tubes, lesidées dedéfenestration deStupeur et
tremblements, devenir« gisant des neiges » pétrifiédansBiographie de
la faimou gelé dansNi d’Eve ni d’Adam…) ou le plus
apparemment banal, comme lorsqu’elle nous raconte ses
multiples migrations et pertes d’elle-même dans les différents
pays dans lesquels elle vit lorsqu’elle suit, enfant et adolescente
contrainte, son père Patrick Nothomb, haut diplomate belge:
Japon, Chine, Etats-Unis, Bangladesh... Elle relate aussi ses
rares mais très fortes et très particulières amitiés avec Elena
dansLe Sabotage amoureux, avec Christa dansAntéchrista, décrit
son regard d’enfant plongé dans le mouvement d’un monde
adulte foncièrement étrange, voire énigmatique et/ou
insupportable. Elle ne parle que très très peu de son frère aîné
André, bien davantage de sa chère sœur Juliette, et parfois de
ses parents, à bonne distance. Dans ses livres, jusqu’en 2006 qui
marquera une étape importante de l’œuvre sur ce point et qui
semblera devenir plus «charnelle »,elle n’évoquera que peu la
rencontre sexuelle avec les garçons, les hommes, semble se tenir
au bord, là aussi, un peu comme Blanche, son héroïne
d’Antéchrista quel’on sait très proche d’elle au même âge.
Façons, peut-être, de demeurer tangentielle, de garder cela à
distance heureuse ou « privé ».
Cependant,elle nous emporte « dans » ses symptômes. Mieux,
elle nous les décrit magistralement « de l’intérieur ». Elle « sait »,
elle nous donne une leçon clinique. Elle nous y fait assister et
peut-être même jusqu’à un certain point nous amène-t-elle à les
partager lorsqu’on la suit dans cette lecture intime d’elle-même
et de ses héroïnes préférées. Elle nous fait assister, par
personnages interposés, à quelque chose de cette insondable
décision de l’être qui amène un sujet soit à sombrer dans la
folie, l’acte, l’abjection ou le meurtre, soit à s’en sortir par la
voie d’une solution, celle d’un désir « nouveau », reconstruit en

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quelque sorte, vers une nouvelle« forme »ainsi d’elle-même
qu’un lien tolérable avec autrui par le truchement de l’œuvre. La
souffrance passe ainsi au crédit d’une création.
C’est sur ce point précis qu’Amélie Nothomb affirme sa
modernité et l’authenticité de son rapport tant à l’extrême qu’à
l’écriture, ce qui éclaire aussi sans doute l’une des raisons de son
immense succès. En effet, non seulement elle nous décrit ce
que c’est ou ce que ce fut d’être ou d’avoir été l’objet de la
jouissance de l’autre, mais elle nous embarque jusqu’à cette
place qui consiste àen avoir accepté« l’abjection » (Stupeur et
tremblementscette positiondans »). Elle nous emmène «
intenable, nous amenantà constater, à nous rappeler, et à nous
indiquer que nous fûmes/sommes nous-mêmes l’objet des
paroles, des demandes et du désir parfois insondable et
archaïque d’un(e) autre. L’écrivain dévoile le consentement
parfois sans raison mais pas sans cause à se faire objet d’autrui.
Cependant, elle prend le processus à son compte et le relate par
écrit. Elle nous dit (puisqu’elle affirme souvent se reconnaître
chez les autres et qu’ils/elles sont comme elle sur ce plan):
« vousêtes vous-même objet de l’autre; on est tous/toutes
passé(e)s par là ! »… Et elle n’a pas tort. Dans ses romans, ça va
effectivement assez loin sur ce plan, souvent jusqu’aux ravages
de la folie, au meurtre ou à la mort (Hygiène de l'assassin,Barbe
bleue...). Cela peut devenir pervers et même cruel quand l’autre
vous utilise comme objet de jouissance, vous divise ou vous
complète jusqu’à l’angoisse la plus mortelle, la soumission ou la
domination la plus abjecte. Amélie Nothomb en rit si l’on peut
dire, en écrivant tout cela et elle tente de nous en divertir tout
en nous désignant le mal. Elle retourne la situation, la (re)crée,
devient elle-même sujet (écrivain, auteur) à partir de l’exposition
de son «être-objet »autour duquel – duSabotage amoureuxà
Stupeur et tremblements(être»de chiottes« nettoyeuse) puis
Métaphysique des tubes(être« LaPlante ») – elle trouve son
singulier centre de gravité. DeMétaphysique des tubes, elle nous
indique que nous sommes aussi tous/toutes des« tubes », de la

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« plomberie », des« éviers »… Elle enfonce le clou et nous désigne
ô combien nous jouissons de cette altérité secrète, de nos
symptômes comme résidus de l’objet que nous fûmes, combien
nous jouissons de nos restes autistes et secrets réfractaires à
l’autre comme au langage. Elle montre même que ces restes de
jouissance ne sont pas forcément perdus pour tout le monde.
Ce sont ces «objets »paradoxaux et scandaleux qu’elle monte
en épingle chez ses personnages les plus fameux, dont peut-être
le plus célèbre qui la fit connaître dès 1992: Prétextat Tach dans
Hygiène de l’assassin.
Sonart de romancière deviendra alors art de naviguer entre
vérité et fiction, entre « vécu » (ou supposé tel) et traduction par
le « style » conçu comme moyen de border ce qu’elle nommera
« l’ennemi intérieur ». Exercice délicat qui exige pour le moins un
talent peu commun voire un génie particulier afin de s’en faire
aimer par la même occasion. On saisit alors l’effort dans lequel
elle se trouve, effort noué par l’écriture de romans aussi simples
que complexes, heureuses formes brèves littéraires qui
s’appuient sur une certaine dérision de l’être valant comme mise
à distance de l’intolérable. C’est cette mise en mots et son usage
élégant du style (comme de la politesse) qui participent aussi
certainement à son charme et qui l’humanisent face à la
tentation asociale voire autiste d’êtretube »« le ouécrasée par
« la disgrâce ».
Illui devient alors possible d’assumer le« pacte
autobiographique », ses six romans autobiographiques (Le Sabotage
amoureux, Stupeur et tremblements, Métaphysique des tubes, Biographie
de la faim,Ni d’Eve ni d’Adam,La Nostalgie heureuse) dans lesquels
le« Je »on ne peut plus direct et sans ambiguïté. Elle n’est est
pas pour « la mort de l’auteur » comme l’on dit dans les cercles
littéraires, mais évidemment pour sa (sur)vie ! Ce sont d’ailleurs
ces romans-là qui ont été ses plus grands succès éditoriaux.
C’est dans ces textes qu’elle nous invite à partager l’essentiel et
l’intime (publiable) de sa cogitation existentielle et littéraire et
qu’elle transforme le lecteur en regardeur/témoin/interlocuteur

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de son propre cheminement et de son sauvetage par l’écriture.
Elle nous mène au bord du trou et de sa confrontation avec le
néant. Elle confia par exemple à son public breton en 2005:
« C’estvrai, la première chose qui me fait écrire reste la curiosité. Je suis
face à un mystère humain que je ne comprends pas. Il arrive que ce mystère
soit en moi parce que je fais partie de l’humanité et que ce mystère m’habite
autant qu’il habite les autres. Mais, que le livre soit autobiographique ou
qu’il ne le soitpas, c’est toujours la même démarche: que s’est-il donc
passé ? Quel est ce fait humain-là que je ne comprends pas, que ce soit le
voisinage dansLes Catilinaires, le harcèlement dansStupeur et
tremblements, ou ma meilleure amie qui tourne au cauchemar dans
Antéchrista? Dans ces cas-là, je ne connais pas? Que se passe-t-il
d’autre façon de poser le problème que de lui consacrer un roman […]
L’écriture prolonge les questionnements de l’enfance. A savoir: est-ce que
c’est vraiment comme ça ? […] C’est bien pour ça qu’écrire, c’est continuer

l’enfance par d’autres moyens.»

Ecrire serait ainsi une manière d’aborder le grand livre du
« mystère humain », celui du manque de mots pour se penser et se
définir comme sujetet non plus seulement comme objet face à
autrui.« PourStupeur et tremblements, il s’agissait d’un mystère
personnel. Parfois il s’agit d’un mystère qui concerne l’humain en général,
comme dansLes Catilinaires: un fait récurrent, celui de l’importun qui
s’impose sous son pire visage, qui ne déloge pas. Qu’en faire? C’est un
grand mystère.Cosmétique de l’ennemis’en rapproche […] Dans tous
mes livres, on retrouve ce rapport avec l’autre, vu sous un angle conflictuel.
On met des êtres humains ensemble et ça tourne mal […] Cela dit, l’être
humain seul, c’est encore pire[Mais]Par une sorte de magie humaniste, je
maintiens ma candeur admirative tout en analysant certains mécanismes
sordides. C’est un double regard, unregard à la fois lyrique et caustique.

J’ai un style paranoïaque. »
Alors écrire, peut-être est-ce aussi pour l’écrivain une façon
de se bâtir un sentiment d’exister comme de réalité, de prendre
la mesure des faits, comme de l’effet sur soi, de l’impensable lié
à autrui voire à soi-même.ne sait rien de soi»« Onpu a-t-elle

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