Amy Foster

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152 pages
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Ouvrage bilingue, nouvelle traduction !


Nouvelle incursion du traducteur Jean-Yves Cotté dans l'univers de Joseph Conrad, avec cette nouvelle traduction de cette nouvelle ayant paru en 1901 dans le The Illustrated London News, puis en 1903 dans le recueil de nouvelles Typhoon an Other Stories. Kennedy, le médecin de campagne de Colebrook, nous raconte l'histoire d'Amy Foster mariée à un naufragé, « pauvre émigrant d'Europe centrale parti pour l'Amérique et qu'une tempête avait jeté sur cette côte ».



"J'eus le temps de voir son visage insipide, rouge, non pas d'embarras mais comme si elle avait reçu deux bonnes gifles sur ses joues plates, et d'apercevoir sa silhouette ramassée, sa maigre chevelure d'un châtain poussiéreux ramenée sur la nuque en un noeud serré. Elle avait l'air toute jeune. Reprenant manifestement son souffle, elle répondit d'une voix grave et timide."


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EAN13 9782376419594
Langue Français

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AmyFoster
Bilingue FRANÇAIS - ANGLAIS
un texte de Joseph Conrad traduit par Jean-Yves Cotté
Gwen Catalá Éditeur
Versionoriginale
t
ennedy is a country doctor, and lives in Colebrook, on the shores of Eastbay. The high K ground rising abruptly behind the red roofs of the little town crowds the quaint High Street against the wall which defends it from the sea. Beyond the sea-wall there curves for miles in a vast and regular sweep the barren beach of shingle, with the village of Brenzett standing out darkly across the water, a spire in a clump of trees; and still further out the perpendicular column of a lighthouse, looking in the distance no bigger than a lead pencil, marks the vanishing-point of the land. The country at the back of Brenzett is low and flat, but the bay is fairly well sheltered from the seas, and occasionally a big ship, windbound or through stress of weather, makes use of the anchoring ground a mile and a half due north from you as you stand at the back door of the"Ship Inn"Brenzett. A in dilapidated windmill near by lifting its shattered arms from a mound no loftier than a rubbish heap, and a Martello tower squatting at the water's edge half a mile to the south of the Coastguard cottages, are familiar to the skippers of small craft. These are the official seamarks for the patch of trust-worthy bottom represented on the Admiralty charts by an irregular oval of dots enclosing several figures six, with a tiny anchor engraved among them, and the legend"mud and shells"over all.
The brow of the upland overtops the square tower of the Colebrook Church. The slope is green and looped by a white road. Ascending along this road, you open a valley broad and shallow, a wide green trough of pastures and hedges merging inland into a vista of purple tints and flowing lines closing the view.
In this valley down to Brenzett and Colebrook and up to Darnford, the market town fourteen miles away, lies the practice of my friend Kennedy. He had begun life as surgeon in the Navy, and afterwards had been the companion of a famous traveller, in the days when there were continents with unexplored interiors. His papers on the fauna and flora made him known to scientific societies. And now he had come to a country practice—from choice. The penetrating power of his mind, acting like a corrosive fluid, had destroyed his ambition, I fancy. His intelligence is of a scientific order, of an investigating habit, and of that unappeasable curiosity which believes that there is a particle of a general truth in every mystery.
A good many years ago now, on my return from abroad, he invited me to stay with him. I came readily enough, and as he could not neglect his patients to keep me company, he took me on his rounds—thirty miles or so of an afternoon, sometimes. I waited for him on the roads; the horse reached after the leafy twigs, and, sitting in the dogcart, I could hear Kennedy's laugh through the half-open door left open of some cottage. He had a big, hearty laugh that would have fitted a man twice his size, a brisk manner, a bronzed face, and a pair of grey, profoundly attentive eyes. He had the talent of making people talk to him freely, and an inexhaustible patience in listening to their tales.
One day, as we trotted out of a large village into a shady bit of road, I saw on our left hand
a low, black cottage, with diamond panes in the windows, a creeper on the end wall, a roof of shingle, and some roses climbing on the rickety trellis-work of the tiny porch. Kennedy pulled up to a walk. A woman, in full sunlight, was throwing a dripping blanket over a line stretched between two old apple-trees. And as the bobtailed, long-necked chestnut, trying to get his head, jerked the left hand, covered by a thick dogskin glove, the doctor raised his voice over the hedge:"How's your child, Amy?"
I had the time to see her dull face, red, not with a mantling blush, but as if her flat cheeks had been vigorously slapped, and to take in the squat figure, the scanty, dusty brown hair drawn into a tight knot at the back of the head. She looked quite young. With a distinct catch in her breath, her voice sounded low and timid.
"He's well, thank you."
We trotted again."A young patient of yours,"I said; and the doctor, flicking the chestnut absently, muttered,"Her husband used to be."
"She seems a dull creature,"I remarked listlessly.
VVeerrssiioonntraduite
e
ennedy est médecin de campagne et vit à Colebrook, sur les rives de l’Eastbay. K L’à-pic qui s’élève derrière les toits rouges de la petite ville presse la grand-rue pittoresque contre le mur qui la protège de la mer. Au-delà de la digue s’infléchit sur plusieurs miles en une étendue immense et régulière la grève aride de galets, avec le village de Brenzett qui se détache sombrement sur l’eau, une flèche dans un bosquet ; et plus loin encore la colonne verticale d’un phare, pas plus grande à cette distance qu’un crayon noir, marque le point de fuite de la terre. L’arrière-pays de Brenzett est bas et plat, mais la baie est assez bien abritée des tempêtes, et de temps à autre un gros bateau poussé par un vent défavorable ou le mauvais temps vient mouiller à un mile et demi plein nord du seuil de la porte de derrière duShip Inn de Brenzett. Non loin un moulin à vent délabré qui dresse ses bras blessés sur un tertre pas plus haut qu’un tas d’ordures, et une tour Martello[1]ramassée au bord de l’eau à quelque huit cents mètres au sud des cottages des garde-côtes, sont familiers aux capitaines des petites embarcations. Tels sont les amers[2]du secteur des officiels fonds navigables représentés sur les cartes de l’Amirauté par un ovale irrégulier de points entourant plusieurs chiffres six, une ancre minuscule gravée en leur sein, et coiffés de la légende « vase et coquilles ».
Le sommet du plateau surplombe la tour carrée de l’église de Colebrook. Le versant est vert et une route blanche y serpente. En gravissant cette route, on découvre une vallée large et peu profonde, une immense dépression verdoyante de bocages qui se fond à l’intérieur des terres en une perspective de teintes pourpres et de lignes fluides à perte de vue.
Dans cette vallée qui relie Brenzett et Colebrook à Darnford, le bourg situé à quatorze miles, se trouve le cabinet de mon ami Kennedy. Il avait débuté comme chirurgien dans la marine, avant d’accompagner un explorateur de renom à l’époque où le cœur de certains continents restait à découvrir. Ses articles sur la faune et la flore l’ont fait connaître des sociétés scientifiques. Et à présent il est médecin de campagne — par choix. Son esprit d’une grande pénétration, véritable agent corrosif, avait réduit à néant ses ambitions, j’imagine. Son intelligence est toute scientifique, fondée sur l’étude et une curiosité insatiable convaincue qu’il existe dans tout mystère une parcelle de vérité générale.
Il y a bien longtemps, à mon retour de l’étranger, il m’invita à séjourner chez lui. J’acceptai bien volontiers et, comme il ne pouvait négliger ses patients pour me tenir compagnie, il m’emmena dans ses tournées — près de trente miles en un après-midi, parfois. Je l’attendais sur la route ; le cheval cherchait les petites branches feuillues et moi, assis dans le cabriolet, j’entendais le rire de Kennedy par la porte entrouverte d’un quelconque cottage. Il avait un gros rire chaleureux digne d’un homme faisant deux fois sa taille, une certaine brusquerie de manières, un visage hâlé et des yeux gris extraordinairement attentifs. Il avait le don d’amener les gens à se confier à lui,
et une patience infinie pour écouter leurs histoires.
Un jour, alors que nous sortions au trot d’un gros village par une route ombragée, je vis sur notre gauche un cottage bas et noir, avec des carreaux en losange aux fenêtres, une plante grimpante sur le mur du fond, un toit de bardeaux et des roses agrippées au treillage bancal d’un porche minuscule. Kennedy mit le cheval au pas. Une femme, en plein soleil, lançait une couverture ruisselante sur une corde tendue entre deux vieux pommiers. Et tandis que l’alezan au long cou et à la queue écourtée encensait[3], tirant d’un coup sec sur la main gauche du médecin, enveloppée d’un épais gant en peau de chien, celui-ci cria par-dessus la haie : « Comment va le petit, Amy ? »
J’eus le temps de voir son visage insipide, rouge, non pas d’embarras mais comme si elle avait reçu deux bonnes gifles sur ses joues plates, et d’apercevoir sa silhouette ramassée, sa maigre chevelure d’un châtain poussiéreux ramenée sur la nuque en un nœud serré. Elle avait l’air toute jeune. Reprenant manifestement son souffle, elle répondit d’une voix grave et timide.
« Il va bien, merci. »
Nous poursuivîmes au trot.
« Une de tes jeunes patientes ? » dis-je ; et le médecin, tout en fouettant l’alezan d’un air distrait, marmonna : « Son mari était un de mes patients. »
« Elle n’a pas l’air bien futée », fis-je remarquer d’un air absent.
« Tout juste », confirma Kennedy. « Elle est très passive. Il suffit de regarder les mains rouges qui pendent à l’extrémité de ses bras courts, ses yeux marron globuleux et bovins, pour mesurer le manque de vivacité de son esprit — un manque de vivacité qui croyait-on la préserverait à jamais des vertiges de l’imagination. Et pourtant qui de nous est à l’abri ? En tout cas, telle que tu la vois, elle a eu assez d’imagination pour tomber amoureuse. C’est la fille d’Isaac Foster, qui de simple fermier a fini simple berger ; ses malheurs ont commencé quand il s’est marié en secret avec la cuisinière de son veuf de père — un emboucheur aisé et sanguin, qui de fureur l’a rayé de son testament, et que l’on a entendu proférer des menaces de mort à son égard. Mais cette vieille histoire, assez sulfureuse pour servir de motif à une tragédie grecque, est née de ce qu’ils avaient le même caractère. Il y a d’autres tragédies, moins sulfureuses et autrement plus poignantes, qui découlent de différences irréconciliables et de cette peur de l’Incompréhensible qui plane sur nos têtes — sur toutes nos têtes… »
Notes du traducteur
[1]Petite forteresse défensive haute de 12 mètres, construite entre 1804 et 1812 pour défendre les côtes britannique d’une invasion française.
[2]Point de repère fixe et identifiable (navigation maritime).
[3]Mouvement de défense consistant à relever et abaisser la tête.
JOSEPH CONRAD, L'AUTEUR
Joseph Conrad est certainement le plus réputé des auteurs de romans d’aventures et, avec Robert Louis Stevenson, celui qui a eu la plus grande influence dans l’évolution du genre. L’ascendant de Conrad sur la littérature occidentale est cependant beaucoup plus large que celle de Stevenson, et elle fait de lui l’une des figures fondatrices de la modernité.