Artistes

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Description

Nicolas et Héléna, ce sont deux destins qui se croisent, deux êtres fragiles qui découvrent la dure réalité de la vie d’artiste à Paris.
« Les murs de la pièce sont tapissés d’esquisses en noir et blanc. Le trait est fin, le reflet de ce qu’elle est. Derrière son lit, à même le sol, je remarque un tableau que je n’avais pas encore vu. C’est une nature morte. Un vase bleu roi sur fond jaune pâle. Il est simple mais le jaune est si lumineux qu’il éclaire ce coin obscur de la chambre et son visage assoupi. Elle est belle Héléna. Belle dans ce sommeil qui la régénère. Belle comme on peut l’être à vingt ans lorsque la simplicité et la grâce n’ont pas encore cédé à l’amertume et à la désillusion. »

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Date de parution 01 janvier 2011
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EAN13 9782849242216
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ArtistesCollection Roman francophone
dirigée par Élodie Descamps, Denis Emorine et Annie
Verdelet-Lamare
Dans la même collection :
Chassé du Tchad, Jean-Pierre Paulhac
Nopal : une balafre mexicaine, Georges Goubert
Le pont des râles, Tiécoro Sangare
Chamsa, fille du soleil, Malika Madi
Le conseil de discipline, Jean-Pierre Paulhac
Nos coeurs s’étaient filé rancard, Amélie-Grossmann-Etoh
La révoultion des montagnes, Frédéric Delorca
J.T., Sébastien Boussois
Le pèlerinage en Géorgie, Jean-Francçois Soulet
La porte du non retour, Jean-Pierre Paulhac
La Joconde noire, Elvire Maurouard
Le chant de Soledad, Maggy De Coster
Image de couverture : © magann - Fotolia.com
© Éditions du Cygne, Paris, 2011
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-221-6Malika Madi
Artistes
Éditions du CygneDu même auteur :
Romans
Nuit d’encre pour Farah, Mons, Cerisier, 2000, Prix de la
Première Œuvre de la Communauté française, finaliste du
Prix des Lycéens.
Les silences de Médéa, Bruxelles, Labor, 2003. Bruxelles, Espace
Nord, 2007.
Chamsa, fille du soleil, Éditions du Cygne, 2010
Nouvelles
Belges sans en avoir l’air, Bruxelles, Memor couleurs, 2003
(recueil de nouvelles rédigées avec une classe d’un
établissement scolaire en discrimination positive de Bruxelles dans le
cadre d’un atelier d’écriture).
Le jardin d’Essai, Bruxelles, Couleur livres, collectif ; Amour
j’écris ton nom, 2006
Au c œur de ma cité, Culture 2000, Grand Hornu, 2006
Je hais les ados, Bruxelles, Memor couleurs, Le jeu de la plume
et du hasard, 2007
À Mons un matin, Mons, 2007 (nouvelle rédigée dans le cadre
edes 7 Rendez-vous du livre de la ville de Mons)
Losseau, l’oiseau du paradis (recueil sur le patrimoine wallon),
Suivez mon regard, 2011Essais
Rompre le silence, 11 septembre 2001-11 septembre 2002,
Bruxelles, Labor, 2002 (Prise de position citoyenne
d’intellectuels belges d’origine maghrébine sur les événements du 11
septembre).
Et le monde regarde, Liban été 2006, Mons, Cerisier, 2007
(Coordination d’un collectif dénonçant la guerre du Liban).
Je ne suis pas raciste mais..., Bruxelles, Editions Luc Pire, 2008
(coécrit avec Hassan Bousetta).L’ œuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à
raisonner le concret.
Albert. Camus
Si vous me demandez ce que je viens faire en ce monde, moi
artiste, je vous répondrai : « Je viens vivre tout haut ! ».
Emile ZolaTous mes remerciements à Roger Brulard
Dorothée Fodois
Anne Jodogne
Joëlle Liard
Anne ManiniNicolas
J’ai quitté ma Bretagne natale tôt ce matin et je
« monte » à Paris. Le train est comble. Des
hommes d’affaires, des familles, des gens seuls.
Je revois ma mère, les bras croisés sur le pas de la
porte ; ce regard qu’elle veut ironique ou sceptique
cache mal son inquiétude : « À dix-huit ans, on sait
ce qu’on fait, j’espère que tu ne regretteras pas ta
décision ! ». Nous sommes en septembre. L’été
s’était passé en palabres de toutes sortes : « Fac de
médecine à Montpellier ou école d’ingénieurs à
Brest, licence en droit à Lille ou l’E.N.A. à
Strasbourg ? ». Je revois la tête de mon père lorsque je
lui annonce sur la terrasse de la véranda : « École de
théâtre à Paris ! ». « Tu plaisantes ? » avait-il répondu.
Non, je ne plaisantais pas. Comme un
transsexuel, on ne peut se mentir et mentir aux autres
indéfiniment. Un jour, l’être qui sommeille en soi
doit se révéler, c’est une question de vie ou de mort.
« Je n’approuve pas ta décision et je suis même
farouchement contre ! Tu es majeur et je n’ai donc
plus aucun pouvoir sur toi. Néanmoins, tu
comprendras si je refuse de financer tes cours et
ton studio éventuel ! »
9Papa, mon si brillant papa, bachelier à seize ans,
ingénieur civil à vingt-et-un et directeur général de
l’aménagement du territoire du département de
Bretagne à vingt-six ! Pourra-t-il jamais
comprendre ce que signifie « Avoir un texte dans la
peau » ? Je n’ai pas choisi le théâtre, il s’est imposé
à moi. Je pourrais faire médecine ou droit, mais le
théâtre me poursuivrait.
Dès l’instant où j’ai découvert « le maître »
Molière, il n’a cessé de me hanter. Lui, mais aussi
Racine, Corneille, Tchékhov et, depuis le début de
l’été, une nouvelle passion : Ionesco. Je connais
leurs textes à la virgule près et, grâce à cet exercice,
j’ai développé une mémoire phénoménale. Il
m’arrive, comme d’autres chantonnent, de réciter Le
bourgeois Gentilhomme ou Le Cid. Les gens, dans le
métro ou dans la rue, me prennent pour un cinglé,
mais je m’en fous !
Je ne m’inquiète pas outre mesure pour mon
père. Son autre fils, Frédéric, mon cadet d’une
année, est comme lui un surdoué. C’est en
primaire qu’il m’a rattrapé puis dépassé. Il entame
sa deuxième année à Sciences Po !
Il m’a donc prévenu qu’il ne me soutiendrait
ni moralement ni financièrement. Je lui suis
reconnaissant de l’avoir fait suffisamment tôt,
cela m’a permis de dégoter un job d’été dont
l’argent m’a ser vi en partie à payer le billet de
train.
10Je remercie aussi mes parents de ne pas être
allés à l’encontre de ma volonté ! Ils ont, bien sûr,
essayé de « me faire entendre raison » mais sans
rien m’imposer. Finalement, ils ont agi comme
doivent agir tous les parents en pareille
circonstance.
Dans le train, les yeux fermés et écouteurs aux
oreilles, je me laisse emporter par un morceau des
Black Eyed Peas. Je pense aussi à cette fille
rencontrée sur un site de colocation avec qui j’ai échangé
quelques courriels. Son prénom est Helena. Son
appart est petit, m’a-t-elle dit, mais il y a une
chambre supplémentaire. Le loyer est de 600 euros
charges comprises. Il faudra donc que je me
débrouille pour trouver chaque mois les 300 euros
qui relèvent de ma contribution.
« Trouver un job à Paris, es-tu conscient de ce
que cela représente ? »
« Non maman, je t’avoue que je l’ignore, c’est la
première fois que je tente cette aventure... »
Je descends gare de Montparnasse. Après deux
métros, j’émerge dans un quartier grouillant de
blacks, de maghrébins, d’asiatiques. Après le
boulevard, deuxième à gauche et première à droite,
voilà. Je vérifie encore une fois l’adresse et le
numéro, mais pas doute, c’est bien ici. Pourquoi
cet immeuble n’a-t-il pas été déclaré insalubre ?
Jamais les rayons du soleil ne doivent pénétrer la
venelle où il se dresse.
11La porte d’entrée ne tient à l’encadrement que
par la grâce d’un fil de fer, œ uvre, certainement,
d’un locataire dont la conscience recèle encore
quelques scrupules. Une odeur d’éther mêlée à
celle de l’urine m’indispose jusqu’à la nausée.
Non, je ne pourrai pas entrer et sortir chaque
jour en traversant ce brouillard nauséabond. Par
politesse, je vais monter voir cet appart, mais c’est
d’ores et déjà non !
Il n’y a pas d’ascenseur, aussi je grimpe quatre à
quatre jusqu’au quatrième. Peu habitué à ce genre
d’exercice, je prends cinq minutes pour récupérer
mon souffle. Sur le palier, trois portes de couleur
identique. Je ne sais pas à laquelle correspond le
studio de l’annonce. Pas de nom, pas de numéro,
juste trois portes. Je déteste cet endroit. Moi qui
aime la lumière, il y fait sombre. Moi qui aime
l’espace, je m’y sens à l’étroit. Je me lance un défi ;
je ne frapperai qu’une fois et à une seule porte, si
personne ne répond ou si ce n’est pas la bonne, je
partirai sur le champ !
Je lève le poing, tape deux petits coups et au
bout d’un instant apparaît une fille. « Helena ? » ; à
mon grand désarroi, elle répond, comme si elle se
doutait de mon hésitation : « Oui ! C’est moi ! ».
Elle s’efface, j’entre.
D’abord une odeur, ici aussi, de peinture et
d’alcool à brûler. Des toiles, partout, tapissant les murs
ou posées à même le sol, les unes contre les autres.
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