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AU-DELÀ DES TABOUS Tome 1

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Description

le livre traite des thématiques difficilement abordées dans la société Malienne. Il s’agit des thématiques telles que la débauche sexuelle, la vulgarité dans les langages. En parcourant le livre, on croise facilement des personnages qui ne croient ni aux us ni aux traditions et qui ne s’interdisent rien.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2019
Nombre de lectures 3
EAN13 9789995274344
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

AU-DELÀ DES TABOUS
Tome 1Aïchatoun Amadou TOURE
AU-DELÀ DES TABOUS
Tome 1INNOV EDITIONS
Tous droits réservés
Siège social: Route de Sotuba, près de l’Ex MINUSMA,
Bamako,Mali
E-mail : manuscritinnov@gmail.com
Tel: (223) 76 04 87 63 / 98 94 14 14
ISBN: 978-99952-74-34-4
Dépôt légal: Bibliothèque Nationale du Mali 2019Du même auteur :
Journal d’une vie brisée – recueil de nouvelles (Innov Editions)NOTE DE L’AUTEURE
Je tiens à préciser que ce livre est une œuvre de fction.
Il ne provient d’aucun fait réel.
Des endroits connus de tous sont évoqués mais avec une
description fctive, assez loin de la réalité, tout comme des endroits
fctifs qui n’existent que dans mon imaginaire.
Certaines parties sont racontées sous forme de légendes, une
légende racontée de diférentes manières, j’ai donc préféré modi -
fer à ma manière, celle qui me plaît.
Il ne sert à rien d’essayer un quelconque rapprochement entre
cette œuvre fctive et la réalité.
Le titre du roman soulève déjà un peu le voile sur ce qu’il cache.
Il n’y a aucun sujet tabou. Je tiens alors à m’excuser d’avance pour
des thèmes abordés qui pourraient choquer certains.
Je compte sur votre bonne compréhension.

Aïchatoun Amadou TOURE
PROLOGUE
Piiip piiip piiip…
Les klaxons des voitures tirèrent Rachel de sa rêverie. Elle
redémarra sa voiture et poursuivi son chemin après avoir demandé
pardon par un signe de la main aux automobilistes à qui elle avait
barré la route au niveau du feu tricolore.
Elle longea le chemin du boulevard de l’indépendance avant
de prendre la trajectoire de Hamdallaye pour se rendre à la
polyclinique pasteur.
Elle se gara précipitamment devant l’enceinte. Elle ouvrit la
porte de la clinique, salua les réceptionnistes qui étaient devenues
ses amies à force de se voir tous les jours, avant d’entrer dans la
salle 12.
Elle ouvrit la porte de la salle et, elle était là, l’attendant.
Rachel lui sourit et s’approcha du lit pour lui faire un gros
câlin.
Elle déballa les sacs de shopping qu’elle lui avait apportés. Il y
avait un miroir, deux peluches Mickey mouse et Minnie mouse ;
sept bonnets sur lesquels étaient écrits les sept jours de la
semaine ; trois paires de baskets : rose, blanche et violette ; trois
jeans ; des t-shirts avec des messages de motivation comme :
1 2« Girl power » ; « I’m stronger than this fucking disease » ;
1 Pouvoir des flles
2 Je suis plus forte que cette putain de maladie
9Au-delà des tabous
3 4« I can do it » ; « Get it girl ».
Elle ouvrit enfn le dernier paquet et ft sortir un ordinateur
portable Hewlett-Packard.
Elle n’en croyait pas. Pourquoi tous ces cadeaux et
spécialement aujourd’hui ? Et puis, pourquoi un ordinateur portable ?
Rachel caressa sa joue et s’assit à côté d’elle sur son lit
d’hôpital.
J’ai une autre surprise pour toi chérie, chuchota Rachel dans
le creux de son oreille.
Elle se rendit à la réception où on lui remit un gâteau qu’elle
leur avait confé au préalable. Elle le ramena dans la salle.
— Joyeux anniversaire princesse, lui dit Rachel toute émue.
Elle posa le gâteau sur le lit afn qu’elle puisse soufer sur la
bougie. Elle comprit enfn pourquoi tous ces cadeaux. A cause
de son long séjour dans cette clinique, elle avait presque perdu la
notion du temps et avait même oublié la date de son anniversaire.
Surement notre dernier anniversaire ensemble, dit-elle en
évitant le regard de Rachel.
Rachel savait qu’elle dit vrai. Elle savait qu’il n’y avait plus rien
à faire. Elle savait que ce serait bientôt la fn. Elle le savait…
3 Je peux le faire.
4 Fais-le flle
10Aïchatoun Amadou TOURE
LE CHOC
La seule chose qui craint plus que de mourir d’un cancer à
seize ans, c’est d’avoir un gosse qui meurt d’un cancer.
John Green
Le jour de mon douzième anniversaire ma mère m’ofrit un
ordinateur portable, avec pleins d’autres petits cadeaux qui
pourraient plaire et remonter le moral à une gosse d’à peine douze ans
qui était en train de mourir.
L’ordinateur portable était cependant la seule chose que j’ai
aimée. A quoi bon porter des jeans et des t-shirts avec des jolies
sneakers si on ne peut même pas sortir. Et puis, il n’y a vraiment
que ma mère qui croit que j’ai encore besoin d’un doudou pour
dormir. Elle m’ofrit des doudous et pas n’importent lesquels,
un couple de doudous. Il faut dire qu’elle voulait vraiment que
j’assiste à leurs ébats le moment où ils feront l’amour.
Beurk, rien qu’en imaginant que je vais dormir avec un couple
qui va passer la nuit à se tripoter…
Je comprenais pour les bonnets. Elle voulait que les porte
parce que je n’ai plus de cheveux à causes des chimios. Mais des
bonnets avec tous les jours de la semaine, bon, pas trop à mon
gout mais ma mère a fait de son mieux. De toute les façons toute
sa vie se résume à moi et cela me fait vraiment peur. Elle est même
plus malade que moi. Je crois qu’elle sent toutes mes douleurs ou
peut-être, c’est juste la peur de perdre son enfant. Sur le miroir
qu’elle m’a ofert, il y a l’émoticône d’un bonhomme qui sourit.
C’est la manière de ma maman de me dire de garder le sourire.
11Au-delà des tabous
Comment peut-on sourire sachant que son prochain
anniversaire trouvera qu’on est peut-être morte ? Sourire lorsqu’on
a une maladie incurable, c’est sourire à la vie. Et sourire à la
vie lorsqu’on a une maladie incurable, c’est ne pas respecter sa
propre douleur. Je ne pourrais pas sourire à la vie car elle m’a
tout pris. Une gosse de douze ans qui est atteinte d’un cancer
depuis sept ans, donc depuis quand elle n’avait que cinq ne doit
pas sourire à la vie.
Je suis cette gosse de douze ans qui ignore encore ce qu’elle a
bien pu faire à la vie pour qu’elle la punisse de la sorte.
Je garde mon sourire non pour cette merde de vie mais pour
maman. Elle fait plus que de son mieux. Elle ne mérite pas ça.
Elle ne mérite pas d’avoir une gosse malade. Elle est encore à l’âge
de croquer sa vie à pleines dents. Sortir, faire des rencontres, se
marier peut-être.
Des fois, je me dis que si je n’étais pas venue au monde, elle
serait très heureuse et aussi, si je n’étais pas malade, elle le serait
encore plus. Hélas, je suis venue au monde et en plus de ça, je
suis malade.
Je suis malade et bientôt, je mourrai. Et je ne sais pas ce que
maman deviendra.
En fait, maman c’est le genre de femmes qui mérite d’être
appelées « Super woman ». Elle m’a élevée toute seule, sans parents
ni compagnon. Mon père, un connard et imbécile avec qui elle
avait fugué lorsqu’elle avait seize ans, l’avait mise enceinte et avait
disparu sans plus jamais réapparaître. Ses parents, des insensibles
qui, pour une ferté mal placée ou je ne sais quoi, avaient écarté
leur flle de leur vie à cause d’une erreur de jeunesse. Ses pa -
rents étaient prêts à l’accueillir mais à condition qu’elle avorte ou
mette le bébé (moi) à l’orphelinat pour pouvoir se concentrer sur
12Aïchatoun Amadou TOURE
ses études. Maman avait refusé leur ofre et les avait fait sortir de
sa vie à son tour. Elle avait trouvé une petite maison en location
et vendait des fruits au bord des routes jusqu’à ma naissance.
A ma naissance, les choses se compliquèrent un peu plus. Payer
le loyer et les dépenses du bébé n’était pas une simple afaire pour
une jeune flle de dix-sept ans. Elle se proposa alors comme ser -
vante dans un quartier résidentiel ; elle calcula bien son coup car
elle savait que dans ce genre de quartier, son enfant aurait un bon
toit et elle pourrait aussi un peu gagner sa vie. Elle fut acceptée
sans trop de protocoles, car elle parlait bien le français et avait
une allure soignée et propre. Le genre de personne à qui on peut
confer sa maison. Elle maîtrisait bien les technologies modernes
et pourrait bien utiliser une cuisine électrique. Elle répondit non,
quand la patronne lui demanda si elle ne voulait pas confer son
enfant à ses parents afn de bien travailler.
— Si vous voulez m’embaucher, ce sera avec mon enfant ;
décida maman sans leur dire, qu’en réalité, elle n’avait plus de
parents.
La patronne n’avait d’autres choix que de l’accepter. Elle savait
que ce n’est pas tous les jours qu’on trouvait à Bamako, une
servante aussi douée en plus, bien éduquée et qui parle couramment
sa langue. Pour un salaire de 75.000 FCFA par mois maman et
sa patronne conclurent le marché. Elle devait s’occuper de la
cuisine, de ranger la maison, faire la vaisselle et éduquer les enfants
selon les prescriptions de leurs parents. Ce qui réjouissait plus
que tout maman, c’est qu’elle avait trouvé enfn un toit digne de
ce nom pour sa flle. Elle avait une chambre avec un lit, et même
une armoire juste pour elle. Elle ne rêvait pas de mieux vu le
désolant taudis dans lequel elle avait passé sa grossesse.
13Au-delà des tabous
Après trois mois de boulot, elle devint comme un membre
de la famille, et moi je grandissais bien et j’étais trop souriante
d’après maman. Elle dit que j’étais une adorable petite flle. De
toutes les façons, même si je ne l’étais pas, maman ne l’aurait
pas remarqué. Il faut dire que maman est vraiment amoureuse
de moi.
Elle aidait Steph et Georges, les enfants de ses employés, à
faire leurs devoirs. Maman avait une très grande infuence sur
leurs notes. Au fl du temps, les patrons ont remarqué les progrès
de leurs enfants et ont décidé de payer maman pour ça.
Maman, dans d’autres cas, n’allait pas accepter car elle
appréciait fort bien les enfants et elle ne le faisait ni pour
impressionner ni pour de l’argent. Malheureusement, elle avait besoin de cet
argent et ne pouvait pas, par ferté, le refuser.
Pour chaque enfant, ils payaient 25.000 FCFA par mois. Ceci,
ajouté à son salaire, elle se retrouvait avec 125.000 FCFA le mois.
Elle ne payait ni loyer, ni nourriture ni boisson. Les seules
dépenses qu’elle faisait était pour moi. Mes couches, bon je ne dois
pas parler de mes couches à moi…disons les couches du bébé,
son lait artifciel en poudre, et ses incessantes fèvres et malaises.
Je tombais tout le temps malade, et cela inquiétait maman
mais les docteurs la rassuraient en disant que ce n’était rien de
bien méchant.
Elle économisa et se paya un professeur de cours privés pour
pourvoir être au même niveau que les élèves de sa classe. Elle
avait abandonné l’école lorsqu’elle était en deuxième année de
lycée. Elle suivit alors les cours de troisième année de lycée avec
son prof privé. M. Dicko fut un bon enseignant. Il était très
disponible. Il lui concocta un programme accéléré.
14Aïchatoun Amadou TOURE
La permission lui était accordée par ses employés à condition
qu’elle termine ses tâches. Chose qui ne posa aucun problème à
maman.
A la rentrée scolaire suivante, elle retourna dans son ancien
lycée qui est assez cher mais qui est quand même une bonne
école. Son papa le payait pour elle lorsqu’elle vivait chez lui. Elle
leur présenta ses notes de cours de vacances et leur promit qu’elle
pouvait faire la terminale. La directrice du complexe scolaire et
universitaire Intellect ‘Child connaissait bien maman et savait
quelles étaient ses capacités. Elle lui ft quand même faire des
tests qu’elle valida avec succès. Elle accepta alors son inscription
en classe de terminale. Maman ft son lycée en amenant avec elle,
tous les jours sa flle d’un an. Elle confait sa flle à la femme du
gardien de l’école qui vivait également dans une petite chambre
fournie par l’école dans un coin de la cour. Aux heures de
recréations, pendant que ses camarades passaient leur temps à faire des
photos, parler des garçons ou peut-être même se faire tripoter
dans un endroit discret de l’école, Maman, elle, donnait le sein
à son bébé et prenait soin d’elle avant de retourner en classe.
Elle donnait un peu d’argent à la bonne dame qui l’aidait pour
la motiver. De retour à la maison, c’était la cuisine, la lessive, la
vaisselle, les cours privés des enfants. La nuit, c’était ses cahiers si
son enfant ne pleurait pas.
Maman étudia et obtint son baccalauréat avec une bonne
mention. Elle postula pour une bourse en France mais elle lui fut
refusée à cause de son statut de célibataire avec enfant. Elle
obtint quand même, une faveur. Au lieu des cours normaux, on lui
proposa un cours à distance dans la flière choisie. Avec sa bourse,
on lui ofrit un ordinateur portable et ses frais de connexions. Il
y avait déjà une connexion internet haut débit, là où elle vivait.
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