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Au miroir des âges

De
350 pages

À la recherche de ses propres racines, nul ne saurait se soustraire. Julia, jeune styliste de mode en ascension dans sa profession, intuitive et imaginative, va ainsi se laisser surprendre.
En visite dans un petit village de Bourgogne, on lui affirme comme être la résurrection physique d’une gloire locale : Angèle, chanteuse du XIXème siècle, à Paris. S’imprégnant de cette aura, la jeune femme en ponctuera sa carrière dans la haute couture ; avec le soutien de son mari, ingénieur informaticien dans le métier. Des aléas l’attendent dans ce milieu implacable et masculinisé, jusqu’aux ruptures et complications. À se réaliser, Julia se retrouva-t-elle dans cette grande figure féministe du passé ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-18892-0

 

© Edilivre, 2017

Chapitre Premier

– Relis ton papier, moi je conduis…

– Venant de l’autoroute, sur la N° 6, direction Avallon…, ensuite il a écrit, après Voutenay, la « patte d’oie de Sermizelles » et juste après dans le virage une petite route sur Givry… Mais je pense que maintenant nous avons dépassé tout ça ?

– Tu crois vraiment ?

– Mais la « patte d’oie », moi je n’ai rien vu de marqué ?

– Ce doit être une désignation locale… Sûrement c’est le carrefour que nous avons doublé, s’en allant vers Vézelay… Alors on revient doucement ! Proposa Anthony, ayant repéré un chemin transversal pour effectuer un demi-tour.

Et tout de suite après, de reprendre en sens inverse…

– Regarde, le voici ce panneau… c’est là, Givry et Domecy-sur-le-Vault en dessous, mais on ne peut couper la ligne…, là c’est risqué ?…

– Même interdit, alors il faut revenir sur cette « patte d’oie » et repartir… tu vois on aurait dû prendre le GPS !

Ainsi, en fut-il de leur premier contact avec le pays, dans une matinée d’un printemps radieux, à la recherche d’un village d’accueil, d’une maison de campagne… d’un lieu de refuge et d’enchantement (Elle : Julia, navigatrice ; lui : Anthony, le conducteur)…

Et de poursuivre :

– Il m’a marqué qu’après avoir traversé la rivière du Cousin sur le pont de pierres, on devait aller tout droit à gauche par l’église en montant et tomber de la Grande rue, dans celle de Domecy… regarde, c’est là !

– Mais on aurait dû prendre le GPS ?

– Non…, on reste les yeux rivés dessus et tout l’alentour nous manque…, moi je veux savourer, vois-tu !

– D’accord…, mais après ?

– En sortant du village on doit rencontrer une bifurcation marquée par une croix de chemin au devant d’un pin sylvestre superbe… Là, surtout prendre à gauche, sans quoi on s’enfonce, sans issue, dans les champs…, a-t-il précisé en le soulignant deux fois sur son papier !

– Ensuite…, maintenant c’est dépassé !

– Eh bien ! On continue tout droit sur la route, jusqu’au village de Domeçy-sur-le-Vault (ce qu’il indique sur son papier, à la fin !)…, mais regarde déjà comme ce vallon est bien boisé et sauvage.

La petite route, bien entretenue, goudronnée, après quelques prairies de flanc, offrant un haut et subtile ombrage de charmilles, ou frênaies, les accueillit droite devant eux, avec quelques courbes la ponctuant comme de larges sourires.

Réceptifs de tout ce qui les entourait : une nature avenante, généreuse, et inextricable, pour eux des citadins parisiens, les rendait presque interdits, de cette nouveauté !

Toute absorbée, et chemin faisant, elle ne put s’empêcher cette remarque à ravir :

– Regarde, ces jolis arbres en fleurs, par moments, on dirait des lilas blancs…

– Non, ce doit être des acacias, ou plutôt robiniers…, je crois bien !

Puis vinrent les étangs, le premier assez vaste, assoupi sous le soleil, enserré d’une pinède dense, mêlée de bouleaux et vernes épars. Avec un peu sur le fond, un ensemble de constructions désaffectées qui s’enfonce discrètement sous les frondaisons.

Le deuxième s’ouvrait plus largement derrière l’entrée monumentale d’un parc, avec son château qui leur apparut ensuite dans un virage. Et ce fut, au travers de hauts sapins, marronniers, et autres de clôture, pour eux, comme d’une vision « de belle au bois dormant », qu’ils le reconnurent, tout mignon de pierres blanches, laiteuses, en calcaire du pays, dans son style néo-renaissance.

De côté, tout au long de leur route et parallèlement courait un ru vagabond, mais bien ombré de végétation, qui, par deux endroits, la franchissait obscurément, perdu sous des buses. Sans y avoir pris garde. Tant leur attention était retenue ailleurs !

Tout aussitôt après, dans un autre virage, subitement ils entrèrent dans le village attendu : Domecy-sur-le-Vault, tel que largement inscrit sur son panneau routier.

Avançant au ralenti, ils y pénétrèrent dans une première rue en descente, qui leur sembla tout de suite être la principale. De droite et de gauche, construite de maisons basses et serrées, les unes se présentant en faces de pierres apparentes au calcaire clair ou incrusté, d’autres en crépi bistre du terroir.

Comme ils venaient de plus haut, tout le village leur apparut d’emblée, grimpant hardiment sur chacune des pentes du vallon, très encaissé à cet endroit, entre de hautes collines. La vue se prolongeant au loin, en fin de rue, sur d’autres coteaux qui alternent alors en des boisements divers et de riantes prairies.

Puis tournant vers le centre ils s’arrêtèrent derrière la petite église, tout près du lavoir où se présenta à eux un parking. De là, ils pouvaient embrasser de tous côtés le village bien étagé en son site, et secret dans le silence de cet après-midi de dimanche.

S’avançant ensuite, de quelques pas vers le lavoir, bientôt ils furent dans la surprise de découvrir un autre château d’allure plus moyenâgeuse en pourtour, mais parfait d’entretien – et marqué « Gîte » – comme si, en elle, cette bourgade, si petite, ne pouvait en recevoir qu’un seul !

Leur regard tombant sur une borne municipale d’information, toute proche, en ce lieu de croisements, ils purent d’un trait lire tout ce qui concernait en principal ce village : topographie, historique, et édifices…, ainsi les instruisant succinctement et avec avantage, sur chacune des indications.

Revenant, de ce fait, vers la petite église toute proche, pour une rapide visite, bientôt à leur rencontre, descendait un homme d’âge, cane à la main.

Et sans vergogne, les interpella :

– Alors comment trouvez-vous notre petit pays (pays pour village, suivant une habitude d’expression localisée !) Le verbe haut et autant roulant.

– Tout a fait charmant, répliqua aussitôt avec enthousiasme Julia la femme d’Anthony, le regard porté vers les châteaux, et si j’avais emporté mon matériel de dessin…, je les aurais bien croqués, avec plaisir, l’un et l’autre…

– Pour sûr ! Mais c’est qu’ici nous n’avons guère de visiteurs, trop loin de tous les axes de circulation…, sauf les randonneurs !

– Justement c’est ce qu’ensemble nous rechercherions…, loin des foules et plus près de la nature ! Accentua Anthony.

– Désabusés peut-être ?

– Non ! Moi, pour me détendre des stress du travail, et ma femme pour ressourcer sa créativité !

– Artistes ?

– Oui ma femme créatrice de mode, à Paris.

– Figurez-vous que j’y aurais pensé, car par votre allure…, et de physionomie, je vous trouve bien des ressemblances avec celle, qui partie d’ici, notre artiste et chanteuse : Angèle la vielleuse ! Alla, plusieurs années chercher de beaux succès, aussi parisiens.

– Mais ça ne doit pas dater d’hier ?

– Oh que sûr ! Mais elle a tant marqué nous tous ici, par ses extravagantes mises et gentillesses proverbiales, puis elle a vécu si longtemps, qu’elle demeure toujours en nous, ainsi présente…

(Tout de suite ayant dû remarquer la tenue fantaisiste « stabilo « que Julia s’était donné ce jour-là, un peu par exhibition).

Puis le papy Ferdinand – ainsi qu’il s’annonçait – se sentant en écoute de ces jeunes gens, visiteurs captifs, poursuivit ses allusions à l’ancienne Angèle. Il la célébrait tout au long d’époques fort révolues, comme au travers de son pays ; mais qui, pour lui, conservait une vivante authenticité. Amplifiant parfois par d’aussi nombreux détails, qu’à la longue il lassa, sans s’en rendre compte, son attentif et complaisant auditoire.

Aussi, pour rompre cette fervente oraison, Anthony releva subitement :

– Ah ! J’avais à vous demander, ce qui m’intrigue, à le lire :

pourquoi sur le « Vault », est votre village ?

– Sur le Vault ou Val, pour le différencier de son homonyme sur « Cure », la rivière ; cela veut dire près de Vault-de-Lugny qui est encore un autre village, plus important que le nôtre, qui se trouve de l’autre côté de la butte Montmarte, cette éminence qui cache ici tout notre Levant et que vous avez dans le dos actuellement.

Aussitôt tous se retournèrent d’un même mouvement vers ce haut lieu qu’ils n’apercevaient pas, néanmoins, devant eux, gêné par un épais pli de terrain fort boisé, juste au-dessus du village.

– Butte Montmartre ! Butte Montmartre ! S’interrogea alors Anthony…, mais comme la nôtre de Paris ?

– Oui ! Mons Martyrum… Mont du Martyre… et Montmarte… te, ici en avallonnais, comme en d’autres endroits de France, je crois !

– Ah ! Ah !

– Ainsi que le voulut un certain Saint Martin afin d’y commémorer ici ou là, le martyrologe certain des premiers chrétiens de notre ère…

– Vous en connaissez des choses ! S’exclama élogieusement Anthony… êtes-vous historien ?

– Oh non ! Curieux d’histoire, et plus encore de toute celle de mon pays… car j’aurais aussi à vous parler du Morvan, si proche d’ici !

A se stabiliser sur ses assises, de sa cane, prêt à palabrer…

Ne pouvant plus attendre, le temps avançant, Anthony rapidement mit fin à cet entretien prolongé, en s’excusant vis-à-vis de leur interlocuteur. Et surtout de devoir poursuivre leur périple par Vézelay… promettant de revenir dans ce village reclus aux facettes si curieuses du passé et revoir également leur guide d’un moment – Lequel naturellement leur déclina ses références téléphoniques, comme par intérêt à leur prochain retour !

Or Julia durant ces moments resta silencieuse, même rêveuse : cela peut-être dû à ce que le papy Ferdinand avait reconnu d’emblée en elle, mais d’une façon si insolite, autant en ce lieu, qu’à ce moment…

*
*         *

De retour à leur domicile, dans le faubourg St Denis, tout près de cette grande porte parisienne en arc de triomphe, notre couple ne revint pas tout de suite sur leur journée d’excursion.

Ce ne fut qu’en prenant leur repas du soir pris tardivement, qu’ils repassèrent entre eux les événements qui en ressortaient.

L’un et l’autre, par un même sentiment, s’avouèrent entre eux être restés sous le charme de ce petit village, blotti au fond de son vallon comme en une corbeille d’abondance. Et que valait pareillement, tout ce qui l’entourait et qu’ils avaient parcouru, autant en haut Vézelay, qu’en bas St Père et toute la vallée de la Cure, dans un régal d’expression : à en conserver un souvenir sur lequel on pouvait facilement revenir…

Insidieusement, néanmoins Julia ne put s’empêcher, en confidence de revenir sur la réflexion du papy de leur rencontre, et qui encore la perturbait.

Aussi s’alarma-t-elle tout de suite :

– Comment ce vieil homme peut-il ainsi, de prime abord, me comparer avec une personne si ancienne, du siècle de l’autre siècle, et conclure par une sorte de divination à mon égard, vis-à-vis de celle-là…

– Oh ! simplement que, pris par une sorte de songe très ancien sur cette personne et nostalgique, te voyant dans ta tenue seyante de robe cocktail, tout de suite en toi, il crut l’avoir reconnue…, par effet psychologique, modéra aussitôt Anthony.

– Par effet psychologique ? Moi je pense qu’il y avait plus que ça…

– Quoi, sosie ? Ou plus, réincarnation ?

– Qui sait ? De toute façon il faut que nous y retournions…

Pour sûr que nous y retournerons… d’ailleurs, comme promis, j’ai gardé son téléphone pour venir le revoir… et son si curieux village…, et accent de terroir ! Conclut persuasif Anthony.

Leur soirée s’achevant néanmoins pour Julia un peu sur le ton impalpable du mystère.

*
*         *

Depuis tout juste un faisceau d’années ce jeune couple s’était installé dans ce quartier du dixième arrondissement parisien très vivant, et au prestige de ses deux anciennes portes des Grands Boulevards. Ils y aimaient beaucoup son atmosphère encore non éloigné « d’enfants du paradis » qui y flottait jusqu’en son passage du Prado, qu’ils empruntaient presque quotidiennement.

Cette femme, encore jeunette, avait déjà connu l’empreinte d’un destin contraire ; fille unique d’une mère délaissée, Julia eut le malheur de la perdre prématurément. Ses études secondaires achevées et couronnées d’un brillant Bac techno du design et arts appliqués, et dès lors sans appuis familiaux, elle dut se faire embaucher. Aussi elle trouva tout de suite un emploi d’abord de stagiaire puis d’assistante styliste dans la maison de confection où sa mère occupait le poste de première modiste en prêt-à-porter.

Ses qualités de recherches et de dessinatrice sur inspiration, rapidement confirmèrent le choix qu’on avait mis en elle ; ainsi sa direction fut d’accord pour qu’elle suive, en formation continue, un BTS design de mode – ce qui ne pouvait que la faire progresser dans sa voie de styliste de mode !

Laborieuse et persévérante, là également ce fut un beau succès, malgré son travail en entreprise ; et tout de suite après elle eut l’ambition de vouloir élever encore plus ses compétences. En conséquence, toujours avec un généreux encouragement patronal, elle dut obtenir une bourse, qu’elle réussit sur concours, pour suivre en étudiante les cours de la « Postgraduate de Création » tout en anglais, de l’Institut Français de la Mode – Là où elle s’impliqua avantageusement, sous ce haut enseignement…

Son diplôme décroché et de portée internationale, elle pouvait désormais prétendre au titre de « Fashion designer », ce qui dépassait les possibilités financières de sa modeste maison promotrice. Celle-ci alors par relations, lui trouva un poste de choix dans un Bureau de style, d’implantation récente à Paris, rue Cambon, où elle prospéra d’imagination en investigations des tendances de la « Fashion » et autres, en complétant ses compétences déjà multiples – Et ce fut là qu’Anthony la rencontra, en mission de formation dans son service !

Quant à lui, fils unique d’une famille vouée à la confection depuis plusieurs générations dans le « Sentier » à Paris, il connut une enfance douillette et sans histoire. Bien entouré. Après un Bac scientifique, d’esprit positif et méthodique, il fut reçu dans une école d’ingénieurs en informatique, disposant d’un diplôme apprécié en fin d’études. Ensuite, par le CNAM, il suivit une formation de complément pratique de gestion d’entreprise pour obtenir en outre la qualité d’Ingénieur Conseil en organisation, décerné par la Commission des Titres.

Avec ce bagage universitaire acquis, et quelques stages ciblés ici et là, toujours dans le textile, il pouvait alors entrer dans la maison familiale, pour ouvrir un département informatique – tandis qu’il y était déjà attendu !

Ses parents, en effet, longtemps fabricant, dans le passage du Caire, en vêtements dans une position honorable, n’avaient pas réussi leur redéploiement vers le prêt-à-porter de création, au moment où tout le monde s’y essayait, dans l’après-guerre. Devant ce déboire ils décidèrent de se reconvertir en magasin d’assistance et équipement des autres commerces de leur profession ; alors qu’ainsi ils se rétablirent avec une logistique appropriée. Restant toujours dans leurs locaux d’origine, dont ils étaient devenus propriétaires depuis des lustres, ils prirent pour nom Entreprise Balma Trois T (Toutes Technologies Textiles). Et avec l’arrivée d’Antony s’y ajoutait l’Informatique, pour devenir « 3TI » – comme ils aimaient alors qu’on les dénommât sommairement dans le Sentier !

Ses débuts ne furent pas si simples, bien que l’informatique depuis déjà quelque temps avait fait son entrée dans le monde de la mode : surtout parce qu’il se manifestait avec des concepts innovants, qu’il fallait faire admettre. Et puis en accord avec les éditeurs de logiciels il arrivait à effectuer des programmes presque sur mesure. Assurant ensuite toutes installations et formations sur l’ingénierie, ainsi que la maintenance et sécurité. Tout en conservant la maîtrise sur les systèmes classiques tels que Photoshop, C design, Fashion Studio etc…

Progressant ainsi d’exercice en exercice, dans sa presque propre entreprise, il commençait à s’assurer un revenu confortable au moment où il rencontra Julia. Et même de l’épouser.

De son côté celle-ci, avec sa position avantageuse dans son Bureau de style, avait plus que doublé son salaire de tout début. Plutôt heureuse d’avoir été normalement reçue dans sa belle famille, elle qui s’en trouvait complètement dépourvue.

Béatrice et Albert, les parents d’Anthony, néanmoins, reconnurent en elle, la personne qui convenait pour le mieux à leur fils ; d’abord parce qu’elle était dans la profession. Bien que pas tout a fait dans la même spécialité. Ensuite parce que d’un réel courage elle était arrivée déjà à une belle position sociale – Car d’un esprit de bourgeoisie convenue, ils marquaient volontiers, quelques préventions à l’encontre d’une jeunesse moderne qu’ils trouvaient trop souvent frivole, et même désœuvrée. Alors que d’une façon obscure et inconsidérée ils auraient pu ressentir presque, en eux, lui faire le reproche d’être sans famille. Mais sans plus d’a priori !

Car ce qui balançait pour eux, c’était d’avoir trouvé dans cette bru une vive sensibilité d’âme touchant à l’imaginaire, avec sa créativité naturelle et ordonnée. Comme son don au graphisme qu’elle déployait et concrétisait par ses dessins de mode vite reconnus – Qualité tout de suite prisée dans le milieu de la couture !

Pour marquer leur complaisance à l’égard de ce jeune couple qui les comblait, rapidement ils décidèrent de les aider à s’installer afin de pourvoir à l’achat d’un appartement parisien.

Ne voulant pas trop s’éloigner de leurs parents bienfaiteurs, sans tomber directement sous cette coupe, ce fut qu’ainsi, par choix, ils recherchèrent dans le quartier de la Porte Saint-Denis. Tombant assez rapidement sur une affaire immobilière intéressante, d’un trois pièces en étage, au cinquième sur balcon, dans un immeuble ancien, même classé, au tout début du faubourg.

Et ainsi ils ne demeuraient pas trop loin d’eux qui habitaient de l’autre côté du Boulevard, un vaste logement qu’ils tenaient eux-mêmes de leurs propres parents, donnant sur le square Emile Chautemps, autrement appelé des « Arts et Métiers », tout proches. A se situer avec plaisir, en face du théâtre de la Gaîté Lyrique, également riverain.

De la sorte, de ce parcours recherché depuis longtemps, de père en fils, ils n’avaient guère de chemin à effectuer pour se rendre à leur commerce du passage du Caire, passant à pied par celui du Ponceau qui donne sur le boulevard Sébastopol, longeant également ce square tout d’un côté.

Il en était de même pour Anthony qui, chaque matin, par la rue d’Aboukir, allégrement pouvait venir les y rejoindre ; alors que pour Julia le chemin demeurait plus long pour se rendre rue Cambon – sauf à être aussi en mission dans le Sentier !

Ainsi allait le courant de la vie pour eux, parents et enfants dans les mêmes préoccupations et intérêts, avec pour les premiers le regret d’avoir abandonné par besoin, l’édifiante création pour la plus simple utilité. Même si celle-ci pouvait être assimilée, à la louable prestation de services.

Sans en faire éclat, Julia pour elle, restait sur un sentiment d’inachevé, voire d’incomprise, qu’elle gardait et intériorisait comme un fruit savoureux trop long à venir à mûrissement. Bien qu’encore très jeune elle avait souvent la sensation d’années latentes, voire perdues, dans son effervescent affectif.

Rapidement Anthony, dans leur vie commune débutante en eut éveil, surtout depuis que s’étaient établis, en continuité entre eux, de bons rapports intimes, tant en communication, que physiques.

Comme elle s’exerçait toujours, pour son emploi ou personnellement à des dessins de mode, et surtout pour ne pas perdre la main, elle s’était constituée déjà une belle et diversifiée collection. Réunie en des catalogues déposés légalement, elle pouvait aisément les présenter à toute demande ou plus encore de spécialistes.

Avec toute facilité elle pouvait également profiter des connaissances et avancées de son mari en matière informatique. Et elle s’y était engagée pleinement, y trouvant tout avantage pour la mise en place de ses comptes rendus de missions, comme à chacun des graphismes souvent inhérents.

Et s’activant, sous les encouragements sincères et soutenus d’Anthony, elle en vint, à titre personnel, à concourir plus haut en mode. Tant en France qu’ensuite à l’étranger.

D’abord, après quelques réflexions, elle se décida à la confrontation pour le Prix dit National des Jeunes Créateurs d’art et de mode, sachant que la concurrence y était rude. Mais qui pouvait promouvoir pour les lauréats de celui-ci, à une reconnaissance affirmée dans le milieu des Prêt-à-porter de luxe et Haute Couture. Ou encore la « High fashion » !

Elle avait déjà abondamment concouru précédemment pour des prix inférieurs, et d’accès aisé à ses différents stages et écoles de formation. Alors que pour celui-là, la présentation était à thème imposé, complet en exécution : formes, tissus et accessoires d’inspiration. Réservé qu’à des moins de vingt cinq ans – Néanmoins, à la faire trembler d’avance !

Se confortant psychologiquement et définitivement en elle-même, avec de ferventes exhortations conjugales, devait se constituer un à un tous les éléments de ses inscriptions et compositions qu’elle fit parvenir aux dates requises par correspondance. Le prix se déroulant cette année-là sur la Côte d’Azur, devant un jury de haut niveau, dans sa première phase éliminatoire. Où elle dut se présenter. D’où elle sortit. Déjà remarquée dans sa catégorie.

Ce premier « casting » de sélection passé, considéré le plus sévère, comme pour l’élection de Miss France, elle fut soumise à deux autres : dont elle revint également – Toujours transite de trac à chaque fois !

Restait alors cette finale, de la Mode, qui devait, bien sûr, se dérouler à Paris devant un parterre de renom, en un lieu sélect de la place Vendôme. Elle n’y réunissait plus, pour cette ultime « Fashion battle », que cinq concurrents sur une centaine au départ de tous horizons : avec la certitude pour chacun d’eux, devant leur nombre réduit, quelque soit leur classement, d’obtenir un minimum de récompenses et défraiements, comme de reconnaissance.

Durant tous ces instants intenses, Anthony était toujours là, présent, à ses côtés, la conseillant. Et cette présence, pour elle, avait beaucoup d’impacts. Comme celle d’un « Coach » sportif, stimulant.

A cette grande soirée toute sa famille d’adoption était venue avec une petite claque amicale d’encouragement et de connaisseurs, qui d’emblée bien sûr devait la conforter.

Dans ce défilé relativement restreint, il n’était autorisé à chacun des concurrents que six ensembles complets, à présenter, par mannequins vivants ; tandis qu’au sort elle devait tirer un bon numéro. A la placer en avant dernière position.

L’ambiance était particulièrement relevée et très musicale, à la volonté des compétiteurs lors de leur passage, mais dans un choix pré retenu par le jury. Le tout dans des airs contemporains, abondamment reconnus.

A son tour venu, elle reçut une ovation toute particulière et très chaleureuse, à chacune de ses présentations, par leur originalité, d’une assistance ardente comme toute la presse. Laissant bien augurer !

Le jury élargi de quelques personnalités journalistiques présentes, devait délivrer sur place le résultat de ses travaux. Ce qui fut fait assez rapidement, et donné par le classement inversé ; à laisser dernière nommée, lauréate et grand prix : Julia.

Ce qui la laissa dans un court moment de saisissement, interdite, pour fondre de joie dans les bras d’Anthony.

De toutes parts entourée, après avoir reçu du jury son diplôme accompagné qu’un objet d’art et bouquet de fleurs rituel, elle fut d’abord un peu gauchement timide dans ses premiers interviews officiels. Ce qui dénotait ainsi une toute réelle fraîcheur…

Par complément, et souci de lancement, il lui fut offert tout de suite un « coaching » généreux d’un mentor de la profession, avec ouverture des Ateliers de Paris à sa convenance, ainsi qu’une couverture médiatique adéquate. Mais surtout elle devait obtenir un stand gratuit au salon « Who’s Next » ou (quoi, qui de nouveau ?) à se tenir Porte de Versailles à Paris l’été suivant, avec un petit capital d’aide et encouragement. Ce que, bien sûr, elle accepta d’enthousiasme…

Evénements qui devaient marquer le tout début certain de sa jeune carrière dans la création de mode !

Si bien que Béatrice, sa belle-mère, qui était présente lors de son soir de triomphe, et qui longtemps la sous-estimait un peu pour son seul jeune âge, tout d’un coup reconnut en elle une certaine maturité.

Venant à elle, à son tour, pour la congratuler, lui confia :

– Ma fille quel honneur, pour vous-même et la famille, félicitations pour votre travail d’envergure que je ne soupçonnais pas, déjà…, mais que d’anglicismes dans vos expressions ?

– Ma mère que voulez-vous nous sommes déjà orientés vers l’international, et ainsi c’est l’anglais qui domine… il faut s’y convertir !

Ce que la première acquiesça d’un mouvement du menton, sans être bien convaincue, restant sur des concepts toujours anciens et restreints…

Forte de ce premier grand succès national, déjà de portée internationale, Julia peu après se produisit à Barcelone pour présenter ses réalisations à l’occasion des Mango Fashion Avars, ou malgré le nombre elle accéda à la finale, mais sans le titre pour cette fois. Puis également en Italie à Milan et en Grande Bretagne à Londres même. Toujours pareillement reconnue…

Chapitre Deuxième

Malgré les succès qui lui arrivaient comme lauriers sur le front, en tourbillons de bonheur, Julia gardait en soi une volonté de retourner dans ce petit village de l’Yonne, à Domecy-sur-le-Vault. Il intriguait tant son esprit, surtout par la personne du « papy », rencontré, par hasard, sur place.

Aussi, cela fut mis en situation, lors d’un entretien avec son mari sur l’organisation nouvelle de son emploi du temps de concouriste, et qu’elle en fit évocation.

Et de lui proposer, incidemment :

– Je suis toute à ton écoute, car je sais qu’avec bienveillance, tu me drives du mieux que tu peux… Mais aussi…

– Tel que je le peux, aussi pour notre amour !… Mais quoi ?…

– Bien malgré tous nos voyages ces derniers temps, et avant mon expo du « Who’s Next » j’aurais tant voulu retourner à ce petit village de l’Yonne…

– Ah ! Ah ! Toujours cette lubie ?

– Non ! Non ! Se rengorgea-t-elle, pour ne pas paraître trop captive des déclarations du bonhomme… Non simplement par curiosité…

– C’est entendu, si le beau temps vient à se confirmer, j’irai accompagner Madame, jusqu’en ces lieux reconnus, dès le week-end prochain… Mais avant faudra-t-il y contacter notre déjà relation, dit-il tendrement ironique, tout en saisissant le menton de sa compagne.

Très aisément ils retrouvèrent leur chemin qui les conduisait au village de Domecy-sur-le-Vault, et encore sans GPS. Mais cette fois-ci sans incident de parcours.

Immédiatement ils y flairèrent les senteurs de l’air du pays, et pour Julia comme celles d’un retour à des sources. Presque à une certaine antériorité de vie…

Quant au papy Ferdinand, il était déjà dehors au devant de sa maison toute proche du puits, et fontaine communale. Adossé sur l’un de ses rebords. Cane à la main, fouettant par rythme l’espace aérien de sa proximité, à chantonner des airs très anciens morvandiaux, avec roulements du langage…

Notre couple visiteur, ainsi, n’eut rien à faire pour le retrouver, leur route obligatoirement devant passer par cet endroit. Et à coup sûr, il le savait.

L’apercevant de loin, s’arrêtèrent, le saluant :

– Bonjour cher Monsieur, vous nous attendiez déjà, clama depuis la portière, tout de suite, Julia.

– Ben sûr, pensez, ici c’est rare de recevoir des gens qui portent intérêt à notre petit pays !… Mais serait préférable, pour la voiture, que vous descendiez jusqu’au parking du lavoir… et remontiez pour prendre le ratafia de bienvenue, chez moi…

Ce qui fut, tout aussitôt, réalisé par trois petits verres à liqueur, bien pleins. Cet hôte très heureux d’accomplir ainsi le premier geste cordial d’un bourguignon morvandeau.

Se détournant d’un mouvement vif, tout en continuant la conversation, il s’en vint à fouiller dans le tiroir d’un buffet. Et il en sortit deux photographies très anciennes d’aspect, qu’il étala, devant ses invités, sur la large table de la salle commune.

Et ainsi, les invitant :

– Regardez bien de près, regardez…, malgré la patine du temps, vous y verrez dans sa jeune maturité, celle qui fut la gloire de notre petite patrie… Notre Angèle ! Dont je vous ai déjà parlée !… N’était-elle pas ainsi, un peu à votre ressemblance ? Compléta-t-il, les poussant doucement plus précisément devant Julia, l’expression du visage, aussitôt, comme pris d’un infime pamoison.

D’abord ne sachant que dire, une à une elle les examina avec la plus grande attention, sous le regard superviseur d’Anthony.

Mais que pouvait-on y reconnaître sur ces documents, après presque deux siècles d’effacement. Comme autant de manipulations !

Se saisissant d’une, plus précisément, celui-là se formalisa :

– Vous savez, désormais on ne reconnaît plus grande chose, des traits de cette dame !

– Oui, je vous l’accorde, concéda alors le papy, mais comparez bien les deux photos, vous y remarquerez de suite, sa pose naturellement prise d’artiste du chant.

– Bien sûr, mais des traits de son visage ?

– Quand même le bel arrondi du front de son visage…, comme chez vous, Madame…, et puis…, et puis, le léger bridé des yeux, qui semblent les allonger…

– Egalement chez moi ?… Ainsi seraient pour vous, nos seules ressemblances lointaines, admit-elle un brin désenchantée.

Mais le papy de reprendre sur le ton assuré, de son accent roulant :

– Vous savez je l’ai connu de son vivant, bien que dans un grand âge…, et tout de suite je l’ai revue en vous.

Or Anthony qui avait tout suivi de ce dernier échange : premièrement, sans mot dire.

S’en vint à intervenir, positivement :

– En dehors de cette impression, disons…, toute psychologique de votre part ! Rien ne laisse présumer, de la sorte, quelque réelle ascendance…

– Non aucune ! Mais qui sait ?

La matinée avançant, le papy voulut ressortir pour leur offrir une visite particulière de son village. Même à marcher un peu : ce dont il avait encore bien cette aptitude. Ainsi il les dirigea du côté de la mairie, puis un peu plus loin au départ de l’ancienne route d’Avallon, ou encore d’alors, celle du vin.

Et de ce point élevé, tout de suite de leur expliquer :

– Ici nous sommes sur les pentes du Montmarte qui, il y a longtemps, recevait des vignes, comme en face en haut du vallon, sur celles du Gros Mont.

– Alors, vous étiez dans un pays viticole, qui a disparu ? Observa immédiatement Anthony.

– Exactement ! Disparu depuis près de quatre vingts ans…

– Le phylloxéra ?

– Pas seulement, car il est bien venu aussi ici en son temps, comme dans tous les « climats » de cette région, mais on a replanté, peut-être moindrement… Le mal est surtout venu des marchants de vins d’Avallon qui ont cessé toutes activités dans l’entre deux guerres, inopinément…

– Mais quel rapport ?

– Tout simplement parce que c’était eux qui élevaient ce vin sous l’appellation « Vin d’Avallon », le commercialisant, et ceux d’ici n’en étant que les fournisseurs…, tout comme au Vault-de-Lugny, à Tharot et même Annay-la-Côte, communes proches ou voisines et vineuses.

– Et depuis, plus rien ?

– Si pendant la dernière guerre, on a relevé certaines vignes, même avec quelques recépages, pour une consommation personnelle uniquement…, et grâce aux seuls vignerons encore présents…, puis l’abondance d’après guerre revenant, tout est retombé !…

– Sans autre espoir ?

– Eh bien non ! Car le vignoble de nos voisins de Vézelay, lui est reparti, voilà à peu près quarante ans, avec un blanc chardonnay déjà très frétillant, couplé avec le melon…

– Le melon ?

– Oui, le melon de bourgogne, cépage peu connu, mais hors de sa province d’origine, bien répandu, comme le muscadet et autres en Amérique, dont ils provenaient peut-être, sans autrement vouloir l’avouer ?…

Leur conversation allant en s’amplifiant, car Anthony était aussi un œnologue averti, toujours à la recherche de nouveautés et curiosités de ce genre. Tandis que Julia durant tout ce temps était restée silencieuse, à leur écoute, n’osant intervenir, n’étant pas au niveau de leur science.

D’ailleurs son esprit vagabondait par regards projetés, partout où le soleil effleurait les hauteurs de ces collines avoisinantes, comme des oiseaux de haut vol. Toujours à la recherche de ce qui la retenait intérieurement dans tout cet environnement, comme en des lieux déjà connus. Ou revenant de songeries antérieures…

Bientôt arriva le moment où l’on pensa à se restaurer, le papy le comprenant les ramena à pas plus pressés, près du parcage de leur voiture.

Et leur recommanda :

– Pour manger vous pouvez vous rendre à Avallon, là-bas vous y trouverez tout ce que vous voudrez, ou encore avant à Pontaubert, mais prenant cette route sortant du parking… Et continuant avec un sourire de malice : Surtout pas celle que l’on a visitée là-haut, l’ancienne du vin, qui y conduisait directement, car désormais elle disparaît dans les prés…

– Bien compris votre recommandation ! Observèrent-ils en souriant pareillement ; tandis qu’ils promettaient de revenir le voir dans l’après-midi.

Tout de suite ils ne se résolurent pas à monter jusqu’à Avallon dont ils ne possédaient qu’un souvenir, de voyageurs fugaces. Sans même, avec eux, aucun plan de la ville. Alors que, recherchant dans Pontaubert des restaurants sur la route, annoncés, ils tombent sur un panneau fléché indiquant, tout près, l’Hôtel Château de Vault-de-Lugny, empanaché d’une longue suite d’étoiles.

Et décidèrent alors : allons voir, tout au moins !

Sur place ils furent enchantés du cadre inattendu qui leur était offert, sur fond de paysage bocager, avec ce château à l’aspect fort comme du Moyen-âge, surmonté de son donjon d’angle, et surtout ses douves d’eaux dormantes, riantes de verdures. Intérieurement bien arboré, dissimulant de fraîcheur un logis seigneurial, avec retour et haut perron.

Se consultant, d’un regard hâtif à la lecture de la carte exposée contre le mur d’entrée, fermée de hautes grilles de fer ; surpris par ses tarifs explosifs, mais un peu nuancés in fine : à chacun d’observer d’abord, un silence d’expectative.

Alors Anthony, sans attendre, quand même de proposer :

– Eh bien ! Pour fêter tes récents succès, nous t’invitons ici pour finir ce week-end…

– Mais retournerons-nous dans notre petit village ?

– Tout à fait, ne reste-t-il pas le but de notre voyage !

Ainsi rassurée, elle opina gaiement du chef en guise d’adhésion. Anthony, sans attendre, appela par l’interphone : une voix avenante leur répondit favorablement, bien qu’arrivant à l’improviste, sans réservation. Et par stimulation électrique, on leur ouvrit la petite grille, recommandant le parking situé en face, pour le véhicule.