Autour d'un plat d'atchèkè

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Le cinéaste et écrivain ivoirien, Timité Bassori, nous livre huit tranches de vie mêlant histoire, tradition et politique. Le genre d'histoires que les amis se racontent autour d'un plat d'atchèkè, ce couscous de lagune : "Monsieur le directeur",
"Les étrennes de la colère", "Le porteur de glace", "Le paralytique" "Escale à station inconnue", "Le dégingandé", "Souvenirs d'enfance", "Assendé".

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Date de parution 01 octobre 2018
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Langue Français

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AUTOUR D’UN PLAT D’ATCHÈKÈ
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Du même auteur
-Les bannis du village, nouvelles, Abidjan et Dakar, NEA, 1975. -Grelots d’or, roman, Abidjan, CEDA, 1983. -Une offrande à la rivière, nouvelles, Abidjan, Nouvelles Éditions Balafons, 2015.
Collectif -Les eaux claires de ma source, nouvelles, Abidjan et Paris, CEDA et Hatier, 1986.
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TIMITÉ Bassori
Autour d’un plat d’atchèkè
Nouvelles
01 BP 1807 Abidjan 01 fratmat.editions@fratmat.info République de Côte d’Ivoire
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Du même éditeur
- Charles Nokan,Yassoi refusa l’orange mûre de Nianga, roman, 2010, 256 p. e - Maurice Bandaman,Le ïls de-la-femme-mâle, 2 édition, conte romanesque, 2013, 208 p. (Grand Prix littéraire d’Afrique noire 1993). - Tiburce Koffi,L’amour est un grand pleur, nouvelles, 2013, 208 p. - Maurice Bandaman,L’État Z’héros ou la guerre des Gaous, roman, 2016, 288 p.
© Frat Mat édition, Abidjan, 2016. ISBN : 978-2-84948-200-1 Tous droits réservés pour tous pays.
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C’est autour d’un plat d’atchèkè Que les meilleurs amis se disent Les cruelles vérités en plaisantant, Font et défont le monde dans lequel Ils se trouvent ; Prennent conscience du sort de Ceux qui ne peuvent pas avoir une Portion quotidienne d’atchèkè.
TIMITÉ Bassori
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Monsieur le directeur
Mangouna avait toujours été fasciné par les ports, les gares, les aéroports et les halls d’hôtels ; notamment tous les lieux publics où ottaient des senteurs de l’étranger, les relents nostalgiques d’un ailleurs plus agréable que chez lui. Tout ce qui venait des autres pays avait sur lui un attrait irrésistible. Les hommes paraissaient plus heureux et plus évolués. Les femmes plus belles. Les paysages plus attrayants et les climats doux et hospitaliers. Il lui était arrivé, à plusieurs reprises, de conduire son patron à l’aéroport quand il partait en mission. Il avait également eu l’occasion d’aller chercher des personnalités étrangères en voyage pour les conduire à l’hôtel. Il s’était souvent mêlé à la foule des réceptions mondaines, et la vue de ce beau monde, qui semblait vivre dans un autre univers, l’avait toujours transporté d’admiration. C’était ce qui lui donnait envie, pendant ses heures libres, de âner dans le hall de l’aéroport et celui des grands hôtels pour admirer les voyageurs qui venaient de loin, de trouver là quelque chose de ces horizons qui l’obsédaient tant. Il passait des heures
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entières à observer les touristes qui discutaient dans des langues dont les consonances insolites charmaient ses oreilles. Cela aidait son imagination à s’envoler vers ces pays de rêve. Pour lui, le bonheur et la vie agréable n’étaient accessibles qu’à l’étranger, car, ici, chez lui, tout était difficile, et il n’avait aucun espoir de réussir. Dans les pays sous-développés, comme le sien, où il fallait se livrer à une lutte permanente pour la moindre place au soleil, il ne pouvait prétendre à quoi que ce soit parce que trop faible. L’emploi de chauffeur qu’il exerçait dans un ministère n’avait pas été obtenu sans mal ; il avait fallu jouer sur le poids des liens familiaux et tribaux pour obtenir cette place. Dans la course à la fortune, aux honneurs et au prestige, les « grands » ne s’épargnaient pas les coups bas et ils n’avaient pas le temps de voir les plus démunis, si ce n’était pour raison clanique. Les « petits » n’avaient donc de rôle que celui qu’on voulait leur faire jouer. C’est pourquoi, tous ses espoirs ne pouvaient pas se réaliser ici, mais ailleurs où l’inconnu et le hasard favorisent le changement. En tant que chauffeur d’une personnalité importante, il connaissait le train de vie des « grands » et celui des « petits » parmi lesquels il se classait. La différence entre ces deux modes de vie était si accentuée qu’en spectateur privilégié, il avait le sentiment d’être plus misérable qu’il ne l’était en réalité. Du haut de l’échelle, la vie semblait s’écouler sans problème et ses rêves prenaient l’aspect du banal quotidien : acquisition de voiture personnelle, maison cossue avec un mobilier confortable ; grandes réceptions avec des convives de
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Monsieur le directeur
marque parés de costumes élégants ; voyages en avion dans de beaux pays où abondaient les loisirs ; séjours dans des hôtels de luxe, etc. C’était la vie douce et facile de ceux qui gagnaient suffisamment d’argent et qui pouvaient donner une éducation adéquate à leur progéniture, mais préféraient leur faire bénécier d’une bourse d’études destinée, en principe, aux familles nécessiteuses ; de ceux qui avaient, par leur rang social, des facilités pour obtenir des terrains et des possibilités de crédits pour les mettre en valeur, mais préféraient accaparer les logements bon marché, à la place des « petits », pour les sous-louer ; de ceux qui protaient d’un pouvoir d’ordre professionnel pour en faire une affaire de famille ; de ces privilégiés qui s’attribuaient tous les privilèges. Cette vie contrastait avec celle de Mangouna, univers de gagne-petit avec ses cours familiales surpeuplées, grouillantes comme des ruches ; ses ruelles pleines de crevasses et d’eau de ruissellement ; ses trottoirs chargés de marchands et de bruits ; ses vendeuses de viande rôtie, de maïs grillé, de fruits et de friandises ; ses bataillons de portefaix affamés et affairés qui côtoyaient les vendeurs ambulants de « bonbons glacés » hurlant la qualité de leurs marchandises pour attirer la clientèle ; ses bicoques de tailleurs, de photographes, de coiffeurs aux enseignes éloquentes ; ses horlogers d’occasion dont les prouesses étaient dignes de charlatan. C’était le monde des petites gens aux insigniantes occupations, en quête de l’obole qui permettrait d’assurer l’existence d’une heure ou d’un jour, mais qui
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