Aux mirroirs de Jonas

Aux mirroirs de Jonas

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Français
160 pages

Description

Elle lève les yeux, le reconnaît, se trouble. De la main, Jonas lui signifie que non ce n'est pas la peine de venir, que tout va très bien. Il plonge dans un livre, tout en songeant à son rêve des trois danseurs. Il lève les yeux : elle le regarde tandis que son compagnon jette un papier dans une poubelle. Jonas repense au cake à l'orange et se dit mystérieusement qu'il trouve sa vie belle malgré tout. Mais c'est alors qu'elle change d'orientation. Depuis la terrasse, on voit arriver une fourgonnette bleu nuit de gendarmerie, immédiatement suivie par une ambulance qui roule sans sirène. L'étrange duo surprend les passants. Une autre voiture arrive d'où sortent trois agents qui viennent interroger les badauds. Un mort.

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Date de parution 26 novembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140136191
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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/ Littérature
Pierre Labrousse
Aux miroirs de Jonas Roman
Rue des Écoles
AUX MIROIRS DE JONAS
Rue des Écoles La collection « Rue des Écoles » est dédiée à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Elle accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Khim-Tit (Hélène),La Route de la joie ou La création d’une école en Inde, 2019. Hochman (Natacha),Et qu’en pense le chien ?,2019. Mohtashami (Charles),Châteaux de sable, 2019. Lalande (Laurence),De l’autre côté de la Manche, 2019. e Miège (Colin),L’aventurier enraciné. Récit d’une vie dans leXX siècle, 2019. Capdeillayre-Miollan (Marie-Claude),Regards obliques, Nouvelles, 2019. Ruiz (Dominique),La griffure du jaguar. Au cœur de la forêt lacandone, 2019. Duhamel (Philippe),La fin de l’ancienne firme Saint-Frères en Picardie. Un ancien du textile français témoigne, 2019. Leccia (Jean-Baptiste),Fredianu le Sarde et le jardin de Plutarque, 2019. Chertier (Dominique Jean),GOVENN, Les Destinées contrariées, 2019. Breklé (Charlotte),Le pont de Kehl. Une adolescente dans la guerre, 2019. Robin (Jean-Paul),Tu seras encore jeune, je ne le serai plus…, Récit, 2019. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Pierre Labrousse Aux miroirs de Jonas Roman
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18652-8 EAN : 9782343186528
PREMIÈRE PARTIELA PALOMBIÈRE
« On appelle glaces les miroirs : n’oublie jamais qu’on y gèle » François Huguenin, journal.
Par-delà les couronnes dentelées des dernières ombelles et le bourdonnement des mouches et des abeilles, juste avant l’or des grandes dunes qui s’étirent en s’éteignant dans l’écume océane, ici où le curry des immortelles épice l’iode salé des rouleaux, sur cette frontière, cet entredeux, la terre hésite à devenir plage. Elle se hérisse de pins noirs, secs, cadavériques. Elle se gonfle et se plisse, comme pour se ressaisir avant de se rendre. Quelques anciennes cabanes se blottissent au pied des arbres géants. Planches rongées de sel, peintures pâlies par le feu du soleil. Plus loin, de longs couloirs embusqués sous des treilles de fougères séchées se terrent dans la pénombre et se perdent au chaos des sous-bois. Les renouées des oiseaux serpentent entre des bouquets de bruyères tandis qu’aux lisières des bosquets, les berces projettent vers les cieux l’ombrelle de leurs petites fleurs blanches.
Un peu plus loin, les cris de la plage et les vrombissements furieux des vagues se mêlent, déjà assourdis et lointains, aux intermittences du vent qui murmure dans la ramure des pins. Immobilité faisant silence. L’harmonie naturelle de vert et d’ocre
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est aussi troublée par la tache blanchâtre et fantomatique d’une baignoire égarée où avait verdi une pluie prisonnière désormais évaporée. Dans cet entredeux déjà débute le calme des interminables forêts landaises tandis qu’un vacancier parfois rapporte quelques miettes de l’agitation citadine que la mer précipite sur son rivage.
Ici se tient Jonas.
Jeune vieillard de quarante-cinq ans, barbe grise, cheveux noirs, silhouette gracile, il rêvasse, affalé sur un siège de voiture en faux cuir, qui lui sert de fauteuil de jardin l’été, et de salon, l’automne lorsqu’il tarde à retourner dans les tristes faubourgs de Bordeaux. Il rassemble alors son logis sous la toiture de fougères où les chasseurs dissimulent leurs affaires lorsqu’ils redonnent à cette palombière sa destination originelle, parfois quelques jours seulement après que leur locataire estival a vidé les lieux.
Il reste là, immobile.
Il repartira dans quelques semaines quand, aux aubes fraîches, les premières brumes de septembre napperont d’ouate blanche l’immensité des champs de maïs que surligne l’horizon des pinèdes. Alors il retrouvera une vie normale, redeviendra semblable à des milliers de gens. Mais pour l’heure, il goûte simplement sa situation de clochard ermite, approchant sa solitude à quelques pas de la foule. Il est adossé au fauteuil orange d’où il observe son domaine. Tout est humide et collant dans la moiteur accablante d’août. Le sable chaud blondit l’alios noir qui remonte des profondeurs du sol lorsqu’il est retourné, ce qui est assez rare. Ce lieu de nulle part, son calme, sa stratification reposent, immuablement protégés par le rempart des dunes où surgissent, en avant-poste des armées continentales, les troncs
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élancés, frêles et dansants des pins maritimes. Tout repose donc, mais se tend pourtant entre deux royaumes antagonistes.
Et, c’est ici précisément que Jonas a choisi d’être.
Le soleil brûlant pleut son métal fondu à travers le tissage des aiguilles qui rayent les cieux pâles. Les pommes de la pinède craquent en s’ouvrant dans de sourds gémissements tandis que la chaleur semble aussi monter du sol, rayonner de partout et surtout du sable noir aux éclats d’argent qui surnage entre les ajoncs et les bruyères.
Dans la pénombre, un livre à la main, qu’il ne lit pas, il médite.
Élie, et les autres Montagnards sont retournés à Paris : comme souvent, le plus tard possible, au bord le plus extrême d’août, juste avant la rentrée des classes, toujours inquiets d’abandonner leur ami si près du monstre déchaîné qui, incessamment, roule ses vagues sur la blonde courbure des plages. Il ne reste que Théophane, le camarade d’université devenu orthodoxe, qui loue une villa à côté d’Arcachon. À nouveau solitaire, affalé sur son fauteuil de skaï, apparemment paisible, l’œil fixé sur un trop lointain horizon, que fait-il ?
Il attend.
Depuis quinze ans. Sans trop savoir quoi, sans y penser beaucoup, sans vraiment songer à l’avenir, ni au passé, ni même au présent. Ses méditations dansent en tournoyant comme les aiguilles grillées des pins qui se détachent parfois en tourbillon silencieux, choses légères enroulées sur soi et qui volent des cimes ajourées vers l’abîme, à jamais sans retour. Les noter dans son journal ? À quoi bon ? Ce n’est que la chute à peine retenue de pensées perdues dans la somnolence. Est-elle vraiment paisible ?
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