Black Casino

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303 pages

Description

Convaincu que l’on peut gagner au jeu, Viktor Schranz devient professionnel de black jack. Mais Dragan Ivanovic, un employé de casinos, lui barre la route. Allié à Charlotte Ducret, séductrice avisée avec qui il entretient des rapports conflictuels et passionnés, Schranz participe à un tournoi. La tension croît entre les joueurs, alors que la beauté de Charlotte suscite la convoitise des hommes. L’intelligence et les compétences de Viktor lui permettront-elles de remporter la victoire? Sentiments exacerbés. Omniprésence du pouvoir et de l’argent, du sexe et de la violence. Charlotte et Viktor seront entraînés dans une inexorable descente aux enfers. Jusqu’à l’implacable dénouement.

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Ajouté le 13 juin 2011
Nombre de lectures 303
EAN13 9782748137040
Langue Français
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Black Casino
Claude Smith
Black Casino





ROMAN











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2001
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-3705-1 (fichier numérique)
IS-7481-3704-3 (livre imprimé)










Vifs REMERCIEMENTS à FRANCIS
SALMON , grâce à qui j'ai découvert les subtilités du
BLACK JACK .






























Toutes les informations concernant le black
jack et les compteurs de cartes sont exactes. Les
réactions et contre-mesures des casinos français dont
il est question dans le roman sont authentiques. La
trame et les événements ne sont que le fruit de
l'imagination de l'auteur.






Les personnes intéressées par les techniques de
jeu dont il est question dans le roman trouveront en
annexe :

- les règles du black jack français
- la stratégie de jeu statistiquement la moins
onéreuse
- une bibliographie (méthodes gagnantes au
black jack)
- quelques sites internet traitant du black jack






BIBLIOGRAPHIE




The Mayor's Top 10 Blackjack Picks

Million Dollar Blackjack, by Ken Uston.
Professional Blackjack, by Standford Wong
Blackjack Attack, by Donald Schlesinger
The World's Greatest Blackjack Book, by Lance
Humble and Carl Cooper
Knock-Out Blackjack, by Olaf Vancura and Ken
Fuchs
The Theory of Blackjack, by Peter Griffin
Blackbelt in Blackjack, by Arnold Snyder
Burning the Tables in Las Vegas, by Ian Andersen
Beyond Counting, by James Grosjean
Blackjack Wisdom, by Arnold Snyder



13SITES INTERNET




<http ://www.cardcounter.com/> www.bjmath.com/main.htm>
<http ://www.bj21.com> www.bjfonline.com/index.cfm>
<http ://www.blackjack-info.com/> www.robtougher.com/servlet/web.games.
blackjack.counting.index>








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Préface

Convaincu que l’on peut gagner au jeu, Viktor
Schranz devient professionnel de black jack. Mais
Dragan Ivanovic, un employé de casinos, lui barre la
route.
Allié à Charlotte Ducret, séductrice avisée avec
qui il entretient des rapports conflictuels et
passionnés, Schranz participe à un tournoi. La tension
croît entre les joueurs, alors que la beauté de Charlotte
suscite la convoitise des hommes.
L’intelligence et les compétences de Viktor lui
permettront-elles de remporter la victoire ?
Sentiments exacerbés. Omniprésence du
pouvoir et de l’argent, du sexe et de la violence.
Charlotte et Viktor seront entraînés dans une
inexorable descente aux enfers. Jusqu’à l’implacable
dénouement.













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P R E M I E R E P A R T I E






C H A P I T R E P R E M I E R









Debout, le ventre appuyé contre le bord du lavabo,
Charlotte se penche pour approcher son visage du
miroir. La tablette de verre est à peine assez grande
pour contenir les petits boîtiers d'ombres à paupières,
les crayons, le mascara et le blush. Un rouge à lèvres,
de la poudre ainsi qu'un petit pot de fond de teint sont
serrés près du robinet. L'exiguïté de la pièce semble
ne pas gêner Charlotte qui a placé une trousse de
produits sur le tabouret bancal et l'autre à ses pieds,
sur le carrelage.
Après avoir lavé sa figure avec un savon doux et
laiteux, Charlotte y dépose une crème onctueuse
qu'elle fait pénétrer par légers massages.
Elle associe toujours les tons de son maquillage à
ceux de sa toilette. Ce soir, elle portera une longue
robe de velours noir, étroite et fendue haut sur le
devant de la jambe gauche, à col montant enserrant le
cou, agrémentée au-dessus de la taille de fines rayures
17Black Casino
obliques et dorées. Un boléro assorti lui évitera de
prendre froid dans la vaste salle climatisée.
Ses yeux oscillent entre le bleu foncé et le vert.
Leur nuance s'accorde facilement à celles des fards.
Charlotte applique sur tout le bord de la paupière
supérieure une ombre gris taupe puis une autre, olive;
du coin intérieur de l'oeil en remontant jusqu'au
sourcil, une poudre d'or, au centre un orange pailleté,
enfin un ocre irisé. Les mêmes couleurs, hormis
l'orange, enveloppent plus discrètement la paupière
inférieure. Un mascara épaissit et gaine les cils, qui
recourbés paraissent plus longs.
La peau de Charlotte est claire, satinée et sans
rougeur. Les petites imperfections apparues au fil du
temps sont facilement dissimulables sous un fond de
teint mat, appliqué au doigt avec parcimonie, et dont
le beige pâle et rosé se confond à la carnation. Des
pommettes aux tempes, deux nuages saumon
illuminent le visage.
La bouche est plutôt menue, mais d'une jolie
forme nettement dessinée. Marquées d'un trait auburn
puis généreusement enduites d'un brun chaud et
cuivré, les lèvres, magnifiquement mises en valeur,
exaltent l'éclatante pureté du teint et révèlent une
sensualité élégante et discrète, exempte de vulgarité.
Charlotte retire son peignoir, se parfume sans
excès puis frotte un peu de déodorant sur ses aisselles.
Complètement nue, elle quitte enfin la salle de bains
et rejoint le grand lit sur lequel l'attendent ses
vêtements, complices de sa féminité. Afin de ne pas
abîmer ses bas, elle se gante et enfile des collants dont
l'ambre chatoie sur le galbe harmonieux de ses
jambes. Un soutien-gorge noir à dentelle et armature
18Claude Smith

fait pigeonner sa poitrine qu'elle juge trop petite mais
qui, ainsi serrée et rehaussée, est très présente.
Charlotte passe sa robe par la tête et glisse avec
précaution ses mains dans les manches courtes. En
quelques contorsions prudentes, elle fait crouler le
lourd tissu contre son corps. La fermeture Eclair court
entre les omoplates jusque sur la nuque. Le boléro
cache ses bras un peu maigres.
Elle a choisi ses bijoux la veille à la maison, en
fonction du style vestimentaire et des coloris. Un félin
d'or massif repose en pendentif; de grosses créoles
emprisonnent le lobe des oreilles; les doigts sont
ornés de brillants, de grenats et d'une émeraude; de
fins bracelets soulignent la délicatesse des poignets.
Charlotte abandonne ses mocassins fourrés et
chausse des escarpins à talons hauts, en daim noir à
surpiqûres dorées. Après s'être assise, elle fixe une
chaînette à sa cheville. Elle ouvre son sac de voyage,
en retire un épais portefeuille. Elle l'avait acheté
quelques années auparavant, s'assurant qu'il pourrait
contenir un grand nombre de billets de banque. Le
fermoir actionné, l'étui se déploie en accordéon. Trois
compartiments contiennent chacun quinze mille
francs. Les billets de cinq cents sont réunis par des
trombones, en paquets de dix. Des coupures de
moindre valeur, un peu d'argent suisse et des pièces
complètent la pochette de cuir. Charlotte prend six
liasses qu'elle vérifie une à une, trois cents francs et
de la monnaie. Elle dissimule le portefeuille sous le
traversin, à l'intérieur de la taie. Elle replace
soigneusement draps et couvertures, considère
l'ensemble, secoue la tête en se moquant d'elle-même,
consciente de la précarité dérisoire d'une telle
19Black Casino
cachette.
Le sac à main posé sur la table rappelle les
souliers. Charlotte y range son porte-monnaie
rebondi, la carte de saison autorisant l'accès aux jeux
traditionnels du casino, un mouchoir safran, un miroir
et un peigne. Le crayon et le rouge à lèvres
permettront de refaire la bouche après le dîner.
Puis elle pénètre une dernière fois dans la salle de
bains, observe minutieusement son image, gommant
les minuscules irrégularités que l'examen d'un oeil
attentif pourrait encore dévoiler. Une houppette en
duvet disperse un léger brouillard de poudre de riz,
privilégiant le front, le nez et le menton. Le teint se
mattifie et prend l'aspect velouté d'une peau de pêche.
Les cheveux châtain, légèrement frisés, sont
relevés en une auréole vaporeuse, dégageant la courbe
gracieuse de la nuque et le bel ovale du visage.
La glace murale de la chambre n'est pas assez
grande pour qu'elle puisse s'y voir entièrement.
Charlotte grimpe sur une chaise et contemple son
oeuvre. Cette ultime inspection terminée, elle pose un
foulard de soie jaune sur ses épaules, endosse son
long manteau de renard, enfile ses gants de cuir noir
et quitte la pièce en fermant soigneusement la porte
avec la lourde clé qu'elle cachera dans sa voiture.
Sans bruit, elle descend les escaliers.






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C H A P I T R E D E U X





Trois ans auparavant, la mort subite de sa fille
avait plongé Charlotte dans un profond
désarroi.Viktor avait beaucoup insisté afin que
Charlotte l'accompagne dans les casinos lémaniques
qu'il fréquentait. Il désirait l'aider à surmonter son état
dépressif, et grâce à des contacts plus fréquents, il
espérait renouer des liens intimes avec son ancienne
maîtresse, celle qu'il ne pouvait cesser d'aimer.
Charlotte préfère Castellino, situé dans la petite
enclave française à l'ouest de Vevey. En une heure,
elle parcourt la distance qui sépare La Neuveville de
Castellino. Le vendredi, elle enseigne toute la journée
et ne peut arriver qu'en début de soirée, manquant les
heures creuses, les plus propices au gain.
Elle avait d'abord ri lorsque Viktor lui avait
affirmé qu'il existait un jeu de hasard lucratif, mais
connaissant les facultés intellectuelles de cet homme
qui avait été son amant, sa curiosité s'était éveillée et
elle avait écouté attentivement ses explications.

Apparenté au 21 français, le black jack a été mis
au point en Amérique, après la seconde guerre
mondiale. Il se pratiquait à l'origine avec un seul jeu
de 52 cartes. Rapidement, il connut un vif succès,
sous toutes les latitudes. Probablement parce qu'
impliquant activement les participants, il leur donne l'
21Black Casino
illusion de pouvoir, grâce au libre arbitre, contrôler
leur destin. Il ne suffit pas, en effet, de placer son
argent et d'attendre les faveurs de la fortune, comme à
la roulette. La perspicacité et le savoir entrent en ligne
de compte, car à chacune des multiples situations
correspond une solution optimale offrant
statistiquement les meilleures chances.
Les mathématiciens ayant analysé le black jack
sont arrivés aux mêmes conclusions. En adoptant la
stratégie la plus performante, la perte subie par le
joueur est inférieure à 1%.
Quelques livres, pour la plupart d'auteurs
américains, ont été publiés sur le sujet. Presque tous
préconisent la même tactique. Elle diffère légèrement
d'un pays à l'autre, les règles du black jack pouvant
varier de manière significative, notamment entre la
France et les Etats-Unis.
Il est surprenant de constater que très peu de
joueurs connaissent cette stratégie ou admettent son
bien-fondé. Probablement parce qu' il ne se vérifie
qu'à long terme. D'autre part, le degré d'abstraction, la
sûreté de raisonnement et l'absence de toute
subjectivité que nécessitent la compréhension et la
mise en application des lois de la probabilité ne sont
à la portée que d'une minorité.

Poursuivant leurs recherches, les spécialistes
découvrirent qu'il était possible, grâce à une
mémorisation partielle des cartes, d'inverser les
résultats et de battre le croupier. Les casinos
ripostèrent en imposant deux, trois puis quatre
paquets de 52 cartes mélangées, sans que cela suffise
à neutraliser les clients les plus habiles. D'autres
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moyens furent alors mis à la disposition des maisons
de jeu, allant de simples contre-mesures techniques à
l'exclusion des joueurs.

Aujourd'hui, en France, le black jack se pratique
avec 312 cartes. Il fait le bonheur des amateurs et la
fortune des casinos.




23
C H A P I T R E T R O I S







Vendredi seize novembre, quinze heures
quarante-cinq; Roger sort de chez lui. A cinq mois de
la retraite, le croupier reste ponctuel et accomplit son
travail consciencieusement. Il habite le vieux quartier
de Castellino. Quelques minutes à pied le séparent du
casino.
Il emprunte la ruelle en direction du lac, longe les
quais bordés de vieux saules pleureurs. Il apprécie la
sérénité de l'endroit en cette fin d'automne. Surpris
par une légère brume, il frissonne et redresse le col
râpé de son manteau.
Ayant parcouru un bout de chemin, il tourne à
droite puis monte l'escalier qui mène au magnifique
parc privé entourant le château. Arrivé en haut des
marches, il relève la tête, salue le vigile et s'arrête
pour reprendre son souffle. Il ne se lasse pas de ce
spectacle journalier. Le somptueux édifice date de la
première Renaissance et ressemble de façon
saisissante aux châteaux de la Loire. Il appartient à
l'Etat français depuis l'époque du Directoire. Converti
en musée d'histoire au dix-neuvième siècle, il fut par
la suite restauré, et l'on transforma son intérieur avant
la deuxième guerre mondiale. On y construisit un
luxueux hôtel, deux restaurants et un casino. Les
25Black Casino
bénéfices qu'on espérait qu'un tel complexe
rapporterait ne tardèrent pas à affluer, sans commune
mesure avec ceux réalisés antérieurement, modestes et
toujours engloutis.
L'installation des premières machines à sous en
1989 provoqua un tollé chez la riche clientèle qui
craignait de voir baisser le standing de l'établissement.
Cette décision avait en outre suscité une vive
controverse au sein du comité directeur, mais les
réalités financières l'avaient finalement emporté.
Le succès des machines dépassa toute espérance.
Une seconde salle leur fut consacrée en 1993, sans
que cette récidive n'éveillât l'ire des puristes. Une telle
réussite devait comporter un revers. L'engouement
pour les jeux anciens chuta, comme partout ailleurs.
Castellino, favorisé par sa magnificence, ne fut pas le
plus touché et son chiffre d'affaires lui permit de
conserver sa place au sein du peloton de tête national.
Cependant, comme dans la plupart des casinos du
pays, le maintien de la tradition n'était pas aussi
rentable qu'on l'eût souhaité. Par contre, le
fonctionnement des deux cent cinquante machines à
sous, fief avant tout de la classe populaire, ne
nécessitait qu'une main-d'oeuvre réduite, et le
bénéfice net qu'on en obtenait quotidiennement
s'élevait à 500'000 francs. Ce qui faisait sourire
certains en choquait d'autres, qui pensaient qu'une
société dans laquelle la masse entretient une minorité
fortunée n'est moralement pas défendable.


Arrivé à une cinquantaine de mètres de
l'imposante bâtisse, Roger bifurque à gauche et
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s'engage dans une allée sablée, ornée de bruyères en
fleurs.
L'ouest du château est pourvu d'une porte latérale
réservée au personnel qui doit éviter de côtoyer la
clientèle empruntant l'entrée principale de la face
nord.
Roger descend l'escalier en colimaçon qui conduit
au sous-sol et rejoint le vestiaire masculin. Il sourit en
voyant Antoine, le barman.
Cinq ans auparavant, il avait éprouvé une
sympathie spontanée pour ce grand jeune homme que
la timidité rendait un peu gauche, et qui débutait dans
le métier de serveur. Il l'avait encouragé et
discrètement conseillé. Il lui avait appris à ne tenir
aucun compte ni de l'humeur changeante des joueurs
ni de leurs remarques parfois désobligeantes. Peu à
peu, leur amitié s'était affermie et Antoine considérait
Roger comme un père.
Les deux hommes s'approchent de l'unique glace,
ébréchée et piquée en maints endroits de petites
taches brunes. Ils vérifient leur tenue. Antoine passe
rapidement un peigne dans ses cheveux, donne un
coup de coude à Roger et lui dit, en désignant le
miroir du menton :
- Pas demain la veille qu'ils nous le changeront,
celui-là ! Parie qu'il a l'âge du casino !
- Probablement, répond Roger; en tout cas, il était
placé au même endroit et suspendu au même clou, il y
a trente ans; moins piqué, déjà ébréché.
- C'est comme ces murs lépreux ! Une couche de
chaux ne leur ferait pas de mal.
- Ah là, tu es injuste ! Ils ont été badigeonnés en
1968, peu avant mon arrivée.
27Black Casino
Antoine dévisage le croupier, non pour s'assurer
de l'exactitude de l'information, mais pour être
persuadé que la remarque précédente n'était qu'une
plaisanterie. Les yeux moqueurs de Roger le
rassérènent.
A l'autre bout du local, un second escalier
aboutit à la plus vaste salle du château, située au rez-
de-chaussée, et dont le simple accès coûte 70 francs.
Il s'y déroule les jeux de table traditionnels, ces jeux
de prestige qui nécessitent un certain capital et qui ont
fait la renommée des casinos.



Le coffre-fort se trouve dans les sous-sols. Chaque
jour, à l'ouverture, il doit contenir 1'500'000 francs,
qui correspondent à la plus grosse encaisse. Le tiers
de cette somme est déposé dans un local attenant à la
grande salle. Si la réserve du coffre est épuisée, les
clients sont payés par chèques. Pour jouer, seuls des
plaques et des jetons en matière plastique sont
acceptés, et l'on doit au préalable les acheter. Chaque
casino possède sa propre monnaie, uniquement
valable à l'intérieur de son établissement.
Un caissier transporte l'argent fictif vers l'unique
table de black jack ouverte l'après-midi. Roger l'y
attend. Toutes les valeurs sont étalées sur le tapis
feutré, se chevauchant régulièrement, puis à nouveau
comptées en présence du croupier. Les 150'000 francs
vérifiés, Roger range les plaques de 50 mille, 20, 10 et
5 mille, peu employées et encombrantes, au fond d'un
compartiment métallique fixé sous la table. Les jetons
de 1'000, 500, 100, 50, 20 et 5 francs sont placés à
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portée de main, bien visibles, posés sur la tranche et
serrés les uns contre les autres, comme dans les
gouttières des caisses de magasins.
Puis l'on apporte les six jeux qui seront utilisés. La
préparation se fait en présence d'un client qui peut
ainsi témoigner qu'aucune tricherie n'est commise.
Une à une, les cartes sont contrôlées. Ensuite Roger
les mélange longuement, à lentes et larges brassées, et
les empile entre deux plans verticaux soudés à angle
droit, destinés à les recevoir après qu'elles auront été
jouées. Elles sont encore mêlées une à une par petits
tas que le croupier saisit dans chaque main et abat
prestement d'un habile coup de pouce.
Il est un peu plus de seize heures, le casino vient
de s'ouvrir.



Comme aucun client ne se présente, Antoine quitte
le bar vide, s'approche de Roger et lui dit :
- C'est vendredi, on a des chances de voir Madame
Ducret.
Le croupier lui lance un coup d'oeil scrutateur.
- Mmm... pas avant dix-huit ou dix-neuf heures. Il
se peut aussi qu'elle aille à Sésame ou à Beaumont.
- Ca m'étonnerait ! Elle m'a dit qu'elle aimait bien
la ville de Beaumont et l'atmosphère feutrée de son
casino mais qu'elle trouvait la mise minimum de 100
francs trop élevée, surtout depuis qu'on l'oblige à
jouer en permanence sur deux boxes quand elle est
seule à la table ! Il y a aussi la carte rouge. Quand
Schranz est de la partie, les sabots sont plus courts !
- A Sésame, rétorque Roger, la mise est à 20
29Black Casino
francs. C'est l'idéal pour la stratégie de Madame
Ducret.
- Penses-tu ! Depuis qu'elle a augmenté les
enchères à 1'000 francs lorsqu'elle juge la situation
favorable, on lui fait la gueule, surtout les membres de
la direction. Elle gagne, alors on l'emmerde,
spécialement si Schranz l'accompagne. Autant foutre
les gens dehors !
- En effet, Antoine, Madame Ducret a toutes les
raisons de venir prendre un peu d'argent chez nous.
Cadre magnifique, croupiers charmants, chefs de salle
empressés; et surtout, un grand dadais de barman qui
accourt au moindre de ses désirs.
Se sentant rougir, Antoine détourne la tête et
aperçoit une bonne cliente qui se dirige vers eux. Il
s'agit de Madame Klopferstein, Allemande d'une
cinquantaine d'années qui vient souvent se reposer à
Castellino et y laisse beaucoup d'argent.
Articulant à peine, Antoine glisse à Roger :
- T'as vu la Grosse Bertha ? Comment c'qu'elle
s'est attifée ! ? Quelle touche ! Quand on est grosse,
on s'fout pas en leggins !
Tout aussi surpris que son ami, Roger peine à
détacher son regard de la femme. Fière d'être
observée, Bertha arbore un air triomphant. Elle
s'adresse aux deux hommes dans un anglais
approximatif :
- You look on my clothes ! ( Vous regardez mes
vêtements ! )
- Heu, yes yes, répond Roger, nice. ( Heu, oui, oui,
... , joli. )
- I think you have seen it's the same like Madame
Ducret ! ( Je pense que vous avez vu que c'était les
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