Bleu
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Description

Dans ces nouvelles, Ridha Bourkhis chante la mer, fluctuante et profonde.
Il recueille dans le spectacle de ce bleu quelques vérités fuyantes et métonymiques, sur l'essence des êtres, sur l'infinie grandeur de la création, sur les vertus prophylactiques du dialogue intérieur permanent que noue un être humain, selon le rituel des retrouvailles fusionnelles, avec une mer hospitalière... (Hédi Khélil)

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 333
EAN13 9782296698253

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

BLEU
 
Du même auteur
 
Œuvres de fiction
-  Chutes et blessures , poèmes, Paris, Silex, 1987
-  L’amour et la colère , nouvelles, Sousse, Dar El-Maâref, 1988
-  Un retour au pays du bon Dieu , roman, Paris, L’Harmattan, 1989
-  Une fenêtre sur la mer , nouvelles, Sousse, Saïdane, 1993
-  Terre sultane , nouvelles, Tunis, Noir Sur Blanc, 2000
 
Ouvrages universitaires et essais
-  Tahar Ben Jelloun : la poussière d’or et la face masquée, approche linguistique, Paris, L’Harmattan, Coll. « Critiques littéraires », 1995
-  Le langage de connotation , approche linguistique, Sousse, Saïdane, 2003
-  Manuel de stylistique , manuel, Louvain-La-Neuve, Academia Bruylant, Coll. « Pédasup », 2004
-  Les poètes de la plus haute tour , Sfax et Casablanca, Med-Ali Hammi et Aïni Bennaï, 2005
-  L’explication littéraire . Pratiques textuelles, ouvrage collectif, dir, Paris, Armand Colin, Coll. « Cursus », 2006
-  La phrase littéraire , ouvrage collectif, co-dir, avec Mohammed Benjelloun, Louvain-La-Neuve, Academia Bruylant, Coll. « Au Cœur des texts », 2008
-  Georges Schehadé : l’émotion poétique , essai, Paris, L’Harmattan, Coll. « Critiques littéraires », 2009
-  L’émotion poétique , colloque international, dir, Tunis, Sahar Editions et L’Institut Français de Coopération, Coll. « Mémoire d’encre », 2010
 
Ridha Bourkhis
 
 
BLEU
 
Nouvelles
 
 
Préface de Hédi Khélil
 
 
L’H ARMATTAN
 
Illustration de la couverture par Sonia MAKHLOUF
 
 
© L'H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
 
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
 
ISBN : 978-2-296-11765-5
EAN : 9782296117655
 
Fabrication numérique: Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
 
A Yasmine et Tej El-Molk,
Lumière de mes yeux !
 
Préface
 
Ridha Bourkhis n’est pas un inconnu dans le domaine de la création littéraire. D’aucuns lui reconnaissent un talent d’écrivain où un imaginaire de l’accumulation, de la stratification épanouissante côtoie la broderie, l’entrelacs multiplié.
Dans ces Nouvelles, il retrouve un regard souple et harmonieux où il puise dans les sensations et les rencontres les traits essentiels de son inspiration et nous fournit de très belles pages d’écriture qu’on lit avec plaisir.
 
Diastole et systole
 
C’est surtout dans le spectacle de la mer que Ridha Bourkhis recueille quelques vérités fuyantes et métonymiques, sur l’essence des êtres, sur l’infinie grandeur de la création, sur les heures du passé blotties dans une étendue bleue, apaisée ou vociférante, sur les vertus prophylactiques du dialogue intérieur permanent que noue un être humain, selon le rituel des retrouvailles fusionnelles, avec une mer hospitalière. Il y a ici, dans certaines de ces Nouvelles, un hymne chaleureux et jubilatoire à la mer. L’imaginaire marin, dans ce Bleu, se déploie selon des couleurs tantôt écarlates, tantôt sombres qui sont les divers modes gradués d’une même exigence sensuelle: « … la mer s’éloigne et se perd à l’horizon. Le murmure de ses vagues se disperse dans le brouillard et son bleu souverain et beau se cache derrière un mystérieux voile de fumée qui, sans arrêt, flotte au-dessus des dunes et des étoiles éteintes, mortes au fond des marécages. Des visages ambrés, des chevelures d’or et d’ébène, des yeux de jais ou de jade, des regards d’un bleu turquoise ou semblables à la verte prairie, ouverts telles une closerie de bonheur ou une plage d’oubli et de plénitude, vont et viennent comme des ombres blanches et obsédantes parmi les volutes évanescentes du souvenir recrudescent et, au summum du désir, synchronisent leurs voix secrètes avec le clapotis de la marée. Est-ce le filtre du magicien promis par les sirènes ou encore le miroir aux alouettes ?  ».
La mer chantée ici, est une mer constamment menacée, naturellement ouverte et faste, mais toujours exposée à la disparition et à l’évanescence. Ce double mouvement d’une mer, tantôt expansive tantôt rétractile, dessine la trajectoire même selon laquelle le nouvelliste module son paysage intérieur. En effet, les sentiments dans Bleu ne cessent de se révéler, puis de se cacher, guettés par une précarité essentielle, toujours à la merci du réel. La mer, c’est la profondeur du champ infinie, la ligne de fuite idéale qui se perd dans l’horizon. Si Ridha Bourkhis aime saisir l’effusion marine au crépuscule de sa parade diurne, c’est pour mieux se concentrer sur la sidérante profusion sémique de ces paysages que sont les visages. Amants ou passants, partenaires ou adversaires, flâneurs, anges ou démons: autant de visiteurs qui viennent se recueillir à l’autel ondoyant d’une mer qui sait que sa beauté est enviée et en danger.
Ce qui rend les évocations de Bourkhis si émouvantes, c’est que le style épouse le flux d’une ondulation giratoire, telle une toupie qui creuse obstinément le sol. Procédant par une génération tropique où se côtoient et se combinent les métaphores aquatiques, chromatiques et aériennes, le nouvelliste cherche à faire jaillir une essence qui tarde à accoucher de ses secrets. C’est cette rotation dans l’écriture qui en fait preuve. Les descriptions, dans la plupart des Nouvelles de Bourkhis, s’apparentent à des icônes zappées au hasard de l’air du temps. Il ne me déplairait pas de voir en Ridha un lutin des formes éphémères, se sachant éphémères, avec toujours le désir qu’il a de partir d’un rien, d’un son à peine audible (un « murmure « par exemple), ou de capter un paysage qui s’apprête à prendre congé de la splendide netteté des lignes et des perspectives sous la poussée d’un lourd brouillard ou d’une compacte nuée, afin de recréer, ou plus exactement de rétablir, une osmose, un courant de communication entre la nature et les humains.
 
la fée et la muse
 
L’écriture, dans Bleu , sur les femmes, fantasmées ou réelles, renseigne sur deux attitudes fondamentales relatives aux rapports qu’a Ridha Bourkhis à lui-même et au monde. La première a trait à une pulsion invocatrice, à un formidable besoin d’amour qui semblent caractériser tout l’élan de l’auteur. Que cette demande d’amour soit à l’origine même du gâchis et de la tension auxquels on peut aboutir dans les rapports avec les autres, ce n’est guère improbable. C’est paradoxal, mais c’est comme ça ! La deuxième attitude est ce que j’appellerai, pour reprendre une expression de Marguerite Duras, « L’écriture courbe », c’est-à-dire cette permanente inscription du sujet dans un ici et un ailleurs, dans une vitale aspiration vers des contrées françaises et européennes et la radicalisation de ce qui est corollaire à cette thématique du voyage, à savoir l’enracinement dans deux langues, l’arabe et le français et plutôt le français que l’arabe.
Les femmes dont l’auteur dessine les portraits, dans ce recueil, n’ont pas de noms. Leurs nationalités sont imprécises sinon tues. Les descriptions sulfureuses et torrides qui farcissent plusieurs textes littéraires tunisiens sont, dans Bleu de Ridha Bourkhis, complètement absentes. La femme y est évoquée non à travers des attributs physiques érogènes sur lesquels il serait aisé de focaliser des désirs sexuels et voyeuristes, mais à travers la beauté plastique d’une main, le timbre cristallin d’une voix, le frisson affolé d’un regard, ou une chevelure au vent. Le parfum d’érotisme qui y est distillé dans beaucoup de ces textes, tient à un art de la suggestion.
La femme est idéalisée dans Bleu , parfois fée et ange, parfois muse et inspiratrice, dans la pure tradition romantique. Cette idéalisation mue par la mithridatisation du sexe, n’est guère dictée par des considérations inhérentes à l’écriture. Aux yeux de Bourkhis, il n’ y a aucune gloire (de style) dans la description du corps nu d’une femme. Si l’évocation d’un vertige amoureux est tellement nourrissante pour l’imagination, c’est parce qu’elle vous infléchit vers une vacillation flottante, une palpitation indécise, une indétermination de gestes et de paroles dont doit rendre compte un style qui devient le foyer si délicat d’une âme et d’une sensibilité.
 
Hédi KHELIL {1}
 
Penche ta bouche sur moi
Et qu’au sortir du rêve
Mon âme repasse en toi
 
(Traduit du chinois)
 
Ouverture
 
La plus heureuse des mers
Est celle où nous sommes venus rêver et mourir
Plus dévastatrice que toutes les mers
Plus vaste et houleuse
Comme les oiseaux de l’imprenable azur, fidèle
Fidèle, elle accueillera nos corps éprouvés, meurtris par le voyage
Dans son ressac embaumé, elle nous emportera
Loin, elle nous emportera, au fond des ondes folles et rieuses
Avec ma flûte berceuse, je serais Orphée
Et tu seras « Petit oiseau » envoyé par l’étoile, aimante sirène
Sans oripeau, sans fard ni rimmel
Tu seras le rire et le murmure
Le vent du matin effleurant de tendres baisers
Nos âmes affranchies, légères et souveraines
Que de mort bleue et claire, plus enchanteresse que tous mes songes
Dans tes yeux qui me prennent, me retiennent
Enfoncent dans les eaux dangereuses et l’écume !
Que la nuit est ambrée quand en toi,
Au plus profond de cette mer que nous aimons
Elle devient jour !
Gardienne de mes vertes chimères
Si j’étais Ulysse, à ton chant meurtrier je succomberais
Et ruiné par ton charme, dévasté, reconstruit, retrouvé
Avec toi, je m’en irais cueillir d’autres vertiges, et d’autres
Et mourir !
 
La magicienne
 
A Ritèje-Yasmine, par amour
 
Elle est apparue à la tombée de la nuit. Le jour qui l’a annoncée dans l’anxiété et la douleur, venait de s’éteindre lentement pour faire place à une lumière soudaine, chaude et belle; comme la révélation, miraculeuse. Une lumière intense qui jaillit d’elle et baigna la terre et le ciel. Ce fut plus beau et plus saisissant encore que le magique lever du jour sur la mer. Qui est-elle ?
Dans les premières heures, il l’a regardée comme un mystère, sidéré, curieux, ne sachant que dire de pertinent, n’osant la toucher, n’osant se pencher sur elle pour l’embrasser.