Bouffe Mortelle

Bouffe Mortelle

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93 pages

Description

À partir de l'univers quotidien - décor urbain ou décor rural - les quatre nouvelles de l'écrivain burkinabé Maxime Z. Somé réunies sous le titre de Bouffe Mortelle, font tour à tour basculer le lecteur dans un monde étrange régi par la métamorphose, la vision hallucinatoire et les phénomènes surnaturels, dans la pure tradition de la littérature fantastique universelle. Avec toutefois une spécificité africaine bien marquée à travers quelques motifs privilégiés - le retour au pays natal, le respect de la sagesse ancestrale, l'attachement au terroir et aux valeurs communautaires - et des personnages qui pour n'être que fugacement entrevus n'en sont pas moins attachants et représentatifs d'une société en pleine mutation.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782370156556
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaire Résumé
Bouffe mortelle
Frayeurs sur le fleuve
L’horreur dans la grotte
Mon pays à côté du ciel
Sommaire
Résumé
Préliminaire
A partir de l’univers quotidien - décor urbain ou d écor rural - les quatre nouvelles de l’écrivain burkinabé Maxime Z. Somé réunies sous le titre deBouffe Mortelle, font tour à tour basculer le lecteur dans un monde étrange ré gi par la métamorphose, la vision hallucinatoire et les phénomènes surnaturels, dans la pure tradition de la littérature fantastique universelle.
Avec toutefois une spécificité africaine bien marqu ée à travers quelques motifs privilégiés - le retour au pays natal, le respect d e la sagesse ancestrale, l’attachement au terroir et aux valeurs communautaires - et des p ersonnages qui pour n’être que fugacement entrevus n’en sont pas moins attachants et représentatifs d’une société en pleine mutation.
Bouffe mortelle
La chemise moite collait à ma peau. L’air de l’océa n atlantique était chargé d’humidité.
Je me résolus à poser la question qui trottait dans ma tête depuis un certain moment. D’une façon familière, j’interpellai le garçon.
— Chef, que peut-on visiter en marchant tranquillem ent ?
— Euh ! Vous avez le marché à 10 minutes à pied.
— Merci, Chef ! Pourriez-vous me servir un autre ve rre de jus de fruit.
En réalité, c’était un prétexte pour prolonger la l éthargie dans laquelle cette chaleur tropicale me plongeait. Je sirotais tranquillement mon jus de fruit...
À peine franchie l’entrée de l’hôtel du Golf, d’un pas hésitant, j’errais sans but précis dans cette ville aux rues bordées de bougainvillier s en fleurs. Je suis dans cette ville cosmopolite depuis une semaine, mais je n’arrive pa s à prendre les habitudes locales. J’ai de la peine à croire que c’est en ces lieux qu e j’ai respiré mes premières bouffées d’oxygène. Pourtant je devais être bien dans le ven tre de maman. Sans doute par curiosité je voulais voir papa et les autres à l’ex térieur... Les huit premières années de mon existence se sont écoulées dans cette ville, où aujourd’hui, je me sens si étranger.
Des hurlements, des grognements m’arrachèrent bruta lement à ma méditation. D’abord je n’apercevais que des dos et des nuques. Et toujo urs des cris. La foule scandait :
— Le chauffeur ! Le chauffeur !
Sans réaliser, je me suis retrouvé mêlé à la foule. La place de la gare routière grouillait de monde. J’étais un badaud parmi ces badauds. Et t ous, on était spectateurs d’une scène singulière. Comme attiré par une force centri fuge, maintenant j’étais en bonne position pour contempler cette ahurissante scène... Vous n’allez pas croire, si je vous dis ce que j’ai vu !
— Le chauffeur ! Le chauffeur ! ...
— Grrrrr ! Grrrrr ! Grrrrr ! Grrrrr...
Des grognements de cochon dominaient les cris de la foule. Pourtant, je ne voyais pas un animal de la race porcine ! Une odeur pestilenti elle me saisit. Quelque chose de plus fort et désagréable comme ces senteurs dont on t le secret certains recoins ténébreux des gares ou certains couloirs du métro d es grandes capitales occidentales. Ici, ces substances étaient mélangées à de la boue. Et dans cette boue pataugeait un être humain. Je crus à une mise en scène !... Ou bi en s’agissait-il d’un cas d’épilepsie ?
Non ! Cet homme ne jouait pas. Ce n’était pas un ép ileptique non plus. Il avait bel et bien une forme humaine. Dès que la foule scandait l e mot chauffeur, l’homme-animal émettait des grognements et se servait de sa bouche , comme un cochon le ferait de son grouin, pour fouiller cette boue gorgée d’urine . Cette intense activité l’empêchait de respirer. Épuisé, l’homme se vautrait dans la boue, le visage ensanglanté.
— Chauffeur ! Arrête !
De plus belle, l’homme-animal recommença sa sale be sogne. Il suffoquait. Visiblement, il avait la détermination de celui qui allait passer de vie à trépas, face à une foule tétanisée. Une voix de stentor retentit, couvrit le vacarme de la foule et domina les bruits porcins du chauffeur.
— Où est passé le vieil homme ?
— Quel vieil homme ? Répondit une autre voix stride nte.
— Celui que le chauffeur a ...
Le mot chauffeur avait un pouvoir magique et il arracha des grognements.
— Grrrrr ! Grrrrr ! Grrrrr ! Grrrrr...
Celui qu’on appelait le chauffeur continuait de lab ourer le sol boueux avec sa bouche... Mais ses énergies le trahissaient, faiblissaient. S es forces déclinaient de plus en plus... Brusquement l’homme- animal s’affaissa, comme attei nt par une balle. La foule hurla son dégoût face à cette horreur.
Je me retournai juste pour voir des passagers qui d ébarquaient d’un taxi-brousse. Ceci était plutôt curieux car le véhicule stationnait da ns la zone des départs. Je me demandai pourquoi ces gens-là descendaient si silen cieusement, si religieusement du minibus. Je posai la question qui me brûlait les lè vres à un passant.
— C’est le bus du chauffeur qui vient de mourir mys térieusement.
Cette réponse me troubla davantage. Comment un être humain pouvait-il volontairement s’empiffrer de boue et d’urine jusqu ’à s’étouffer. Une bouffe mortelle ?
J’étais perplexe; je tournais en rond sur la place. J'étais tiraillé par deux forces égales et opposées. L’une me poussait à retourner immédiat ement à l’hôtel. Peut- être était-ce la voix intérieure de l’instinct de conservation ? L'autre voix, celle de la curiosité, sans doute, me commandait de rester sur place. Cette der nière, il me semble, a fini par prendre le dessus, elle me retint sur place deux he ures après que les forces de l’ordre eurent procédé à l’enlèvement du cadavre.
Une heure plus tard, la place était toujours noire de monde, et moi, j’errais attessé au milieu de cette foule hagarde, parmi ces badauds, c es voyageurs. Mais eux, ils avaient une raison d’être là, de tourner en rond là. Moi, j e ne savais pas ce que je cherchais en réalité. Mon esprit était las... Une lueur jaillit dans mon cerveau engourdi. Je tenais un fil. Un fil si précieux et si fragile, je commençai s à comprendre. Et comprendre me faisait trembler de peur ou de joie ! Peut-être les deux à la fois. Pour comprendre le trouble que m’a causé cette mort bizarre, le compor tement inexplicable de cet homme, il me fallait retrouver celui qui, au paroxysme de la tragédie, recherchait le vieil homme. Maintenant par petites bandes les gens devisaient. Furtivement je passais de groupe en groupe. Me faufilant là, m’attardant ici, le tem ps nécessaire pour dévisager chacun. Trouver l’indice pour expliquer ce mystère, subitem ent, me tenait au cœur.