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Boules de coeur

De
169 pages
Un film haut en couleurs où l'accent, les expressions et les personnages sont représentatifs du microcosme marseillais. JACQUES- Putain! Maintenant c'est le mistral, ça n'a pas arrêté de la nuit, y en a au moins encore pour deux jours. "LULE- Oh! Jacques! Qu'est ce que tu as dans la coucourde pour dire des cagades pareilles! Heureusement le mistral! Le soleil est revenu. Tu veux le même temps qu'au nord?… Chez les pingouins. JACQUES- Va te coucher Lule, va que t'as les yeux encore bordés d'anchois!MIMI- Oh ! Tu la lances cette carte depuis le temps que tu bades dessus ? Lance t-il délibérément, pour déconcentrer Charles. "CHARLES- Té, voilà. T'es bien pressé!JO- Boudie! Si tu fais pareil avec zézette"
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Boules de cœur
Jean-Paul Hohman
Boules de cœur

Scénario






Éditions Le Manuscrit

© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8688-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748186888 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8689-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748186895 (livre numérique) Boules de coeur



Générique avec en arrière plan des prises de vues du
vieux port, des calanques de Sormiou et Morgiou, de no-
tre dame de la garde, la rue Saint-Férreol et la foule qui
s'y promène, la canebière, le jarret, la rue de la cascade,
puis la rue Sainte Sophie.

Une voix off parle pendant que les images défilent…

« Le temps qui reste !
Connaissez vous le temps qui reste ? Celui à venir.
Celui qui va courir avec vous, dans lequel vous allez
rire, pleurer, et chanter. Celui de votre vie.
Il vous en reste, mais combien ? Et comment allez
vous le vivre ?
Pour ma part je connais le mien. Il est là, il
m’attend.
Je le sais, parce que j’en ai choisi le lieu, et que là où
je suis, ce temps si précieux n’a plus d’importance, puis-
que j’y suis bien.
Il n’a ni longueur ni poids. Il m’accompagne paisi-
blement. Tout autant parce qu’il a besoin de moi, que
moi de lui.
Cela vous semblera peut-être faux ! Peut-être me
prendrez-vous pour un fou ! Mais pour ma part, je le
conçois ainsi.
Le temps m’appartient. Mon temps m’appartient.
7 Boules de coeur
Il est mon ombre, je suis son soleil. Je suis son sang,
il est mon cœur. Nous partageons le même regard, pour
suivre le même chemin : celui de ma vie, tout en nœud.
J’habite une grande ville du sud, accrochée sur le flanc
de ses collines, au fond d’un large golf. Blanche comme
une ville d’orient, enclavée entre des monts rocailleux et
la mer, affalée le long de ses escarpements, enfoncée dans
ses combes, alanguie sur sa plaine, profondément étalée,
étirée comme les serres d’un rapace qui s’abat sur sa
proie.
L’ancienne Massalia est là, tantôt indolente, tantôt
fougueuse, bordée par les flots capricieux de la méditer-
ranée.
Écoutez les battements de son cœur et ses feulements
rauques. Entendez ses parlers musicaux aux accents
chantants, les craquements nonchalants de ses rivages
boursouflés de soleil, le clapotement de ses vagues, le cli-
quetis de ses mats, le claquement de ses voiles, et le sif-
flement de ses vents.
Regardez les versants flamboyants de ses coteaux,
chamarrés des écharpes pourpres des jardins d’automne,
chargés de temples dressés Contre le ciel, avec des toits
fuselés pointés comme des flèches.
Observez l’ondoiement des flots déchaînés d’un jour
de tempête, où les vagues écumeuses se déchirent violem-
ment sur les pics acérés d’une calanque.
La ville aux cent visages ensorcelle. De fontaine en
ruisseau, ses naïades vous charment, vous fascinent, vous
séduisent.
Marseille vous hypnotise. »
8 Boules de coeur
2 EXT-JOUR
Les feuilles roussies des arbres d'automne virevoltent.
Elles râpent le bitume comme les pas raides d'un vieil-
lard usé.
Au gré de ses rages, le vent pousse une canette de
bière vide, qui roule bruyamment sur l'asphalte.
Une violente longe de vent la projette contre une porte
en fer à claire-voie surmontée d'un écriteau « La boule
Sainte Sophie. » Le club du quartier. Un escalier
s'échappe. En haut le terrain de boules et les petits ca-
banons du siège associatif abrités sous quatre platanes et
deux tilleuls.

Les membres de l'association arrivent. Certains cou-
verts de pull-overs, d'autres les cols relevés, vêtus d'épais
blousons et de pantalons côtelés.
Une succession ininterrompue de pas qui crissent sur
le gravier, de voix qui s'interpellent, dont une qui s'ex-
clame :

Jacques
Putain ! Maintenant c'est le mistral, ça n'a pas
arrêté de la nuit, y en a au moins encore pour
deux jours.

Lule
Oh ! Jacques ! Qu'est ce que tu as dans la
coucourde pour dire des cagades pareilles ?
Heureusement le mistral ! Le soleil est revenu.
9 Boules de coeur
Tu veux le même temps qu'au nord ?… Chez
les pingouins.

Jacques
Va te coucher Lule, va que t'as les yeux en-
core bordés d'anchois !
3-INT-JOUR
Dans le cabanon le plus vaste, les membres du club
sont assis autour des tables.
Papy qui à un chapeau de paille sur la tête parle à
Pascal :

Je lance le chombou à vingt mètres, et je lui embou-
chonne la première. Tire manque… Tire manque. Il
faisait une tête qu'on aurait dit un hareng fumé pendu
au balcon…

C'était un grand joueur avant, affirme-t-il avec une
grande certitude dans le regard.

Avant… Il y a cent ans… Il n'a jamais gagné
contre moi…
5-INT JOUR
Plan général de Mimi, Jo, Henri, et Charles attablés
à l'intérieur d'un cabanon et occupés à jouer aux cartes.
Au-dessus de leurs têtes trônent une dizaine de coupes
10 Boules de coeur
représentant autant de concours et de challenges de pé-
tanque gagnés par le club.
Gros plans des visages de chacun, les regards sont
évocateurs, pleins de malice et d'attention. Puis retour au
plan général.

Mimi
Oh ! Tu la lances cette carte depuis le temps
que tu bades dessus ? Lance-t-il délibérément,
pour déconcentrer Charles.

Charles
Té, voilà. T’es bien pressé !

Jo
Boudie ! Si tu fais pareil avec zézette, renché-
rit-t-il, maman doit couler d’impatience à la
maison.
Charles
Je m’occupe de ta femme moi ? La mienne
est très heureuse.

Jo
Si tu le dis ! Hein Mimi s’il le dit !…

Mimi
La vérité sort de la bouche des enfants,
tiens ! Rami sec, prend quatorze, va le dire à ta
femme, c’est mon métier ce jeu… Ah ! ah !
ah !… S’exclame-t-il, regardez-le, il n’a rien
11 Boules de coeur
compris. Ca surprend, pas vrai ? Quand est-ce
que tu gagneras contre moi ? Jamais ! Impossi-
ble !… T’es à moi toi, à moi…

Charles
Quoi ! Ce n'est pas la carte que j'ai jetée que
tu as pris ! J'ai jeté un huit de cœur.

Mimi
Et ta femme, elle a pris un huit de cœur ou
zézette… Y a que toi pour rien voir… Regarde,
et ça ! C’est quoi ! Huit de cœur, couillon…

Charles
Ah !

Henri
Je joue avec dégun !… Putain ! Je peux ja-
mais compter sur toi quand je n'ai pas de jeu,
s’exclame-t-il furieux, jamais !…

Charles
Cherche pas à comprendre, c'est seulement la
faute à pas de chance.

Henri
J’aimerais comprendre justement ! Tu lances
un huit de pique, il le prend… Tu lances un
huit de carreau, il le prend, et maintenant tu lui
lances un huit de cœur ? Regarde moi !… Tu le
12 Boules de coeur
fais exprès ? Regarde un vieux marin… Wat
chisss molock de barbachtruc de cul… Tu n'es
vraiment pas bon à ce jeu !
6 INT-JOUR
Le cabanon bourdonne de bruit. L’heure fatidique
approche. Tireurs et pointeurs se cherchent, se trouvent,
s’associent, forment leurs équipes…

Milou
T'es seul ?
Gerard
Oui.

Milou
On joue ensemble ?

Gerard
Si tu veux !…

Galinette
Allez Messieurs on marque, s’écrie-t-il en
brandissant sa feuille d’inscription, on inscrit les
équipes, on va se faire un petit concours.
7 INT-JOUR
La file des capitaines de chaque équipe se forme de-
vant le bureau de Galinette. Avec l’application d’un
13 Boules de coeur
comptable, il inscrit chaque équipe participante, et en-
caisse leurs six euros d’engagement assis derrière son bu-
reau.
INT-JOUR Fondu enchaîné.
Il procède au tirage au sort en compagnie de Ange,
puis punaise la feuille de papier, sur laquelle sont inscri-
tes les équipes qui se rencontrent, sur le panneau prévu à
cet effet, placé sur le mur extérieur du cabanon.
Chacun retourne sur le terrain confronter son talent à
celui de l’adversaire.
8 EXT-JOUR
Le terrain bourdonne de bruit : de rires et de petits
mots assassins. Les mots, les phrases sortent de la foule.
On ignore qui parle.

Première voix
Allez mon beau viens, tu joues contre moi,
on va se régaler !

Seconde voix
Contre qui, dis-tu ?

Troisième voix
Jeff.


14 Boules de coeur
Seconde voix
Impec, on va lui astiquer les mandibules…

Ils sont tous là, comme une foule qui se remue en tous
sens.
Rapide gros plan sur chacun.
Il y a Jacques dont on entend chanter l'accent Mar-
seillais.
« Oh bonne mère !… Je vais me le manger !… »

Le petit Fernand qui farde discrètement son chichon
dans un coin.
Marcel et sa bonhomie naturelle, un grand sourire ac-
croché aux lèvres et le regard malicieux.
Le grand Frédo le visage blême et taciturne.
Mig au sourire éclatant en partie masqué par une
moustache gauloise.
Michel dit « le Blond » en raison de la couleur noire
de sa peau.
Francis à la bedaine chaleureuse.
Lule et son petit sourire malicieux tout en coin.
Jojo discrètement retranché derrière ses grandes lunet-
tes teintées.
Lucien au sourire enjôleur, bien mis comme à son
habitude avec un large nœud papillon, qui se prend pour
la gueule d’amour du club.
Claude, au regard doux et candide.
Le petit Paul, le pince sans rire, qui s’exclame :
« Toi le Javanais, je vais te chanter la Javanaise comme
15 Boules de coeur
cela le jour de la Marseillaise tu pourras faire le beau
Marseillais. »
Mimi discrètement dénommé Monsieur Soleil en rai-
son de ses continuelles prédictions à voix sonore dont la
voix couvre toutes les autres.
Daniel et sa dégaine souple et débonnaire en compa-
gnie de Charles, son père.
Il y a l'autre vieux Charles aussi surnommé le sportif
en raison de la lenteur de sa démarche qui arrive sans se
presser.
Annie, Ange, Anne-Marie, Jean, Milou, Kiki,
Anette, Bébert, Christian, Eric et les autres, tous les
autres, assis, si nombreux qu’il reste difficile de pouvoir
tous les nommer, et le Parisien sur lequel la caméra finit
par un gros plan sur son visage radieux.
9 EXT-JOUR
Sur le terrain les parties commencent. Gros plan sur
la partie qui oppose le Parisien et son équipier Jojo à
Marcel et Mig.

Marcel
Oh ! Parisien ! Alors ! Tu le lances ce bou-
chon ? Boudie !… Réveille toi, murmure-t- il
d’un air goguenard, t’arrives à l’heure des
brousses et tu te cagues déjà de moi ?

Le Parisien
Peur de toi, jamais !
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