Brèves nouvelles d

Brèves nouvelles d'une porcelaine dans une boutique d'éléphants

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Livres
108 pages

Description

Bienvenue dans la seule et unique boutique d'éléphants au monde! Que vous soyez porcelaine ou céramique elle est pour vous, n'ayez crainte, vous en ressortirez à peine ébréchés! Entrez, entrez et découvrez les histoires qu'on y raconte!

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Date de parution 11 avril 2013
Nombre de lectures 17
EAN13 9782342005547
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Delphine Kern BRÈVES NOUVELLES D’UNE PORCELAINE DANS UNE BOUTIQUE D’ÉLÉPHANTS  
Mon Petit Éditeur
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0117810.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
La leçon de piano Parce quil est des choses qui inexorablement refont surface à un moment de la vie, on ne peut faire fi de son passé. Car aujourdhui nest que la somme de tous les hier de notre exis-tence, ce que nous avons vécu fait de nous ce que nous sommes devenus. Lorsque ma mère est enceinte de moi, elle lit un article dans lequel il est expliqué que découter de la musique classique pen-dant sa grossesse aide au développement de capacités musicales chez lenfant à venir. Alors elle en écoute, jusquà ce que je naisse. Après, elle na plus le temps dy penser, avec trois en-fants en bas âges, on peut la comprendre. Mais moi, je nabandonne pas : dès mon plus jeune âge, je parle de piano, dessine des touches et « mentraîne », réclame, déclame, supplie. Mais rien ny fait. On a beau avoir un banc de piano dans le couloir pour mettre nos chaussures, cest bien la seule chose qui me rapproche de lobjet de mon obsession. Certes nous vivons dans une caserne de pompiers et les murs ne sont pas bien larges. Certes nous pouvons entendre le voisin du dessus qui va aux toilettes. Mais pour dautres cest possible alors pourquoi pas pour moi ? Jai envie, besoin, je désire par-dessus tout faire de la mu-sique. Longtemps, je me contente de limaginer, de le rêver, de lespérer. Puis à onze ans, une communion déconomies me
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permet dacheter un petit synthétiseur. Et je peux enfin com-mencer à jouer, pianoter, chercher tous les airs que jentends. Et jai limpression de vivre, simplement, vivre. Je machète aussi une petite méthode, qui me sert à comprendre que la main gauche ne fait finalement que des accords mais je laisse vite de côté les partitions qui me ralentissent. Je joue ce qui me fait envie, ce que jentends. Cela devient parfois obsessionnel de trouver un morceau, enfin non, cest toujours obsessionnel. Je lentends, je le veux et je nai pas beaucoup changé aujourdhui. Un été, nous sommes partis en vacances et je nai pas eu lautorisation demmener mon synthé-tiseur. Mais je passe le séjour à pianoter dans le vide, déclenchant la consternation de mes parents et de ma fratrie. Mon frère me traite de folle, mes parents me disent que ce nest pas comme cela que japprendrai un nouveau morceau et quil serait préférable que je profite de mes vacances. Je fais les deux et le petit air que jai en tête, je le travaille quand même. On dit que le meilleur instrument est la voix, car on peut lemmener partout et bien mon petit synthétiseur, je lai, là, dans ma tête. Et lorsque nous sommes rentrés, le petit air qui me poursuivait depuis le début des vacances, je peux le reproduire quasiment immédiatement, juste le temps de trouver la première note. Je pense que mon frère ma trouvé un peu moins folle ce jour-là ! Le temps passe. Je progresse certes, mais garde en mon for intérieur un défaut, une anomalie. Alors je me mets à la guitare, sèche au départ, afin dobtenir laccord de mes parents pour prendre des cours. Et puis ce nest pas suffisant pour moi, alors je passe à la guitare électrique attention les oreilles, je suis passionnée par les groupes de hard rock Mais ce nest pas de cet instrument que je veux jouer. Même si jai des facilités, je narrive pas à my intéresser entièrement et jai toujours ce sen-timent de frustration.
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Je remercie gracieusement mes parents de me laisser prendre des cours de guitare, mais continue de réclamer des cours de piano. À cette époque, je leur ai prouvé par a+b que cest pos-sible. Mais ils ne sont jamais revenus sur leur décision : 1) Cela coûte trop cher. 2) Il va falloir que tu apprennes le solfège. 3) Soit consciente de là où on vit et rends toi compte que faire du piano nest pas possible. Il y a encore plein dautres raisons pour que ce ne soit pas possible. Alors pendant tout un temps, je me résigne. Pendant long-temps même jusquà ce que jaie mon bac. Là, je passe tout mon été à travailler et à la rentrée, je machète un piano numé-rique et puis je pars à Dijon faire mes études En fait, je passe mon temps sur la musique alors que je suis inscrite en psychologie. Du coup, forcément, je rate ma première année. Par contre, jai beaucoup progressé au piano ! Jai même com-mencé à apprendre comment déchiffrer les partitions commencé car encore aujourdhui cest la croix et la bannière. Je profite de ce piano pendant cinq ans, puis mon travail menvoie sur la route. Pendant quatre longues années, je ne joue plus. Quand je le retrouve enfin, je nai rien oublié, sauf les morceaux appris sur partitions étrange il mest encore im-possible aujourdhui de jouer un morceau sans lavoir entendu. Et puis le piano numérique a montré ses limites : il manque une octave. Et je ne peux pas jouer le morceau qui me poursuit. Ma main gauche tombe inexorablement dans le vide. Je joue de moins en moins, perdant la foi quelque part dans loctave manquante Je me venge sur un violoncelle que jai récupéré, au moins il a des vraies cordes lui ! Je joue du piano juste pour enregistrer des morceaux et les accompagner ensuite au violoncelle. Je ne peux me passer de musique, elle fait partie
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intégrante de mon être. Jen ai toujours dans la tête, je peux même choisir dentendre la septième symphonie de Beethoven par exemple. Je vais bientôt avoir trente-deux ans, et cela ne fait quun an que je me suis stabilisée, que je vis dans une maison ravissante et ai un emploi satisfaisant pour le moment car jai souvent be-soin de changements. Je viens dacheter un piano droit, un vrai, avec toutes les octaves. Il sappelle Monsieur Gaveau et il a presque cent vingt ans. Et il a un son magnifique. Et il a des tambours, des cordes (trois par note !), une histoire combien de pianistes ont pu jouer dessus sur cette période ? Pour moi, il a une âme et cest avec lui que je vais poursuivre ma route, avec lui et tous ceux qui en ont joué. Quelle que soit la passion quon laisse de côté, forcé ou pas, elle reste enfouie à lintérieur. À chacun de persévérer, de ne pas oublier jai souvent entendu « Jai toujours rêvé de ». Rien nest impossible, il suffit dy croire !
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