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Ce que pense ma femme

De
284 pages

Claire est une jeune femme ambitieuse, avec des idées bien arrêtées sur la façon de mener sa vie, en toute indépendance. Elle nous raconte son histoire en toute sincérité, ses pensées de femme sur « l’autre égalité des sexes », qui ne sera jamais résolue par des lois, cet « autre » qui ne disparaîtra jamais, selon elle.

Cette histoire romantique et drôle revisite ce sujet éternel, vu du versant d’une femme et complété par le point de vue de son homme. Le lecteur se place ainsi tantôt dans la peau d'une femme, tantôt dans celle d'un homme et tente de les comprendre.

Et vous, l'égalité des sexes, qu'en pensez-vous ?


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-91993-9

 

© Edilivre, 2016

 

 

« Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l’article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992. »

Note de l’auteur :

Avec des mots simples, j’ai d’abord voulu décrire un sentiment merveilleux entre deux êtres : l’amour ; ce sentiment si particulier qui nous fait tout naturellement vivre. Dans ce récit, on le voit naître – telle une foudre s’abattant sur sa proie – puis progresser, à petits pas – comme un bébé, qui apprend à marcher – et enfin, continuer à subsister et à poursuivre sa route, malgré toutes les embûches qu’il croise sur son chemin.

Ce roman est aussi celui des choses simples de la vie, des péripéties vécues par un homme et une femme, ensemble, main dans la main ; le tout, ponctué d’une façon différente par rapport aux autres histoires semblables.

Ce roman est aussi le parcours d’une femme, Claire, qui se bat pour sa propre existence, dans un monde qui parfois est très compliqué pour elle…

Naturellement, cette histoire est pimentée par les ressentis de Claire sur l’égalité des sexes, puisque telle est sa préoccupation principale. Cependant, elle est assortie de points de vue de Marco – son homme – à qui j’ai laissé la parole, ceci afin d’avoir « une autre version des faits » ou simplement une compréhension réciproque.

Et puis, j’ai souhaité construire une histoire drôle, même si parfois elle touche des choses sensibles de la vie ; une histoire qui nous plonge dans un sujet d’actualité vieux comme le monde, qui émeut toujours autant dans les discussions masculines et féminines.

Et enfin, n’oubliez pas, cette histoire est une pure fiction. Les personnages n’existent pas en réalité.

Ainsi, si certains évènements de votre propre expérience semblent correspondre à ceux de Claire et de Marco, ils ne sont que pure coïncidence. Ou alors, ils correspondent à des points communs à tous les hommes et à toutes les femmes, sur un sujet très célèbre dans le monde entier !

Dans tous les cas, j’espère que vous aurez autant de plaisir à lire cette romance, que j’aie eu à l’écrire.

Éva BALDARAS.

Préface de Marco

Je m’appelle Marco, vous allez faire ma connaissance officiellement dans quelques chapitres.

Si je devais me décrire ?

Je dirais que je suis plutôt bel homme, intelligent et presque parfait : j’entends pour Claire, ma femme. Vous ne tarderez pas à savoir au fil de son histoire que pour lui plaire, sans modestie déplacée de ma part, je devais au moins être celui que je suis.

Donc, il y a quelque temps déjà, j’ai fait une rencontre qui a bouleversé mon existence : j’ai fait la connaissance de la femme de ma vie.

Elle se prénomme Claire. C’est une femme belle, intelligente, rare et exceptionnelle dans tous les domaines. Lorsque je l’ai rencontrée, jamais je n’aurais imaginé devenir son homme, car, voyez-vous, rien ne la prédisposait à épouser quelqu’un du sexe opposé.

Pourquoi ? Vous êtes bien curieux…

Eh bien, parce que Claire a bien souvent été déçue par ce qu’elle appelle « l’égalité des sexes » et qu’elle trouve que la condition de femme est parfois bien difficile à assumer.

Après mûres réflexions de ma part, je pense sincèrement qu’elle n’a pas toujours tort.

Malheureusement, certaines choses sont ce qu’elles sont et rien ne pourra faire en sorte que cela change, sauf une seule chose, selon Claire.

Laquelle me direz-vous ?

Simplement, un échange de rôles : chacun à la place de l’autre, un temps, ce qui par ailleurs j’ai tenté (vous le constaterez par vous-même). Le mieux encore, serait de se réveiller dans la peau du sexe opposé (en ce qui me concerne, le temps de casser la gueule à ceux qui osent jeter leur regard vicieux sur le corps de ma femme et à toutes ces femmes jalouses de sa réussite !).

Il est vrai aussi, que l’homme est incompris… parfois… bon OK, ce n’est pas le sujet.

Alors voilà, elle va vous raconter notre histoire, ou plutôt son histoire qui inclut la nôtre avec nos péripéties…

Parfois, je me permettrai d’intervenir dans son récit, de façon à ce que vous puissiez mieux comprendre, mais aussi pour que vous ayez quelques fois un avis de ma part.

Par contre, ne vous méprenez pas, de temps à autre, je suis en accord total avec elle mis à part certaines fois… sur des sujets particuliers…

Je plaide coupable, j’ai été « contaminé » par ma femme et à force, il m’arrive de penser comme elle, d’analyser les faits, sur son sujet préféré : celui de « l’autre » égalité des sexes.

Bon, encore une fois ce n’est pas moi le sujet (dans tous les cas, pas cette fois-ci).

Donc voilà, je vous laisse méditer sur ce que pense ma femme…

Juste avant
de vous raconter mon histoire

Dans l’expression « métro, boulot, dodo », je rajouterais juste un truc, détail insignifiant pour certains : je dis bien « certains », mais d’une importance capitale pour moi : je dirai plutôt « métro, boulot, maison et dodo ». Je ne suis pas une femme que vous pourriez qualifier de féministe… non… loin de là et bien au contraire, je vous l’assure. Aujourd’hui, nous sommes dans l’aire de l’égalité des sexes ! Ils en parlent partout : la femme est l’égale de l’homme, sauf que oui, ou plutôt non, la réalité véritable c’est que cela n’existe pas et que cela n’existera jamais… en vrai. Croyez-moi sur parole. Et si vous en doutez encore, pour vous le prouver, je resterai factuelle. Je commence par vous résumer « ma » semaine type, afin que vous puissiez avoir un petit avant-goût de ma « destinée de femme » ?

Donc, aujourd’hui, je vous fais le bilan de ma semaine, j’ai exécuté :

• 45 heures de travail « officiel » pour un « vrai » patron qui ne parle qu’en « objectifs à atteindre » et qui se moque de ma « condition de femme ». Pourquoi me plaindre ? Depuis sa libération, la femme peut exercer un métier en toute indépendance à presque salaire égal à celui du sexe opposé !

• 3 heures de lessives, de repassage, de rangement, etc. : comme vous pouvez le constater, des activités très épanouissantes !

• 2 heures de ménage : en gros déjà le strict minimum !

• 6 heures de bain pour les enfants : certes, pendant qu’ils jouent dans l’eau je peux en profiter pour bouquiner, chose qui par ailleurs, se révèle être une mission impossible à un autre moment de ma journée !

• 4 heures d’histoires à raconter aux enfants le soir : mais c’est un réel plaisir, car j’adore mes enfants et ça, c’est vrai ! même si parfois je suis vraiment exténuée et que j’aimerais pouvoir me prélasser devant l’un de mes épisodes de « feuilletons débiles » (ça, c’est ce que dirai mon homme).

• 1 heure de courses (optimisation : je gagne du temps avec internet…)

• 1 heure pour être belle et agréable à regarder… : opération très consommatrice de temps !

• Quelques heures dans ma fonction d’épouse parfaite… si vous voyez ce que je veux dire… (bon, ça ne compte pas… sauf pour les fois où je suis « vraiment » éreintée et « qu’il » ne comprend « vraiment » pas pourquoi…)

Et sans compter mon planning de ministre :

• « Courir » chercher les enfants à l’école,

• « Courir » au pressing (mon travail se trouve tout près…),

• Poster quelques lettres (puisque l’école de mes enfants se trouve à proximité de la poste…),

• Faire un petit peu de fitness devant mon DVD (jusqu’à ce que mes enfants m’appellent…), « courir » au travail, « courir », « courir », « courir »…

Donc, en faisant mes comptes – et je sais ce que je dis, puisque c’est moi qui gère le budget et qui m’occupe de payer les factures – cela me fait environ 75 heures par semaine… minimum…

En somme, je suis une « wonderwomen » !

Vous allez me dire : mais pourquoi tenez-vous absolument à l’image de « parfaite » employée, de « parfaite » maman, de « parfaite » maîtresse de maison, de « parfaite » petite épouse ????

Je vais vous l’avouer.

Parce que :

• Je n’ai pas fait « bac plus dix » pour devenir une femme dépendante de son mari (mon père me l’a déjà assez répété…)

• Que le temps passe vite et qu’ensuite les enfants grandissent puis ils quittent le nid en nous laissant avec nos regrets… (ça c’est de ma maman…)

• Que la maison doit être d’une tenue impeccable et à l’image de la femme qui s’en occupe (si vous voyez ce que je veux dire…)

• Lorsque l’on a la chance d’avoir un homme beau, intelligent et parfait…

Bon, allez… J’exagère !

Demain, j’aurai un instant « rien qu’à moi » : je vais me « prélasser » en institut de beauté, pour une épilation à la cire (pourquoi ricanez-vous ???).

Précision importante : je ne critique pas les hommes, de toute façon, ils ne sont pas constitués pareils que nous (pleins de bouquins le démontrent…). Ils ne peuvent pas nous comprendre, nous les femmes ! D’ailleurs, le sixième sens, c’est nous.

Cependant…

Le mien est parfait. Jugez-en par vous-même :

• Il m’aide un peu avec les enfants : après tout, ce sont également les siens !

• Il fait la cuisine et le service le dimanche : d’ailleurs, mes invités ne cessent de me répéter que j’aie de la chance d’avoir un homme qui fait « tout » à la maison !

• Il s’occupe de la couture : il ne faut pas que j’oublie de le remercier ensuite,

• Il dispose d’un don rare chez les hommes, celui du repassage des chemises et des chemisiers « sans faire de plis » : moi je suis nulle donc il n’a pas le choix.

Mais bon, pour le reste, il faut le comprendre, il fait 45 heures par semaine dans son job à fortes responsabilités, alors il ne peut pas tout faire…

Trêves de bavardages. Le temps s’écoule à la vitesse d’un éclair et je commence à sentir la fatigue me gagner. Mais vous l’aurez compris, ma journée n’est pas encore achevée.

Il est minuit, je vous laisse jusqu’au chapitre suivant, j’ai un dossier d’une extrême urgence à boucler pour mon patron…

Égalité des sexes ? Vous en pensez quoi ?

Je vous laisse cogiter, car la nuit porte conseil… enfin, c’est ce que l’on dit.

Bon, en attendant, si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire mon histoire que j’aie pris le soin d’écrire rien pour vous !

Je suis enfin une femme libre !

Je suis hautement satisfaite ! J’ai enfin obtenu mon diplôme, issu de la plus prestigieuse école de commerce française et bientôt un métier qui va me rapporter très gros !

Je suis compétitive, réactive, productive, battante et surtout une femme libre et indépendante qui va pouvoir quitter le cocon familial et exercer un métier dans les hautes sphères, là où les hommes « avant » avaient le monopole !

Je ne veux pas d’enfants (de toute façon, je ne suis pas maternelle) et encore moins d’un homme de façon permanente (il m’empêcherait de faire ce dont j’ai envie) : je veux être celle qui choisira sa vie et qui ne se laissera pas faire !

Je me souviens lorsque, petite, mon père me répétait à longueur de journée : « Claire, ma chérie, tu es une fille et ce n’est déjà pas si simple de l’être dans un monde tel que le nôtre, alors, il ne te reste qu’une chose à faire : mener tes études jusqu’au bout, car elles seules te permettront d’avoir une excellente opportunité de carrière. De plus, si un jour tu rencontres un homme qui te mérite, n’abandonne surtout pas ton travail ! Même si ton mari dispose d’un très bon salaire, on ne sait jamais… » Et là… comment vous dire ? Pas de discussions possibles : l’homme qui a toujours raison c’est mon père, car il sait ce qu’il dit : c’est un homme.

Bon O.K., je vous l’accorde, il est peut-être un peu possessif et aucun de mes petits amis n’est « assez bon pour moi ». D’ailleurs, les trois petits copains que j’ai eu l’audace d’entraîner à la maison n’ont plus voulu y revenir…

Il me répétait inlassablement : « Tu comprends, tu es trop belle, et, lorsqu’une jeune femme est trop belle comme toi, celui qui ose s’approcher d’elle doit la mériter à 200 %. D’ailleurs, je te mets en garde contre les hommes, ils veulent tous la même chose et je sais de quoi je parle. »

Finalement, après mûre réflexion, même si j’ai eu un moment de révolte envers mon créateur, c’est son conseil qui m’a permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui.

Pour mon père, je me suis efforcée de ressembler à un « mec » qu’il n’a jamais eu (je suis fille unique). Je ne porte que des pantalons et des pulls à cols roulés (noirs de préférence), je fais des sports de « mecs », je conduis comme un « mec »… D’ailleurs moi, les talons aiguilles, connais pas…

Cet été, je passe mon temps à décortiquer les offres d’emplois, faire, refaire et adapter mon curriculum vitae, rédiger les lettres de candidatures…

Si je fais le compte, j’ai adressé en tout et pour tout une centaine de lettres à des employeurs potentiels et j’attends avec impatience le moment de l’entretien d’embauche où je vais leur en mettre plein la vue !

Seulement, le temps passe et plus il défile, plus je désespère. Certains me répondent qu’ils ne recherchent personne d’aussi qualifié que moi, d’autres qu’ils ont déjà trouvé le profil idéal. Par contre, certains autres ne daignent pas me répondre et ceux que j’ai entrevus me proposent un salaire de misère pour un boulot d’esclave.

Je suis indignée, mais dans quel monde vivons-nous ? Pour qui se prennent-ils ? La jeunesse n’est-elle pas l’espoir de demain ?

De plus, ce que j’apprécie par-dessus tout ce sont leurs questions absurdes du style :

– Êtes-vous certaine que le secteur de l’entreprise vous intéresse ? (Je m’en fiche ! du commerce on peut en faire partout non ?)

– Vous avez des compétences impressionnantes, vous risquez de vous ennuyer chez nous. (Pff ! il faut bien débuter un jour non ? D’ailleurs, pouvez-vous me dire quel être humain reste dans une entreprise trente ans de suite de nos jours ?)

– Quel est votre projet professionnel ? (Quoi, tu ne l’as pas encore compris ? Je veux un travail : c’est tout ! Ah oui, c’est vrai, ce n’est pas vraiment le truc à dire à un recruteur…)

Après des jours à me morfondre dans ma chambre, le jour J est enfin d’actualité : aujourd’hui est un jour nouveau, j’ai « l’entretien de ma vie ». Écoutez-moi plutôt : une multinationale, sur un poste de manager de secteur avec un salaire plus qu’honnête ! Le responsable des ressources humaines a fait preuve d’une grande amabilité au téléphone et m’a indiqué que « j’étais faite pour ce poste ». J’ai accepté l’entrevue sans hésitation : Qui mieux qu’un responsable des ressources humaines dispose des qualités nécessaires pour identifier un potentiel comme le mien ?

En guise de préparation à mon entretien d’embauche, j’ai étudié toutes les données financières et commerciales de cette boîte cette nuit. J’ai ensuite visionné son site internet et lu avec attention le discours fédérateur du PDG.

La nuit a été très courte… Aussi, l’anticerne est de rigueur !

Nous y sommes, c’est l’heure. Je m’y rends donc avec grande assurance, vêtue avec un tailleur-pantalon noir et un chemisier blanc en soie.

Lorsque je pénètre dans le hall, j’aperçois un accueil imposant et un grand écran plasma qui diffuse un film sur la société. Les employés que je croise m’affichent des sourires : ça y est ! C’est comme si j’appartenais déjà à cette grande famille !

Je m’avance et je me présente à la charmante hôtesse qui vérifie mon identité, me prête un badge visiteur et m’indique le fauteuil dans lequel je dois patienter.

Après avoir attendu quelques instants, je distingue soudain mon superbe responsable RH s’approcher de moi : plutôt beau garçon, grand, d’une très bonne allure générale. D’ailleurs, maintenant que j’y pense… je remarque que tous les hommes portent des costumes gris avec une chemise blanche et une cravate bleue… tandis que les femmes… une jupe et des talons aiguilles… pas trop mon style.

Il engage la conversation de suite :

– Bonjour ! Je me présente : Jean-Philippe, responsable RH de la maison. Claire, je suppose ? Je peux vous appeler Claire ? Enchanté de faire enfin votre connaissance ! Me lance-t-il avec une poignée de main vigoureuse.

– Vous supposez bien. Lui réponds-je avec assurance.

– Bien, suivez-moi, je vous prie. Nous prenons l’escalier si cela ne vous fait rien, nous avons tous besoin de faire un peu de sport n’est-ce pas ?

J’avoue ne pas très bien saisir sa dernière remarque… D’accord, je ne suis pas « maigre », je suis « normale »… cela commence bien…

Soudain, il se lance dans une course effrénée dans les escaliers. Heureusement, il s’arrête au premier étage, là où se situe son bureau. Reprenant son souffle, il ouvre sa porte et m’indique :

– Je vous précède.

– Je vous en prie, il est certain que vous manifestez le besoin de vous asseoir de suite. Lui réponds-je en le laissant un peu stupéfait.

– Bien, commence-t-il en s’asseyant dans son fauteuil de cuir noir. Je vous en prie, prenez place.

Mon regard suit la direction indiquée par sa main droite. Je remarque cinq chaises en désordre en face de son bureau. Je préfère celle du milieu puis je l’ajuste afin qu’elle se retrouve pile en face de lui. Je m’assieds et je me tiens droite annonçant une oreille attentive. Il m’adresse un regard satisfait, dépose ses lunettes sur son nez et plonge son regard dans mon CV. Au bout d’un laps de temps interminable, il se met à parler :

– Vous avez obtenu votre diplôme à… je suis impressionné… ! très bon choix au niveau de l’école, de bonnes recrues en général.

Bon, il ne l’a pas lu mon CV ? Inutile de me redire ce que je sais déjà…

Il poursuit sa lecture, en ne prenant pas la peine de me regarder une seule fois. Me nargue-t-il ? Qu’attend-il de ma part au juste ? Au bout de quelques instants, il poursuit tout en maintenant son regard sur sa feuille :

– Vous n’avez pas indiqué votre situation dans vos documents… vous êtes ?

– Je crains ne pas avoir très bien saisi le sens de votre question. Pourriez-vous me la reformuler s’il vous plaît ? lui dis-je en feignant de ne pas comprendre.

– Je veux dire… Répète-t-il un peu gêné. Ce poste est un poste à plein temps, très prenant, avec quelques déplacements…

Je prends un air détendu et je lui rétorque avec un large sourire :

– Je n’ai ni mari ni enfants, des parents un peu possessifs certes, mais ce petit détail mis à part, je suis libre comme l’air. Ai-je répondu correctement à votre question ?

– Oui, en fait, ce n’est pas ce à quoi je faisais allusion. Vous voyez, Catherine que vous avez rencontrée tout à l’heure à l’accueil délaisse parfois son enfant pour venir nous donner un coup de main le week-end et…

– Je comprends tout à fait son attitude, voyez-vous, ce qui m’intéresse c’est ma carrière. De plus, cela me donnera l’occasion de me dégager de l’emprise de papa et maman, si vous voyez ce que je veux dire. Lui réponds-je.

– Oui, je comprends. Bien, à un moment je croyais que je vous avais vexée. Vous savez, je pose la même question lorsque le candidat est un homme.

Ben voyons… naturellement. Pourquoi est-il obligé de m’apporter cette dernière précision ? Quel idiot celui-là ! Et toi, pauvre cloche, tu es né dans un chou peut-être ? Ta mère en a bavé pendant neuf longs mois, ensuite a subi un accouchement, un bébé qui l’a encombré avec les biberons et les couches et encore, je suis sûre que toi t’étais d’un style plutôt chiant…

Il porte sa main droite à sa bouche puis se racle la gorge avant de reprendre la parole d’un air professionnel (cette fois-ci son regard se fige sur mes yeux) :

– Bien, parlons salaire maintenant, vous démarrerez avec un salaire brut mensuel de 1900 euros, cela vous convient-il ? Me demande-t-il avec un beau sourire.

C’est qu’il croit me faire un cadeau ! Au fur et à mesure que l’entretien se déroule, il devient de plus en plus arrogant ! Je suis révoltée : 50 heures de travail hebdomadaires plus les week-ends, pour ce salaire minable, sans recenser les déplacements ? Sans attendre ma réponse, il s’empresse de rajouter :

– Ah bien sûr, j’ai oublié le plus important : vous serez cadre bien sûr. Alors ? Cela vous convient-il ? répète-t-il.

– Bien sûr. Lui réponds-je sans pouvoir dire autre chose. (Cadre en plus ? Ben voyons… c’est de l’exploitation moderne ça !)

– Bien, je vous laisse réfléchir. De mon côté, je vais faire de même et je vous rappelle sans faute à la fin de cette semaine. Mais je ne vous cache pas que vous faites partie des leaders sur ma liste. Après les tests que je vous proposerai avant la fin de cette semaine, vous obtiendrez ma réponse définitive. Ah ! j’oubliais, si vous intégrez notre entreprise, vous devrez porter l’uniforme de rigueur ce qui sous-entend pour vous, tailleur, chemisier blanc et talons aiguilles : ceci, étant entendu assorti d’un maquillage impeccable. Cela n’est pas contre votre éthique ?

– Pas du tout.

– Eh oui, que voulez-vous, pour nos clients, une femme doit être belle et féminine tandis qu’un homme doit simplement être élégant ! Mais ne vous inquiétez pas, vous avez des vestiaires pour vous changer le matin et le soir.

– Ah, très bien.

Il se lève d’un bond, me faisant ainsi comprendre que l’entretien est clos. Je prends donc congé. Cependant, pris d’une envie de le titiller, je ne peux m’empêcher de rajouter :

– Au fait, vous êtes marié ?

– Oui, enfin presque. Me répond-il d’un air troublé par ma question inattendue.

– Non parce que, parfois, être un homme élégant ne suffit pas pour qu’une belle femme vous soit fidèle ! lui dis-je en fixant son ventre.

– Vous êtes audacieuse ! J’aime ça !

En plus, il n’a rien compris…

Je le quitte, dépitée.

Arrivée à l’accueil, je rends mon badge visiteur à l’hôtesse. J’aperçois a priori un autre candidat qui demande un rendez-vous avec le RH pour la même offre d’emploi que moi. Sans hésiter, je m’adresse à lui :

– Je viens de passer l’entretien et laissez-moi vous dire que les conditions ne sont pas très joyeuses !

– Ah oui, j’en conviens. Moi c’est la seconde fois que je viens, je suis là pour les tests. Mais c’est vrai, vous avez raison : franchement, 2 900 euros par mois c’est vraiment du « foutage de gueule », mais que voulez-vous, il faut bien commencer un jour ? De toute façon, si je suis pris, je les quitterai dès qu’une opportunité plus intéressante s’offrira à moi. Bonne chance à vous !

– Oui, bonne chance à vous aussi. Je lui rétorque d’un ton sec qui ne s’adresse toutefois pas à sa personne.

Finalement, je décide de ne pas effectuer les tests, puis c’est silence radio pendant deux semaines. Ensuite, la troisième semaine arrive et avec elle un appel téléphonique du responsable RH. Il fait preuve d’une grande courtoisie et en adoptant une voix agréable, m’avise d’une grande aubaine pour moi :

– J’ai le grand plaisir de vous annoncer que vous avez été choisie ! Me déclare-t-il à sa façon « Père Noël ».

– Merci, mais mon choix s’est porté ailleurs. Je lui rétorque fermement.

– Comment ? Mais vous ne pouvez pas me faire ça ! Je suis complètement dans la merde ! Ose-t-il me dire en modifiant le ton de sa voix instantanément.

– Je ne comprends pas très bien. Et votre premier choix ? (Quelle vulgarité soudaine !)

– Nous avons fait un essai et il ne fait pas l’affaire, finalement, c’est vous qu’il nous faut. Me répond-il très surpris.

– Ah ? Heureuse de l’entendre, mais navrée, vraiment, c’est trop tard, je viens de signer un contrat ce matin. Lui réponds-je tout en pensant tout bas « d’ailleurs, à mon avis c’est lui qui t’a largué pauvre cloche ! ».

– Quoi ? Vous êtes inconsciente ? Une occasion comme celle que je vous propose ne se représentera plus deux fois ! Moi qui avais placé tous mes espoirs en vous, laissez-moi vous dire que vous me décevez énormément ! aboie-t-il au téléphone.

– Désolée que vous le preniez ainsi, de plus, le salaire ne me convient pas.

– Si c’est de cela dont il s’agit, je peux aller jusqu’à 2 500 euros par mois, ce sera difficile de convaincre mon patron, mais je le ferai pour vous : vous êtes contente ? reprend-il d’une voix plus douce.

– Permettez-moi de vous dire que là Monsieur, vous dépassez les bornes, cela devient de l’humiliation, cela ne mériterait pas au moins… Voyons ? 2 900 euros ?

À cet instant-là… c’est plus fort que moi. Je raccroche sans qu’il puisse s’expliquer davantage…

À travail égal, salaire égal… Tu parles !

D’ailleurs, lorsque je creuse un peu plus la réflexion, je me souviens de mon professeur (homme) de mathématiques au collège qui nous avait expliqué qu’il y avait des métiers réservés aux hommes et d’autres aux femmes. Il était même allé jusqu’à dire que certains métiers nécessitant des déplacements n’étaient réservés qu’aux hommes (eh oui, il faut savoir que les femmes ont « mal au ventre » une fois par mois…). Lorsque j’y pense, qu’elle c… !

Mais la justice existe, car il n’a pas pu nous accompagner lors de notre voyage à Paris : il faut savoir que la gastro, c’est égalitaire…

Mais, revenons à notre thème principal.

Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas devenir garde du corps ? Non, pas possible, trop dangereux… pourtant, de plus en plus de femmes prennent des cours de self défense de nos jours… et franchement, c’est nécessaire.

Un autre exemple : pourquoi dit-on d’une femme qui effectue un travail pénible nécessitant beaucoup de force physique que c’est un mec ? Ou à l’inverse, qu’un homme qui ne sait pas bricoler ou réparer une voiture c’est une femmelette ??? (Saisissez bien la nuance femme femmelette…).

C’est ce qu’on appelle l’égalité des sexes ça… Non ?

Moi, dans un monde de requins

J’arrive sur le parking de mon premier employeur : un cabinet juridique renommé qui a bien voulu de moi pour remplacer une employée en congé parental. Je me gare, je coupe le moteur, puis je descends du véhicule que papa me prête pour l’occasion.

Ah, je ne vous ai pas dit : je m’achèterai mon premier carrosse lorsque mes économies gagnées à la sueur de mon front me le permettront. En attendant, cela fait tellement plaisir à papa de pouvoir m’aider… alors…

Je franchis le seuil de la porte d’entrée pour la deuxième fois (je n’ai pas eu besoin cette fois-ci de passer des tests) et j’attends devant le bureau d’accueil encore vide.

Des personnes traversent l’immense couloir qui s’étend devant moi, la mine fatiguée, en m’adressant un simple bonjour de complaisance. J’en remarque d’autres qui se saluent et qui montrent un peu plus d’enthousiasme en ce lundi matin.

En ce qui me concerne, je patiente, immobile, en attendant que l’hôtesse d’accueil veuille bien arriver… mais bon, il est vrai qu’il n’est encore que 7 h 30 du matin et que je n’ai rendez-vous qu’à huit heures… que puis-je faire en attendant ? M’asseoir et consulter un magazine ? Non, cela serait non avenu. Rejoindre le bout du couloir à la recherche de quelqu’un qui peut m’indiquer mon bureau ? Non, le premier jour cela ne se fait pas. M’intéresser aux affiches épinglées sur le mur ? Oui, en fait, il ne me reste que cela…

Absorbée par ma lecture, je suis happée brusquement par un son de pas pressés se rapprocher de moi à vive allure. Sans attendre, j’arrête mon passe-temps. Fixant à présent le bout du couloir, je découvre mon supérieur hiérarchique, mal rasé, sa chemise s’échouant partiellement sur son pantalon. Lorsqu’il me tend sa main pour me saluer, je me rends compte qu’il empeste la cigarette et qu’il est de mauvaise humeur. Cela commence bien…

– Bonjour Claire ! Tu vas bien ? Me demande-t-il en me serrant la main tout en s’efforçant de me sourire.

– Oui, très bien, et vous ? lui réponds-je.

– Tu peux me tutoyer, ici tout le monde se tutoie, nous sommes une grande famille ! Viens, je vais te montrer où se situe ton bureau et te présenter à tes collègues. Me dit-il en me faisant signe de le suivre sans répondre à ma question.

Je marche derrière lui. Il grimpe les escaliers deux par deux… quel rythme ! Je vais arriver essoufflée et épuisée en haut de l’escalier, en fait, je ne sais même pas si je vais y arriver…

Lorsque nous atteignons notre destination, il me fait entrer dans mon futur bureau.