Ces moments-là

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Alia et Rafael se rencontrent à l'université Gaston-Berger alors qu'ils ne sont encore que des enfants. Leur histoire, entre amitié profonde et amour sincère, va être mise à l'épreuve par l'arrivée d'un terrible fléau qui va ravager leur pays. Fuyant le malheur et la mort, ils se font alors une promesse : un rendez-vous, dix ans plus tard. Le destin les réunira-t-il après toutes ces années ? Leur parcours, la vie, avec ses obstacles et ses surprises, leur permettront-ils de respecter cette promesse ?

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Date de parution 11 décembre 2018
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EAN13 9782140107559
Langue Français

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Ces

Ndèye Fatou Fall Dieng
Que l’on croie ou non à la théorie des âmes sœurs, l’être C
humain est attaché à la quête de cet autre qui le complète et
avec qui tout est évident.
Alia et Rafael se rencontrent à l’université Gaston-Berger alors
qu’ils ne sont encore que des enfants. Leur histoire, entre
amitié profonde et amour sincère, va être mise à l’épreuve
par l’arrivée d’un terrible féau qui va ravager leur pays. -
Fuyant le malheur et la mort, ils se font alors une promesse :
un rendez-vous, dix ans plus tard. Roman
Le destin les réunira-t-il après toutes ces années ? Leur
parcours, la vie, avec ses obstacles et ses surprises, leur
permettront-ils de respecter cette promesse ?
Titulaire d’un master 2 en droit privé (Université Gaston
Berger de Saint-Louis), Ndèye Fatou Fall Dieng est juriste
d’entreprise. Ces moments-là a obtenu le Prix Aminata Sow
Fall pour la Créativité 2017.
Ce livre a été édité grâce au Fonds d’aide à l’édition du ministère de la Culture
et de la Communication du Sénégal / Direction du Livre et de la Lecture
Illustration de couverture :
© Michal Bednarek - 123rf.com
J. Allain / Jalka Studio
ISBN : 978-2-343-16356-7
20 €
Ndèye Fatou Fall Dieng
Ces
momentsmomen
es
moments




CES MOMENTS-LÀ

roman
NDÈYE FATOU FALL DIENG




CES MOMENTS-LÀ

roman


















































© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2018
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR

http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com

ISBN : 978-2-343-16356-7
EAN : 9782343163567




À Papa et Maman encore, mes héros de toujours.
À mon mari, mon levier. Orphée des temps modernes, qui
heureusement, ne s’est jamais retourné.
À mon ami qui, un jour, s’est étendu sur une route
nationale, me causant la plus grande frayeur de ma vie.
Et à vous aussi, qui vous retrouverez peut-être, dans
certains moments.





7 « Quand j’étais pauvre, elle m’a enrichi ;
quand tout le monde m’abandonnait, elle m’a
réconforté ; quand on me traitait de menteur,
elle a cru en moi. »
Alors que n’existait que le néant, Dieu avait entrepris la
création des âmes. Dans un lieu connu de nul autre que Lui,
l’Être Suprême assembla les humains matériaux, les regroupant
selon un ordre de similitude. Il créa alors les âmes par lot de
deux : deux êtres opposés anatomiquement, physiquement,
physiologiquement, mais auxquels Il insuffla un substrat
identique, quelque chose d’immatériel, quelque chose de divin
qui n’appartenait qu’à eux deux. Puis Il les dispersa sur terre,
prenant soin de les séparer. Ces êtres, une fois adultes,
n’auraient qu’une tâche suprême : retrouver l’autre moitié
d’eux-mêmes, inconscients de leur incomplétude jusqu’à ce
qu’ils se retrouvent. Ces êtres-là, nous les avons dénommés
« âmes sœurs ». Et cette éternelle quête, inéluctable, car inscrite
dans la destinée depuis la nuit des temps, vouée à la recherche
de l’autre et à laquelle les humains s’adonnent, on l’a appelée
amour.
Le projet divin était que ces âmes sœurs une fois réunies ne
se séparent jamais. L’Être Suprême avait béni leur union sous
le sceau de l’Amour, car c’était là la forme la plus complète, la
plus parfaite d’attachement qu’Il avait créée. Seulement, parce
qu’Il l’aimait, l’Omnipotent n’avait pas compté sur la trahison
de l’Ange. Lucifer trahit son créateur et entreprit son projet de
contrarier les divins plans. Les êtres humains s’égarèrent alors
et l’échafaudage originel s’en trouva quelque peu contrarié,
mais quelle que soit l’invincibilité des obstacles sur leur chemin,
amis ou amants, les âmes sœurs se retrouvent toujours, ainsi en
a-t-il été décidé depuis la nuit des temps.
Ceci n’est pas une histoire d’amour, ceci va au-delà, bien
audelà.
Ceci est à propos d’amitié.
9 Laissez-moi vous raconter une histoire !

Il était une fois : elle et lui.

Juillet 2024
1ALIA : UBI TU GAIUS, IBI EGO GAIA
« Tu dois abandonner la vie que tu as
planifiée pour pouvoir vivre la vie qui
t’attend. »

Joseph Campbell
Un mois.
Il s’est écoulé un mois depuis que j’ai rompu mes fiançailles
avec Monsieur le Président. Pour tous, je suis l’idiote du siècle,
la fille qui est passée à côté de la plus belle aubaine de sa vie,
je suis la fille qui a éconduit un Président. Je suis Alia Jamal,
la Fiancée de la République.
Ils pensent ainsi parce qu’ils ont une vision restrictive du
mariage, ils le conçoivent comme une entreprise, ils en ont fait
une « affaire ». Je ne saurais penser ainsi, tant il est vrai
qu’aussi égoïste que je sois, l’amour a toujours gouverné ma
vie. Je suis une adepte de l’amour, je l’ai toujours été et je ne
saurais vivre à jamais avec quelqu’un que je ne puis concevoir
comme l’amour de ma vie. Fut-il Prince ou Président.
Je n’ai pas de regrets, mais j’ai peur. Il arrive inévitablement
dans la vie un moment où sans même l’avoir prémédité, ces
questions-là s’imposent à soi. Ai-je raté ma vie ? Qu’ai-je fait
de ma vie ? Ai-je fait les bons choix ? Et si c’était à refaire ?

1 « Là où tu seras Gaïus, je serai Gaïa. »
10 Si c’était à refaire. C’est généralement à ce niveau qu’on
commence à ne se focaliser que sur les déceptions et les
échecs, sur les prétendus mauvais choix. On oublie alors trop
facilement que malgré ces choix-là, on est toujours debout ;
on oublie alors qu’un bon choix n’est pas forcément celui qui
nous rend heureux. Un bon choix peut être parfois (le plus
souvent même) celui qui ne nous empêche pas de dormir la
nuit. Un bon choix peut nous rendre malheureux, mais il reste
quand même le bon tant qu’il nous permet d’éviter les regrets.
La bonne personne, le bon moment.
Cela fait un mois que j’ai éconduit le Président et depuis,
pas de signe de Rafael. Cela fait un mois que j’ai dit non à une
existence sereine et dorée pour une promesse faite il y a
longtemps sur les bancs d’une université publique alors que
nous n’étions encore que des enfants.
« Nous finirons ensemble. Tant que la terre durera et qu’il
demeurera en moi un souffle de vie, je me battrai pour cette
fin. »
C’était il y a longtemps.

11






PREMIÈRE PARTIE

Octobre 2012
ALIA : QUI COMME NARCISSE
« Les femmes, qui passent pour coquettes et
vaniteuses, ne sont pas fâchées que ce soit un
homme, Narcisse, qui ait donné au monde et
au vocabulaire l’exemple type de la
satisfaction de soi. »

Anne-Marie Carrière
Il était une fois une fille qui était tombée amoureuse de
l’homme qu’il ne fallait pas.
Enfin bon, ce n’était pas vraiment une fille… plutôt… une
2nymphe .
Elle s’appelait Écho, et par son distrayant bavardage,
3occupait Héra tandis que son divin mari folâtrait ailleurs.
L’on raconte que la déesse, lorsqu’elle s’aperçut de sa félonie,
en conçut un tel courroux contre la nymphe qu’elle la
condamna à ne parler que lorsqu’on l’interrogeait et pour ne
répéter que les derniers mots qu’elle aurait entendus. La
sentence était implacable, mais cela, Écho ne le comprit
réellement que plus tard, lorsqu’en ses bois, un jour, s’égara
un jeune homme à la beauté si hiératique que le regarder en
était sacrilège : Narcisse. La nymphe s’éprit aussitôt de ce
joyau des dieux, mais Narcisse repoussa sans ménagement
aucun cette compagne si peu distrayante qui ne savait que
répéter ses paroles.

2 Dans la mythologie grecque, les nymphes sont des divinités de la
nature ayant souvent l’apparence de jeunes femmes.
3 Déesse du mariage, de la vie et de la famille dans la mythologie grecque.
Fille de Cronos et Rhéa et sœur et femme de Zeus.
15 Éperdue de douleur, Écho invoqua Némésis, déesse de
l’implacable vengeance, laquelle condamna Narcisse, qui ne
pouvait aimer, à s’éprendre de lui-même.
Un jour, alors qu’il se promenait dans les bois, il s’arrêta au
bord d’une source que jamais homme n’avait vue. Se couchant
pour y boire, il y vit le reflet de sa propre image et tomba
follement amoureux de l’image dans l’eau, qui ne lui parlait
point et se disloquait dès qu’il essayait de la toucher. Fasciné
par cet amant qui n’acceptait pas de se laisser posséder, il se
consuma d’amour au bord de la source, prenant racine dans
le gazon baigné par elle et toute sa personne se changea en la
fleur qui aujourd’hui encore porte son nom.
Le rapport avec moi ? Il semblerait que dans une vie
antérieure, j’ai été condamnée à n’aimer que moi.
Mon nom est Alia.
Je suis pis que Narcisse.

16 RAFAEL : BORN TO LEAD
« Je n’avais qu’un seul but, du matin jusqu’au
soir, me tailler une existence à mes propres
mesures. »

Friedrich Nietzsche
J’avais 17 ans, je mesurais 1,96 m et j’avais l’habitude de
dépasser tout le monde d’une tête. Je porte le nom de
l’archange. Ma mère m’a donné un nom lourd à porter, nomen
4est omen . Mon père disait que c’était pour me préparer au
destin qui serait le mien. Je serais le premier Sénégalais
secrétaire général de l’ONU, mes parents y tenaient ; un fils
qui aurait le pouvoir de changer le monde. Le seul moyen ?
Faire en sorte que ce rassemblement de politiciens oiseux n’en
soit plus un, mais serve vraiment les causes qui ont présidé à
sa création.
Un pas à la fois, j’avais été le premier étudiant sur la liste
des admis dans ce prestigieux campus, le prochain pas serait
de sortir major de ma promo. En attendant, juste un tout petit
défi : être le premier étudiant à réussir aux examens avec une
moyenne supérieure à 18. Cela ne s’était jamais vu, mais dès à
présent, je devais marquer les esprits ; j’y tenais.
Plus qu’un parcours sans anicroche, un parcours
éblouissant : voilà ce qu’on attendait de moi, voilà ce que je
devais faire. Qu’on ne s’y méprenne pas, j’avais conscience de
porter les rêves de mes parents plutôt que les miens. Ma sœur
Calie leur a reproché un jour de trop attendre de moi et à moi
de suivre la voie qu’ils m’ont tracée au lieu de tracer la mienne.
Pourtant, cela ne m’ennuyait aucunement. J’avais les épaules
pour le poids qu’ils y ont mis, et puis, pourquoi rechigner alors
que leurs rêves de grandeur coïncidaient parfaitement avec les

4 « Le nom est un présage ».
17 miens ? Je n’ai jamais obéi à quiconque aveuglément.
Peutêtre est-ce pour cela que ma foi est si vacillante, seul point de
dissentiment avec mes parents.
Je suis ambitieux, mais je ne suis pas sans principes. J’ai un
sens moral, raison pour laquelle je ne serai jamais un
politicien. Je ne veux pas être tenté.
Partout, sous tous cieux et à tout âge, j’ai toujours été le
meilleur, le plus aimé, le plus admiré. Les meilleurs résultats
scolaires, la plus belle fille… J’ai été élevé pour être une idole,
un dieu, élevé pour tracer le chemin que d’autres suivraient et
ce n’était pas à ce moment-là que cela changerait. Il n’y avait
pas de raison. Je n’étais ni égoïste ni imbu de moi. J’ai toujours
été conscient d’une vérité irrécusable :
je suis une étoile, condamnée à briller.


18 ALIA : LE COMMENCEMENT
« Ne vous souciez pas d’être meilleur que vos
contemporains ou vos prédécesseurs,
essayez d’être meilleur que vous-même. »

William Faulkner
Première année à l’université, j’étais haute comme trois
pommes, il me faudrait encore deux ans pour pousser tel un
jeune chêne, mais cela, à cet instant, je ne m’en souciais pas
trop. Mes hauts talons me faisaient gagner des hauteurs
inégalées. Je n’ai jamais porté de talons plats, même après.
Où en étais-je, ah oui, ma première année d’université où
tout a changé.
Il faut dire qu’avant, j’avais toujours été une poupée
solitaire, et non, je n’aurais jamais pensé m’affubler d’un
surnom aussi ridicule, mais il me venait de ma première prof
d’anglais que j’adorais. J’étais Alia « the lonely doll » et ça ne me
dérangeait pas. Je déambulais seule dans les couloirs du
collège, indépendante et libre, et je crois que c’est en partie à
cause de tout ça que mes plus belles années d’école furent
celles du collège. Au lycée, tout changea. Mon amour de la
solitude, qui n’était qu’un élément de ma nature, fut pris pour
de la prétention. On me crut méprisante. Ma première année
de lycée fut pour moi un fardeau insurmontable.
Alors, lassée de mes déboires quotidiens, je changeai du
tout au tout. The lonely doll devint juste la fille la plus populaire.
Au début, cela m’indisposait plus que cela ne m’intéressait,
mais quitte à entrer dans le moule, je devais être ce qu’il y avait
de mieux dedans. J’appris à jouer de ce dont je ne pouvais me
défaire et mes dernières années furent non seulement plus
supportables, mais totalement plus agréables.
19 En première année à l’université, je n’avais pas encore fait
une semaine que déjà, j’avais imprimé ma marque. Malgré
moi, le cycle se répétait, comme lorsqu’au fil du temps, on en
arrive à être totalement conditionné. Je déambulais libre
comme l’air, je marchais et je gagnais des cœurs. Je marchais
et je conquérais les hommes et les âmes. Je déambulais,
découvrant la majesté de Gaston-Berger.
Le campus, familièrement appelé Sanar par ses
pensionnaires, était situé à dix kilomètres de la ville de
SaintLouis, après les localités nommées Ngallele et Boudiouck.
Deux villages le cernaient : Sanar Wolof et Sanar Peulh, d’où
l’appellation de Sanar. Les résidences des étudiants avaient à
l’intérieur une architecture qui imitait celle d’un village et elles
étaient nommées pareillement.
En tout, il y avait quatorze villages portant tous comme
nom une lettre de l’alphabet. Les derniers villages construits,
M et N trahissaient l’architecture d’origine du campus. Situés
un peu en retrait, respectivement près des restaurants Deux et
Un, ils n’étaient pas en réalité des villages, mais des blocs
assemblés semblables à ces pavillons qu’on pouvait voir à
l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Cet espace s’appelait le campus social. Par opposition, il y
avait le campus pédagogique où se trouvaient les Unités de
formation et de recherche (UFR). Il y en avait une pour
chaque branche : Sciences juridiques et politiques (SJP),
Lettres et Sciences humaines (LSH), etc. Chaque UFR avait
son centre de documentation, ses salles de classe et des
bureaux pour le personnel. La bibliothèque était commune.
Les amphithéâtres A et B étaient réservés aux première et
deuxième années de droit, l’amphithéâtre C aux scientifiques.
Quand les cours commencèrent, je dus me concentrer
moins sur ma personne et plus sur mes notes. Ce n’était plus
drôle, mais il me fallait exceller surtout pour casser cette image
de mon passé que malgré moi je n’avais jamais su accepter. À
force de porter un masque, je crois que je m’étais perdue en
20 chemin. Être populaire ne m’intéressait pas, ni non plus être
une poupée ou juste la fille la plus ceci ou la plus cela.
Il fut un temps où j’étais obnubilée par des choses plus
profondes. Qu’étais je devenue ? Je n’étais pas une poupée, je
n’étais pas non plus « the lonely doll », et bien que j’adorais ma
prof d’anglais, dieu, que je haïssais ce surnom qu’elle m’avait
étiqueté ! Je n’étais pas une poupée.
J’étais une fille qui voulait changer le monde.


21 RAFAEL : LE COMMENCEMENT… POUR
NOUS
« Quand j’étais petit, ma mère m’a dit que le
bonheur était la clé de la vie. Quand je suis
allé à l’école, ils m’ont demandé ce que je
voulais être quand je serais grand. J’ai
répondu : heureux. Ils m’ont dit que je n’avais
pas compris la question, j’ai répondu qu’ils
n’avaient pas compris la vie. »
John Lennon
Tout commença lors de la quatrième séance de travaux
dirigés.
Les séances de travaux dirigés sont considérées comme des
compléments des cours magistraux, élément incontournable
dans notre apprentissage. Deux fois par semaine, le lundi et le
mardi, nous avions TD de droit constitutionnel et de droit de
la famille. Les classes étaient divisées en groupes de vingt-cinq
étudiants maximum.
Chacun sait que les séances de travaux dirigés étaient les
cours les plus importants pour nous, apprentis juristes, pour
deux raisons : la première étant que c’était là que nous avions
l’opportunité d’approfondir les connaissances données à la
va-vite en cours magistral ; la seconde étant relative aux
sanctions que pouvaient provoquer des absences non
justifiées à quatre séances de TD.
L’exercice principal d’une séance de travaux dirigés est
l’exposé qui sert de prétexte à la correction. Sur un aspect d’un
thème déterminé déjà étudié en cours magistral, nous étions
invités à faire des recherches que nous soumettions ensuite en
classe aux autres étudiants. Durant une heure et trente
minutes, ceux-ci avaient la latitude de participer en posant des
questions, en approfondissant, en émettant des critiques, etc.
22 Trente minutes avant la fin du cours, l’assistant chargé des TD
annonçait la fin des débats. Il répondait aux dernières
questions, corrigeait les différentes prestations et soumettait
un plan.
La note obtenue en TD est aussi importante, car elle
comprend deux volets : une note d’exposé et une note de
participation sanctionnant les efforts réguliers de l’étudiant,
son implication en classe et sa compréhension. Cette note est
également très utile en ce qu’elle peut permettre de relever la
moyenne du contrôle continu. C’est dire l’importance de ces
TD.
Malheureusement pour moi, je détestais mon groupe, je
sentais que je ne m’y plairais pas. J’avais eu la malchance de
me retrouver dans un groupe où je ne connaissais absolument
personne. Tous les copains que je m’étais faits, toutes mes
connaissances se retrouvaient dans d’autres groupes, et dans
le mien, tout le monde faisait son petit timide. Personne ne se
parlait, certains échangeaient parfois quelques petits mots,
mais rien au-delà.
Était-ce parce que tacitement, la langue française y était de
rigueur que les gens étaient si avares en paroles ? Dans une
université, rien de plus normal que de parler français, mais
allez savoir pourquoi, le wolof était de rigueur chez nous.
L’animation régnait dans les autres groupes, le mien
m’ennuyait royalement. C’était à la fois démotivant et
démoralisant. Je n’avais jamais envie d’y aller. Chose plus
déstabilisante encore, personne, personne ne semblait vouloir
sortir du lot.
Dos presque courbé, soupirant à m’en fendre l’âme, j’y
allais ce mardi là encore, abattu et presque indolent. Je haïssais
réellement ce groupe, il n’y régnait même pas cette émulation
si plaisante que j’avais trouvée dans les autres groupes où je
participais parfois. Rien, rien, rien.
Comment repousser mes limites quand il n’y avait
absolument aucune compétition ?
23 ALIA : LUI
« De tous nos actes, seuls ceux que nous
accomplissons pour les autres en valent
véritablement la peine. »

Lewis Carroll
J’entrai distraitement, saluai distraitement et me dirigeai
vers ma table favorite. Je m’assis gracieusement au moment
même où entrait le prof.
D’un commun accord, nous répondîmes laconiquement à
son « bonjour » suivi d’un silence troublé seulement par le
bruit étouffé des feuilles qu’il sortait de son classeur. Alors
que la moitié des étudiants et ses collègues même arboraient
des ordinateurs portables ou des tablettes, notre professeur
lui, semblait déterminé à demeurer dans le millénaire
précédent. Nous attendions.
Après avoir farfouillé un long moment, il releva la tête et
nous regarda. Ôtant ses lunettes comme si cela avait eu le
moindre rapport avec sa faculté d’élocution, il s’adressa à
nous.
« Des volontaires pour exposer ? »
Chaque semaine, la même scène se répétait et
invariablement, le même silence s’ensuivait jusqu’à ce que,
découragé, dépité, il se décide enfin à désigner deux étudiants.
Qu’on ne s’y méprenne pas, je faisais toujours, toujours
mon travail. Jamais je n’aurais risqué de venir en classe sans
l’avoir fait auparavant, mais hors de question de me porter
volontaire. Quelle gloire en tirerais-je alors ? Je rêvais du jour
où son stylo, suivant lentement les noms imprimés sur la liste,
s’arrêterait sur le mien, Alia Jamal – tout en priant pour que
ce ne soit pas aujourd’hui – et où devant tous, présentant le
meilleur exposé de l’année, je marquerais durablement les
24