Cicatrice
247 pages
Français

Cicatrice

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Description

Assis dans un bus en direction des Pyrénées, Lino regarde la route défiler. Anna remplit méticuleusement les pages blanches d'un carnet. Sous un timide soleil de printemps, Sarah regarde les paquebots blancs quitter le port de Barcelone en songeant aux cicatrices que le passé lui a infligées. Ce roman raconte l'histoire de trois destins cassés inéluctablement attirés l'un vers l'autre.

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Date de parution 18 mars 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140145629
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Assîs dans un bus en dîrecïon des Pyrénées, Lîno regarde a route déier. Anna rempît méïcueusement es pages banches d’un carnet. Sous un ïmîde soeî de prîntemps, Sarah regarde es paquebots bancs quîTer e port de Barceone en songeant aux cîcatrîces que e passé uî a înlîgées. Ce roman raconte ’hîstoîre de troîs desïns cassés înéuctabement arés ’un vers ’autre.
relaîons humaines, est né à Bruxelles en 1969. Il signe ici son sixième roman.
En couverture : photographîe de Chares Chojnackî.
ISBN : 978-2-343-19955-9 22
Walther Adriaensen
Cicatrice Roman
Cicatrice
Écritures Collection fondée par Maguy Albet et dirigée par Jérôme Martin Michelle Labbé,Figures au fond du gouffre, 2020. Jacques Arhex,La raison des piments, 2020. Laurent (Thierry),Villanzo, 2020. Schuster (Pierre),La petite mort et Venise, 2020. Liau (Florent),Sur les pavés, le sang, 2020. Patuzzi (Claudia),La rive interdite, 2020. Kayser (Arlette),Arcole. Récit d’une défaite, 2020. Blondet (Nina),Les murmurants, 2020. Muller (Jérémie),À chacun son tour, 2020. Marcuola (Roland),Guido, 2019. Di Tillio Lacruz,Rouge déconcertant, 2019. Moissinac (Christine),Par monts et par cœur, 2019. Macé (Pierre),Requiem pour deux divas, 2019. Sadoul (Gérard),Juste Ninon, 2019. Bracco (Pierre-Paul),Jamais toujours l’amour, 2019. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Walther Adriaensen Cicatrice
Roman
Du même auteur La fille du Caire, L’Harmattan 2008.
Une terrasse à Samarkand, L’Harmattan 2011.
L’escale écossaise, L’Harmattan 2017.
Une certaine odeur d’essence, nouvelle, 2017.
Supplément crème fraîche, L’Harmattan 2018.
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19955-9 EAN : 9782343199559
A toi, mon papa.
Les pylônes électriques se succédaient à intervalle régulier derrière la vitre du bus qui roulait à vitesse constante. Les kilomètres de bitume défilaient, laissant Bruxelles, ma ville, ses murs tristes et mes souvenirs loin derrière.
— Vous n’êtes pas très bavard. Vous n’avez pas ouvert la bouche depuis le départ. En tout cas, vous avez l’air calme. J’aime bien les gens calmes.
La vieille femme, déçue, mais satisfaite de sa puissante analyse psychologique, se leva et chercha une autre victime prête à dialoguer pendant toute la durée du trajet.
Calme était le trait de caractère qui revenait le plus souvent quand on parlait de ma personnalité : souvent réservé, discret et taiseux ; plus rarement introverti ou timide. En fait, timide, je ne l’étais pas du tout, bien au contraire. Jeune, j’étais plutôt le fonceur de la bande. Celui qui ne craignait rien et qui fonçait, préférant faire un bon mot et faire rire toute une classe au risque de terminer le mercredi en retenue chez le préfet. Plus tard, du haut de mes vingt ans, aucune fille ne me semblait inaccessible et je fonçais tête baissée, utilisant la lame affutée de l’humour pour briser la glace de la première rencontre. Puis le temps était passé. Les rides étaient arrivées et mon monde s’était petit à petit refermé sur lui-même pour être considéré par mes contemporains comme un homme timide et réservé, comme quelqu’un de calme.
Je me nommais Lino, j’avais 45 ans et cela faisait maintenant plus de neuf heures que j’étais assis dans un bus et que le gros moteur diésel ronronnait. J’avais rêvé de ce moment depuis des années, décomptant les mois, puis les jours. Tout ceci était désormais bien réel. Tout comme les minuscules gouttelettes de pluie sur la paroi extérieure de la vitre, ma vie avançait enfin, lentement mais surement.
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Plus tôt, je m’étais présenté place Saint-Jean, le billet à la main et un sac à dos comme simple bagage. Il pleuvait et la place était calme. Plusieurs bus attendaient l’heure du départ. Une fois le billet validé par le chauffeur qui attendait à la porte du véhicule, je pris place sur le fauteuil de cuir gris clair. Le bus était presque vide, j’étais un des premiers voyageurs, le départ était prévu une heure plus tard, mais je n’avais nulle part où aller et pour rien au monde je ne voulais risque de le rater.
Quand la porte se ferma, le véhicule se mit à trembler, bercé par les mouvements réguliers des pistons dans l’imposant moteur. Le bus sortit de la ville et prit la direction de Paris qu’il atteignit après quatre heures de route. Dans cette ville qui faisait rêver tant de Japonais, j’attendis deux heures la correspondance pour Barcelone, qui devait partir du quai 6 de la gare routière de Paris Bercy à 19 heures, pour rejoindre la ville catalane à 8 heures du matin après une longue nuit de route. Je ne voulais pas quitter le quai de peur d’être retardé par un quelconque imprévu m’empêchant de prendre ma correspondance. J’avais comme unique envie de prendre place dans le bus espagnol pour quitter à jamais cette partie du monde. L’impressionnant véhicule était là, déjà en place, mais endormi, attendant, tel un monstre de métal et de verre, son chauffeur et l’heure du départ.
Je remontai le col de ma veste et repensai à mon premier trajet en bus. Je devais avoir une dizaine d’années et je partais en vacances scolaires pour les Ardennes belges avec la classe de deuxième année de madame Bougard, une grande brune au regard doux. Je gardais de ce voyage un souvenir mitigé. Il y avait certes l’excitation du départ, mais n’ayant que peu d’amis, l’idée de passer une semaine loin de chez moi ne me rassurait guère. Les sensations dans le bus de l’époque étaient encore très présentes à mon esprit. Je me souvenais du touché du velours marron râpé des sièges, du petit tissu blanc qui faisait office de coussin, de l’odeur de poussière et de renfermé. Puis il y avait le bruit, le vacarme d’une cinquantaine d’élèves excités par l’aventure. Mais je n’avais que dix ans à l’époque et tout avait tellement changé. Me serais-je imaginé quarante ans plus tard assis sur un banc, attendant patiemment l’ouverture des portes d’un bus pour l’Espagne ? En tout cas, rien ne laissait penser à madame Bougard que le petit garçon au pantalon de
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