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Clara, Jenny et autres nouvelles

De
Clara, Jenny, Julie et Maureen.
Mais aussi, Valérie, Nanette et Anna.
Des histoires de femmes, des histoires de vie.
Chacune à la recherche du bonheur.
Des histoires légères, des histoires plus sombres.
Recueil de 5 nouvelles
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CARENE PONTE Clara, Jenny et autres nouvelles
© CARENE PONTE, 2015
ISBN numérique : 979-10-262-0225-7
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
CLARA
CHAPITRE 1
Partout dans la maison Clara entendait des éclats de voix, des rires, des bruits de pas. Tout le monde s’activait pour le grand jour. Et il y en avait des choses à faire. Il fallait installer les décorations dans la salle de réception, gonfler les ballons, disposer les compositions florales. Et puis on la harcelait de question : Où veux-tu que l’on installe ceci ? Que veux-tu faire de cela ? A quelle heure doit venir la maquilleuse ? As-tu récupéré ta robe ?
Elle n’en pouvait plus.
C’était donc ça un mariage dans son milieu. Un événement mondain. Où tout devait être parfait. Pour en mettre plein la vue. Surtout pour en mettre plein la vue.
Elle connaissait Dimitri depuis toujours. Elle avait appris à l’apprécier au fil du temps. Un soir, il l’avait embrassée. Elle s’était laissée faire. Il était gentil. Bien élevé. Plutôt agréable à regarder. Et il plaisait à ses parents. Ou plutôt sa famille convenait à ses parents. Un bon mariage en somme. Eux qui toute leur vie l’avaient mise en garde contre une mésalliance. Qui lui avaient répété à maintes reprises combien ils seraient déçus si elle n’épousait pas quelqu’un de son rang.
Elle avait fait leur bonheur en leur annonçant que Dimitri l’avait demandée en mariage et qu’elle avait dit oui. Elle n’y avait plus vraiment pensé ensuite. Elle ne s’était occupée d’aucun préparatif, n’avait pas eu son mot à dire sur les invités. C’est tout juste si elle avait pu choisir sa robe, parmi une sélection de robes de créateurs bien entendu.
Il y aurait sans doute un papier sur son mariage dans les pages des magazines spécialisés, le moindre détail prenait donc des proportions inconsidérées.
Mais à la veille du grand jour, elle étouffait. Tout ce monde, tout ce va-et-vient, toutes ces questions auxquelles elle ne savait pas quoi répondre, c’était trop.
Alors que tout le monde s’affairait, elle attrapa un gilet puis discrètement s’esquiva dans le jardin. Tout y était parfait là aussi, évidemment, la pelouse, les fleurs, les arbustes, les haies. Pas de brin d’herbe, ni la moindre feuille qui ne sorte du rang.
Elle se rappela soudain qu’il y avait là, dans le fond du jardin, accrochée entre deux arbres, une balançoire. Elle se réfugiait là quand elle était petite. Elle eut d’un coup une envie irrépressible de se balancer, de sentir le vent dans ses cheveux, d’essayer de toucher le ciel avec ses jambes tendues. De faire comme si elle avait 6 ans, des tresses et des robes à volants.
Il n’y avait personne dehors, tous affairés à l’intérieur autant qu’ils étaient.
Elle défit ses tennis pour courir dans l’herbe, pieds nus. Sensation régressive, promesse d’enfance.
La balançoire était toujours là. La couleur du siège était passée, les cordages élimés mais elle était comme dans son souvenir. Un instant, elle crût même entendre des rires d’enfant. Les siens et ceux de Clémentine et Mathilde. En cet instant, elle aimerait savoir ce qu’elles sont
devenues. Ses deux meilleures amies. Du temps, où elle pensait que les origines sociales n’avaient pas d’importance, qu’elles ne seraient jamais un obstacle. Elles étaient bien naïves.
Clara avait été envoyée dans un pensionnat, Clémentine et Mathilde au collège du coin. Elles s’étaient écrit pendant un temps, et puis les liens s’étaient distendus. C’était un chapitre de sa vie auquel elle ne pensait pas souvent. Il lui était bien trop douloureux de constater à quel point elle était finalement prisonnière de son monde.
Il y a bien sûr des choses bien pires que de mener sa vie, une vie sans incertitudes du lendemain, une vie toute tracée. Mais une vie sans libre arbitre.
Prudemment, elle s’assit sur la balançoire puis commença à se balancer. Lentement tout d’abord puis de plus en plus fort. Elle lança ses jambes d’avant en arrière et prit peu à peu de la hauteur. Elle se sentit libre, comme avant, elle rit. Il n’y avait plus de mariage, plus de convenances, rien qu’elle et les nuages qu’elle tentait d’atteindre avec ses pieds. C’était grisant. Si elle le pouvait, elle ne descendrait pas de cette balançoire, où alors seulement pour voyager, pour découvrir le monde un appareil photo à la main. Capturer les instants de vie, les fragments de beauté pour les immortaliser. Voilà ce dont elle rêvait.
Elle avait pris de la vitesse, suffisamment pour sauter aussi loin que possible. Un dernier mouvement et d’un geste, elle lâcha les cordes. Quelques secondes pour suspendre le temps. Quelques secondes pour être elle-même. Rien que quelques secondes.
Une fois sur le sol, elle se releva, remit de l’ordre dans ses cheveux. Dimitri était gentil, elle l’aimait bien. Peut-être qu’il la rendrait heureuse. Au moins, il ne lui ferait pas de mal. Demain, elle se marierait. Demain… Elle tourna la tête une dernière fois vers la balançoire, la magie s’était estompée, alors elle s’éloigna.