Contes et légendes d'Allemagne

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Contes populaires des différentes régions d’Allemagne qui expliquent les origines des choses, depuis la création des étoiles jusqu’à l’origine de certaines locutions, en passant par la création de l’homme et de la femme, la forme des animaux et des oiseaux, la couleur des plantes...

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EAN13 9782373800135
Langue Français

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Un géant, que l’âge avait rendu paresseux, ne voulut plus se déplacer à pied. Il monta au sommet d’une haute montagne, et au moment où la lune passait au-dessus de la crête, il l’enfourcha et se mit en route en direction de l’ouest, là où le soleil se couche. Ce géant était si lourd qu’après chaque chevauchée le disque lunaire se déformait un peu et qu’il lui fallait du temps pour re-trouver sa rondeur et redevenir plein. La lune avait une telle peur du géant qu’elle se cachait parfois pendant de longues périodes. Telle est l’origine des phases lu-naires et l’explication des phénomènes de la lune plei-ne et du croissant naissant. De nos jours encore, on peut voir sur sa surface des rayures et des cicatrices, traces des sévices infligés par le méchant géant.
Elena Balzamo est spécialiste des littératures scandi-naves et russe, essayiste et traductrice. Auteur d’une thèse de doctoratLe conte littéraire scandinave :évolution d’un genre(1987), elle a édité et traduit deux volumes de contes populaires suédois,Le chien boiteux et autres contes(1999) etContes et légendes de Suède(2002).
Reinhard Kaiser est écrivain et traducteur vivant à Francfort-sur-le-Main, auteur de romans, d’ouvragesdocumentaires et d’essais ; ont été traduits en français : son livre-enquêteIl était deux enfants de roi…(1998) et l’édition établie par ses soins deCette enfant vivra de H. Holzman(2002).
ISBN 2-910272-30-3
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Aux origines du monde Contes Allemagne et légendes d’Allemagne
Aux origines du monde FliesFrance
Ouvrage traduit avec le soutien de Goethe Institut
Aux origines du monde Contes et légendes d’Allemagne,de Suisse et d’Autriche Textes choisis, traduits et présentés par Elena Balzamo et Reinhard Kaiser
Illustrations de Susanne Strassmann
Flies France
Collection dirigée par Galina Kabakova
Relecture : Anna Stroeva Couverture : Susanne Strassmann
Déjà parus :
Contes et légendes de France
Contes et légendes d’Ukraine
Contes et légendes du Japon
Contes des peuples de la Chine
Contes et légendes de Flandre
Contes et légendes de Centre-Asie
Contes et récits des Mayas
Contes et légendes du Maroc
Contes et mythes de Birmanie
Contes et légendes de Turquie
Contes et légendes de Suède
Contes et légendes de Corée
Contes et légendes du Congo
Contes et légendes des Comores
© Flies France, Paris, 2004 ISBN 2-910272-30-3
Préface
« … le nom des Germains a … sa racine dans le motgerminare(croître, pousser), car les Allemands seraient des gens qui poussent sur les arbres… »
Depuis bientôt deux cents ans qui dit « conte populaire allemand » dit « frères Grimm ». Les deux savants (en réalité, deux écrivains de gé-nie, dissimulés derrière l’apparence d’universi-taires érudits) ont donné au conte populaire de leur pays – et, à partir de là, au conte populaire tout court – ses lettres de noblesse, en le sortant de l’anonymat de la tradition orale, en le façon-nant, le refaçonnant, le commentant, l’expli-quant, l’éditant, de sorte qu’il est devenu un best-seller et un classique aussi bien qu’une source d’inspiration et un modèle incontour-nable pour tous ceux qui ont collecté et édité les contes populaires après l’apparition desKinder-und Hausmärchenen 1812. Or, on se doute que, tout allemands qu’ils furent, les frères Grimm n’ont pas poussé sur un arbre et que leur célèbre recueil n’est pas apparuex nihilo: son avènement a été préparé de longue date – par la sensibilisation du public, par le travail des idéologues du romantisme, qui ont éveillé l’intérêt pour le passé national, et aussi par les collectes antérieures, car les
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Grimm n’étaient pas seuls à s’aventurer sur le terrain de la tradition orale. Mais on a beau le savoir, on aurait du mal, en évoquant le conte populaire de cette époque, à citer d’autres noms. (En revanche, aucune difficulté pour ce qui est des auteurs decontes littérairesau même qui, moment, connaissent un essor sans précédent : Hauff, Hoffmann, Brentano, etc.) Un lecteur al-lemand, interrogé sur ce sujet, pourrait à la ri-gueur citer les recueils de J.K.A. Musäus et de Ludwig Bechstein ; pour le public français, ces noms n’évoqueraient pas grand-chose. Plus surprenant encore : on aurait tout au-tant de mal à énumérer les auteurs de recueils postérieursaux Grimm, alors qu’il semble aller de soi qu’une fois en possession d’un pareil mo-dèle, les folkloristes seraient en état de produire des ouvrages tout aussi remarquables.Il n’en fut rien. Les contes des frères Grimm à la fois incarnent le conte populaire allemand et se substituent à lui : nous avons là un arbre qui, pendant plus de deux siècles, a réussi à cacher la forêt. Pourtant, cette forêt existe. Tout au long du e XIX siècle, une armée de folkloristes s’appli-quait à consigner la tradition populaire orale sous toutes ses formes : contes, légendes, chan-sons, proverbes, superstitions. Les résultats de leurs efforts furent publiés parfois sous forme de livres : soit des recueils de textes, soit desouvrages savants dont ils constituaient la ma-tière. Une part non négligeable des collectes fut
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rendue accessible grâce aux divers périodiques, plus ou moins spécialisés. Ainsi, en Allemagne comme dans la plupart des payse e européens, à la fin du XIX – début du XX siècle, une imposante réserve a été constituée, qui demeurait, cependant, largement inconnue du public. Tout récemment eut lieu une tentative pour regrouper ces sources disparates, les rendant plus accessibles non seulement pour les spécia-listes, mais aussi pour le grand public. Unexpert allemand, Hans-Jörg Uther, vient de faire paraître un CD regroupant 42 principaux recueils :Deutsche Märchen und Sagen/Contes et légendes allemands(Digitale Bibliothek, vol. 80, Berlin, Directmedia, 2003). L’ensemble, qui compte 24 000 titres (environ 55 000 pages au total), n’a pas, à notre connaissance, d’équiva-lent dans le monde entier. Le recueil des frères Grimm, qui naturellement en fait partie, n’est responsable que de 220 textes, soit moins d’un pour cent de l’ensemble. Leur collection n’est donc qu’une petite parcelle d’une tradition ri-chissime, authentique et variée. Bien entendu, elle n’est pas épuisée par le CD en question, même s’il couvre plusieurs genres du folklore, plusieurs régions de l’Allemagne : pour des rai-sons évidentes, l’éditeur ne pouvait ni repro-duire tous les recueils existants, ni tenir compte des publications périodiques. Dans ce trésor de la tradition populaire qui, comme nous venons de le voir, n’est nullement
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réductible au « conte grimmien », un genreparticulier nous intéresse, qui, du reste, n’estreprésenté chez les Grimm que par quatorze textes : le conte étiologique. Dans l’ensemblebien ordonné des genres folkloriques, ce conte fait figure de Cendrillon : il n’apparaît pas comme une entité dans l’Index d’Aarne-Thompson, il ne fait qu’exceptionnellement l’objet de recueils en-tiers, il attire rarement l’intérêt des spécialistes et les travaux qui lui sont consacrés sont peu nombreux. Car il s’agit visiblement d’un genre bâtard, d’un phénomène frontalier. Un genre qui ne se définit ni par le schéma événementiel, comme le conte merveilleux (parfois le conte étiologique ne comporte que quelques lignes et est dépourvu de toute action), ni par le type de personnages, comme le conte animalier (on y trouve aussi bien des animaux, que des person-nages humains, des objets, des divinités païennes, des personnages bibliques, des phéno-mènes atmosphériques), ni par son ancrage dans la vie quotidienne, comme le conte facé-tieux (dans le conte étiologique, l’action peut se dérouler n’importe quand et n’importe où). Finalement, la seule chose que ces textes ont en commun, le seul signe formel de leurappartenance générique est le fait qu’ils sont tous censés répondre à la question « pour-quoi ? » et expliquer l’origine du phénomèneévoqué. Notre recherche de textes étiologiques pour le présent volume nous conduisit à consulter
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des sources aussi hétérogènes et variées que le conte lui-même : des recueils de contes popu-laires, établis selon le principe thématique ou régional, des ouvrages érudits consacrés à la tradition populaire, des périodiques. Ce travail a été considérablement facilité par le fait qu’une partie non négligeable des textes qui nousintéressent ont déjà été regroupés à l’aube du e XX siècle au sein d’un seul ouvrage. En 1907 paraît en Allemagne un volumeintituléNatursagen. Eine Sammlung naturdeu-tender Sagen, Märchen, Fabeln und Legenden, autrement ditContes de la nature. Un recueil de légendes, contes et fables explicatifs. Au cours des années suivantes, trois autres volumes virent le jour, le dernier en 1912. L’auteur de l’ouvrage, comprenant plus de mille cinq cents pages, s’appelle Oskar Dähnhardt. Né en 1870 à Kiel, il étudia à Leipzig, Göttingen et Berlin, enseigna à Leipzig, édita quelques recueils de contes et lé-gendes, aussi bien allemands que provenant d’autres pays, avant de mourir en 1915 en Flandre, sur le champ de bataille, à l’âge de quarante-cinq ans, laissant inachevée son œuvre maîtresse,Contes de la nature, qui, outre les contes eux-mêmes, devait contenir une par-tie exégétique, consacrée à ce type de récits, qui le placerait dans le contexte de l’« histoire de l’esprit » (Geistesgeschichte) de l’humanité. Mais même incomplets, cesContes de la nature sont bien plus qu’un simple recueil : la richesse du matériel, la clarté de la disposition, la rigueur,
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