CONTES ET LEGENDES DE FRANCE

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196 pages
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Les contes et les légendes réunis dans ce livre ont
au moins un point commun : ils expliquent l’origine du
monde. Cette vision du monde se caractérise par un
dualisme très prononcé. Les légendes montrent que le
Mal est un principe propre à l’univers tout entier au
même titre que le principe divin. A côté de la terre
ferme, oeuvre du Créateur, s’étendent les eaux, imitation
malheureuse due au diable ; à côté du soleil, cet
astre divin, apparaît la lune, encore une contrefaçon
du Malin. Les créations de Dieu ou du diable peuplent
progressivement le monde et prennent au fil des événements l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui.

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EAN13 9782373800005
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0038 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Aux origines du monde Contes et légendes de France
réunis par Galina Kabakova
Couverture : Suzanne Strassmann
Flies France
Collection dirigée par Galina Kabakova
L’éditeur tient à remercier Claude Gaignebet.
Relecture : Anna Stroeva
Conception graphique de la collection :
Susanne Strassmann
© Flies France, Paris, 1998
ISBN 978-2-910272-03-6
Les contes et les légendes réunis dans ce livre ont au moins un point commun : ils expliquent l’origine du monde. Cette vision du monde se caractérise par un dualisme très prononcé. Les légendes montrent que le Mal est un principe propre à l’univers tout entier au même titre que le principe divin. A côté de la terre ferme, œuvre du Créateur, s’étendent les eaux, imita-tion malheureuse due au diable ; à côté du soleil, cet astre divin, apparaît la lune, encore une contrefaçon du Malin. Les créations de Dieu ou du diable peuplent progressivement le monde et prennent au fil des événe-ments l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui. Ces événements souvent font référence à l’histoire sa-crée, où le Déluge, la Nativité et la Passion du Christ occupent une place de choix. Une explication étiolo-gique peut également provenir d’un conte merveilleux ou facétieux ; les fées amoureuses, les bonnes mar-raines et les méchantes marâtres sont aussi capables de donner naissance à une race d’animaux ou à une espèce de plantes qu’un Judas ou un saint Pierre. Parfois les créations ne correspondent pas tout à fait au dessein du Créateur, comme cela se produit lors de la fabrication de la femme. Ève, cette œuvre « bâclée », produit du hasard, cause bien des dégâts, qui, néan-moins, n’ont pas que des conséquences négatives. Dans ce monde où la création n’est pas encore achevée et où les hommes et les bêtes continuent à par-ler la même langue, les oiseaux apprennent aux hu-mains les secrets de leurs métiers et le diable se fait dérober des instruments fort utiles. Les légendes des origines s’intéressent aussi aux particularités des pays qui composent la France et de leurs habitants. Toutes ces histoires sont rassemblées pour la pre-mière fois dans le but de reconstituer une image de monde assez cohérente, poétique et ludique, perpétuée pendant des siècles par la tradition orale qui n’est pas encore près de disparaître.  G. K.
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1. La fin du monde (Albret)
Le Bon Dieu a essayé deux fois de faire punir ce monde : il l’a toujours laissé se sauver ; mais à la troi-sième fois ce sera pour de bon. La première fois ce fut par un grand vent comme il ne s’en est pas revu, et qui passa partout sur cette terre : tout se renversa ; aucun arbre ne demeura debout. Il se sauva quelques per-sonnes parce qu’il n’y avait pas encore de maisons ; il n’y avait que des grottes. A la seconde fois le Bon Dieu essaya de faire périr ce monde dans l’eau. Il dit à un homme qui était juste, de se faire une grande cuve pour s’y sauver dedans quand les eaux seraient dé-bordées ; ainsi l’espèce ne se perdait pas : — Mets-y le temps qu’il faut, lui dit-il, il te faudra sept ans : le lieu où tu travailleras sera si caché que personne ne pourra le trouver si tu ne le montres. Et en effet, personne ne le sut. Le diable re-mar-qua l’absence de l’homme juste : — Où est votre mari, disait-il à la femme de l’ou-vrier ? — Je ne le sais pas, disait l’autre : il emporte la nourriture, je ne le vois plus qu’au soleil couché. — Demain matin, lui dit le diable, versez toute l’eau de dedans pour qu’il ne puisse pas se laver les
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mains : alors nous saurons ce qui en est. Le lendemain, en se levant, l’homme ne trouva pas d’eau à la cruche, il lava ses mains au vase de nuit. — Alors, dit le diable, demain matin en vous levant versez tout, nous le surprendrons. Ainsi fit-elle et l’homme ne put pas laver ses mains. Le diable le trouva comme il finissait la cuve. Avec un marteau pointu il fit un trou rond ; le pauvre homme le ferma ; le diable en fit un autre. L’ouvrier alla conter au Bon Dieu son ennui. — Tu t’es laissé surprendre, lui répondit le Bon Dieu, tu auras avec le diable de grands dé-mêlés ; il va pleuvoir sur toi pendant sept ans, mais je vais t’accor -der sept ans de plus ; il te faudra faire une provision de chevilles, et tout cheviller à mesure que le vil démon fera ses trous. Ainsi fit l’ouvrier de Dieu : [dans] chaque trou que faisait le diable, il mettait une cheville. Au bout des sept ans le Bon Dieu commença de faire pleuvoir comme son ouvrier plantait la dernière cheville ; le démon fit un autre trou, et l’eau se mit à entrer dans la cuve sans qu’on pût l’étancher. Quand il vit qu’il ne pourrait jamais l’étancher, l’homme se tourna de nouveau vers Dieu. Il n’avait pas fini sa prière qu’une grosse anguille s’engagea dans ce trou et avec sa queue le ferma. Le diable confus dit à l’ouvrier : — Tu en as beaucoup de ces chevilles ? — Plus que des autres, lui dit l’homme. Le diable se retira confondu. Ces eaux du ciel alors se répandirent sur les cam-pagnes ; elles y restèrent longtemps, et quand elles baissèrent, partout se trouvèrent des lacs, des vallées, des collines, des montagnes ; avant ces eaux la terre était une surface plate comme un parquet ; elle doit revenir ainsi plate avant la fin du monde, et alors il y en aura la moitié en chemins. A la troisième fois que le Bon Dieu voudra détruire
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ce monde, il se servira du feu. A ce der-nier jour le so-leil au lieu de se lever du côté de l’orient se lèvera du côté du couchant. Il montera dans le ciel jusqu’à dix heures, et à dix heures avant midi il tombera. Alors tout sera brûlé, et tout le monde périra sans que per-sonne se puisse sauver. Telle sera la fin de ce monde.
2. Le Soleil et la mer (Bretagne)
Au temps jadis où le diable était garçon, le Soleil descendit sur la terre et les habitants, étouffés par la chaleur, ne savaient où se fourrer. Aussi beaucoup mouraient. Ceux qui survécurent supplièrent Dieu d’avoir pitié d’eux. Dieu les écouta, et il envoya tous les saints à leur secours. Ceux-ci descendirent sur terre, et dirent au Soleil de s’en aller. Comme ils refu-saient, ils se mirent tous à pisser. Au bout de huit jours la terre fut couverte d’eau, et le Soleil eut tant de peur d’être submergé qu’il s’en re-tourna aussitôt au ciel et depuis il est toujours resté à sa place. C’est depuis ce moment qu’il y a une mer sur la terre et que l’eau en est salée.
3. La terre et l’eau (Bretagne)
Le diable qui est le singe de Dieu, ou son rival, fait la contrepartie de ce que Dieu vient de créer : c’est ainsi qu’après la création de la terre, le diable créa les
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