Contes & légendes Urbaines - Tome 2
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Contes & légendes Urbaines - Tome 2

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Description

Bienvenue dans ce 2e Tome de mes histoires extraordinaires qui vous réserve bien des surprises. Vous y trouverez :—Comment des liens affectifs peuvent rester concrètement éternels bien au-delà de la mort avec un phénomène ayant fait la Une des journaux en 2015.—La genèse de cet incroyable escalier en apesanteur défiant toutes les lois de la physique et que la science ne peut expliquer. Il sèmera le doute dans plus d’un esprit cartésien.—Vous découvrirez également dans ce livre combien l’homme est capable d’être cruel uniquement par ambition et pour son bon plaisir.—Et cette incroyable histoire vieille de deux siècles qui continue de nos jours à laisser voir un pendu de l’époque !— Enfin, je vous invite également à pénétrer dans un des endroits les plus étranges de notre planète, un lieu que l’homme n’a jamais pu explorer et qui vous fera frissonner.Alors, prêt à vous lancer dans ces fabuleuses histoires ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 février 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9791093167329
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0495€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contes & Légendes Urbaines
 
Tome 2  
 
Tous droits réservés
©Estelas Editions
4B Rte de Laure, 11800 Trèbes France
estelas.editions@gmail.com  
http://estelaseditions.wix.com/estelaseditions  
http://contesetlegendes2.e-monsite.com  
 
ISBN : 9791093167312
ISSN : 2276-0474
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
 
Max Heratz
 
CONTES & LÉGENDES  
URBAINES  
TOME  2  
 
 
 
 
Collection Fantasy  
 
 
 
 
Préface
 
Vous avez été nombreux à avoir aimé le Tome 1 de cette collection Contes & Légendes Urbaines. Aujourd’hui, vous avez entre les mains le Tome 2 qui, je l’espère, vous comblera autant que le premier si ce n’est plus.
Ce Tome 2 fait référence à des faits plus proches de notre époque. Comme d’habitude, je vous laisserai vous débrouiller pour démêler le vrai du faux si toutefois faux il y a.
Quoi qu’il en soit, si vous n’êtes pas ouvert d’esprit, refermez ce livre, ne le lisez pas, il risquerait juste d’ébranler quelques-unes de vos certitudes si bien ancrées pour le confort de votre âme.
 
Bonne lecture aux autres,
Max Heratz
 
 
 
 
 
SMS D’OUTRE-TOMBE
 
 
 
L’amour de ses proches est toujours ressenti quand ils veillent sur nous. Vous n’êtes pas d’accord ?
 
 
 
 
 
 
 
 
Enterrement de Lesley
 
— Nous voici réunis pour saluer une dernière fois celle qui fut une grand-mère, une mère, une tante, une cousine, une sœur ou encore une amie, mais avant tout une femme exceptionnelle.
Lesley restera dans nos mémoires à tous, cela ne fait aucun doute. Alors, puisque cette pensée est notre lien commun aujourd’hui, pourquoi ne pas se souvenir, ensemble ?
Rappelons-nous de cette petite fille blonde qui vit le jour en 1952, dans un petit village environnant de Newcastle qu’elle ne quittera plus. Tout le monde la connaissait et l’aimait, comme un véritable pilier gravé des mots de l’histoire commune, des peines des uns, des sourires des autres, des cruautés humaines mais aussi du bonheur de se retrouver.
Alors à ton tour, souviens-toi : Lesley, aujourd’hui, ce n’est pas un adieu que t’adressent ceux qui t’aiment et qui sont réunis pour t’honorer. Non, ce n’est pas un adieu car tu resteras près de chacun en veillant sur eux, ta dernière demeure n’étant pas celle qu’on pourrait imaginer mais tout simplement leur cœur. Tu es née poussière, tu redeviendras poussière mais ton âme ne nous quittera pas.
 
Droit devant la tombe à ciel ouvert, le révérend Mc Gaulley serre la Bible contre sa poitrine. Le vertex dégarni, figé dans son costume gris sur lequel une croix est épinglée au niveau du revers du col de la veste, il fait face à l’assistance, austère mais compatissant comme sait l’être un homme d'Église dans de telles circonstances.
Sheri éclate en sanglots, touchée par les derniers mots du révérend Mc Gaulley. La blondeur de ses longs cheveux derrière lesquels elle se réfugie ne parvient pas à cacher sa tristesse. La jeune femme de dix-neuf ans en veut à la Terre entière d’avoir laissé partir celle qu’elle chérissait tant, Lesley, sa grand-mère. Partir si tôt des suites d’un terrible cancer est vraiment injuste. Elle était si fière et si heureuse d’avoir une grand-mère si jeune qu’elle avait toujours été persuadée de pouvoir en jouir pendant quelques décennies. Hélas nous ne sommes pas toujours maîtres de notre destin commun et tous ses rêves de petite fille s’en sont allés.
Le père de la jeune femme la prend dans ses bras pour l’entourer de tout son amour. Sa calvitie naissante luit sous les quelques gouttes de bruine qui se font discrètes comme elles savent si bien le faire dans cette contrée. Sa mère représentait tout à ses yeux. Elle était jusqu’à ce jour le repère de toute une famille. Qu’allait-il en être à présent ? Matt sait parfaitement qu’il n’a pas le profil idéal pour reprendre le flambeau de celle qui a su fédérer les siens pour en faire un véritable clan. Il laisse ses propres larmes couler silencieusement sur ses joues et embrasse le front de sa fille adorée :
— Mamie ne souffre plus ma chérie, penses-y.
 
Famille et amis, tous vêtus de noir pour la circonstance, sont atterrés. Une femme si brave, si dynamique, si complice avec chacun d’entre eux ! Comment peut-on imaginer qu’elle parte avant même d’être à la retraite ? Elle qui fut et sera encore le ciment de cette unité générationnelle, le pilier fondateur, ne peut pas les laisser de la sorte. Non, ce n’est pas possible. On sait que ce sont des choses qui arrivent, mais à la télévision, dans les journaux, chez des voisins, certainement pas à eux, non, c’est impossible.
Il faut pourtant bien se rendre à l’évidence : si Lesley fut, Lesley n’est plus.
Face à cette terrible réalité, chacun défile devant le cercueil qui repose au fond d’un trou creusé la veille afin d’y jeter une rose en guise d’adieu. Malgré un air frais, le petit cimetière verdoyant de South Shields est plutôt accueillant. Il donne une sensation de paix et de repos, bref, de bien-être. Mais cette quiétude est souvent interrompue par la sonnerie d’un téléphone que le propriétaire a omis de mettre en sourdine. Quand elle ne provient pas du haut du cortège, on l’entend derrière, mais aussi sur la droite, ou ici et là. Un enterrement digne de son siècle ! Certains prennent même des photos avec leur Smartphone lors des condoléances, d’autres prennent la pose la rose à la main avant de la lâcher sur le cercueil. Ces clichés se retrouveront-ils sur Facebook ? Nul ne peut le dire à ce moment-là.
Quand c’est au tour de Sheri de fleurir le cercueil de sa grand-mère, la jeune femme s’extrait des bras de son père et prend une fleur. Les yeux rouges, elle regarde le cercueil et, au lieu de jeter la rose comme tout le monde, elle sort son téléphone de sa poche et tape un sms : «  je t’aime mami e ». N’ayant pas la force de retenir de nouvelles larmes, elle appuie sur la touche Envoi et jette sa fleur avant de s’en retourner. Lesley avait beaucoup d’amis, ce qui explique la présence de cette foule auquel le petit cimetière n’est pas habitué.
 

 
Une petite collation est offerte à l’auberge du village. La famille tient à ce que chacun n’oublie pas la générosité de celle qui vient de les quitter. Elle aurait été heureuse de les voir réunis ainsi, quasiment tous avec leur Smartphone en main, commentant la cérémonie en évoquant bien entendu feu Lesley. Certains ne se connaissent même pas, ce qui est l’occasion pour remédier à cela.
La salle est pleine, quelques fumeurs s’exilent à l’extérieur le temps de recevoir leur dose de nicotine. M. Ermerson discute avec son jeune frère, Harry. Avec sa carrure de rugbyman, le jeune homme au crâne rasé sur les côtés s’apparente plus à un garde du corps qu’à un danseur d’opéra. Les arabesques tatouées sur son cou renforcent ce sentiment de puissance qu’il dégage.
— Sheri m’inquiète. Elle était tellement attachée à maman qu’elle me donne l’impression qu’on vient de lui arracher la moitié du cœur. Tu as vu comme elle a craqué au cimetière ?
— C’est ta fille Matt, tu as toujours été ultrasensible. Les chiens ne font pas des chats. Mais ce qui m’inquiète le plus c’est qu’elle ait envoyé un sms à sa grand-mère !
— Et pourquoi ne l’aurait-elle pas fait ? Elle ne fait de mal à personne.
— J’espère qu’elle n’attend pas une réponse quand même !
— Je sais que vous êtes très liés tous les deux, tu veux bien faire attention à elle ?
— Bien évidemment !
— Si elle déraille de trop et que je ne m’en aperçoive pas, dis le moi, et sans ménagement, ok ?
— Pas de souci, ça marche. C’est que je l’aime ma petite nièce !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quelques années plus tôt…
 
— Ces petits appareils sont fabuleux ! Bientôt on n’aura même plus besoin d’ordinateur, tout sera réuni en un seul outil : le téléphone, le réveille-matin, l’agenda, l’appareil photo, le MP3 et même le 4, le GPS, la géo localisation, la télévision, la tablette de lecture ; ajouté à cela les logiciels les plus courants, traitement de texte, tableur, montage photo et j’en passe. Ce sera fabuleux et je suis certaine d’en oublier encore ! Il faudrait vraiment que tu t’y mettes Sheri !
— Mais enfin mamie j’ai déjà un téléphone portable !
— Je ne te parle pas d’un téléphone portable, je te parle d’un Smartphone.
— Mais c’est pareil, c’est juste que le Smartphone ça fait genre, c’est tout.
— Tu n’as rien compris, c’est puissant ma petite et surtout c’est l’avenir. Le Smartphone c’est l’antichambre de la révolution de l’humanité.
 
Toute l’après-midi, la jeune adolescente a droit à un cours magistral de sa grand-mère, éternelle passionnée de l’innovation numérique. Quand on interroge Lesley sur les causes qui l’ont poussée à s’ouvrir aux nouvelles technologies elle aime répondre :
— Il y a deux raisons à cela. La première c’est que je n’ai pas envie de vieillir. Être à l’écoute du monde c’est rester en communication avec nos semblables en évoluant avec eux. La seconde raison est ma frustration des années quatre-vingt. J’ai envié les Français et leur Minitel. À l’époque, je vous assure que c’était révolutionnaire alors que chez nous il était hors de question de disposer d’un tel outil ! Comme nos dirigeants peuvent parfois être stupides ! J’ai toujours eu des amis en France et quand j’allais les voir, ils me montraient ce qu’on pouvait faire avec cette invention diabolique. Cette frustration, je ferai tout pour que mes enfants, mes petits enfants et même mes amis ne la connaissent pas.
 
C’est ainsi que les Emerson baignent dans le progrès. Lesley parle de la connectique en général avec une telle passion qu’elle parvient à persuader chacun des membres de son clan à être au top de la high-tech à tel point qu’il est rapidement devenu courant qu’ils ne se parlent quasiment plus que par texto. Ils possèdent même un Cloud en accès partagé. Quand à Instagram, Facebook ou Twitter, il y a longtemps que ces réseaux sociaux n’ont plus de secret pour eux.
La maison de la jeune grand-mère regorge de matériel informatique. Elle ne sort plus sans sa tablette et surtout son téléphone qui est le prolongement de son « moi » comme elle le dit si bien. Et c’est ainsi que chaque membre prend l’habitude de communiquer par sms, envoyant des messages pour tout et n’importe quoi. Les selfies pleuvent chaque jour avant d’être publiés sur Instagram. Mais on photographie également tout et n’importe quoi avant de le poster : le prix d’un produit en promotion dans une grande surface, une mariée qui se prend les pieds dans sa traîne, des gens en train de pousser une voiture, un parapluie qui s’envole… etc. Bref, de tous les membres du clan émanent de nombreux clichés quotidiens. Comme le dit Lesley, la photographie est un complément de notre mémoire. Se souvenir, c’est également mesurer le chemin parcouru. Aussi, quand elle organise des réunions familiales, tout le monde se prend en photo pour son plus grand plaisir. Elle savoure de les avoir convaincus de l’importance qu’elle attache aux vertus du monde numérique.
Les Emerson deviennent ainsi des gens hors du commun d’autant plus que, très vite, les amis sont entraînés dans le même tourbillon de technologie qui vire rapidement à la dépendance. Mais les liens qui les rapprochent tous sont si forts que leur amitié n’a rien de virtuelle. Tous s’apportent quelque chose. C’est de cette synergie réalisée au niveau du cercle familial et amical dont rêve Lesley au niveau mondial. Elle croit dur comme fer que l’humanité peut changer en bien, que les hommes pourront vivre ensemble sans se déchirer grâce au numérique. Utopie ? Peut-être, mais comment ne pas avoir de grands projets ambitieux quand on voit les abîmes vers lesquels se dirige notre civilisation ?
Que de beaux rêves ! Mais c’est hélas sans compter sur le destin. C’est ainsi que Lesley apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Elle envoie immédiatement un Sms à l’ensemble de son carnet d’adresses. C’est la stupeur. Le soir même une réunion s’improvise chez la chef du clan en personne qui tente de calmer les inquiétudes de chacun.
— Je ne suis pas encore morte alors arrêtez avec vos têtes d’enterrement ! Si vous continuez vous allez être capables de me présenter vos condoléances ce soir même ; on marche sur la tête, c’est le monde à l’envers ! Je vais suivre un traitement, je vais me battre contre cette saloperie de cancer mais pour ça j’ai besoin d’être entourée de gens qui positivent, qui fassent des projets ! Vous comprenez ?
 
Ce qu’ignore Mme Emerson c’est que son cancer va être fulgurant, ne lui laissant aucune chance de s’en sortir. C’est ainsi qu’un triste jour de l’année 2011, Lesley Emerson s’éteint laissant un vide abyssal derrière elle. Aucun membre n’était préparé à un départ aussi soudain. C’est la stupeur. Les Sms circulent tels une déferlante survenant après un terrible séisme.
Lors de la mise en bière Sheri qui était la plus attachée à la défunte, place le téléphone, la tablette, la montre connectée et autres objets de cette dernière auprès du corps :
— Tu resteras connectée mamie !
 
Tous essuient une larme devant ce geste sans manquer d’en faire une photo souvenir. Lesley aurait aimé les voir ainsi avec leur Smartphone. C’est ce qu’elle désirait le plus : que tout le monde vive avec son temps, évolue également quitte à bousculer quelques préjugés dits de bienséance. L’essentiel est qu’on se rappelle des adieux qu’on lui fait et de sa dernière demeure.
S’ensuit l’enterrement dans le petit cimetière de South Shields où tout le monde se retrouve sans oublier de garder un souvenir de cette ultime cérémonie donnée en honneur de celle qui a réussi à créer des liens hors du commun entre tous.
Le révérend Mc Gaulley ne s’émeut pas de tous ces gens prenant des photos. Il connaît la défunte et sait qu’elle est en train de sourire, heureuse, en voyant tous les membres de sa tribu garder le plus de souvenirs possible de cette journée pas comme les autres. Il se décale légèrement vers Sheri quand il voit qu’elle va être prise en photo, faisant mine de ne pas le faire exprès. Mais il souhaite secrètement qu’on ne l’oublie pas, ni lui, ni ses offices agrémentés de ses sermons souvent plus orignaux les uns que les autres mais très réfléchis.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les années passent…
 
Trois ans déjà que Lesley n’est plus. La jeune Sheri qui a aujourd’hui vingt-deux ans a pris sur elle de payer l’abonnement téléphonique de sa grand-mère disparue. Elle ne supporte pas de se rendre sur sa tombe et c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour garder un lien étroit avec la défunte. Pour elle, il est hors de question que ce numéro soit attribué à quelqu’un d’autre. C’est donc essentiellement pour ces deux raisons que la jeune femme a décidé de maintenir à ses frais le contrat. Accompagnée de son oncle Harry, elle a fait les démarches nécessaires à l’époque, quelques jours après l’enterrement. Ils se sont rendus à l’agence de l’opérateur téléphonique en lui laissant les nouvelles coordonnées bancaires nécessaires aux prélèvements mensuels de feue mamie Lesley.
Sheri a du mal à accepter le décès de sa grand-mère. Chaque jour qui passe, elle lui envoie plusieurs Sms. Il lui arrive même de lui parler, comme si elle était présente. Lorsqu’elle lui pose une question, elle sourit de la réponse qu’elle seule peut entendre. Personne de son entourage ne s’en soucie, après tout, elle ne cause de tort à personne. Elle se montre heureuse, gaie et pleine de vie, n’est-ce point là l’essentiel ?
Mais le 9 octobre 2014, Sheri ne peut s’empêcher d’écrire à sa grand-mère :
« Tu me manques, mamie. »
« Je veille sur vous, tout ira bien. Fais passer. »
 
Sheri tremble de tous ses membres devant cette réponse inattendue qui s’affiche sur son Smartphone : «  Je veille sur toi  ». Comment diable cela est-il possible ? C’est la première fois que Sheri a une réponse à l’un de ses textos post mortem. Tétanisée, elle est en état de choc et ne sait pas quoi penser.
Elle éteint son téléphone, puis le rallume, consulte le journal des Sms reçus et constate avec stupeur que le dernier Sms «  Je veille sur toi  » provient de son contact «  Mamie  ». Elle vérifie la date : c’est bien celle du jour. Elle jette son téléphone nerveusement sur son lit comme s’il lui brûlait les mains en s’exclamant :
— Oh my gosh ! Ce n’est pas possible !
 
Un fluide glacial circule dans sa colonne vertébrale du bas des reins jusqu’à sa nuque. Elle se frotte les bras nerveusement, reste bouche bée quelques secondes avant de répéter, incrédule :
— Oh my gosh !
 
Dans un effort surhumain, elle se ressaisit, tremblant comme une feuille de tous ses membres. Elle reprend son Smartphone et, agitée, elle tape un Sms :
« Réunion de famille de toute urgence
Help me. Sheri »
 
Puis elle sélectionne le groupe Private Members afin d’envoyer son appel à l’ensemble du clan. Les premiers retours ne se font pas attendre :
— Que se passe-t-il ?
— Tu as été agressée ?
— T’es où ?
— Qu’est-ce qui t’arrive ?
— Tu es blessée ?
 
Et ça n’en finit pas. La jeune femme est tellement choquée qu’elle tremble de tous ses membres et ne peut répondre à tous. C’est alors qu’elle entend la porte d’entrée claquer. Elle sort de sa chambre et dévale les escaliers comme une furie. C’est oncle Harry qui arrive le premier. Elle se précipite dans ses bras :
— Tonton !
 
Dehors on entend des pneus crisser et la porte s’ouvre à nouveau. La maison se remplit rapidement et tout le monde s’interrogeant sur les raisons de ce texto inquiétant :
— Que se passe-t-il ? lui demande son père en la serrant contre lui.
— Mamie m’a répondu au téléphone.
— Mais enfin ma chérie, quand vas-tu comprendre qu’elle n’est plus avec nous ?
— Mais elle veille sur nous papa, elle me l’a dit, regarde !
 
Elle tend son téléphone alors que toute l’assistance l’observe, intriguée.
— Tu vois, il est écrit «  Je veille sur toi  », et si tu consultes le journal, c’est bien le numéro de mamie. La date et l’heure correspondent.
— Peut-être que c’est un Sms qu’elle t’a envoyé sur son lit d’hôpital avant de mourir et, pour une raison technique que j’ignore il serait resté en stock dans leurs serveurs pour n’être routé qu’aujourd’hui.
— Mais enfin papa, à la vitesse où travaille un ordinateur, si ce dernier met trois ans pour acheminer un Sms c’est comme si une lettre envoyée par La Poste mettait un millénaire pour parvenir à son destinataire ! Je veux bien que l’envoi des textos soit différé quand les réseaux sont saturés mais ça ne dure pas trois ans, c’est techniquement impossible !
 
Le Smartphone de Sheri passe de mains en mains et personne ne semble pouvoir avancer une hypothèse crédible qui expliquerait ce phénomène. La mère de la jeune femme adepte de la divination et autres pratiques ésotériques, passe un pendule au-dessus de l’appareil et finit par dire :
— Pensez ce que vous voulez, mais pour moi c’est un Sms d’outre-tombe.
— Maggy, tu n’es pas sérieuse ! ? s’étonne son époux
— Je suis très sérieuse mon cher, mon pendule ne m’a jamais trahie.
 
Des larmes coulent silencieusement sur les joues de Sheri qui relève la tête avant de demander à sa mère :
— Tu crois que je peux lui parler ?
— On peut toujours essayer ma chérie.
 
Prudent, Harry qui ne croit pas trop à toutes ces pratiques ésotériques juge bon de se manifester :
— Avant de faire tourner les tables, on va se renseigner auprès de l’opérateur pour avoir une explication, si toutefois il en a une.
— Oui tu as raison oncle Harry, ce serait plus raisonnable de faire comme ça. Tu m’accompagnes demain?
— Mais oui ma cocotte, tu sais bien que tonton sera toujours là. Mais on y va le matin parce que l’après-midi il y a un match de cricket que j’aimerais bien le voir sur Sky Sports ça ne te dérange pas ?
— Mais non tonton.
 
La jeune femme semble avoir retrouvé ses esprits même si elle demeure quelque peu perturbée. Le soir elle peine à manger et quand elle se couche, elle ne trouve pas le sommeil tout de suite. Elle a l’impression de sentir la présence de Lesley dans sa chambre :
— Protège-moi, mamie. Tu me manques tant !
 
C’est alors que dans le noir de sa chambre, elle sent son drap se soulever légèrement et sa couche se refroidir. Loin de l’effrayer, cette manifestation la rassure. En effet, c’est comme ça que ça se passe chaque fois qu’elle parle à sa grand-mère avant de s’endormir. Sereine, elle ferme les yeux et sourit avant de tomber dans les bras de Morphée.
 

 
Le lendemain matin, oncle Harry accompagne sa nièce chez O2, l’opérateur téléphonique :
— L’abonnement a été résilié mademoiselle.
 
Shari regarde la jeune hôtesse, toute de bleu vêtue laissant apparaître un timide décolleté dans son chemisier blanc. Les ongles vernis d’un rouge vif qui lui va à merveille, elle promène ses doigts avec dextérité sur le clavier avant d’ajouter :
— Il y a six semaines.
 
Machinalement l’hôtesse range ses longs cheveux châtains derrière ses oreilles. Le bleu de ses yeux éclaire un visage qui d’ordinaire inspire la joie de vivre, ce qui est loin d’être le cas à ce moment précis :
— Excusez-moi mademoiselle, je me fais prélever tous les mois depuis trois ans garder ce numéro qui est attribué à ma grand-mère, alors pourquoi serait-il résilié ?
— Ce numéro était effectivement au nom de Lesley Emerson. Comme il n’y avait aucune activité sur ce numéro, nous avons mené une enquête et nous avons appris que le titulaire de cet abonnement était décédé. Nous avons donc procédé à la résiliation d’office.
— De quoi je me mêle ? J’ai quand même le droit de payer un abonnement à qui je veux, même à une personne décédée.
— Oui mais dans ce cas-là il fallait vous mettre cotitulaire de la ligne.
— Je veux récupérer ce numéro. Ça coûtera ce que ça coûtera mais je veux le récupérer.
— Je crains que ça ne soit pas possible. Ce numéro a été réattribué.
— À qui ?
— Je ne peux pas vous le dire. La personne est sur liste rouge.
— Vous vous démerdez. Je vous avertis que si je ne récupère pas ce numéro dans les meilleurs délais, non seulement je résilie tous les abonnements que j’ai chez vous, mais ma famille et mes amis suivront. Vous pouvez vous attendre à une cinquantaine de résiliations qui tomberont d’un coup. Je n’exagère rien et je ne plaisante pas.
 
L’oncle Harry qui était resté en retrait jusqu’à présent s’approche du comptoir et s’adresse à l’hôtesse sur un air de confidence :
— Elle a raison, elle ne plaisante pas. Je suis son oncle et je vous garantis qu’il n’y a pas plus bourrique que ma nièce. Et comme nous sommes un clan très soudé, si elle nous demande de changer d’opérateur, on le fera tous, ne serait-ce que par solidarité.
— Je vais chercher le directeur, veuillez m’accorder quelques minutes s’il vous plaît.
 
Sheri qui était restée le plus calme possible jusqu’à présent laisse passer son interlocutrice avant de se tourner vers son oncle pour lui dire :
— Je suis verte tonton, je suis verte et j’ai envie de l’étrangler. Dis-moi que je fais un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller.
— Attendons de voir ce que va dire le patron, mais j’avoue que moi aussi j’ai envie de revenir ce soir pour incendier leurs locaux !
— C’est beau la solidarité !
— Ben en fait, faut que je t’avoue quelque chose que j’ai toujours gardé pour moi.
— Ah bon, et quoi donc ?
— Promets-moi de ne le répéter à personne.
— Promis juré répond Sheri en levant la main droite.
— Ben moi aussi il m’arrive d’envoyer des Sms à mamie. Un jour j’ai voulu voir ce qu’on pouvait éprouver ; j’ai essayé et tout à coup je me suis senti bien. Alors je me suis dit que si j’avais un coup de blues, je pouvais toujours envoyer un petit Sms là-haut.
— Tu es génial mon tonton adoré !
 
Malgré la gravité de la situation, Sheri parvient à sourire et donne une grosse bise à son oncle. Quelques minutes plus tard, le directeur les rejoint. Son costume noir le rend plus triste qu’un croque-mort et fait ressortir les tempes grisâtres qui trahissent une cinquantaine bien sonnée.
— Bonjour Messieurs dames, je suis Arnold, le gérant du magasin.
 
La poignée de main est ferme mais franche. Derrière ses lunettes cerclées d’or, l’homme prend un air contrit en se malaxant nerveusement les mains. Il invite ses clients à se mettre à l’écart, sans doute pour éviter les oreilles indiscrètes des autres consommateurs et surtout la mauvaise publicité que pourrait lui faire cette histoire :
— Si vous voulez bien me suivre, on va se mettre par là, on sera plus tranquille.
 
Tout en les précédant pour les diriger vers le coin le moins fréquenté de la boutique, Arnold entre dans le vif du sujet :
— Ma collaboratrice m’a expliqué le problème auquel nous sommes confrontés. Bien entendu, nous vous présentons toutes nos excuses pour ce dysfonctionnement.
 
Le trio s’installe autour d’une petite table sur laquelle trône un ordinateur qui semble éteint. Mais si le directeur pense s’en sortir avec de simples excuses, il ne sait pas encore à qui il a affaire. Aussi, Sheri n’entend pas s’en laisser conter de la sorte :
— Vos excuses ne me rendent pas le numéro de téléphone de ma grand-mère, numéro dont je m’acquitte de l’abonnement depuis trois ans déjà sans le moindre défaut de paiement ! Je veux récupérer ce numéro !
— Malheureusement Mademoiselle, j’ai bien peur que ça ne soit pas possible.
— Je vous avertis que si vous ne me rendez pas le numéro de ma grand-mère, ma famille et moi résilions tous les abonnements que nous avons chez vous.
— J’ai vu effectivement que vous comptiez de nombreux contrats chez nous et que vous en avez parrainé un grand nombre, ce dont je vous remercie. Nous pouvons faire un geste commercial pour réparer notre erreur, mais ne me demandez pas l’impossible.
— Vous demander l’impossible ? Mais c’est vous qui l’avez commis l’impossible ! Comment peut-on résilier une ligne qui ne présente aucun défaut de paiement ? Posez la question à vos concurrents et tous vous répondront : IMPOSSIBLE. Alors je vous demande de réparer l’impossible par l’impossible.
— Je ne vois vraiment pas ce que je peux faire.
— Mais c’est très simple : faites ce que vous avez déjà fait, résiliez cette ligne comment dire…
 
Sheri lève les yeux vers le plafond en plaquant son index sur sa tempe, faisant mine de réfléchir. Tout à coup elle baisse ses yeux et les plante dans ceux de son interlocuteur :
— Par erreur.
— Je ne peux pas.
— Et pourquoi ?
— Parce que nous avons revendu ce numéro à une autre compagnie.
 
Sheri éclate d’un rire nerveux et s’esclaffe :
— Mais vous les cumulez ! Vous êtes idiot ou quoi ?

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