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164 pages
Français

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D'après les livres

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Description

« Je voudrais qu'on lut ici que je n'ai aucune envie, lorsqu'il s'agit de littérature, de parler d'autre chose que de littérature lorsque j'en parle... en particulier pas d'auteur, pas de lecteur. Le monde des formes, le monde, l'être du monde, peut-être, c'est autre chose, car le livre « en est ». J'aurai tenté ici, de dire ce que disent mes livres, de m'en faire l'interprète, ayant posé qu'ils ne sont pas mes entravés, qu'ils sont au monde, du monde, et qu'à mon instar ils se fichent, sans doute, lorsqu'il est question d'eux, de mon rapport à quoi que ce soit qui ne soit eux. » Emmanuel Tugny

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Nombre de lectures 20
EAN13 9782376419266
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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L A N G A G E D U L O G O S J E V I E N S V E R S L U I J E T E N D S
ZOÉBALTHUS d’après les livres EMMANUELTUGNY
posTFace de Cyrîl Crîgnon
« Il y a un parTî à prendre, dans les enTreTîens, enTre une cerTaîne paresse qu’on a de parler, ou quelqueFoîs un esprîT absTraîT, quî, nous jeTanT loîn du sujeT de la conversaTîon, nous FaîT Faîre ou de mauvaîses demandes ou de sotes réponses, eT une atenTîon împorTune qu’on a au moîndre moT quî échappe, pour le relever, badîner auTour, y Trouver un mysTère que les auTres n’y voîenT pas, y chercher de la inesse eT de la subTîlîTé, seulemenT pour avoîr occasîon d’y placer la sîenne. » La Bruyère,Les Caractères,De la société et de la conversation, 0
« Un roman – quand îl s’eforce le moîns du monde d’ateîndre à l’œuvre d’arT – s’adresse au TempéramenT. ET ce doîT êTre, en vérîTé, comme en maTîère de peînTure, ou de musîque, ou de TouTe espèce d’arT, l’appel d’un Tempéra-menT à Tous les auTres înnombrables TempéramenTs, donT le pouvoîr subTîl eT îrrésîsTîble doue les événemenTs éphémères de leur vérîTable sens, eT crée l’aTmosphère morale eT émoTîonnelle du lîeu eT du Temps. » Joseph Conrad, Préface auNègre du Narcisse
9juin 1 nous sommes en 06, un dimanche
ZOÉ —Je me souviens de notre tout premier échange, c’était en 2008 alors que nous commen-tions des tableaux de maître, sur le blog de Léo Scheer. Nous comparions les Judith du Caravage, de Cranach, les Salomé de Luini et de Moreau, quand nous avons cité quasi en même temps, un identique extrait deÀ reboursdeJorisKarl Huymans. Puis tu m’as dit voir de l’Espérancesur les traits de Jean-Baptiste, à la tête coupée, j’y voyais déjà laBéatitude. Plutôt pas mal pour une première rencontre. La peinture, tu y as goûtée dès le sein, n’est-ce pas ? C’est un lien charnel que l’on retrouve dans ton écriture, parFois j’ai l’impression que tu n’écris pas mais que tu peins, que tu composes des toiles. Dans ton esprit, cela ressemble-t-il aussi à des tableaux ?
ï n’y a pas une praîque quî me soî à a Foîs pus Famîîère e pus érangère que a peînure. Je croîs a connare, e je a connaîs depuîs ’enFance sous ’ange de sa Fabrîcaîon. Je ne voîs pas en a peînure une agrégaîon d’œuvres. J’y voîs e résua d’une praîque que je saîsîs înîmemen, au souvenîr e en ’acue, comme un dégagemen de geses, d’odeurs, comme un appareî de a reprîse.
C’es-à-dîre que a peînure n’es pas an pour moî un ar qu’un monde. Aors ee m’es Famîîère e, en an que j’y suîs au monde, j’înerroge comme érangère cete auonomîe gagnée quî en Faî un monde où je« me Tîens ».
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ï y a ou e monde dans a peînure pour quî ’a connue enFan : ça sen, ça remue, ça va e ça reprend e puîs soudaîn, vraîmen soudaîn, c’es un espace régué par soî seu quî s’en va Faîre un monde éranger.
Sî je peîns davanage que je n’écrîs (u voîs juse, c’es absoumen e conscîemmen ça) c’es que je ne connaîs pas au monde d’ar quî soî unmodèlepus généreux de ce qu’es un monde.
Or, c’es cea que je veux écrîre : je veux écrîre des mondes.
Au Fond e angage m’înéresse peu, je ne suîs pas un syîse, je poasse peu synaxe e bagage de exîque, je vaîs vîe e droî. Je croîs absoumen en a représenaîon. Je ne vîs pas e angage comme a rendan possîbe en an qu’épîphanîe d’un vîvan auorîaîre. En revanche, je e vîs comme rendan possîbe cee d’un acue.
Le angage me sembe suscepîbe deFaîre l’acTuel. Or, moî, c’es ’acue quî m’înéresse, a présence au monde d’un monde. Nî ’auorîé du angage, quî m’assomme, nî cee du monde en quoî sîégeraî ’unîcîé împéraîve d’un rée.
Je paraphraseraîs bîen Pound :« le langage se meurT quand îl se déparT de la peînTure »
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21 juin nous sommes en 06, un mardi
ZOÉ —Un roman prend-il Forme comme la peinture à l’huile sur le canevas ? Une chanson à l’aquarelle ? Un récit à l’acrylique sur un épais papier coton ? Autrement dit, as-tu une sorte de rituel d’écriture. Et justement, je voudrais que tu décryptes ce splendide quatrain où l’on comprend que le temps règne en maître, ce que tu entends par l’éminence du roman :
L’éminence, c’est le roman Parce qu’il est le lieu du monde Où se valent et se secondent Les ordres de l’âme et du temps
Oh, î y a beaucoup dans cete assîete que u me ends… Le quaraîn, d’abord,dî peu-êre queque chose d’un peu quî Théorîqueen ou cas queque chose quî engage a praîque du roman comme Forme d’une Forme de pensée… J’aî oujours éé sensîbe à ’îdée que e roman éaî d’une essence eshéîque supérîeure parce que s’y conFronaîen (c’es înFus dans e moroman) queque chose don ’on hérîe, une angue Faîe pour dîre a présence du monde, unroman, une angue du quoîdîen, une angue du emps e une acîvîé sédîîeuse du moî percepîF à ’épreuve du emps.
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