De la traînée à la sainte

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[Extrait] A seize ans, j’ai dévalé en toute vitesse la pente raide de l’amour et je me suis heurtée à un rocher nommé mâle. J’ai croisé sur ma route un garçon avec un charme quelque peu satanique. Il avait vingt ans et un teint cuivré qui témoignait de son sang-mêlé. Ses traits révélaient une finesse orientale, mais il y avait en lui une fougue typiquement nègre. Il n’allait plus à l’école et circulait sur sa moto comme un jeune premier de cinéma. Si James Dean incarnait à Hollywood la fureur de vivre, lui c’était plutôt la fureur de déflorer. Il était spécialisé dans le repérage de vierges. Il les flairait à des centaines de mètres à la ronde. Celles qui ne l’étaient plus ne l’intéressaient pas. Ce qu’il voulait, c’était être le premier à s’abreuver pour ensuite se détourner et allait courir d’autres filles. Et il en avait toujours.

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Date de parution 24 octobre 2018
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Langue Français

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De la traînée à la sainte
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© Aminata Sophie Dièye editionbaobab@yahoo.fr Rue 9 X Canal 4 point E Tel : 77 722 72 41 / 33 864 74 63 Fax : 33 864 74 65 BP : 16847 – Dakar / Sénégal Conception : AFN
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Ndèye Takhawalou De la traînée à la sainte Chroniques parues dans l’Observateur
Baobab édition 4
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Cette innocence perdue à jamais…
A seize ans, j’ai dévalé en toute vitesse la pente raide de l’amour et je me suis heurtée à un rocher nommé mâle. J’ai croisé sur ma route un garçon avec un charme quelque peu sata-nique. Il avait vingt ans et un teint cuivré qui témoignait de son sang-mêlé. Ses traits révé-laient une finesse orientale, mais il y avait en lui une fougue typiquement nègre. Il n’allait plus à l’école et circulait sur sa moto comme un jeune premier de cinéma. Si James Dean incarnait à Hollywood la fureur de vivre, lui c’était plutôt la fureur de déflorer. Il était spécialisé dans le repérage de vierges. Il les flairait à des centaines de mètres à la ronde. Celles qui ne l’étaient plus ne l’intéressaient pas. Ce qu’il voulait, c’était être le premier à s’abreuver pour ensuite se détour-ner et allait courir d’autres filles. Et il en avait toujours. Les filles s’ouvraient comme des fleurs à peine écloses qui offraient déjà en leur creux une goutte de rosée au goût de nectar. Il était comme ces divinités animistes qui réclament sans cesse du sang de vierge. Et on se précipi-
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tait sur son lit devenu autel pour lui faire l’offrande de ce qu’on avait de plus précieux. En moi aussi, il a trouvé une source d’où il a fait jaillir de l’hymen. Ma douleur n’était pas que physique, elle était surtout psychique. Ja-mais un sentiment de culpabilité n’a été aussi mordant chez moi. Cette soirée est gravée dans ma mémoire parce que le mince filet rose laissé sur un drap de lit était mon innocence perdue à jamais. Je me suis retrouvée brutalement expul-sée du Paradis, de l’Eden de l’enfance. J’étais devenue soudainement consciente de la nudité de ma conscience. Le sentiment de faute m’habitait. Ce que j’avais vécu ne se limitait pas à une marque sur ma chair. C’est mon esprit qui a été défloré. Ce que j’avais perdu était ines-timable parce que celui qui me l’avait arraché ne le méritait pas. C’était un garçon qui réglait ses comptes avec sa vie et ses identités frag-mentées en détruisant ce que la femme a de plus sacré, ce sceau de Dieu apposé dans son corps, cette fine membrane qui la protège. Il faisait des ravages au collège Saint-Ursule de Thiès où j’étudiais. Les bonnes sœurs le mau-dissaient et priaient durant la messe Jésus et la
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Vierge Marie d’éloigner ce démon au visage d’ange loin du collège. Mais il venait toujours se mettre devant l’école avec sa moto et c’était pour lui plaire qu’on raccourcissait nos blouses. Pour l’aguicher, on se maquillait et, en passant devant lui, on marchait comme de vraies catins. Sœur Graziella, la mère supérieure qui était Italienne, en perdait son latin.
J’ai revu le gars, il y a un an, et il ne m’a fait aucun effet. Il avait subi le revers de la vie et regrettait de n’avoir pas étudié pour avoir une place dans la société. Les soucis de la vie voi-laient ses yeux noisette et il y avait quelque chose de dramatique même dans ses rires. Des salauds comme lui, j’en croisais beaucoup sur mon chemin et pour moins que cela, une femme devient amère et complètement ratatinée du cœur, mais moi j’aime toujours. Je suis comme ces chercheuses d’or qui plongent dans la boue à la recherche d’une pépite. L’Homme est aussi de la boue, il est fait d’argile et d’eau, et on ne peut savoir d’emblée en qui se trouve le trésor que l’on cherche. Même si on me traîne dans la boue, j’accepte, grâce à l’espoir de trouver la pépite d’or un jour, celui qui m’enrichira, non avec des 8
billets de banque, mais par une grandeur d’âme, celui là même qui me délivrera de mes com-plexes de madame couche-toi là en m’offrant plus qu’une étreinte sans lendemain.
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L’universitaire carnassier
Nous vivions dans un monde où les bour-reaux arborent des masques de héros. Mais il suffit qu’une jeune fille avec un corps de nymphe se présente devant eux pour que le masque de respectabilité tombe et l’on dé-couvre leurs faces cachées de fauves. Ceux-là même qui semblent loin de tous vices en sont les principaux acteurs, mais ils jouent si bien un rôle emprunté qu’on ne se doute pas de leur perversité. Cette catégorie de gens, j’en ai si souvent croisés que j’ai le cœur en charpie et j’avance blessée. Le pire dans tout cela, c’est que je suis tellement habituée à ce qu’on entre en moi par effraction que ça me paraît normal. Et c’est cela le grand danger : Accepter l’inacceptable. Très tôt, les hommes m’ont cou-su un vêtement où je me sens très à l’étroit et mal à l’aise, celui de l’anticonformiste qui brise de temps à autre la monotonie de leurs exis-tences. C’est moi qui ajoute du piment dans leurs vies lorsqu’ils ont envie d’assaisonner leurs quotidiens bien rangés avec des épouses
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