Demain une oasis

-

Français
100 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Il était moitié médecin moitié technocrate et exerçait à Genève. Il avait un nom. Il n'en a plus : on le lui a retiré un soir, avec le reste de son existence. Une limousine devant, une derrière, un coup de freins, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux baffes bien assénées, une cagoule, des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Normal pour un kidnapping ! C'est au réveil que ça commence à clocher, quelque part dans un désert africain, à côté d'un vieillard gravement gangrené, quand un commando humanitaire lui confie la responsabilité médicale du village dans lequel il l'abandonne.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 mars 2015
Nombre de lectures 2 215
EAN13 9782846269759
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Ayerdhal
Demain, une oasis
Du même auteur
LECHANT DU DRILLE,roman,Au diable vauvert CHRONIQUES DUN RÊVE ENCLAVÉ,roman,Au diable vauvert TRANSPARENCES,roman,Au diable vauvert
ISBN 13 : 9782846261173
Ce roman a été publié pour la première fois en 1992 © Éditions Au diable vauvert 2006
Au diable vauvert www.audiable.com La Laune BP 72 30600 Vauvert contact@audiable.com Catalogue sur demande
À JeanChristophe Leblet qui a toujours dans les yeux un éclat de désert et les rêves dun homme bleu.
Première partie
Le temps des contraintes
Et les yeux grands ouverts, délivrés de la nuit, je sais que quelque part un enfant assis attend la pluie. Daniel Balavoine
Chapitre 1
Cette version doit bien être la cinquantième, du moins estce la cinquantième fois que jecommence ce quest ce au juste ? Une biographie ? Je nen suis pas certain.  Tu te perds encore, sesclaffe Tatiana. (Elle se sert de son écran pour intercepter ce que le mien affiche.) Raconte, bon sang ! Contentetoi de raconter comme à des gosses, par exemple. Nous navons pas denfant, nous nen avons jamais eu, nous sommes trop âgés pour en avoir à présent et nous nen voudrions toujours pas. Parfois cela nous a manqué, parfois, mais ceût été un crime pour nous, vous comprenez ? Non, mais vous comprendrez, cest ce que je me suis promis, cest pour cela que jécris.  Si tu mets lépilogue en prologue, tu ne ten sor tiras jamais ! Tatiana aime les choses carrées, logiques.  Par quoi veuxtu que je commence ? disje. Elle se lève, sûre delle, impérieuse, magnifique, et elle se place derrière mon écran. Le regard quelle me jette est un encouragement à nêtre que moi, aussi faible et
9
10
futile, brouillon et immature que je suis toujours. Pensez ce que vous voulez, elle na jamais été aussi belle. Elle ne fait quembellir ; chaque ride, chaque cicatrice, chaque stigmate de son vieillissement ne font que lembellir.  Raconte ce qui timporte, juste ce qui timporte. (Elle sourit, elle sait tellement ce qui mimporte.) Mais situele dans lespace et le temps, et situetoi dans le contexte. Sois partial.  Cest la première phrase qui me pose un pro blème. Elle rit.  La première phrase ? Tu es bien né quelque part, non ? Tu as un nom, des origines, des Jai beaucoup de choses, en effet. Jai Tatiana.
Je ne mappelle pas. Jai porté un nom pendant qua rante ans, mais cest fini ; tout ce que jai porté pendant ces quarante années est fini, oublié, incinéré. Même en me concentrant, je ne parviens pas à retrouver la moindre image, le moindre bruit. Tout se résume en quelques phrases. Cela pourrait débuter par : le 30 janvier de cette annéelà, jai fêté mon quarantième anniversaire avec des collègues (je navais pas damis, à peine quelques collègues), mais je nen suis pas sûr. Le lendemain, je suppose que je suis allé bosser avec la gueule de bois. Je nai jamais pensé que javais un poste à responsa bilité, je remplissais ma fonction telle quon me lavait définie de la manière dont on me le demandait, ou sug gérait, mais cela ne faisait pas grande différence. Pour tant, sur le papier, cétait ronflant et, sur la fiche de paie, encore plus respectable.
Au départ, jétais médecin, sans spécialité particulière si ce nétait un penchant marqué pour la prévention statistique des maladies microcosmiques. Moyennant quelques années de pratique en station orbitale, cela aurait dû faire de moi un ponte de la médecine sociale en milieu clos, sur une des Lagrange, sous un des globes planétaires ou dans nimporte quel groupe de stations industrielles du système. De bien des façons, au début du troisième essor spatial, cétait un travail très grati fiant et, pour cause de mathématiques probabilistes des plus rebutantes, sans concurrence sérieuse. Ma thèse sur la « propagation sympathique » des maladies non conta gieuses avait fait plus de bruit que je ne my étais attendu et, dès ma première candidature auprès de lAgence Spatiale Européenne, je fus nommé à un poste denca drement sur Lagrange 4 comme adjoint au délégué de lOrdre, responsable de toute la structure sanitaire de la station. Cétait énorme et essentiellement administratif, jaurais pu y trouver mon compte si je navais été atteint de géotropause, une affection psychosomatique qui me cloue à jamais sur Terre. Moi qui navais rêvé que de laventure spatiale et orienté toutes mes études en ce sens, je me retrouvais coincé et aigri dans un sousbureau sousministériel à éplucher des statistiques et à remplir des formulaires de recommandations. Un moment jai envisagé de mins taller en libéral, un autre détudier une spécialité clinique, pour finalement me satisfaire des missions de plus en plus politiques que la Communauté Européenne me confiait auprès de lOrganisation Mondiale dExpansion Spatiale. Contrairement à son image publique, lOMESnest pas étroitement liée à lONU:, elle nen dépend même pas
11
12
elle est une émanation directe des autorités politiques des « nations spatiales ». Sans savoir comment, jai fini par me retrouver salarié de lOMES, au département social, commission médicale, comme directeur de la souscommission chargée de la prévention sanitaire. Mon rôle était tellement explicite que les stations menvoyaient parfois leurs doléances en matière de toutàlégout et de retraitement des déchets orga niques : pour elles, je moccupais des chiottes. Plusieurs fois, par dérision, il mest arrivé de mettre en demeure les nations ou les entreprises concernées dassainir leurs problèmes de plomberie. Jai même publiquement admonesté un chef de cabinet pour le manque dhy giène des toilettes dune station minière dans les asté roïdes. Cétait à peu près les seules fantaisies dont lOMESme laissait jouir et lessentiel de mon emprise sur la passionnante fonction que joccupais. Une fois, une seule, jai tenté délargir mon influence en demandant officiellement aux stations de transfor mation de réduire les durées de travail sans accroître les cadences, parce que les statistiques indiquaient chez elles un taux alarmant de dépressions extraprofessionnelles et des difficultés de réadaptation insurmontables après les sessions de travail. Si ma suggestion ne touchait que des entreprises privées, à une ou deux exceptions près, elle concernait toutes les nations, qui se sont toutes enten dues pour contreexpertiser mon rapport et le rendre caduc. Jai parfaitement compris que les dépressions nen traient pas dans les priorités médicales et que certains impératifs de rendement primaient sur lépanouisse ment individuel, dautant que le nombre de chômeurs
suffirait encore longtemps à pallier la défection des sala riés « stressés ». Je me suis quand même suffisamment débattu pour quon me parachute quelquun audessus de la tête, quelquun à qui je devais remettre toutes mes analyses et qui, seul, était habilité à les concrétiser, ou non. Sincèrement, je ne peux le leur reprocher : je me suis toujours senti incompétent pour cette tâche. Il fallait un politique et je nai jamais rien compris au métier de politicien. Bref, peutêtre auraisje dû alerter les médias, cela maurait au moins permis duser des journaux pour crier : « Je vous avais averti ! » quand, un an plus tard, des émeutes éclatèrent dans les deux stations périsa turniennes. Encore une fois : bref. Tout cela pour dire que, malgré lindécence de mes émoluments, ma plaque dofficiel et le titre de haut fonc tionnaire international, je nétais quun petit bureaucrate plus ou moins bien dressé. Alors, quand on ma kid nappé, jai battu tous les records de stupéfaction.
Chapitre 2
Javais vraiment toutes les raisons de prendre mon enlèvement au sérieux, mais je ny suispas parvenu. Que cela marrive à moi était absurde. Je travaillais au siège de lOMES, à Genève, tard, parce que jai toujours aimé travailler de nuit, quand les cou loirs et les bureaux sont vides, que personne ne peut plus perturber ma solitude. À moins dune poignée dheures de laube, jai rejoint le parking souterrain et jai quitté limmeuble. Lavenue était moins déserte que dhabitude, jai immédiatement remarqué une limousine derrière moi, puis une autre, devant. Celle de devant roulait si mal que je nai pas pu la doubler immédiatement. Au moment où jaccélérais pour la dépasser, elle a planté les freins et jai embouti son parechocs. Un accident à Genève dans le quartier administra tif Je suis descendu de ma voiture, prêt à ricaner, et jai béé à men décrocher la mâchoire face au pistolet mitrailleur quun type masqué braquait sur moi. Lautre véhicule a fait hurler ses freins et deux lascars, tout aussi
15