Détails de ce monde
41 pages
Français

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Détails de ce monde

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Description

Savez-vous que mettre la main dans sa poche pour y toucher une grosse liasse de billets fait baisser la tension artérielle ? Qu'une méthode de régime très sérieuse consiste à se bloquer les mâchoires à l'aide de fils métalliques ? Que 52,71 % des statistiques sont fausses ?


Ce sont quelques-unes des informations que renferme cet ouvrage, dans lequel Jean-Claude Carrière laisse libre cours à sa fantaisie, sa science, sa culture, et nous fait profiter du regard ironique qu'il porte sur le monde et ses détails.


Que ce soit sous forme de pensées, de dialogues, de conseils, d'anecdotes, d'extraits de journal intime, Jean-Claude Carrière excelle à faire surgir l'absurde, à débusquer le paradoxe, à relever l'incongruité.


On apprendra ainsi, pêle-mêle, pourquoi, dans l'Athènes antique il fallait frapper à la porte avant de sortir de chez soi, pourquoi les habitants d'Uqbar, en Irak, ont banni la copulation et les miroirs au XVIIIe siècle, on saura tout de l'influence de la Lune sur le visage des femmes, ou sur les négociations entre vidéastes amateurs et chaînes de télévision à New York au soir du 11 septembre 2001.


Autant de détails qui en disent peut-être plus long sur l'état de notre monde que n'importe laquelle des théories.





Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 juillet 2012
Nombre de lectures 68
EAN13 9782749128719
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture

Jean-Claude Carrière

DÉTAILS
DE CE MONDE


image

Couverture : Aurélia Lombard.
Photo de couverture : © Jacques Sassier/Gallimard/Opale.

© le cherche midi, 2012
23, rue du Cherche-Midi
75006 Paris

Vous pouvez consulter notre catalogue général
et l’annonce de nos prochaines parutions sur notre site :
www.cherche-midi.com

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ISBN numérique : 978-2-7491-2871-9

du même auteur

La Force du Bouddhisme, entretiens avec le Dalaï-Lama, éditions Robert Laffont, 1994.

Le Cercle des menteurs, contes philosophiques du monde entier, éditions Plon, 1999.

Le Vin bourru, éditions Plon, 2000.

Le Dictionnaire amoureux de l’Inde, éditions Plon, 2001.

Les Années d’utopie. 1968-1969 : New York, Paris, Prague, New York, éditions Plon, 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les détails du monde sont des amants.

RUMI

Journal intime

(Extraits)

La mort peut survenir à chaque instant. Il est bon d’y penser le plus souvent possible. Par exemple, chaque fois que j’ouvre un tube de dentifrice, je me demande si j’en verrai la fin.

*

J’ai un ami, il trouve un port dans chaque fille.

*

J’évite de me regarder dans ma glace, mais elle insiste.

*

Je n’ai que mon travail, ma femme, ma famille, mon argent, ma santé. Rien d’autre.

*

Plus je réfléchis sur moi-même, moins je me trouve égocentrique. Et je suis sincère.

*

Je n’ai pas de chance dans la vie. Je suis sûr que, si je devenais célèbre, personne ne le saurait.

*

J’ai deux frères, l’un qui est médecin, l’autre qui est malade.

*

Je suis un partisan déclaré de ma liberté d’expression.

*

Ma femme et moi, nous nous entendons à merveille. Par exemple, quand je suis fatigué, elle se repose. Et quand je baise, elle jouit.

*

Je pense, donc je fuis.

*

J’aime les saisons. J’aime avoir froid l’hiver et chaud l’été. J’aime bander au printemps et être triste à l’automne.

*

J’ai le sommeil très léger. La nuit dernière, le bruit d’une araignée m’a réveillé.

*

Le monde va mal. Je cache à mes amis que je suis bien portant.

*

J’ai vu un homme seul passer sur un tandem. Je me suis dit : tiens, un veuf.

*

Taisons-nous, cela va sans dire.

*

Suis-je le seul à être deux ?

*

J’ai beaucoup de peine à me représenter l’infini. Quant au fini, cela m’est impossible.

*

Je veux bien me coucher comme les poules, à condition, parfois, de me coucher avec.

*

Que le bon Dieu, madame, vous pardonne vos péchés, qui hélas ne sont pas les miens.

*

Un suicide formidable a été celui de mon père. Il a tout préparé, il a fait son testament, il a réglé toutes ses affaires, il a fixé la date, l’heure, et quatre jours plus tôt il est mort d’une crise cardiaque.

*

J’ai visité le salon de l’auto-satisfaction. Il y avait un monde fou.

*

À force de caresser, ma peau devient épaisse.

*

Les femmes ne sont jamais plus belles que quand elles disent adieu. Elles sont quelquefois moins belles quand elles reviennent.

*

Bienheureux les peuples toujours vaincus, qui n’ont pas de jours fériés pour célébrer leurs victoires.

*

Ce matin, je me suis réveillé content, la conscience bien tranquille. J’avais rêvé, pendant la nuit, que je donnais de l’argent à un pauvre.

*

Je suis ton esclave. Tu peux faire de moi tout ce que je voudrai.

*

Je me souviens de ce que je n’ai pas connu. Le reste, je l’oublie.

*

Je t’aime. Sans toi, je suis comme une cymbale qui essaierait de jouer seule.

*

L’après-midi, je m’assieds et je pense. Quelquefois, juste je m’assieds.

*

Je ne peux pas me marier. Je ne peux pas faire ça à une femme.

*

J’entends un glas qui sonne. J’espère que ce n’est pas le mien.

*

Je suis comme tout le monde, je ne ressemble à personne.

*

Votre nombril ne m’intéresse pas.

*

Tous ces souvenirs qui nous attendent.

*

J’ai tendance à toujours me sentir innocent, même si je n’ai commis aucune faute.

*

J’ai deux oreilles, deux yeux et une seule bouche. Je mange comme quatre.

*

Je ne connais personne. On a sonné à ma porte, un jour. Une femme voulait des renseignements sur mes voisins, que je ne connais pas. Le lendemain, elle est revenue. Elle m’a encore demandé des renseignements. Je lui ai dit : je ne les connais pas. Elle est partie. Elle me manque.

*

J’ai rêvé que je n’arrivais pas à trouver le sommeil.

*

En ce moment, les gens meurent comme des mouches. Du coup, il y a de plus en plus de mouches.

*

Une place très recherchée : bibliothécaire aux enfers.

*

Je fais le bien : que faire d’autre ?

Dialogues

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– Tais-toi.

– Je ne dis rien.

– Mais si. Tu vois bien que tu parles.

*

– Dites un.

– Un.

– Dites deux.

– Deux.

– Dites trois.

– Trois.

– Dites quatre.

– Quatre.

– Qu’est-ce que vous savez dire encore ?

– Cinq.

*

– Vous venez avec moi ?

– Où ça ?

– Où vous voudrez.

– Alors je ne viens pas.

*

– Quel jour est-on ?

– Le 21.

– Non, le 22.

– Alors pourquoi tu me le demandes ?

*

– Nous avons, tous les deux, exactement les mêmes goûts.

– Il y en a un des deux qui se trompe.

*

– Tu as dit ta prière ?

– Non.

– Tu as bien fait.

*

– Tu paries pour ou contre ?

– Contre.

– Moi aussi. Qu’est-ce qu’on parie ?

*

– Dommage que Dieu n’existe pas.

– Pourquoi ?

– Parce que, s’il existait, il pourrait mourir.

*

– On mange avec des baguettes, en Inde ?

– Oui. Dans les restaurants chinois.

*

– Je vais chez le vétérinaire.

– Qu’est-ce que tu as qui ne va pas ?

*

– J’ai lu qu’un jeune homme est tombé amoureux d’un escalier.

– C’est l’ascenseur qui va être jaloux.

*

– Vous avez lu les Mémoires d’Hadrien ?

– Oui, mais j’ai tout oublié.

*

– C’est bien triste, ici, dit une femme dans un hôpital.

– Vous n’avez pas un ami ?

– Si, mais il n’est pas malade.

*

– J’ai un peu froid.

– Mets ta montre.

*

– Ça te fait mal, là ?

– Non.

– Et là ?

– Non plus.

– Et là ?

– Ah oui… Merci…

*

– Vous croyez en Dieu ?

– Je ne crois pas.