Émile Ollivier. Un destin exemplaire

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120 pages
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Pour commémorer le dixième anniversaire de la mort d'Émile Ollivier (1940-2002), écrivain,sociologue, éducateur, le pari est lancé de révéler au grand jour le visage multiple de cet intellectuel passionné. Cet ouvrage retrace les paris, les combats, les questionnements, les pensées et le double enracinement - Québec et Haïti - ayant marqué cette trajectoire. Auteurs, universitaires, chercheurs et amis font découvrir les diverses facettes de l'oeuvre: exigence d'une écriture, paysages de l'exil, errance des êtres déplacés, échos du pays natal et du monde, et surtout ce fervent souci de la cité. Découvrons la complexité et la cohérence d'un univers. Émile Ollivier, le schizophrène heureux est présent parmi nous.

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Date de parution 06 juin 2013
Nombre de visites sur la page 6
EAN13 9782897120443
Langue Français

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ÉMILE OLLIVIER
UN DESTIN EXEMPLAIRE
Mise en page : Virginie Turcotte Maquette de couverture : Étienne Bienvenu e Dépôt légal : 2 trimestre 2012 © Éditions Mémoire d’encrier, 2012 Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Gauvin, Lise, Émile Ollivier : un destin exemplaire (Collection Essai) ISBN 978-2-89712-044-3 1. Ollivier, Émile, 1940-2002. 2. Écrivains haïtiens - Québec (Province) - Biographies. 3. Littérature de l'exil. 4. Éducation. I. Titre. PS8579.L38Z64 2012 C843'.54 C2012-941172-8 PS9579.L38Z64 2012 Nous remercions Madame Marie José Glémaud et les Éditions du Cidihca pour leur aimable autorisation de reproduction des photos de leurs archives. Nous remercions également les archives de l'Université de Montréal pour avoir permis l'accès à leurs documents et la reproduction de certains d'entre eux. Nous reconnaissons, pour nos activités d’édition, l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada et du Fonds du livre du Canada. Nous reconnaissons également l’aide financière du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec. Mémoire d'encrier 1260, rue Bélanger, bureau 201 Montréal, Québec, H2S 1H9 Tél. : (514) 989-1491 Téléc. : (514) 928-9217 info@memoiredencrier.com www.memoiredencrier.com Version ePub réalisée par : www.Amomis.com
ÉMILE OLLIVIER
UN DESTIN EXEMPLAIRE
SOus la iRectiOn e Lise Gauvin
COllectiOn Essai
Dans la même collection : Transpoétique. Éloge du nomadisme, Hédi Bouraoui Archipels littéraires, Paola Ghinelli L’Afrique fait son cinéma. Regards et perspectives sur le cinéma africain francophone, Françoise Naudillon, Janusz Przychodzen et Sathya Rao (dir.) Frédéric Marcellin. Un Haïtien se penche sur son pays, Léon-François Hoffman Théâtre et Vodou : pour un théâtre populaire, Franck Fouché Rira bien... Humour et ironie dans les littératures et le cinéma francophones, Françoise Naudillon, Christiane Ndiaye et Sathya Rao (dir.) La carte. Point de vue sur le monde, Rachel Bouvet, Hélène Guy et Éric Waddell (dir.) Ainsi parla l'Onclesuivi deRevisiter l'Oncle, Jean Price-Mars Les chiens s'entre-dévorent... Indiens, Métis et Blancs dans le Grand Nord canadien, Jean Morisset Aimé Césaire. Une saison en Haïti, Lilian Pestre de Almeida Afrique. Paroles d'écrivains,Éloïse Brezault Littératures autochtones, Maurizio Gatti et Louis-Jacques Dorais (dir.) Refonder Haïti, Pierre Buteau, Rodney Saint-Éloi et Lyonel Trouillot (dir.) Entre savoir et démocratie. Les luttes de l'Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH) sous le gouvernement de François Duvalier, Leslie Péan (dir.) Images et mirages des migrations dans les littératures et les cinémas d'Afrique francophone, Françoise Naudillon et Jean Ouédraogo (dir.) Haïti délibérée, Jean Morisset Bolya. Nomade cosmopolite mais sédentaire de l'éthique, Françoise Naudillon (dir.) Controverse cubaine entre le tabac et le sucre, Fernando Ortiz Les Printemps arabes, Michel Peterson (dir.) L'État faible. Haïti et République Dominicaine, André Corten
PRÉSENTATION
DNdESTINEXEMPLAIRE Lise Gauvin J’ai toujours eu une grane amiration pour Émile O llivier. Pour l’homme, fin causeur, attentif à toutes les formes e culture,  igne représentant e ce qu’il ésigne ansLa Brûlerie comme Le « Ministère e la Parole ». Pour l’œuvre, ont la pertinence et l’originalité ont été mainte fois reconnues. Après l’avoir côtoyé au cours es années 1980 et l’avoir invité à collaborer à la revue Possibleses ans le care es, j’ai eu l’occasion e le revoir à quelques repris événements entourant le prix Carbet e la Caraïbe – qui lui fut accoré en 1996 pour lesscellées Urnes et ’apprécier son humour tonique. En 2000, nous – avions été reçus le même jour à l’Acaémie es lett res u Québec. Nous nous sommes retrouvés ensuite au jury u prix e l’essai écerné par cette institution. deux ans plus tar, en octobre 2002, Émile Ollivier prononçait sa ernière conférence publique lors ’un colloque que j’avais co-organisé à l’Dniversité e 1 Montréal sur « Le ire e l’hospitalité ». C’est onc sans hésiter que j’ai accepté l’invitation faite par les responsables u Centre e recherche sur la littérature et la culture québécoise (CRILCQ) e pr éparer une journée ’étue à partir u Fons Émile Ollivier éposé à l’Dniversité e Montréal, journée qui a eu lieu le 11 février 2011. Les textes réunis ici sont en majeure partie issus e cette journée et renvoient à es ocuments inéits que no us avons pu consulter 2 grâce à ce fons . Quant aux photos, elles proviennent soit e ce fo ns, soit es archives personnelles e Marie José Glémau, ép ouse ’Émile Ollivier, qui nous a aimablement autorisés à les publier. On trouvera ans cet ouvrage un parcours ’Émile Ol livier qui porte aussi bien sur son itinéraire ’écrivain que sur celui e soci ologue e l’éucation. Alors que dany Laferrière évoque les multiples talents e son ami, Marcel Fournier et Julien Lanry retracent l’intellectuel engagé qu’il n’a cessé ’être. Les premiers romans ’Ollivier sont présentés sous l’angle e la mémoire (Klaus) ou e la rumeur (Satyre) et la réception critique e l’œuvre est aborée par Christiane Niaye et Mylène dorcé. J’examine pour ma part le r apport particulier qu’entretenait Ollivier avec la question e l’exil, question qui traverse l’ensemble e ses récits et e ses essais. Il ne s’agissait pa s ’analyser ici chacune es 3 publications ’Ollivier, auxquelles ’autres ouvrag es ont éjà été consacrés , mais plutôt e onner un aperçu e certaines es or ientations qui y sont privilégiées, en écho à l’aspect biographique évoqu é par Laferrière et Fournier. Dne euxième partie s’intéresse aux corresponances ’Ollivier. Les échanges avec les éiteurs, présentés par Isao Hiro matsu, évoquent les ébuts u jeune romancier et ses ifficultés pour se faire publier. Les lettres à Gérar Aubourg, un ami avec qui il a corresponu urant pr ès e vingt ans, sont es ocuments précieux qui témoignent es haltes et « pa ssages » e la vie u romancier. Ce portrait contrasté montre à quel point celui qui aimait se écrire comme un « cheval fou » a surtout représenté pour ceux qui l’o nt fréquenté un estin
4 exemplaire ’écrivain et ’intellectuel .
1 Cette conférence est reprouite ans Émile Ollivier,Repérages 2,Leméac, 2011. 2 ClasséFonds Émile Ollivier P349, division e la gestion e ocuments et es archives, Dniversité e Montréal. C’est aussi grâce à certains inéits recueillis ans ce fons et grâce au concours e Marie José Glémau que nous avons pu préparer la publication eRepérages 2. 3 Voir, notamment, « Émile Ollivier », numéro spécial ’Études littéraires, sous la irection e Christiane Niaye, vol. 34, no 3, été 2002 ; Satyre, Joubert,Émile Ollivier : cohérence et lisibilité du baroque, Sarrebruck, EDE, 2011. 4 Je tiens à remercier les responsables u Service es archives e l’Dniversité e Montréal et ceux u CRILCQ ainsi que maame Marie José Glémau pour leur soutien ans l’élaboration e cet ouvrage. Je remercie également Isao Hiromatsu pour son travail e « repérage » ans les archives ainsi que le soutien u Conseil e recherches en sciences humaines (CRSH) qui a renu celui-ci possible.
PORTRAITSETPERSPECTIVES
RAPIDEPORTRAITDUNAMIENDIXÉCLATS Dany Laferrière LARENCONTRE – Décembre 1976. Un dimanche soir glacial montréal ais, comme on en trouve dans la poésie de Nelligan. Toute la t ribu des intellectuels et artistes haïtiens, qui vivaient à Montréal depuis p lus d’une décennie, s’était retrouvée dans le salon aux vastes baies vitrées de l’appartement de Mireille Barberousse. On mangeait, buvait, fumait, dansait, mais surtout on causait. On parlait naturellement de la situation politique haï tienne (la dictature des Duvalier), mais aussi de littérature, de cinéma, d’ histoire et de musique. Il y avait là : le cinéaste Roland Paret, le chanteur Jean Coul anges et son jeune frère, le guitariste Amos Coulanges, le poète Anthony Phelps, le politologue Daniel Holly et sa femme Hélène Magloire (la fille du poète Magl oire Saint-Aude que Breton a naguère comparé à Nerval), le dramaturge Syto Cavé qui vivait lors à New York, la sociologue Micheline Labelle qui enseignait à l’ Université du Québec à Montréal, l’économiste Yves Montas qui signait dans la revueNouvelle Optique des articles implacables sur la bourgeoisie féodale haïtienne du pseudonyme de Jean-Luc en hommage à Goddard, l’éditeur Hérard Jad otte, l’historien Claude Moïse et le sociologue Frantz Voltaire qui dirigeai t le CIDHICA, un centre de recherches caribéennes. On était au milieu de la so irée quand Émile Ollivier et sa femme Marie José Glémaud, qui écrivait alors une thèse sur Magloire Saint-Aude, ont franchi la porte. C’est Milo, m’a soufflé Voltaire en le voyant prendre place au bout du divan. J’ai tout de suite été atti ré par la douceur qui émanait de sa personne. Sa simple présence donnait un ton plus modéré et courtois à la soirée qui commençait déjà à déborder (alcool + pol itique). Il avait cette façon particulière de tendre l’oreille quand quelqu’un pr enait la parole, et de trouver du sens même à des opinions rapides et émotives. Dans ma petite chambre de la rue Saint-Denis, cette nuit-là, j’ai repensé à Émil e Ollivier, en me disant que c’est rare de voir un pareil mélange d’intelligence et d’humanité chez un intellectuel. LACUISINEarlé des talents deL’historien Claude Moïse, son alter ego, m’avait p cuisinier d’Émile Ollivier. J’étais impressionné ca r je tiens Claude Moïse pour un excellent cuisinier. Puis un jour, Ollivier m’invit a à dîner. Il habitait à Notre-Dame-de-Grâce, ce qui était à mes yeux le bout du m onde. À l’époque, je quittais rarement les limites du Quartier latin. Qu and je suis arrivé chez Ollivier, il était en train de préparer le repas. Une odeur accu eillante. Je l’ai donc rejoint dans cette vaste cuisine bien éclairée où il rayonn ait. Il nous a offert à boire, à Claude Moïse et à moi, tout en fredonnant une bluet te d’été. Marie José, sa femme, comme Dominique, sa fille, le taquinait là-d essus. Au fil de la conversation, j’ai découvert son côté midinette. Il ne se contentait pas de connaître par cœur les succès de la saison, il s’in formait des moindres détails de la vie amoureuse des vedettes de l’heure. Plus l e cliché sur l’amour était gros, plus il était touché. Cette poésie naïve (les vers mirlitons des chansonnettes) lui allait droit au cœur, ce qui fai sait sourire un Claude Moïse tout aussi romantique, mais plutôt imperméable à ce genre de littérature. J’ai compris ce goût étrange quand j’ai entendu Ollivier évoquer son adolescence à
Port-au-Prince. Pour tout le monde, mais plus encor e pour un exilé, l’adolescence est une machine à produire des images brûlantes et nostalgiques. Surtout quand le paysage où s’est déroulée cette ad olescence commence à s’effacer de notre mémoire. On a du mal à vivre l’e ffritement de cette sensibilité primitive. Pendant que ces idées se bousculaient da ns mon esprit, Ollivier se démenait à nous préparer un délicieux canard à l’or ange. J’écoutais la conversation entre Claude Moïse et lui à propos de leurs plats favoris. L’historien Moïse, cet homme qui vient du centre d’ Haïti, une région connue pour ses grandes rizières, pratique une cuisine national e où les épices locales tiennent le haut du pavé, tandis qu’Ollivier, né à Port-au-Prince, est plutôt un cuisinier cosmopolite qui ne rechigne pas à la fusi on des genres. Deux visions différentes qu’on retrouve parfois dans la politiqu e haïtienne. LALITTÉRATUREéricains. AvecDéjà à Port-au-Prince, je lisais les romans sud-am Ollivier, j’ai trouvé quelqu’un avec qui partager m on enthousiasme pour Amado, Cortázar (Marelle), ou Asturias (surtout son portrait du dictateurMonsieur le Président). Et notre favori (on salivait rien qu’à en parler ) c’étaitGabriela, girofle et cannelle de cherche d’uneAmado. L’histoire du Syrien Nacib parti à la re cuisinière et qui tombe sur la plantureuse Gabriela . On y parlait de cuisine et de désirs dans un style ensoleillé qui nous rappelait Haïti. On connaissait García Márquez par cœur. Ses premières nouvelles (Pas de lettre pour le colonel) comme ses grands romans (Cent ans de solitude etL’amour au temps du choléra). Ollivier avait un faible pourChronique d’une mort annoncée. Une mécanique parfaite. C’est ce côté intellectuel qui l’a fait pencher pour le Nouveau roman et Robbe-Grillet, Barthes et le degré zéro de l’écriture, ou la revue d’avant-gardeTel Queldirigeait le versatile Sollers. Les essais de que Julia Kristeva qu’il lisait aussi attentivement. J’ avais du mal à le suivre dans cette direction. Ollivier aimait bien être au coura nt des dernières idées à la mode, et Paris en produisait à plein régime. Il s’é tait intéressé à ce débat autour des nouveaux philosophes (Bernard Henri-Lévy et Glu cksmann), même s’il se rangeait du côté de ceux (Castoriadis, Debray, Mori n) qui les contestaient. En fait, il lisait de tout, et se fournissait à la lib rairie Olivieri, en face deLa Brûlerie, son café favori. Il captait les bons mots et les bo uts de dialogue qu’il entendait autour de lui. Il notait les situations loufoques p our les insérer dans ses romans. Il écrivait assez lentement, et donnait l’impressio n rassurante de prendre son temps pour regarder vivre ses personnages. Cet amou reux de la langue pouvait sacrifier la logique du récit afin de conserver une phrase « élégante ». En tout, il privilégie l’élégance. Que représentait la littérat ure pour lui ? Elle pouvait redonner sa dignité à une vie que l’exil a cherché à dégrader. FELLINI– Ollivier aimait beaucoup le cinéma italien (il av ait un goût particulier pour les récits un peu loufoques de Lina Wertmüller dont l’amusantMimi métallo blessé dans son honneurn). Je me souviens de notre interminable conversatio au sujet deVers un destin insolite, sur les flots bleus de l’é , un film assez moyen de Wertmüller dont le sujet (Combien de temps faut-il pour qu’un jeune prolétaire et une bourgeoise arrogante, échoués sur une île déserte après une tempête, deviennent simplement un homme et une femm e ?) nous excitait grandement. Finalement, je crois que sa préférence allait aux films de Fellini qui avaient une plus solide trame romanesque. Combien d e fois on a évoqué l’art de