En attendant la liberté

En attendant la liberté

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74 pages

Description

Ce roman bref et incisif n'est pas seulement la relation d'une émeute, en arrière plan se dessine le cadre de vie d'une population africaine type : la pauvreté des quartiers populaires aux chaussées défoncées et aux bas-côtés chargés d'immondices face à l'opulence des quartiers occidentalisés où les tenants du pouvoir logent leurs maîtresses. La précarité de vie des paysans obligés de passer la frontière pour vendre leurs produits à un prix décent, opposée à l'abondance des vins fins et des alcools rares de la table présidentielle, etc. Bien qu'il stigmatise une certaine réalité africaine, ce livre ne sombre jamais dans la caricature.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782379180620
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaires
Résumé
Auteur
Illustration
Chapitre premier - L’émeute
Chapitre II - La prison
Chapitre III - Ignace Téti
Chapitre IV - La réconciliation
Épilogue
Sommaire
Résumé
Préliminaires
Le lieu de l'action ? Un pays de l'Afrique actuelle , celle des indépendances : La République Lôglaise. A sa tête, le Président Ange G OUGNON, vieillard omnipotent qui manie adroitement un discours lénifiant et pacifist e mais qui sait composer avec une réalité faite de répressions brutales, d'arrestatio ns arbitraires et d'exécutions clandestines.
Le point de départ de l'action ? Une bousculade qui dégénère en émeute, à l'occasion de résultats d’examen qui mettent brutalement en lu mière les graves injustices du système scolaire lôglais. L'émeute baptisée complot contre le chef de l’Etat, donne l’occasion à l’armée de réaffirmer sa toute puissan ce : écrasement des insurgés avec meurtres, emprisonnements, tortures, humiliations d e toutes espèces.
Les protagonistes du drame ? Vakou, un professeur p usillanime et obséquieux, entièrement acquis au Parti Unique, mais par hasard témoin de l’émeute; son oncle commerçant au bon sens petit bourgeois mais qui con naît son bon droit et le clame; Ignace Téti, ex-étudiant et chômeur, le héros pur e t dur, qui s'oppose ouvertement aux autorités; Dany le Rouge ouvrier et délégué syndica l qui avec Akou Mobio, agent d’assurances, soutient inconditionnellement Téti; T outoupeu Gokon, paysan égaré dans un conflit qu’il ne peut comprendre. En face d e ces victimes, le commandant Qwashie tortionnaire cynique et dépravé.
Ce roman bref et incisif n'est pas seulement la relation d'une émeute, en arrière plan se dessine le cadre de vie d'une population africaine type : la pauvreté des quartiers populaires aux chaussées défoncées et aux bas-côtés chargés d'immondices face à l'opulence des quartiers occidentalisés où les tena nts du pouvoir logent leurs maîtresses. La précarité de vie des paysans obligés de passer la frontière pour vendre leurs produits à un prix décent, opposée à l'abonda nce des vins fins et des alcools rares de la table présidentielle, etc.
Bien qu'il stigmatise une certaine réalité africain e, ce livre ne sombre jamais dans la caricature.
Auteur
Gnaoulé OUPOH, né en 1952 en Côte d’Ivoire est Doct eur en Lettres. Depuis 1979 il est attaché de Recherches au G.R.T.O.
Illustration
Photo de couverture, extrait de :« Guerre du peuple en Angola »
Chapitre premier L’émeute
« Je voudrais voir le duplicata du dernier bulletin de notes de ma cousine Bata Eliza qui est inscrite dans votre établissement », demand a Vakou sur un ton de reproche à la dame qui était supposée assumer la fonction de Secrétaire du Censeur.
En quelle classe était-elle inscrite l'année derniè re, s’enquit la Secrétaire, une belle jeune fille aux toilettes raffinées. Le dos tourné au visiteur, et le regard collé à un petit miroir, elle était en train d'extraire avec délicatesse quelques cils rebelles à l'aide d’une pincette. Près de la machine à écrire dont elle n’a vait pas encore ôté la housse, étaient posés tout un attirail de produits cosmétiques, un roman-photo et des beignets enveloppés dans du papier journal.
Elle était en sixième; « C, compléta l'oncle de Vak ou, le père d’Eliza ». Je ne sais pas pourquoi, poursuivit-il, on l'avait mise en sixième traditionnelle alors quelle a fait toutes ses études primaires en enseignement télévisuel, s’ était presque exclamé Tonde qui avait fait un sérieux effort d’articulation et de s yntaxe pour bien se faire comprendre. « Et puis continua-t-il en criant, vous ne m'avez p as envoyé son dernier bulletin jusqu'à présent; et il paraît qu’elle a été renvoyée. C’éta it pour la renvoyer que vous avez fait exprès de mal l’orienter ? Et puis c’est déjà la re ntrée, comment vais-je m’arranger, hein ? ».
« Mon frère, coupa un parent d’élève en se tournant vers l’oncle, c’est nos enfants seulement qui vont à l’école télévisuelle tandis qu ’ils envoient leurs enfants étudier dans les pays étrangers — vraiment ce pays-là est p ourri ».
Pendant cette invective contre le système scolaire et le gouvernement du pays, la dame qui faisait office de secrétaire par intérim, le front plissé, l’air très détaché d’une personne ne se sentant pas concernée par les propos qui se tenaient, continuait à fouiller dans les dossiers. Elle sortit celui d’Eli za et le remit à Vakou qui piaffait d’impatience et d’énervement. Il l’ouvrit rapidemen t, faillit même déchirer l’une des pièces du dossier, fouilla; son regard s’immobilisa sur les bulletins de notes. On pouvait lire sur le dernier : moyenne mensuelle : 7 ,35 sur 20. Travail très insuffisant, exclue de l’établissement.
« Vous auriez pu tout de même expédier le relevé de notes du mois de juin ! Nous aurions depuis longtemps pris d’autres dispositions pour lui trouver une place ailleurs ». Au moment où Vakou achevait sa phrase, un homme entra dans le bureau; il dévisagea tous ceux qui étaient là, avec une petite moue de mépris sur ses lèvres rougies certainement par l’alcool.
— « Bonjour Mesdames », fit-il, en se dirigeant ver s son bureau. Ce fut le planton, à qui ne s’adressait pas le salut qui répondit. Quand à la secrétaire et son adjointe qui venait d’arriver peu avant son patron, elles avaien t préféré garder le silence.
— Mais enfin Mesdames, c’est bien vous que j'ai sal ué non ? rugit le censeur irrité par l’attitude de ses collaboratrices.
— Ah ! Monsieur, moi, j’ai un nom; je ne m’appelle pas « mesdames », répliqua Abiba Cissé, la dactylographe. Tout en parlant elle ne s’ était pas donné la peine de lever la tête; mieux elle mâchonnait un chewing-gum qu'el le faisait claquer
ostensiblement pour bien marquer qu’elle se moquait éperdument de l’irritation de son patron.
— « C’est entendu, Mademoiselle Cissé, je crois qu’ il va falloir que je me décide à me passer de vos services. Trop, c’est trop. » Le cens eur était cette fois intervenu d’un ton qui se voulait calme. Mais on sentait qu’il éta it énervé.
Balo, c’était son nom, payait peut-être les frais d e sa légèreté, à l’égard du personnel féminin et tout naturellement, le travail administr atif qui aurait dû être exécuté rapidement, traînait en longueur. Recevoir dans ces conditions un bulletin de notes dans les délais réglementaires, relevait du miracle . Cela, Vakou, le savait pour en avoir fait l’amère expérience. En y pensant, il se surpri t en train de sourire, le regard fixé sur le bulletin de notes. Mais il réprima très vite son sourire; la situation ne s’y prêtait pas et l’oncle qui était debout à ses côtés, les nerfs à fleur de peau, prêt à vilipender les autorités du pays, n’aurait à coup sûr, rien compri s à son attitude.
« Madame, repris Vakou, à l’adresse de la secrétair e : Vous voudrez bien m’établir un duplicata du dernier bulletin de notes. J’en aurai besoin pour inscrire ma cousine dans un autre établissement. »
« Tout de suite, monsieur; je vais l’établir », rép ondit la secrétaire. Elle ouvrit son tiroir, en retira un registre de bulletins vierges, et comm ença le report des notes. Vakou suivait la scène du regard sans voir en réalité ce qui se passait. Sa pensée était revenue à la situation du censeur, et il se revit l ui-même, quelques années en arrière. Il était alors inscrit en deuxième année de lettres mo dernes, et avait obtenu une place d’enseignant dans un des nombreux établissements pr ivés de la capitale, une ville champignon qui faisait la fierté de la république d e Lôgla. Vakou remplissait dans ce collège la fonction de professeur de français en si xième. Il en était à sa première année d’enseignement; c’était d’ailleurs une carriè re qu’il s’était, depuis son jeune âge, promis d’embrasser mais il avait jusque-là été rete nu par une grande timidité. A la Cité universitaire, il était l’un des rares étudiants à ne pas fréquenter les boites de nuit. Il n'aimait pas danser, sortait peu et travaillait bea ucoup. Il était rare qu’on le vit en compagnie d’une jeune fille et parfois ses camarade s de cité, pour le pousser à sortir de sa réserve, lui imposaient une compagne.
Cela le gênait énormément parce qu’il n’arrivait pa s à ouvrir la bouche devant elle, encore moins à lui faire des avances. Il se rabatta it alors sur son électrophone, y empilait des disques qu’il écoutait interminablemen t, en évitant avec soin les silences qui l’auraient contraint à échanger des propos avec celle qui lui avait été proposée. Les quelques rares relations sexuelles qu’il lui était arrivé d’avoir, lui avaient été imposées ou presque, par des compagnes entreprenantes qui en savaient plus que lui sur ce chapitre.
C'est ce Vakou qui, un matin, se trouva dans une cl asse de sixième devant une quarantaine d’élèves dont plus de la moitié était d es jeunes filles. Ces élèves étaient, pour la plupart, d’un âge un peu plus avancé que ne l’exigeait les normes officielles.
Leurs parents dont beaucoup étaient de condition tr ès modeste, les avaient inscrits dans cet établissement davantage pour se donner bon ne conscience que pour autre chose; ils savaient eux-mêmes qu’ils ne pourraient pas faire face, l'année suivante, aux frais de scolarité qui augmentaient à mesure que l’ élève avançait dans ses études. Et
vakou le savait.
Chaque fois qu’il y pensait, il en était mortifié, et il lui arrivait d'être dégoûté par ce qu’il appelait l’égoïsme des grands de ce monde, en parla nt des autorités Lôglaises. Mais il n'avait pas que ce problème avec ses élèves. Il éta it aussi tenté de céder aux avances des jeunes filles de sa classe. Un jour, en levant la tête du bureau où il était assis pour faire l’appel, son regard était tombé sur l'entrecu isse d’une des élèves qui visiblement faisait tout pour le charmer. Jacqueline Ouraga, c' était son nom, avait promis à ses copines de classe, de faire pencher les faveurs du professeur de son côté. Elle avait lancé un défi à ses amies qui nourrissaient le même projet qu’elle.
Vakou ne savait pas qu’elles s’étaient déjà réunies à son sujet, qu'une lutte âpre était engagée pour sa conquête. L’important pour ces jeun es filles, c’était lui, et non le cours de grammaire sur les adjectifs verbaux qu'il venait de commencer. Le cours fut pénible pour Vakou qui faisait tout pour montrer qu’il domi nait la situation. Il dut à plusieurs reprises fourrer la main dans sa poche pour conteni r les assauts de son bas ventre.
— Vous avez compris ? interrogea le professeur en m anquant une pause.
— Oui monsieur, répondirent en chœur les élèves, da ns une clameur qui frisait l’automatisme.
— Bien ! Dans ce cas, mademoiselle Jacqueline Ourag a, pouvez-vous me répéter ce que je viens de dire ?
Jacqueline avait sursauté; peut-être ne s’attendait -elle pas à toucher si facilement sa cible. Elle était manifestement troublée. Intérieur ement elle se félicitait d'avoir été, malgré l'embarras dans lequel la question la plaçai t, la première à qui monsieur Vakou avait adressé la parole et elle en ressentit une pe tite pointe d’orgueil. Elle se promit donc de pousser plus avant sa démarche et avec un b eau sourire qui laissa voir deux belles rangées de dents d’une blancheur mise en rel ief par le noir-nuit de ses gencives, répondit : « Monsieur, je n’avais pas très bien sui vi ». En lâchant ces mots, elle avait laissé tomber son crayon. Dans un mouvement lent, e lle se baissa pour le prendre, offrant au regard de Vakou qui s’attardait sur ses appâts, une vue plongeante sur une petite paire de seins clairs et fermes quelle ne s’ était pas donné la peine d’encombrer d’un soutien-gorge.
— Vous, vous avez tout de même compris quelque chos e, bredouilla Vakou après s'être raclé la gorge. Un flot de sang lui était mo nté à la tête et en l’espace de quelques secondes, il lui avait semblé que le sol s e dérobait sous ses pieds. Jacqueline s’aperçut qu’elle l’avait ébranlé et déc ida de lâcher prise en baissant son regard qu’elle tenait jusque-là appuyé sur lui.
— Alors, qui est-ce qui a bien compris ? demanda Va kou en faisant un effort pour reprendre le dessus.
— Moi, monsieur s’exclama le voisin de Jacqueline, Téti, un jeune garçon très enthousiaste et volontaire qui, sans laisser au pro fesseur le temps de réitérer sa question, reprit, en un débit rapide, le cours dans ses grandes lignes.
— Très bien ! Explosa Vakou soulagé. Je n’ai tout d e même pas prêché dans le désert ! Bon, ce sera tout pour aujourd'hui. Il jet a un coup d’œil à sa montre. Il lui restait encore un quart d'heure de cours.
— Prenez une demi-feuille de cahier, ordonna-t-il; écrivez dans le sens de la longueur,
en haut : fiche de renseignements et, dans la marge , vos noms et prénoms, date et lieu de naissance, établissements fréquentés, profi l envisagé. J’entends par profil envisagé, expliqua-t-il, la carrière que vous aimer iez embrasser à la fin de vos études.
— Monsieur, vous voulez qu’on dise le métier que no us voulons faire plus tard, s’informa le jeune Téti en exultant presque.
— Oui, c’est cela, répondit le professeur, le regar d plongé dans la mallette où il cherchait une boîte d’allumettes pour embraser le b out du mini cigare qu’il portait aux lèvres. Vakou n’était pas un fumeur. Le matin m ême, avant d’entrer en classe, il avait exceptionnellement acheté cette boîte de ciga res pour lui servir de remontant au cas où il se sentirait quelque peu défaillant. I l se leva et se dirigea vers le seuil de la porte en lâchant une bouffée de fumée, l’air sérieux.
L’heure sonna et le chef de classe chargé de récupé rer toutes les fiches, remit le paquet au professeur qui le fourra dans sa mallette et sortit d’un pas lent. Vakou se posait une foule de questions :
Avait-il réussi à faire correctement son cours ? Le message était-il passé ? Qu’en pensaient les élèves ? Comment le trouvaient-ils ? Bon ou mauvais enseignant ? Bon peut-être, se dit-il, puisque l'un des élèves avait réussi à répéter textuellement le cours. Mais il y avait l’attitude de Jacqueline Ouraga qui le turlupinait. Avait-elle carrément refusé de répondre à sa question et pourquoi ? Ou b ien n'avait-elle franchement rien compris, ce qui est très grave non seulement pour e lle mais surtout pour Vakou qui pourtant pensait avoir mis tout son sérieux et son savoir-faire dans ce cours inaugural. Il se promit à la fin de la semaine de demander aux élèves de dire sous forme de copie anonyme ce qu'ils pensaient sincèrement de son ense ignement, cela lui permettrait d’en avoir le cœur net. Pour l’heure, il pressait l e pas pour entrer à la Cité universitaire et jeter un coup d’œil sur les fiches de renseignem ents. Sitôt arrivé, il commença le dépouillement. Les fiches réservaient bien des surp rises. La première était celle de Jacqueline Ouraga. Elle était âgée de dix-huit ans en classe de sixième et rêvait d’être médecin. La pauvre, s’apitoya Vakou, elle risque av ec de telles ambitions de passer toute sa vie à l’école; en classe de sixième, elle n’était déjà pas une lumière.
Vakou avait tourné la fiche et venait de se rendre compte que Jacqueline y avait rédigé une déclaration d’amour. « Monsieur, je vous aime. Je vous attendrai samedi prochain devant la Cité des étudiants où vous résidez. Je vo us embrasse fort et partout ». Quelle audace ! Vakou n’en revenait pas. Machinalem ent, il sélectionna toutes les fiches des filles de la classe et il s’aperçut qu’i l y avait plus de renseignements qu’il n’en avait voulu et que dans l’ensemble elles étaie nt intéressées plus par sa personne physique que par son cours. Il lui fallait donc se déterminer face à cette situation. « Je vais en rendre compte au Directeur des études qui l es punira sévèrement pour insolence à l'égard du professeur », se dit Vakou, comme pour trancher définitivement le débat entre l'ardent désir de satisfaire ses bas Instincts et la continence que lui imposait la déontologie professionnelle.
« Non ! Il n'est pas question de les faire punir », se ravisa Vakou, après un long moment de réflexion. Qu’obtiendrai-je au bout du co mpte ? Une meute de filles révoltées contre moi et qui, non seulement bouderai ent mes cours, mais aussi s’ingénieraient, chaque fois qu’elles le pourraient , à me glisser des peaux de bananes sous les pieds. Au fond, ont-elles été insolentes e n me déclarant le plus naturellement
du monde leurs sentiments ? Est-ce être insolent qu e d’avouer son amour ? Tout de même non, reconnut Vakou.
Certes, elles ont osé et cela me gêne énormément, m ais elles n’ont pas tort de dire ce qu’elles ressentent. Je pense au moins qu’elles son t sincères, se dit-il, en poursuivant son monologue intérieur, puis il se tourna vers la glace de son placard. Il s’étonna, en se regardant, de susciter tant de passions. Qu’ont- elles vu en moi ? s’interrogea-t-il à haute voix, presque au bord de l'énervement.
Il en était là, quand Koné, son voisin de palier, e ntra dans sa chambre, l'air moqueur :
— « Alors, Vakou le curé, on parle tout seul mainte nant ? J’étais sûr que tu allais un jour ou l'autre devenir fou. Et voilà que les faits me donnent raison. Passe-moi un peu de sel, je reçois une copine à dîner, nous iron s ensuite au cinéma, du cinéma en boîte et après... devine le reste. Ça ne te dit rien ça, toi ! Je parie que tu es impuissant ». Koné s’était servi dans la cuisine sa ns attendre l’autorisation de Vakou et était sorti en claquant la porte, riant à gorge déployée.
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Va kou en avait assez d’être traité de mauviette, d’impuissants et autres vocables qui met taient en doute sa virilité.
Même les étudiantes de la Cité, sur ce chapitre ne croyaient pas beaucoup en ses moyens, et il ne souhaitait pas que ses élèves se m êlassent à la danse. Le lendemain matin, lorsqu’il franchit le seuil de la classe, sa résolution était déjà prise. Il allait répondre favorablement à toutes les sollicitations, à commencer par celle de Jacqueline. Après elle, ce fut Agathe, puis Céline, Georgette, Catherine... Et comme il fallait s'y attendre, l’autorité du professeur Vako u en prit une rade coup. Il n'arrivait plus à imposer le silence à ses élèves malgré les puniti ons qu'il leur infligeait. Comme une traînée de poudre, l’information sur ses rapports a vec Jacqueline d'abord, puis Céline et les autres, avait rapidement circulé. Elle avait même franchi les limites de sa classe et quand il passait dans la cour du collège, ce n’é tait plus que des murmures dans son dos : « Voici le chéri de Jacqueline, non ! c'est le chéri de Céline...
Vakou dut donner sa démission après seulement deux mois de cours. Il ne pouvait plus continuer à travailler dans cet enfer. Mais il ne le regrettait pas. Son séjour dans ce collège lui avait permis de faire cesser à la Ci té des étudiants les rumeurs à propos de son impuissance. Il était désormais un homme aux yeux des autres. Vakou comprenait donc parfaitement, et pour cause, la sit uation dans laquelle se débattait Ballo, le censeur et...
— J’ai fini de reporter les notes, Monsieur, lança la secrétaire d’une voix caressante, qui sortit Vakou de sa rêverie. Je vais déposer le bulletin à la signature.
— Vous voudrez donc attendre ou repasser dans quelq ues minutes. Monsieur le censeur est sorti ». Elle avait prononcé « Monsieur le censeur » d’un ton qui trahissait le peu de considération dans laquelle el le tenait son patron. En, levant les yeux, elle s’aperçut que Vakou avait compris sa réa ction; elle baissa les yeux et battit des cils, confuse.
— J’ai bien l’impression que vous ne le portez pas dans votre cœur votre patron, dit cyniquement Vakou avec un petit rire en coin.
La secrétaire ne répondit pas mais se contenta de j eter un coup d'œil furtif à Vakou
avec l’air de lui dire de quoi je me mêle ? Occupez -vous de vos oignons Monsieur. Vakou invita son oncle à sortir. Ils avaient encore d’autres courses à faire. Ils devaient passer à l’inspection de l’enseignement primaire po ur prendre les résultats d’un des fils de l'oncle qui, lui, avait passé le concours d'entrée en sixième.