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En éclipse

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Une légende raconte que le Soleil et la Lune étaient amoureux. Un amour impossible puisque leur union est irréalisable. Ainsi, Dieu créa l'éclipse pour montrer qu'il n'existe dans le monde aucun amour impossible. Après vingt ans de silence, Luna fut frappée par la foudre passionnelle du passé une seconde fois. Mariée puis veuve ; mère et diplomate, elle ne s'attendait plus à ce que le passé, bien enterré, revienne la hanter en force. Cette souffrance profonde l'incite à voir un psychologue. Entre le passé et le présent, elle jongle avec les souvenirs de sa vie, pour décrire son dilemme émotionnel à travers une étude psychologique approfondie et pour finalement nous dévoiler un secret bien caché. Pourquoi Sol, chirurgien renommé marié, l'amour de sa vie, était-il revenu, après vingt ans ?

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Date de parution 01 avril 2017
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EAN13 9791096394166
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,085€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

SUE BAZZI
EN ÉCLIPSE
R O M A NÀ celui qui détient le masqueOn raconte que le Soleil et la Lune glissaient en exaltation l’un vers l’autre. Leur passion
demeure impossible puisque leur union est insensée. Ainsi, Dieu créa l’éclipse pour montrer qu’il
n’existe dans le monde aucun amour impossible.
Après vingt ans de silence, Luna fut frappée par la foudre passionnelle du passé une seconde
fois. Mariée puis veuve ; mère et diplomate, elle ne s’attendait plus à ce que le passé, bien enterré,
revienne la hanter en force. Entre le passé et le présent, elle jongle avec les souvenirs de sa vie,
pour décrire son dilemme émotionnel à travers une introspection approfondie, pour finalement
nous dévoiler un secret bien enfoui. Pourquoi Sol, chirurgien renommé marié, l’encre de son
coeur, était-il revenu, après vingt ans ?La vie est un labyrinthe. Nous commençons le jeu sans savoir ce qui nous attend à l’autre
bout de l’énigme. Des chemins compliqués qui n’aboutissent qu’à une seule issue, une seule
certitude : la mort. Entre ces deux bouts, nous nous cognons, nous nous égarons puis nous
nous conquérons. Selon certains choix ou certains actes, nous gagnerons ou nous perdrons.
Nous pouvons nous faire mal, nous déchirer, nous détruire, trouver le bonheur ou bien nous
contenter ou renoncer tout simplement. Fuir. Prendre des risques. Affronter. Vivre. Aimer. Nous
continuons ce cercle vicieux inlassablement jusqu’au dernier salut. Mais, il reste que même ce
salut est incertain…L ’ É C L A I R E U R
J’ouvrais mes yeux lentement, mes paupières étaient lourdes, la lumière faible. La petite fenêtre
ne laissait passer qu’une petite lueur de la journée grisâtre et pluvieuse de ce mois d’août. Je
baignais dans une lumière sombre. J’avais l’impression de me réveiller d’un long sommeil
douloureux. J’étais dans une pièce vaste, un bureau très simple en bois massif trônant au centre,
mais il était vide. Partout, des livres, posés sur des étagères parsemées par ci et par là,
remplissaient l’espace. Une bougie brûlait doucement au loin, posée sur une table basse à côté de
l’homme assis sur ce grand fauteuil et qui me regardait tranquillement, comme s’il ne voulait pas
me déranger. Un mélange de musc et d’ambre chatouillait mon nez. L’odeur était délicieuse,
envoûtante et surtout calmante, j’aimais. J’étais assise en face de lui, au coin d’un long canapé en
cuir noir et froid, mais bien confortable. Un paquet de mouchoirs était placé devant moi sur une
petite table basse.
Je n’avais plus aucune force. Je ne voulais ni parler ni bouger. Ce fut le silence total pour
quelques instants.
Il me fixait droit dans les yeux, grand, fin, avec des cheveux gris. Il tenait d’une main un long
carnet et un stylo dans l’autre. Il sentit, sûrement, mon embarras et prit ainsi la parole le premier.
er— Je dois remplir votre dossier. Nous sommes le 1 août 2011.
— Votre nom et prénom s’il vous plaît ?
— Luna Black, murmurai-je.
— Votre date de naissance ? Âge ?
— Le sept juillet 1966. Quarante-cinq ans.
— Mariée ?
— Veuve depuis quatre ans à peu près.
— Des enfants ?
— Un seul garçon… je veux dire un jeune homme de vingt-cinq ans. Étudiant en médecine.
— Prénom ?
— Alexandre.
— Donc vous aviez vingt ans quand vous l’avez eu ?
— Non, je fis timidement avec un léger hochement d’épaules, j’avais dix-neuf ans et quelques.
— Votre métier ?
— Hum… Diplomate, dis-je anxieusement.
— Dites-moi, pourquoi êtes-vous venue me consulter ? Je veux dire quel est votre problème et
comment je peux vous aider ?
Silence mortel. Je ne savais pas quoi répondre.
— Prenez votre temps. Parfois c’est difficile de traduire nos sentiments en parole. Mais je
suppose que vous êtes ici pour partager ?
Il avait une voix douce et apaisante. Il parlait d’un ton neutre et posé, mais il émettait en même
temps une vibration positive. Il avait une allure hautaine et élégante. Il avait ce regard juvénile, je
ne lui donnais pas plus que la cinquantaine. Il s’agit du Docteur Frank Gaspard, mon thérapeute.
Je m’étais évanouie dans ma salle de bains. Il paraît que cela est dû à une crise de panique. Ces
crises d’angoisse étaient de plus en plus graves et alarmantes. Je ne pouvais pas me permettre de
continuer ainsi. Il fallait faire quelque chose. Parfois, je perdais la notion du temps. En ouvrant les
yeux, certains matins, je ne me rappelais plus où j’étais. À la suite de ces épisodes, j’ai décidé de
voir un médecin. Quelqu’un de confiance pour m’aider à gérer ma dépression et surtout à guérir
de mes troubles qui sont si nouveaux pour moi. Un ami médecin m’avait recommandé Dr Frank
Gaspard. J’avais fait sa connaissance lors d’un dîner entre amis. Je l’ai trouvé très sympathique. Il
était d’une renommée excellente. J’ai ainsi commencé mes visites thérapeutiques.
— J’hésite, docteur.
— Pourquoi ?
— Je ne me confesse pas facilement. Il m’est difficile de parler de mes sentiments à quelqu’un.
Et surtout, je ne sais pas par où commencer.
— Laissez-moi vous accompagner, Luna. Je peux vous tutoyer ?— Bien sûr.
— Alors, quelle est la chose, ou l’événement, qui t’a poussé à venir me voir ?
— On m’a dit que vous pouviez supprimer certains souvenirs de la mémoire ; vous utilisez une
nouvelle technique, paraît-il. Je poursuis en me pinçant les lèvres. J’ai une mémoire visuelle,
voyez-vous ! Quand un souvenir revient, qu’il soit bon ou mauvais, il m’envahit avec les cinq
sens. Parfois, l’image est tellement forte que j’en pleure ou j’en ris avec la même ardeur qu’ au
moment où je l’ai vécu. Même si c’était il y a trente ans. Je me sens prisonnière de ces images.
Captive de ces instants. Je veux m’en défaire, je veux oublier.
— Je ne peux pas effacer ta mémoire, Luna. Cela est impossible. Ce que je peux faire, avec
cette nouvelle technique qui s’appelle EMDR (Eye Movement Desensitization and
1Reprossessing) , c’est de déplacer tes mauvais souvenirs en un lieu où tu ne pourras plus ressentir
les émotions qui en découlent. Résumé en quelques mots simples, dans le cas d’une mémoire
visuelle, c’est justement la thérapie conseillée. Elle est efficace dans le traitement du syndrome de
stress, post-traumatique, comme certains cas où les souvenirs mal vécus restent très vifs. D’où tes
crises de panique et l’angoisse qui en découle. Je te guiderai en évoquant les situations les plus
marquantes pour les déplacer, d’une certaine manière, dans un endroit de ton cerveau qui ne
pourra plus te stresser émotionnellement, où ta mémoire n’enregistrera plus les émotions qui
accompagnent ces souvenirs précis. Voici, en quelques mots, la procédure pour que tu puisses
comprendre le fonctionnement de cette thérapie oculaire. Tu as d’autres questions ?
— Aucun effet secondaire ? Je veux dire que je ne risque rien durant la procédure ?
— Pas du tout. C’est une forme de thérapie inoffensive. Elle a été testée et pratiquée ; ses
résultats sont très positifs. Tu pourras faire tes recherches sur internet et tu verras par toi-même le
compte rendu. Si tu le veux, je peux t’indiquer quelques sites médicaux à la fin de la séance. Je
peux même t’envoyer les liens des sites à visiter.
— De toute façon, je veux en finir, répliquai-je d’un ton grave. Ces images m’empoisonnent les
pensées, je ne dors pas. Je me réveille en sursaut la plupart du temps… et encore, si je dors un peu
! Je n’arrive pas à manger ni à travailler. Je veux que ça s’arrête ! Je veux oublier et recommencer
à vivre normalement et tranquillement. Je voudrais tourner la page, passer à autre chose, si vous
préférez.
— Commence par me dire ce qui te tourmente autant. Quels souvenirs te tracassent autant Luna
?
— Je ne vais pas bien du tout, en ce moment ! J’ai même des idées noires, parfois. Je veux
l’oublier, à tout prix ! Hurlai-je. Lui ! Celui qui hante mes pensées ! Celui qui me prive de rêver la
nuit, qui rampe comme un serpent dans mes veines, qui fait battre mon cœur, pour l’envoyer en
course foudroyante à me faire perdre l’haleine. Ma poitrine commence à s’enfler et mon cœur
manque de bondir de mon corps, de me fuir. J’en souffre à mourir. Je suffoque. Je n’arrive plus à
respirer normalement. J’ai tout donné à cet homme, même mon âme. S’il vous plaît ! Je vous en
prie, docteur, aidez-moi ! Faites que ce calvaire s’arrête ! Je sens que je suis en train de m’éteindre
à petit feu, mais d’une violence sourde et cruelle. Cette douleur est une torture, elle ronge mon
âme tout simplement. Je n’ai plus de force pour lutter ou me battre. Rien.
Après un court silence, il me fixa droit dans les yeux, peutêtre voulait-il s’assurer que j’avais
retrouvé mon calme. D’une voix douce et apaisante, il me demanda :
— C’est qui « lui » ? Parle-moi de « LUI » comme tu l’appelles.
— Lui ! C’est l’homme que j’aime. Ma moitié perdue. Mon âme sœur. Je crois que nous ne
faisions qu’un dans une autre vie, mais une force invisible a décidé de nous diviser en deux.
Depuis on glisse l’un vers l’autre, mais dès qu’on se reconnaît qu’on commence à se souder pour
ne plus former qu’une seule entité dynamique et chimique, cette résistance, cette force nous
pousse à nous déchirer de nouveau. Elle nous éloigne, tout simplement. Nos chemins, nos
directions divergent… Comme ça a étéle cas il y a deux mois exactement. Notre dernière rencontre
s’est très mal passée. Il est mon tout. Je l’aimais, je l’aime et je l’aimerai jusqu’à mon dernier
souffle, j’en ai la certitude. C’est le seul homme que j’ai pu vraiment aimer jusqu’à présent. Je ne
sais pas exactement pourquoi ni pour quelle raison, mais c’est ainsi. On ne choisit pas. Je pense
vraiment que sur le chemin passionné de l’amour, nous sommes tel un pinceau dans une main
invisible ! Celui du maître peintre. J’ai lu ça quelque part et j’ai adoré. C’est vrai, en quelque
sorte, nous ne choisissons jamais celui pour lequel notre cœur battra. Il bat quand ça lui plaît, sans
que nous ayons même un mot à dire dans l’affaire. Certains peuvent dominer ce petit muscle etd’autres ne peuvent absolument rien faire. Même s’ils le souhaitent, ils sont impuissants face à
cette force imperceptible qui nous attire d’une façon inexplicable.
« Il est tout simplement l’air que je respire, le sang qui coule dans mes veines, l’eau que je bois.
Je le guette dans la froideur de la nuit et je l’attends au bout de mes rêves chaque jour et
éternellement. Comprenez-vous, docteur ?
Je cherche une réponse dans les yeux de mon éclaireur. Sa présence m’apaisait, j’avais
l’impression de parler à un sage, tellement l’onde qu’il émettait était rassurante. Mais je ne
retrouvais que surprise. Il soupira : « Il est mort ? »
— Oh ! Non ! Pas du tout. Que Dieu le protège, il est bien vivant !
— Luna, je suis étonné. Tu es vivante. Il l’est aussi. Pourquoi tant de douleur ? Raconte-moi un
peu ton histoire avec cet homme. Son bien-être te préoccupe, pourtant, et malgré ta souffrance, tu
lui veux du bien. Je suis curieux.
— Je veux que ma douleur s’arrête. Certes ! Mais qu’il reste en bonne santé, sain et sauf. Je
préfère mourir plutôt que de le voir souffrant. Je ne peux pas concevoir ma vie sans sa présence.
Quand il est absent, j’étouffe. Je deviens comme un poisson hors de l’eau.
— Ton cœur est pur. Il n’y a pas plus humble sentiment que celui que tu viens de décrire. Si j’ai
bien compris, il t’a causé une immense souffrance et malgré tout, tu le défends et tu l’aimes
toujours.
— Bien sûr ! Oublier c’est quelque chose et le mépriser c’est tout à fait autre chose. Je ne peux
pas nier que j’ai essayé tant de fois de le haïr, surtout, quand j’étais furieuse contre lui. Une fois,
ma colère dissipée, j’étais sans défense, de nouveau. Quoi qu’il fasse, je n’y parviens pas. C’est
pour cela que je suis ici. C’est pour cette raison que je veux que vous m’aidiez à l’effacer. Je veux
l’oublier !
— Donc tu ne veux plus l’aimer ?
— Si j’en étais capable, je l’aurais fait il y a si longtemps, croyez-moi. J’ai tout essayé.
Absolument tout. Vous êtes ma dernière chance !
— Vas-y ! Explique ce qui t’a rendue si malheureuse. Si tu ne veux pas ou tu ne peux pas tout
dire, parle des grandes lignes ; pas besoin de me dévoiler les détails. Le minimum si tu préfères,
pour que je puisse t’aider.
— Tout ce que je vais dire est strictement confidentiel n’estce pas ?
— Certainement ! Sans que tu le mentionnes. En me fixant du regard. Droit dans les yeux.
— Désolée, je suis bête. C’est sûrement cette faiblesse qui me monte à la tête en ce moment.
C’est juste que c’est très personnel et…
— Écoute Luna, tu es ici, pour vider ton cœur de ses tourments. Je ne suis pas en position de
juge. Mon boulot est de t’écouter et te guider vers un chemin plus serein. D’accord ? Il sourit
tendrement.
— D’accord. Allons-y, docteur !
— Appelle-moi, par mon prénom, Frank, s’il te plaît. Pour que tu puisses parler librement et te
sentir à l’aise. Tu sais que, dans certains pays, le vouvoiement n’est point appliqué !
— D’accord ! Il était une fois…
Je plaisantais, car mes émotions faisaient trembler mon corps entièrement. Il me fit un très
grand sourire, pour apaiser ma gêne que j’essayais de lui cacher pour le moment. En vain, car
j’avais l’impression qu’il pouvait lire à travers moi comme dans un livre ouvert. Je ne pouvais
plus reculer ni fuir d’ailleurs. Cette fois-ci, je me suis piégée. Allez Luna ! Commence à parler de
ce qui te pèse si lourdement, ma conscience me harcelait. Mais où fallait-il commencer ? Le passé,
le présent ou bien le déclenchement ?LUNA LA FEMME
— Il y a cinq ans, je venais à peine de fêter mon quarantième anniversaire. J’étais à Paris pour
une conférence politique internationale de soutien au Liban. Vous savez, Frank, vous permettez ?
Il me fit un geste de sa main pour acquiescer.
Je suis diplomate et ambassadrice actuellement. Cette année 2006, j’étais subordonnée par le
gouvernement libanais comme chef de mission diplomatique en Italie. D’ailleurs, je venais d’être
mutée. Tu es au courant que l’Italie a joué un grand rôle dans la mission des Casques bleus
1mobilisés au sud du Liban avec la FINUL pour veiller à la stabilité de la frontière, tout en
parrainant une sorte de dialogue entre les deux pays ennemis. Effectivement, c’est le contingent
italien qui comptait le nombre de soldats le plus élevé. La péninsule est la première partenaire
commerciale du Liban car il existe une coopération bilatérale entre les deux pays. Par conséquent,
l’Italie est naturellement le contributeur le plus important de la force onusienne au Liban. Des
milliers de militaires sont envoyés au Liban par la FINUL, à cause des attaques destructrices. Cette
mission a d’ailleurs été intitulée “Léonte”, nom antique du fameux fleuve libanais “Litani”.
Aujourd’hui, j’attends ma convocation dans un nouveau pays, pour une nouvelle mission
diplomatique. Ma vie a toujours été très mouvementée. J’ai été secrétaire, puis conseillère durant
une bonne dizaine d’années avant d’obtenir ma place d’ambassadrice. J’ai fait la France,
l’Espagne, la Belgique et plusieurs pays africains avant d’atterrir en Italie. Je parle plusieurs
langues, dont l’italien, justement, ce qui ouvrait plusieurs portes, dis-je ironiquement. Ce n’est pas
facile de dénicher un tel poste dans un pays où les pistons, la religion et les considérations
politiques prennent le dessus. J’ai fait une grande école d’administration en France pour passer le
concours auprès du Ministère des Affaires étrangères au Liban. J’ai travaillé dur pour prouver que
j’étais capable de remplir un tel poste. Oui, on ne dirait pas, n’est-ce pas ? Hochant mes épaules
avec un sourire moqueur, je continuais mon discours. Frank me regardait silencieusement.
J’adore Paris. Cette ville de lumière, de romantisme et des grandeurs historiques. La ville aux
mille charmes. J’y allais souvent, c’était mon port d’attache en quelque sorte. Cette ville m’a vu
grandir. Elle a témoigné de mes années d’adolescence et mes coups de folie, chaque fois que j’ai
du temps à perdre ou que je me sens au bout du rouleau, c’est là-bas que tu me trouveras. J’aime
me perdre dans ses ruelles. Ça me fait un grand bien de me balader dans ses rues pavées, m’attabler
à la terrasse d’un café sans me faire remarquer, et contempler les passants ; ça me change les idées.
Dans mon métier, je suis toujours entourée, comme je suis plutôt de nature réservée au-delà des
apparences, j’aime m’isoler de temps en temps. J’y vais pour faire le vide dans mon esprit et
reprendre un grand souffle positif. C’est mon refuge.
J’aime beaucoup le Liban, surtout Beyrouth, mais je n’ai pas des souvenirs d’enfance dans le
pays de mon père. Pourtant, cette ville a vu la naissance de mon fils et mon mariage. C’est à
Beyrouth que j’ai rencontré mon mari et c’est ici qu’il fut enterré.
Une ville vivifiante malgré les atrocités de la guerre. Elle résistait toujours à la violence. Même
réduite en cendres, elle se secoue et ranime ses ailes pour aller de l’avant encore plus loin, plus
forte et plus belle. Comme le Phoenix. J’ai beaucoup d’affection pour cette ville qui ne dort
jamais. Le Liban venait juste d’être bombardé du sud jusqu’au nord. Destructions aberrantes, des
milliers de morts et de blessés. Des villages entièrement anéantis, des immeubles de plus de vingt
étages réduits en poussière. Toutes les infrastructures démolies, les réfugiés libanais par milliers,
ce fut simplement monstrueux. C’était l’ambiance de la conférence à laquelle je devais assister, en
ce dernier trimestre de 2006, ma toile de fond.
Mon métier me contraignait à faire beaucoup de déplacements. De sorte que, parfois, j’avais
l’impression de n’appartenir à nulle part. Un sentiment puissant et étrange à la fois.
Ma meilleure amie, Mia, célébrait ses quarante ans et voulait à tout prix que j’assiste à sa fiesta.
Cela coïncidait justement avec ma conférence, je n’ai pu échapper à cette occasion. « Je
renouvelle mes vœux, de vingt ans de mariage en plus ! Et tu ne veux pas y être ??!! » Me
lança-telle, furieuse, un soir qu’on se parlait sur Skype. D’autant plus qu’elle était mariée à mon meilleur
ami Lucas. Nous avons grandi ensemble tous les trois dans la même école, des amis d’enfance,
c’est la sœur que je n’ai jamais eue et que les anges m’envoyèrent du ciel. J’étais fille unique. Mes

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