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En prise

De
161 pages
Ces deux nouvelles fantastiques traitent d’un sujet identique : l’ordinateur. Dans la première, le lecteur peut suivre la déchéance progressive d’une écrivain qui se retrouve envoûtée par sa machine du fait du temps qu’elle consacre à ses écrits. La seconde aborde gaiement les déboires d’Audrey, une jeune femme qui, détestant l’informatique, se voit réquisitionnée pour tester un prototype futuriste : Robby. C’est une découverte mutuelle car il est vraiment révolutionnaire. Sans le vouloir, elle lui donne sentiments et autonomie. Mais les choses se gâtent…
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Le Manuscrit
www.manuscrit.com













Éditions Le Manuscrit
20, rue des Petits-Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com
 Éditions Le Manuscrit, 2005
ISBN : 2-7481-4865-7 (Fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4864-9 (Livre imprimé)
En guise d’introduction…


Avant que vous me posiez la question, le titre vient
d’une exposition de peintures éponymes.

Durant ces dix années, j’ai vu tellement d’artistes de
second ordre se prendre au sérieux et se croire déjà
célèbres que j’ai cherché un titre comique, pour
désamorcer cela. D’où également l’autoportrait sur la
page suivante, en costume-cravate, mais maquillé en
clown.

« Autoportrait » aussi, car, vous le constaterez, la plupart
des nouvelles sont écrites à la première personne. Mes
premiers écris étaient avant tout des projections dans
l’avenir.

D’habitude, un « best of » n’est qu’une compilation
d’éléments déjà vus et revus. Honnêtement, il n’y a
aucun inédit. Mais compte tenu de ma notoriété, vous
les découvrirez sans doute pour la première fois…

Un dernier point : les explications se trouvent après
chaque nouvelle. Comme ça, votre lecture ne sera pas
polluée par mes remarques…
JOEST JONATHAN OUAKNINE

Rêve
(1995)
7 AUTOPORTRAIT DE L'ARTISTE EN CLOWN
8 JOEST JONATHAN OUAKNINE
Avant tout, il faut que j’écrive que l’envie de raconter
mon histoire m’est venue comme ça. Lorsque l’on m’a
donné du papier et un crayon pour que j’écrive à mon
avocat, j’ai eu une envie de raconter ma vie. D’en dire
plus qu’un simple rapport en vu de mon procès. Ca me
fait tout drôle d’être le seul prisonnier Français ici, à
New York. Qui sait, cela plaira peut-être à un magazine.

Je vais vous expliquer comment je suis arrivé ici. Il faut
revenir quatre ans en arrière. A Paris, juste après mes
études, j’ai été invité à une soirée. J’y ai rencontré une
black d’une quarantaine d’année, Mani et sa très belle
nièce, Laura. Mani avait quitté son Afrique natale pour
être danseuse, vingt ans plus tard, elle connaissait tout
Paris et souhaitait monter une boite dans le style
rockabilly. Sa nièce, également danseuse, inciterait les
gens à aller sur la piste. Des gens comme ça, vous en
rencontrez des dizaines. Le samedi, ils vous parlent d’un
projet excitant, qui semble plausible et le lundi matin,
tout est oublié. J’ai dit presque en rigolant que je
m’occuperai de la caisse et de la déco. Après tout, si ces
boniments pouvaient me permettre un ticket avec
Laura…

A ma grande surprise, Mani m’a rappelé la semaine
suivante. A l’époque, la vogue « fifties » était déjà belle
et bien éteinte, mais comme je ne tenais pas à passer ma
vie derrière une planche à dessin, j’ai plongé sans
hésiter. On a trouvé ensemble un local aux Halles, à
Paris : une ancienne boutique de fringue. Il a fallu
transformer la cave en piste de danse. C’est ridicule
d’avoir tant d’espace et de s’installer dans un trou, mais
la loi est ainsi faite. (En surface, le bruit à l’extérieur
serait trop important ; nombre d’établissements ont
9 AUTOPORTRAIT DE L'ARTISTE EN CLOWN
fermés suite à des plaintes du voisinage.) Ensuite, il y eu
encore nombre de péripéties pour obtenir les diverses
autorisation. Pour la décoration, j’ai contacté l’ACCF
(l’American Car Club de France), ils m’ont réaiguillé
vers nombre d’amateurs qui possédaient des affiches,
des disques, des bibelots et autres meubles d’époques.
Ils nous les prêtaient en échanges d’entrées gratuites. Le
clou de la salle, c’est une superbe (et rare) Packard
Hawk de 1957, qui trônait au dessus de l’escalier qui
descend à la salle (d’où le nom de l’établissement, le
« Hawk ».) J’adore les voitures américaines des années
40-50-60. Ca vous semblera curieux, mais par contre,
j’ai horreur de tout le reste de cette époque.
On a ouvert un jour d’octobre. Après une semaine à
accueillir la clientèle, j’en ai eu marre, de ces hommes
aux cheveux gominés, jeans moulants et tee-shirt blanc,
de ces femmes aux choucroutes sur la tête, aux jupes
longues à volants ; de leurs expressions ringardes, des
45 tours d’Elvis ou des Chaussettes noires… Au tout
début, je les prenais pour des cons. Certains vont
jusqu’à vivre scrupuleusement comme dans les années
50, au point d’aller faire 20 bornes pour acheter des
yaourts comme on en trouvait à l’époque. En examinant
de plus près, ils ont presque tous entre 30 et 50 ans ; ils
n’ont donc pas connu cette époque. Ils sont ouvriers,
fonctionnaires de premier niveau, employés de base,
travailleur du bâtiment ; bref, dés gens en bas de
l’échelle, écrasés par x supérieurs. Alors, la nuit, telle
Cendrillon (ou plutôt tel le personnage de la chanson de
Thierry Hazard), ils sortent le perfecto, la 4cv et se
prennent pour Gene Vincent, James Dean, Marlon
Brando ou Rita Hayworth (pour les femmes.) M’en
rendant compte, j’ai acquis une forme de sympathie
10 JOEST JONATHAN OUAKNINE
pour eux. Le but du jeu, c’est de vivre le trip à fond.
Dans les rues des alentours, je voyait leurs voitures :
203, Traction, Aronde et plus rarement des
Américaines. Concernant Laura, dés le premier soir, un
grand black l’a accueillie à l’entrée de service. Elle l’a
embrassée et est montée dans sa Mercedes. J’en avais le
cœur brisé.

Je me suis contenté de tenir la caisse, pour être à l’écart
des nuits. Après tout, Mina savait mieux que quiconque
animer une soirée, tandis que Laura connaissait les pas
de danse les plus endiablés. L’argent rentrait, on
remboursait les emprunts. Je n’avais que 10% des parts,
mais ça me permettait d’avoir un beau salaire. Je venais
le matin, bien après la fermeture. Je comptais la recette,
assis sur une banquette. C’est drôle, ce genre
d’établissement, lorsqu’il n’y a personne : le vide, le
silence, la propreté… Mani débarquait vers huit, neuf
heures du soir; peu avant « l’open » (à force de
travailleur avec des impresarios US, elle en parlait un
franglish un peu pitoyable.) On discutait autour d’un
whisky. C’est là qu’arrivaient d’autres blacks (alors que
nos rockabillies étaient des blancs), ils s’isolaient avec
elle sur une banquette et à la fin, elle revenait, me
demandait de lui avancer 1000 ou 2000 francs sur sa
paye, leur donnait et ils repartaient. Au début, je lui
demandait qui étaient ces types (d’autant que ce n’était
jamais les mêmes) ; elle me répondaient invariablement :
« C’est ma sœur. » Par la suite, je disais en rigolant :
« C’est ta sœur, c’est ça ? – T’as tout compris. »
Ca m’énervait ces messes basses. J’étais associé mais
« moins associé » que Laura et Mani. On ne se voyait
jamais hors du travail. Elles sortaient souvent ensemble
11 AUTOPORTRAIT DE L'ARTISTE EN CLOWN
et je n’étais même pas invité. Ne me demander pas si
Mani était marié ou si elle avait des enfants. Je ne saurais
savoir. Ce n’est pas faute de m’impliquer : je me donnais
pourtant à 100%. On ouvrait toutes les nuits du mardi
au dimanche et à chaque fois, le lendemain matin, j’étais
là. Quant à mes journées de libres, je les passait à chiner
des objets pour la déco de la boite. Parfois, je pensais
qu’il fallait que j’intervienne dans ses problèmes. Ca
puait le racket. Mais les hommes avaient tous le gabarit
de Mike Tyson… Mes amis me réconfortaient : « C’est
la fraternité Africaine, tu peux pas comprendre. Tu te
fais des films, à force de lire des polars. » Pourtant, elles
ne m’ont jamais demandé de donner du travail à un de
leurs parents. Alors, dans un élan de lâcheté, je me
disais que Mani avait du emprunter à toute sa famille
pour se payer la boite et qu’ils ne faisaient que reprendre
leur bien. Après tout, quand elle piochait dans la caisse,
c’était sur son salaire, au lieu de dilapider nos recettes. Je
me promettait par contre, que le jour où il leurs arrive
quelque chose, je foncerai immédiatement chez les flics.
Dans la foulée, j’ai rencontré Bill. Notre barman
principal est tombé malade un soir, juste avant le
service. Impossible de la remplacer. La barmaid est
montée en grade et moi, j’ai du faire la nuit. C’est là qu’il
débarque, touriste Américain déjà bien éméché. Il m’a
tenu la jambe toute la soirée, me disant que son grand-
père avait également une Packard Hawk ou plutôt une
berline Studebaker contemporaine (les amateurs
poufferont de rire vu la comparaison.) Après, il m’a
parlé de son entreprise de logiciels, en Californie, qui
marche super bien. Il s’agit d’un programme de gestion
des cabinets médicaux, le parfait allié des médecins
libéraux. En plus, Bill a fait deux ans de fac de
12 JOEST JONATHAN OUAKNINE
médecine : non seulement ses clients sont ses anciens
camarades de banc, mais en plus, il a de la crédibilité
auprès d’eux, en tant « qu’ex-futur docteur. » Sa boite
recrute et il recherche également des investisseurs.

Il m’a laissé sa carte de visite et lorsque je l’ai rappelé,
curieusement, il se souvenait de moi. Mon plan fut donc
de revendre mes parts du Hawk, pour acheter des
actions de « Medisoft ». Vu que j’avais tout remboursé,
la banque m’a permis d’ouvrir un deuxième prêt, plus
gros. Evidement, je n’ai pas pu en prendre 10%, mais
bon… En plus, on m’a nommé directeur de la com’ (vu
qu’il adorait ce que j’avais fait.)
J’ai démissionné sans donner d’explications à Mani ; elle
ne m’en a pas demandé. Pour mon dernier jour, j’étais
venu relever la caisse. Un pipi avant de partir. Les
toilettes « employés » sont au rez-de-chaussée ; un
soupirail donne sur la rue. C’est là que j’ai vu la vieille
Béhème et les trois blacks en sortir. Ils ont foncé vers
l’escalier. Je suis parti sans demander mon reste quand
j’ai entendu les détonations. Trois coups. Une pour
Mani, une pour Laura, une pour Mary, la barmaid
Irlandaise qui était là pour l’été, le temps d’apprendre le
français. Ma valise m’attendait déjà dans ma voiture. J’ai
foncé sur Roissy. Quand je suis passé devant le
commissariat de police de l’aéroport, j’ai eu envie de
témoigner. Mon regard était insistant sur les deux
hommes en bleu ; ils ont du me trouver bizarre. Mais
après tout, personne ne savait que j’étais au « Hawk ».
Dans les films, les témoins finissent souvent avec une
balle dans la tête, car le flic maladroit a donné son
adresse au malfrat, qui se faisait passer pour un ami…
Des types qui abattent trois femmes de sang froid,
13 AUTOPORTRAIT DE L'ARTISTE EN CLOWN
peuvent bien tirer une nouvelle fois, non ? Alors, j’ai
pris mon avion le cœur gros.
La fusillade a eu lieu un dimanche matin et le lundi
matin, j’étais chez Medisoft en costume-cravate.
L’entreprise est située à Los Angeles et non à San
Fransisco (là où se trouve la Silicone Valley.) J’ai passé
trois mois de rêve. Après tout, moi, l’ex-ingénieur, je me
retrouvais dans un poste artistique. J’organisais des
soirées où j’invitais les médecins à découvrir nos
produits. Bill faisait le reste. De plus, il faisait tout pour
que je ne me sente pas seul. Mais il me manquait quand
même une copine.
Un jour, je devais faire des photocopies. C’est là
qu’April m’a demandé si elle pouvait passer devant moi.
Je n’avais que 3 pages et elle voulait xérographier tout
un livre ! Mais face à cette charmante blonde, un peu
plus âgée que moi, toute résistance est inutile. Manque
de pot, après une vingtaine de page, il n’y avait plus de
toner. Celui de rechange était au fond d’un placard au
dessus de la machine et elle de tâtonner pendant de
longue minute, légèrement courbée en avant, ce qui
mettait en valeur ses fesses moulées par sa jupe noire…
J’étais rouge. Je me suis rincé l’œil puis j’ai avancé ma
main. Une main fugace contre du tissu… En France,
elle m’aurait giflé, point final. Mais là, elle était
déchaînée, elle m’a traînée dans le bureau de Bill, qui
m’a viré sur le champ, malgré mes excuses.
Le surlendemain, alors que je me morfondais chez moi,
les flics sont venu me chercher. J’ai été menotté, on m’a
pris mes empreintes. On ne plaisante pas avec le
harcèlement sexuel. Je m’attendais à devoir payer une
amende, on m’a amené dans un centre de détention
préventive, comme un criminel. Lors de la première
14 JOEST JONATHAN OUAKNINE
phase du procès, j’ai plaidé coupable et paradoxalement,
ça m’a permis de sortir. Je voulais m’excuser auprès de
la terre entière. Dans la foulée, Bill m’a fait revendre
mes actions, de « jeune créatif venu de France », j’étais
devenu un pestiféré ; il ne me connaissais plus. Maigre
consolation : la valeur de Medisoft a triplé durant la
période, ce qui m’a permis de payer ma banque, l’avocat
et ma caution. Quand on parle d’harcèlement sexuel, on
pense à un directeur qui abuse de son pouvoir auprès
des femmes. Je ne travaillais pas dans le même service
qu’April ; je n’avais aucun moyen de pression sur elle. Je
n’avais même pas de précédent dans la boite. Juste cette
gauloiserie. C’est tout juste si l’avocat voulait me
défendre. Moi qui suis passionné par les Etats-Unis
depuis ma plus tendre enfance, on m’a interdit d’y
revenir sous peine de prison ferme.
15 AUTOPORTRAIT DE L'ARTISTE EN CLOWN
Lorsque j’ai rassemblé mes différents écrits, je me suis rendu
compte que mes « cahiers » étaient sous-représenté. En fait, à part
Sonja, il n’y avait aucun autre souvenir de cette époque et la
chronologie plongeait ensuite directement quatre ans plus tard.

Ca me faisait l’effet de ces artistes qui n’ont plus sorti d’albums
depuis des lustres. Une compilation paraît et on y annonce que sa
discographie s’étend jusqu’à aujourd’hui, par le biais d’un inédit
sorti pour l’occasion.

En bref, ce constat me désolait. Par hasard, en fouillant dans mes
affaires, j’ai retrouvé l’un de mes cahiers, que je croyais perdu.
C’est ainsi que j’ai redécouvert rêve (j’ai oublié depuis pourquoi
j’avais intitulé cette nouvelle comme cela) et la voici, remaniée.

Que dire d’autre ? Le style flash-back est typique de cette époque.
Lorsque vous écrivez sur du papier, impossible d’insérer un
paragraphe a posteriori. Alors, pour ne pas oublier mon idée
maîtresse, je commençais par la chute.
Je ne me considérais pas du tout comme un écrivain, même
amateur. Certains écrits de cette époque sont pourtant des
créations et non juste des transcriptions de songes.

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