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"Il n'y a plus personne, au village, avec qui parler du passé. Je m'ens uis aperçu brutalement quand, à l'heure où le soleil sombre entre ciel et colline, j'ai traversé la Piazza del Popolo. personne! Juste quelques chats affamés le long des murs de pierre encore chauds. C'est étrange. Ma vie ici n'est qu'une longue suite de mois d'août."

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Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 25
EAN13 9782296472686
Langue Français

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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55304-0 EAN : 9782296553040
Esquisses
Nouvelles
Du même auteur
Visages,Éditions La Main Multiple (épuisé), Annecy, 1998.
Poésies
Le Temps Raccourci,Éditions La Main Multiplel (épuisé), Annecy, 2007.
Umberto D’Aloise
Esquisses
Nouvelles
L’Harmattan
À Eugenio
Eugenio
l n’y a plus personne, au village, avec qui parler du passé. IJe m’en suis aperçu brutalement quand, à l’heure où le soleil sombre entre ciel et colline, j’ai traversé la Piazza del Popolo. Personne ! Juste quelques chats affamés le long des murs de pierre encore chauds. Je m’y promène parfois, seul, à la lumière de la lune. Je traverse la place déserte et je file vers l’église, cherchant à me perdre, mais sans y parvenir, dans un dédale de venelles abandonnées à la nuit. Je peux faire parler chaque mur, chaque pierre, chaque porte. C’est étrange. Ma vie ici n’est qu’une longue suite de mois d’août. En tout, depuis le temps où je débarque, au plus chaud de l’été, sur cette place déserte, je n’ai guère dû passer plus de quatre ans à San Giovanni. Comme une vie parallèle, une double vie qu'il me faut, chaque fois, laisser là, en suspens. Autrefois, j’arrivais par en haut. Accablé de fatigue, le corps engourdi par une nuit sans sommeil, je voyais, au fil des virages, pointer par-delà le talus la girouette rouillée de l’église. La route ne s’aplanissait qu’à l’entrée du village. Une dernière ligne droite bordée de murets en pierre lustrés par des générations de derrières. Et soudain, le cœur battant, je voyais la place s’ouvrir devant moi. Tout autour, les maisons se pressaient les unes contre les autres en laissant ici et là quelque passage vers la campagne. Et là-bas, au tout début des marches qui mènent à l’église, je distinguai la façade étincelante de ma maison.
10 ESQUISSES
ette année-là, j’arrivais à San Giovanni dans les Cderniers jours de juillet. J’avais laissé à mes terres savoyardes les caprices d’un climat qui me contrariait trop et trouvai ici, d’un coup, un soleil accablant. Je passais les premiers jours à ne pas faire grand-chose. Quelques ballades, comme ça, au hasard des ruelles. D'en haut, depuis le parvis de l'église, on voyait s'étendre jusqu'à la mer les collines dorées par le soleil. Je passais là des heures, silencieux, avec pour seul ami le chant de la tramontane. Je m'emplissais alors d'une nostalgie diffuse, impossible à saisir. J'avais cette sensation étrange d'avoir vécu dans ce village, avant. Cette terre m'appartenait, elle était moi et j'étais elle. Comme quelque chose qui s'emboîterait exactement. J'occupais donc ainsi, baignées de soleil et de chants de cigale, mes premières journées à San Giovanni. Ma chambre donnait sur la Via della salita. De là, je pouvais voir la procession qui, les jours de fête, partait de l’église et faisait le tour du village. Pourtant, si j’attendais ces instants-là, ce que j’aimais pourtant par-dessus tout, c’était discuter avec le vieil Eugenio. Le vieil homme parlait seul, tout le temps, et j’adorais çà. Tous ces mots gratuits, pour rien, pour personne. Juste le plaisir de les réciter. Je l’écoutais sans rien dire. Les autres, tous ceux du village, 1 s'en fichaient bien du vieil Eugenio. « "E pazzo ! » , disaient-ils. Mais moi, je l'aimais. Et malgré mon jeune âge, je sentais ses propos plein d’une sagesse que je ne comprenais pas tout à fait. Je me suis rendu compte, bien
1 Il est fou.