Et la route sera longue

Et la route sera longue

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Français
276 pages

Description

L’immigration clandestine prend soudainement en France d’inquiétantes proportions. Une puissante organisation décide d’y mettre fin, quels que soient les moyens utilisés. Le quotidien de chacun s’en trouve bouleversé, y compris chez les députés et sénateurs. Les esprits s’enflamment, partisans et adversaires de l’immigration s’affrontent. Certains veulent profiter de la faiblesse du pouvoir et du désordre qui règne pour tenter de satisfaire leurs ambitions. Mais derrière les apparences se cachent souvent des drames personnels que la situation ne fait qu’exacerber. Le courage et la détermination de quelques-uns suffiront-ils pour venir à bout de la folie qui semble avoir gagné le pays ?


La route sera longue...


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Date de parution 12 juin 2018
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EAN13 9782414224005
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-22398-5
© Edilivre, 2018
Il avait beau courir, courir, courir à en perdre le souffle, il savait qu’il ne serait pas à l’heure au rendez-vous. Il était pourtant persuadé d’avoir pris toutes les précautions. D’abord, il s’était couché tôt – quelle erreur, fin alement, il lui avait fallu beaucoup de temps pour s’endormir – il avait réglé son réveil s ur six heures, et il avait admirablement fonctionné. Oui, mais lui s’était ren dormi. Ce n’était pas la première fois que pareille mésaventure survenait, mais il n’y ava it jamais eu de conséquences fâcheuses. Il s’était bien promis d’acheter un réve il à sonneries répétitives, mais ce souhait n’avait pu aboutir. Il devait admettre qu’i l possédait une trop grande confiance en lui, confiance qui pourtant lui avait, parfois, joué quelques tours pendables. Il n’avait émergé qu’à sept heures, une heure beauc oup trop tardive qui ne lui laissait qu’une marge de manœuvre infime. C’est qu’ elle avait été particulièrement claire au téléphone : « Je vous attendrai à huit he ures, devant la station de métro Blanche. » Il lui semblait qu’elle avait dit qu’ell e ne pourrait rester là plus de cinq minutes, que sa sécurité était en jeu, mais il fini ssait par douter de ce qu’il avait entendu. Le coup de fil l’avait tellement boulevers é qu’il parvenait mal à se remémorer toutes ses paroles. Par contre, il était tout à fait sûr de l’heure du rendez-vous. Et il était évident qu’il ne pourrait respecter cet te obligation. Quelle imbécillité, aussi, de n’avoir pas choisi un hôtel proche du métro ! No n, il avait préféré rester dans son appartement dans le quatorzième arrondissement, qui était beaucoup trop loin du lieu de leur rencontre qui se situait aux confins du dix -huitième. Ce n’était pas par souci d’économie, certes, mais il y avait ses habitudes e t un hôtel peut toujours réserver de mauvaises surprises. Et maintenant il en payait le prix. La femme avait été franche et directe, il ne pourrait jamais oublier ses paroles et, espèce d’idiot qu’il était, il désobéissait à la première des instructions, la néc essité absolue d’être à l’heure. Elle ne le rappellerait certainement pas et il ne connai ssait pas son numéro de téléphone, elle avait bien précisé qu’elle l’appelait depuis u ne cabine publique. Tout ce qu’il savait d’elle était son prénom : Delphine (était-ce bien s on vrai prénom ?), qu’elle était brune, très brune et elle lui avait indiqué comment elle s erait habillée. Toutes ces indications se bousculaient dans son esprit, avant de quitter s on domicile il pensait pouvoir tracer, à coup sûr, un portrait d’elle, et à présent il lui semblait avoir tout oublié. Quel âge pouvait-elle avoir ? Elle n’avait donné au cune indication à ce sujet. Au ton de sa voix – mais il savait combien cela peut être trompeur – il lui supposait entre trente et quarante ans. Mais quelle importance, l’â ge, qu’elle ait vingt ans ou bien soixante, quel changement cela risquait-il d’apport er dans leurs relations ? Ce qui comptait c’était d’arriver avant huit heures et cel a devenait de plus en plus aléatoire d’autant que, sans doute sous le coup de l’émotion, il était descendu une station trop tôt et que maintenant il devait courir pour rattrap er le retard. Il escalada à toute allure l’escalier qui le menait à la sortie. Sur le boulevard, il savait où se diriger pour retrouver la station Blanche, il avait minutieusement étudié le plan de Paris. Malgré le froid qui régnait et qui lui coupa it le souffle, il essaya d’accélérer encore son allure. Une crise d’asthme aiguë l’oblig ea à s’arrêter. Il repartit dès sa respiration retrouvée, il ne lui restait plus qu’un e centaine de mètres à parcourir. Quand il parvint enfin à son but, épuisé, lessivé, il ne la vit pas. Il consulta sa montre : huit heures quinze. Le coin était quasi dé sert, il ne vit personne à qui il pourrait demander si on l’avait aperçue. Il décida tout de même d’explorer les rues qui partaient du boulevard. Elle pouvait être entrée da ns un café ou s’être réfugiée sous un porche. Mais ses recherches s’avérèrent infructueus es. Personne. Personne, bon Dieu ! il avait fait tout cela pour rien. Il se tra ita de tous les noms. Son avenir était en
jeu et il se comportait comme un imbécile, les chos es pouvaient très mal tourner pour lui et il avait montré une négligence qu’il fallait bien qualifier de coupable. Après environ un quart d’heure d’attente dans un fr oid qui lui paraissait de plus en plus insupportable, il se décida à partir. Terminé pour aujourd’hui, elle avait disparu, inutile de faire le pied de grue, déjà quelques per sonnes l’avaient regardé d’un air bizarre. Que faire ? Tous ces derniers temps, il av ait ressenti comme une espèce de pouvoir. La ville semblait lui appartenir, il se se ntait chez lui, bien que né ailleurs, il s’était intégré, la capitale l’avait assimilé, il e n faisait véritablement partie. Et voilà que maintenant il la sentait fuir entre ses doigts, com me s’il y mettait les pieds pour la première fois. Etranger, il était devenu un étrange r, il oubliait le nom des rues et des boulevards qu’il arpentait pourtant si souvent. Etr ange sensation que de se sentir soudain coupé de choses pourtant si familières, que de se sentir sourd et aveugle, comme si sa vie avait brutalement basculé. Mais oui , elle avait basculé, il était temps de se l’avouer et surtout il était temps d’en tirer les conséquences. Allons, il n’avait plus qu’à rentrer chez lui, retrouver ses préoccupations quotidiennes, bref replonger dans ce qu’il avait cru de la banalité et qui risquait fort de se transformer en tourmente. Et il était le seul responsable de tout cela. C’éta it bien lui et pas un autre qui avait accueilli une jeune fille chez lui, une mineure qui plus est, et voilà comment lui, Claude Doret, quarante-cinq ans, député, membre du Parleme nt depuis quatre ans, se trouvait pris dans un carcan dont il lui était impossible de savoir quand et comment il pourrait en sortir.
Tout avait commencé dix jours auparavant, un soir d ’un mois de novembre comme on n’en avait jamais connu. Il faisait froid, il pl euvait à verse, tout le monde se terrait chez soi, dès la tombée de la nuit la ville ressemb lait à un immense cimetière que pas même une ombre ne traversait. Il y avait eu une séa nce à l’Assemblée qui avait duré longtemps, trop longtemps. Il ne se souvenait plus très bien de tous les sujets qui avaient été abordés. On avait parlé d’une taxe qui allait mécontenter les électeurs, mais quoi ! les députés n’étaient pas là pour compl aire aux Français mais pour imaginer des solutions aux difficultés toujours plu s nombreuses. Beaucoup trop de problèmes financiers restaient à régler, la situati on du pays n’était plus tenable. Des impôts nouveaux avaient été votés, qui avaient prov oqué des réactions parfois brutales. De nombreuses entreprises avaient fermé l eurs portes, les pauvres se sentaient toujours plus pauvres et les riches rechi gnaient toujours à voir leur niveau de vie menacé. Mais, alors qu’une solidarité véritable s’imposait, qu’il fallait faire montre d’abnégation et d’esprit de sacrifice, les égoïsmes les plus féroces s’affrontaient dans le pays. Nul ne voulait renoncer à ses avantages ac quis. Les fonctionnaires s’agitaient, dans les transports publics on campait sur des posi tions que l’on voulait inexpugnables, les agriculteurs vidaient des montag nes de fumier aux portes des préfectures, les enseignants protestaient contre le urs salaires qu’ils jugeaient trop modestes. En outre, les aiguilleurs du ciel ne voul aient plus rien aiguiller du tout et les chauffeurs de taxi bloquaient de temps à autre les accès à la capitale. Il n’y avait plus guère que les retraités qui ne s’étaient pas encore manifestés. Et cette séance qui n’en finissait pas. Le nombre d ’amendements qu’il fallait discuter avait de quoi faire frémir. Certes, d’autres séance s avaient été tout aussi longues, voire plus, et en outre beaucoup plus houleuses. On avait essayé, en vain bien sûr, de faire respecter le temps de parole. Echec sur toute la li gne, pas d’entente possible, chacun voulait conserver ses prérogatives. Même dans son p ropre parti, qui partageait le pouvoir avec la droite classique, son parti baptisé P.F.C., Parti de la France Courageuse qu’à ses moments de doute il rebaptisait Parti des Francs Couillons, des distorsions avaient éclaté, des petites chapelles s ’étaient formées qui paraissaient irréconciliables. L achienlit, aurait ricané le Général avec juste raison. Et po urquoi les intervenants avaient-ils besoin de parler aussi longtemps, un ve ndredi soir, en plus. Les écologistes, notamment, débitaient des flots de par oles qui noyaient plus le sujet qu’ils ne le traitaient. Comme en général il y avait peu d e monde pour assister à leurs meetings, ils profitaient de ce public prisonnier p our se laisser aller au bavardage le plus inconsistant. Tas de crétins ! C’était bien la faute des socialistes s’ils s’agitaient au Parlement. Sans les alliances qui s’étaient formées et les désistements qui avaient eu lieu, il n’y en aurait pas eu beaucoup à siéger au Palais Bourbon ! Et c’étaient ceux-là les plus emmerdeurs. Pour qui se prenaient-ils donc ? On aurait cru, à entendre certains, qu’ils étaient les derniers messies desce ndus sur terre, dépositaires de la parole divine et ne supportant pas le plus petit dé but de contestation. C’était trop comique. Des individus qui ne représentaient guère qu’eux-mêmes se croyaient autorisés à déblatérer beaucoup plus longtemps qu’i l n’était nécessaire, avec un culot qui au début portait à rire mais qui rapidement pou ssait à l’énervement. Et malgré la lassitude visible de leurs auditeurs, ils poursuiva ient avec un aplomb incroyable. Des interruptions fusaient, parfois à la limite de l’in jure, le plus souvent moqueuses et d’une ironie cinglante. Mais rien ne pouvait les arrêter, ils étaient tellement persuadés d’avoir raison qu’ils auraient pu parler jusqu’au bout de l a nuit.
Merde ! merde ! merde ! Déjà deux heures du matin. Et il avait promis à sa femme de passer avec elle le week-end. Ils avaient progra mmé un petit séjour à la Pointe du Raz avec les enfants, mais tout cela paraissait for t compromis. Il savait bien, en se présentant aux élections, que s’il était élu sa vie de famille serait sans doute difficile. En fait elle l’était beaucoup plus qu’il ne l’avait imaginé, mais il avait fini par s’accommoder de contraintes qui lui paraissaient me squines comparées à l’intérêt public qu’il défendait.
Il quitta le Palais Bourbon à quatre heures, après avoir discuté quelque peu avec le président de son groupe, André Raburel. Il se senta it plus proche de lui que de tous les autres, sans aucun doute parce qu’ils étaient tous deux catholiques pratiquants, fiers de leur religion et de ses préceptes. Un taxi le déposa devant son domicile parisien. Il aimait beaucoup l’appartement ème qu’il louait dans une petite rue du 14 arrondissement, pas très éloignée de la gare Montparnasse, ce qui était bien pratique pour ses d éplacements en Bretagne. Il avait appris l’économie de la bouche de ses parents et bi en qu’aujourd’hui député, nanti de revenus confortables, il se soumettait à un strict régime de dépenses, se sentant ainsi plus proche de tous ceux qui, dans le pays, avaient beaucoup de peine à survivre jusqu’à la fin du mois. Il était fier de ses dons à divers organismes et, même s’il n’en faisait pas étalage, il lui arrivait parfois de gli sser quelques allusions. Naturellement, il estimait que ses revenus de parlementaire étaient d isproportionnés par rapport à ceux de la majorité de la population. Il avait honte de faire partie des nantis, de ceux qui n’avaient pas à craindre le lendemain, de ceux qui, facilement, pouvaient faire de substantielles économies. C’est pourquoi il se mont rait généreux envers les organismes qui se préoccupaient de venir en aide au x plus défavorisés. Le taxi avait à peine disparu qu’une silhouette se profila qui arrivait sur le trottoir. Avant même qu’il ait ouvert la porte de l’immeuble, il y eut une glissade, un choc, un cri de douleur. Puis le silence. Il se précipita. Celle qui venait de chuter lourdement était une jeune fille – seize ans environ, semblait-il – vêtue d’un simple imperméable alors qu’avec le froid qu’il faisait un manteau aurait été plus convenable. – Mademoiselle ! Comment vous sentez-vous ? – Ça va à peu près, mais j’ai mal partout. – Voulez-vous que je vous conduise à l’hôpital ? – Non, non, je vous assure, mais j’aimerais bien me nettoyer un peu. La rue était déserte, la pharmacie du coin avait fe rmé depuis longtemps. Appeler un taxi ? Pour l’emmener où ? Chez elle ? – Voulez-vous que j’appelle un taxi pour vous ramen er chez vos parents ? – Je suis toute seule à Paris. Il se retrouvait désemparé face à une difficulté qu i dépassait le cadre de ses compétences. Que faire d’une jeune fille blessée qu i demande simplement à se refaire une beauté ? Il avait sur lui des numéros de téléph one de taxis, mais avant qu’il en arrive un, qu’elle retrouve son domicile, du temps pouvait s’écouler et ce serait fâcheux pour elle si elle avait quelques plaies délicates. Allons ! il fallait l’examiner d’abord et voir ensuite quel service il conviendrait d’appeler. – Nous allons monter chez moi. Vous pourrez vous ne ttoyer. Amener chez lui une fille de seize ans ne lui était bien sûr jamais arrivé et il n’avait jamais imaginé qu’un jour il pourrait se retrouver face à cette éventualité. La conduire chez lui n’était pas sans l’inquiéter car les commé rages, s’il était vu avec elle, pouvaient très vite grossir un fait anodin et le tr ansformer en conduite scandaleuse. Il connaissait quelques cas d’hommes qui avaient eu af faire à la justice pour avoir été
trop compatissants envers des mineures en difficult é et s’en être occupés de manière jugée trop compromettante. Heureusement, il n’y ava it que six appartements dans sa petite résidence et à cette heure-ci, et avec le fr oid qu’il faisait, tout le monde devait être couché. Ils montèrent l’escalier en silence. Il l’examina p lus attentivement. Elle était plutôt grande, un mètre soixante-dix peut-être et de type nettement méditerranéen. Il l’aurait bien imaginée originaire de l’Italie du sud, même s i son accent était très peu marqué. Ses cheveux étaient bien noirs et son teint assez p rononcé, autant qu’il était possible d’en juger dans la faible lumière de l’escalier. Il faisait très chaud dans l’appartement. A peine a rrivée elle laissa tomber son imperméable sur le sol. Elle portait une jupe assez épaisse et un pull à col roulé. De la bonne qualité, lui sembla-t-il. – Voilà. La salle de bains est là. Vous y trouverez des serviettes. Après, on pourra regarder de plus près vos blessures. La fille entra et il nota qu’elle ne fermait pas le verrou. Aucune importance d’ailleurs, il n’avait nullement l’intention de franchir la por te pour la surprendre dans son intimité. D’autres, à sa place, auraient trouvé un prétexte p our pénétrer dans la pièce. Mais ce n’était pas son cas, même s’il se sentait troublé p ar cette présence féminine, par cette jeune fille qui était vraisemblablement toute nue s i près de lui. Mais qu’aurait dit son épouse, Christine, si elle avait été au courant de cette situation ? Faudrait-il lui narrer la rencontre ou, une fois la fille disparue, oublier t out cela pour ne plus penser qu’à sa famille et à ses fonctions parlementaires ? Il sava it reconnaître que, malgré l’enseignement religieux qu’il avait reçu, malgré l a morale à laquelle toute sa famille se pliait, il pouvait parfois être difficile pour un h omme de résister à la tentation. Il n’hésitait pas, quitte à le regretter, à se retourn er pour regarder passer une jolie femme dans la rue, il savait que cela n’irait pas plus lo in, qu’il allait l’oublier très rapidement, se forçant, s’il le fallait, à des préoccupations p lus sérieuses. Il entendit l’eau qui coulait. Machinalement il pri t un exemplaire duMondequi traînait sur la table du salon. C’était quand même une sacré e aventure. A quarante-cinq ans, introduire une mineure à son domicile, c’était tout à fait imprévu et ça l’ennuyait beaucoup. Bien sûr il y avait l’excuse de la nécess ité, du froid, de la demande de l’intéressée mais, à la réflexion, il aurait été be aucoup plus sage de la conduire dans un commissariat de police où il y avait des gens pl us qualifiés que lui pour trouver la bonne solution au problème. C’est ce qu’il allait faire : dès qu’elle se serait nettoyée, en route pour le commissariat et adieu à la belle demo iselle et à tous les ennuis qui pouvaient survenir du fait de sa présence. Il imagi nait bien tout ce qu’on pourrait dire de lui : un député catho, en outre branché travail, famille et patrie, mais oui patrie, il n’avait pas honte, il était fier de son pays et éta it mortifié de tout ce qu’on en disait à l’étranger. Certains allaient se déchaîner, y compr is parmi ses supposés meilleurs amis. Encore fallait-il que l’histoire soit connue et il avait bien l’intention qu’elle ne le soit pas. Il suffirait de bien expliquer la situati on aux policiers et indiquer qu’il ne souhaitait pas de publicité. Les policiers n’insist eraient pas, un député c’était tout de même quelque chose. – Monsieur ! – Oui. – Vous pouvez venir ? – Qu’est-ce qui se passe ? – Je n’arrive pas à arrêter la chasse d’eau. Il entra. Il l’avait imaginée enveloppée dans l’une de ces épaisses serviettes qu’il
aimait tant. Elle était nue, entièrement nue, et el le le regardait fixement tandis que l’eau coulait à gros bouillons. Il se précipita pour ferm er le robinet. Mais non, il n’y avait pas de problèmes, que se passait-il donc ? – Rhabillez-vous, mademoiselle, je vais vous condui re dans un commissariat où ils pourront s’occuper de vous mieux que moi. – Je ne me sens pas très bien. Elle tituba légèrement. Il la saisit avant qu’elle ne tombe et la déposa sur le lit. Du coup ses propres vêtements furent trempés et il se dit qu’il allait devoir se changer avant de l’emmener, ce qui représentait une perte d e temps supplémentaire. Non mais, quelle affaire, il s’en souviendrait de cette nuit- là ! Y avait-il d’autres hommes à qui pareille aventure était survenue ? En plein hiver, avec le froid qu’il faisait, on pouvait imaginer d’autres situations plus agréables. Il éta it partagé entre ce qu’il prenait pour un rêve et la réalité qui se trouvait devant lui, t oute ruisselante mais si attirante. Dire que si la séance de discussion n’avait pas été auss i longue il n’en serait pas là. – Monsieur ! – Oui. – Vous ne trouvez pas que j’ai un peu de fièvre ? Il la toucha. Elle était chaude, c’est certain, mai s ce pouvait être la conséquence de la douche. Soudainement, elle le prit par le cou et il tomba sur elle, la bouche sur l’un de ses seins. Il voulut se redresser, mais il eut l a sensation qu’elle le tenait bien, doucement mais fermement. Il n’avait jamais vu d’ad olescente nue et donc aucune ne l’avait serré contre elle, c’était une sensation to ut à fait nouvelle et il n’arrivait pas bien à réaliser ce qui se produisait. Il parvint à se re dresser. Ses cuisses étaient écartées, ses bras tendus vers lui, ses gros seins lui offrai ent un spectacle qu’il avait rarement contemplé, son épouse étant assez mal lotie dans ce domaine. Tout en la regardant, il entendait la pluie qui frappait avec force contre l es volets, le vent déchirait ses oreilles comme si l’appartement ne comptait aucune fermeture . Il eut comme un éblouissement ; cette fille, sur son lit, c’était t ellement inouï qu’il se demanda s’il n’était pas en train de divaguer, si lui-même n’avait pas u ne fièvre qui lui faisait imaginer ce dont peut-être il avait toujours rêvé sans jamais v ouloir se l’avouer. Il savait pour l’avoir lu et deviné à travers certains aveux que le fantas me de beaucoup d’hommes était de coucher avec une adolescente, assez jeune de préfér ence. Il se disait que c’étaient des hommes déçus par leurs épouses ou leurs maîtres ses et qui sans doute espéraient réduire à leur merci une toute jeune fil le et obtenir d’elle des faveurs qu’on leur avait refusées jusque-là. Folie, se disait-il, véritable abomination, lui murmurait la religion, crime, indiquait le code pénal, crime qui pouvait mener fort loin et faire d’un député, qui commençait de faire parler de lui et av ait eu plusieurs fois sa photo dans les journaux, un paria, la honte de sa famille, un traître à sa religion, une injure à la face des bien-pensants. Et il s’était déshabillé, il était nu et elle lui s ouriait en le regardant droit dans les yeux. Il la pénétra avec une facilité dont il devai t se souvenir longtemps et il eut la sensation d’une fille qui n’était pas novice en la matière. Combien de fois la posséda-t-il pendant ce qui restait de nuit et la journée qui suivit ? Combien de fois obtint-il d’elle les faveurs que sa femme refusait toujours ? Il eut comme l’impression d’une renaissance, il était comm e un jouvenceau qui découvre sa sexualité et s’efforce d’abuser de tout de peur qu’ il n’y ait pas de lendemain. L’idée l’effleura qu’il pouvait la mettre enceinte, cela n e fit que renforcer sa détermination à tout obtenir d’elle, à aller jusqu’au bout de sa co mplaisance qui lui paraissait n’avoir pas de fin. Il était un homme nouveau, il allait do miner le monde, il avait pénétré
l’interdit et, même s’il devait le regretter toute sa vie, cet interdit avait un tel goût qu’il allait être difficile sinon impossible de s’en priv er. La plupart de ses collègues avaient une maîtresse, il le devinait même s’ils ne l’avoua ient pas toujours. Il allait leur être supérieur, sa maîtresse à lui aurait seize ans et c ertes il ne s’afficherait pas avec elle, mais elle lui apporterait un plaisir dont les autre s, y compris ceux qui se vantaient d’avoir conquis les plus belles filles de la capita le, ne pouvaient avoir qu’une faible idée. Il rit intérieurement en songeant à leur déco nvenue s’ils découvraient un jour le visage de celle qui lui était dévouée, car elle lui appartenait entièrement, après plus d’une journée passée au lit avec elle il en était p ersuadé. Dans son exaltation, il lui avait bien fallu trouve r le temps de résoudre les problèmes du quotidien : téléphoner à son épouse, exposer les difficultés qui étaient apparues à la séance de nuit, faire admettre que le projet de wee k-end devait être abandonné mais que rien n’était perdu et que la semaine suivante i l espérait disposer de son temps. Cela avait quelque peu fait retomber son enthousias me. En outre, la jeune fille – son prénom était Rosetta – devait être reconduite à son domicile. Elle avait fini par lui avouer qu’elle vivait chez une tante à Paris et qu’ elle revenait d’une soirée chez des amis lorsqu’ils s’étaient rencontrés. Elle avait d’ ailleurs utilisé, avec son accord, son téléphone portable pour appeler la tante et lui dir e qu’elle avait décidé de suivre ses jeunes amis dans une promenade en dehors de la capi tale. A dire vrai la tante, dont il n’était pas parvenu à entendre la voix, lui avait p aru fort complaisante, mais aujourd’hui les filles de seize ans avaient acquis une autonomi e sur laquelle il n’était pas question de tirer le moindre trait.
Il eut beaucoup de peine à se séparer d’elle, d’aut ant qu’elle ne possédait pas de téléphone portable, et sa tante, plutôt avare dès q u’il s’agissait des communications téléphoniques, ne la laisserait vraisemblablement p as utiliser le sien. Mais qu’il ne se fasse pas de soucis, elle l’appellerait d’une cabin e publique et ensuite ils verraient de trouver une meilleure solution. Elle ne voulut pas non plus donner son adresse. – Tu comprends, dit-elle, je suis sûre que tu ne po urras pas résister à l’envie de venir me voir et cela va nous créer beaucoup d’ennu is. Il dut se résoudre à cette séparation brutale et ap peler un taxi. Elle partit en boitant légèrement, cela ajoutait encore à son charme. Ce n’est qu’un certain temps après son départ qu’il se mit à réfléchir à tout ce qui s’était passé depuis la veille. Et c’est là qu’il r éalisa combien tout cela était une pure folie. Faire l’amour avec elle avait été une expéri ence inoubliable et bien sûr il ne souhaitait qu’une chose, recommencer. Mais où tout cela allait-il le mener ? Outre qu’avoir pour maîtresse une mineure pouvait s’avére r extrêmement dangereux, il ne voyait pas bien, lui qui avait l’habitude de rejoin dre son épouse en Bretagne dès qu’il en avait le loisir, comment il allait pouvoir lui e xpliquer que désormais les choses allaient changer, qu’il allait être beaucoup moins libre et que sa présence dans la famille devrait être revue à la baisse. Et si, deve nue méfiante, il lui prenait l’envie de venir à Paris ? Ou de payer un détective privé pour le faire surveiller ? Et si sa femme n’aurait pas d’elle-même ce genre d’initiative, sa mère pourrait le lui suggérer. Il savait que sa belle-mère n’avait pas apprécié le fait qu’i l n’ait pas voulu que Christine le suive à Paris, quitte à se mettre en congé, et qu’il avai t souhaité qu’elle conserve sa profession d’enseignante, en prétextant qu’à Paris elle ne connaîtrait personne et qu’elle finirait par s’ennuyer. Il était d’ailleurs parfaitement sincère lorsqu’il avait tenu ce discours. Jamais il n’avait envisagé de profiter de sa liberté nouvelle et de tromper son épouse. Tout le lui interdisait, son éducation, sa religion, l’entourage dans lequel il vivait, l’espèce d’aura qui l’entourait depuis qu’i l avait été élu député. Tout, jusqu’à la