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Et la vie s'arrêta

De
172 pages
Un homme perd sa femme, et l'enfer commence. Un homme à qui tout souriait : commissaire de police, marié, une fille, heureux dans son travail comme en vacances dans sa maison bretonne. C'est là-bas, au bord de la Manche, que le drame se noue, que se succèdent moments de joies en famille et instants dramatiques. Et l'après, et vivre encore, malgré ce manque, l'enfant dont il faut s'occuper seul, ce métier qui lui-aussi vous lâche. L'après-vie, la mort. En se plongeant dans "Et la vie s'arrêta", le lecteur partagera cette déchéance, ressentant les états d'âme du héros, s'immergeant dans ses pensées, souffrant avec lui.
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Et la vie s arrŒtaLaurent Szymczak
Et la vie s arrŒta
ROMAN' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1551-1(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1550-3(pourlelivreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrandsLecteurs(libraires,revues,critiques
littØrairesetdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteurde tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comEt c Øtait moi, a . J Øtais comme cette maison,
à l abandon. La vie y Øtait morte, tout n Øtait que
dØsordre. Un mois que le mØnage n avait pas ØtØ
fait. Peu importait à prØsent. Mes vŒtements jon-
chaientmachambre,etaussimesbouquins,etaussi
mon passØ. Le prØsent existait. Malheureusement.
C’Øtaitbienleseulici-bas,toutleresteØtaitvide,ou
noir,ourien.
Lapluiesemitàtomber,drue. Elles infiltraitpar
lafenŒtreque,nØgligemment,j avaislaissØeouverte.
EtleclapotisrØguliersurleparquetusØaga aitmes
oreilles, aga ait mon esprit.
Jen avaismŒmepluslanotiondutemps,unquart
d’heure, peut-Œtre une heure, je ne savais pas, et
d’ailleurs je m en fichais.
J osais à peine me dØvisager. J Øtais sombre,
terne, cadavØrique. Ma figure se dØcomposait dans
le miroir que, d un geste rageur, j avais brisØ tout à
l’heure. Je me trouvais laid. LŁvres gercØes, cernes
noirs, joues creusØes, cheveux en bataille. Je ne
dormais plus, je tournais comme un fauve en cage.
Seules les canettes vides sous la commode tØmoi-
gnaientdemonoccupation. J Øtaisunmort-vivant.
Et cette tŒte si remplie de mauvaises pensØes, et
tous ces souvenirs Øternellement ressassØs, et toutes
ces larmes que j avais versØes.
Je dØtournai mon regard de mes yeux.
7Et la vie s arrŒta
JefisletourdelapiŁce,enjambantlesobjets. Elle
cria«papa»dufonddesachambrette. J yallai. La
rassurai. Elle se rendormit.
Jerevinsmeplanterdevantmoi-mŒme,dØcidØ. Et
puis ce satanØ passØ qui me hantait toujours. Non,
non,jen Øtaispasunmauvaishomme;j avaismŒme
ØtØunbonpŁredefamille,unmaripleind attentions,
et un bon commissaire
Je rangeai mon dernier dossier en souffrance au
fond du tiroir, on verrait cela en rentrant. Je m ap-
prochaidelafenŒtrepourscruterleciel: ilØtaitbas;
tantmieux,lachaleurn ØtaitpasrecommandØepour
voyager. C Øtaittout? Jen avaisrienoubliØ? Non,
j avaispensØàtoutlaisserici,mesaffaires,tousmes
soucis,toutemafatigue. Jefermailaportedubureau
et me dirigeai vers la machine à cafØ.
-Alors, çayest, cettefoisc estla quille?
-EhouiMarc,enfin,etpourtroissemaines.
-Veinard,va!
-Ohtusais,j enaibienbesoin,cettepØriodeØtait
difficile avec toute cette dØlinquance… tu n as pas
ressenti cela toi-aussi ?
- Si, c est vrai. Mais il faut dire que tu es plus
exposØ que moi à ces problŁmes. Allez, fais le vide
et repose-toi bien ! Ciao !
- Salut Marc, je t Øcrirai.
Il n y avait plus de cafØ.
Je descendis l escalier raide, saluai les gardiens
et grimpai dans ma berline, une voiture que j avais
payØ 200 000 francs, j y tenais.
«Bonsoir monsieur lecommissaire. »
LabarriŁreselevaetjememØlangeaiauxcarros-
seriescolorØes. Jen habitaispas trŁs loin, àdixmi-
nutes,unepetitemaisondansuneruetranquilleavec
un bout de terrain derriŁre. J avais h te d y arriver
cesoir,peut-Œtreparcequej Øtaisenvacances,peut-
Œtre la peur de ne pas l atteindre. Lorsque j Øtais
8Laurent Szymczak
gosse,ledernierjouravantledØpart,jecraignaistou-
joursquemonpŁreaitunaccidentouqu ilarriveun
pØpindanslafamille,jelesvoulaistellementcesva-
cances
Marie m attendait sur le perron, tous les sacs,
toutes les valisesbouchaientlecorridor.
Unsouriregigantesques affichaitsurlevisagede
ma femme. De Marie.
- Tu es en forme, mon amour ? PrŒt à conduire
toutelanuit? melan a-t-elle,toute enjouØe.
- Pourl instant,jenerŒvequededeuxchoses:
unebonnedoucheetungrosbaiser,rØpondis-je.
Ellem enla atendrementetmefitpresqueperdre
l’Øquilibre en m embrassant profondØment. C Øtait
bon de savoir que quelqu un vous aimait et vous
attendait tous les soirs.
« Voil pour le baiser, la douche c est au pre-
mier ! » dit-elle d un air guilleret.
J eus du mal à monter les quelques marches qui
mesØparaientdelasalled eau,jeressentaisunelas-
situde ce soir, une indicible envie de dormir. MŒme
la douche ne me rØveilla pas. Elle Øtait froide pour-
tant.
- Dis, on part à quelle heure ? demanda-t-elle,
surgissantsanscriergaredanslasalledebains.
-Demainmatin,jecrois,rØpondis-jeensoupirant.
- DEMAINMATIN??? Mais,ondevaitpar-
tir cette nuit ! s Øcria-t-elle, mi-rugissante mi-abat-
tue.
-Jesais,oui,maisjesuismortcesoir,HS, am a
pristoutàcoup,etceseraitdangereuxdeprendrela
route maintenant Ne fais pas la tŒte, mieux vaut
partir en forme que ne jamais arriver, tentai-je de la
convaincre.
Elle ne rØpondit pas et fon a dans notre chambre
prØparerlesdernierseffetsàemporter. JeprØfØraila
laisser seule, dans quelques temps elle aurait com-
pris.
9Et la vie s arrŒta
Jedescendissurlaterrassem asseoircinqminutes
dans le relax, une biŁre à la main. La nuit tombait
dØj ,ilfautdirequejenequittaisjamaistrŁst t.
Marie me fit un bisou voyou par surprise, elle
n Øtait pas restØe f chØe longtemps. Elle se glissa
àmesctØsô etseserratoutcontremoi. JerŒvaisdØj
dedemain,danscetterØgionsuperbe,plongeantdans
l onde pure et
J enØtaislàdemesdoucespensØeslorsqueLydie
arrivaensautillant. C estvraiquejeneluiavaispas
dit bonsoir. Elle s approcha avec son petit pyjama
roseetposaseslŁvressurleboutdemonnez,ellefit
de mŒme à sa mŁre.
- Bonne nuit papa, bonne nuit maman. Vous ou-
bliezpasdemerØveillertoutàl heure,hein?
-BonnenuitmachØrie,luidis-je,dorsbien. C est
demainqu on part demain,vroum-vroum!
Ellese mità rire: - vas-y, refais-lemoi !
- Vroum-vroum, rØpØtai-je en lui chatouillant le
ventre. C Øtait beau de voir un enfant rire. Allez,
maintenantaulit! JeluitapotailØgŁrementlesfesses
et elle courut dans sa chambre.
Mariemeregarda. Jel embrassaietnousf mesun
c lin,undecesc linssansparoles,toutengestes,sa
tŒte au creux de mon Øpaule, ses yeux tournØs vers
l azur,etmamainluicaressantlescheveux,unc lin.
NousserionsbienrestØstoutelanuitcommecela.
Maisil fallaitdormir,la nuitseraitcourte.
Je n Øtais pas un spØcialiste du matin, mes pau-
piŁresØtaientlourdesetmesgestesmaladroits. Pour-
tant, j apprØciai ce matin-l . La frØnØsie du dØpart.
Marie ne fit pas la grasse matinØe, je n eus pas à
nouer ma cravate et Lydie ne prØpara pas son car-
table. En fait, tout s encha na trŁs vite, le petit-dØ-
jeuner,latoilette,lesderniersprØparatifs,latŒtepar-
tout,lavoiturechargØe,debagagesd abord,detrois
personnes ensuite. Nous partionsen vacances, nous
10Laurent Szymczak
partions en famille. La voiture s Øbranla, direction
l’ouest,lejourn’ØtaitpasencorelevØ,ilfaisaitbeau.
Je me sentais revivre ; comme si pendant la nuit,
unŒtrebienheureuxs’ØtaitsubstituØàmoi. Jechan-
tais haute voix.
L’avenirpromettaitd Œtrebeau. J ycroyais.
J aimaisbeaucoupconduire,voirlepaysagedØfi-
leretmedirequec Øtaitmoi,parunesimplepression
dupiedsurunepØdale,quifaisaistoutavancer.
- Papa, regarde les vaches l -bas !, cria soudain
ma passagŁre arriŁre.
-Oøça“l -bas ? fis-jeenlan antunœildansle
champ que nous longions.
- Lydie, n embŒte pas ton pŁre pendant qu il
conduit !, s affola ma voisine.
- Mais c est important, regarde prŁs de l arbre !,
reprit ma fille.
- Lydie, arrŒte !, paniqua Marie.
- Ah oui, je les vois, qu elles sont belles, et puis
tuasvuleursmamelles?,luidis-jeaussicalmement
que ma femme s’Ønervait.
-Ouais,mŒmequeyapleindelaitdedans,rØpon-
dit Lydie.
- Pourquelesenfantsdeviennentgrands!,ter-
minai-je joyeusement.
-ChØri,faisattention!,suppliaMarievisiblement
excØdØeparnotrepetitmanŁgealorsquejesavourais
ma rime.
- Mais ne crains rien, je n ai pas eu mon permis
dans unepochette surprise, la rassurai-je.
- Oui mais quand mŒme , finit-elle à moitiØ
convaincue, tu veux une banane ?
EllemedonnalabecquØepournepasquejel che
le volant.
Plus tard, je m arrŒtai.
«Allez,tousaupipi. AprŁs, directjusqu l’arri-
vØe ! »
11
àEt la vie s arrŒta
Cen Øtaitpasunvraiparking,unpetitcheminde
terre plut t. Je fis trois-quatre pompes et un mini
footing pour me dØgourdir les jambes. Il rØgnait
une odeur decampagne, douceet prenanteàlafois,
mŒlØedeparfumsdefleurs,delaittournØetdebouse
fra che.
« Respire a, chØrie, c est autre chose que la
ville ! »
Marie sortit de son assoupissement, les yeux en-
core mi-clos. Elle avait revŒtu une jupe bleue avec
un chemisier aux fleurettes violettes, un vrai petit
ange. Elle fit trois fois le tour de la voiture en re-
gardanttoutautourd elled un airperdu
« Oø est Lydie ? » demanda-t-elle.
Je criai son prØnom en m engageant dans le che-
min, comment avions-nous pu laisser une fillette de
cinq ans partir toute seule ? !
« LY-DIE ! »
-Pascal, cherche-la !, ordonna-t-elle.
-Maisjenefaisque a!,nepuis-jequerØpondre.
Puisellenousapparut,enpleinmilieuduchamp,
à c tØ d une vache, ses petites mains touchant les
mamelles de l animal.
- Mais tu es folle, reviens vite !, lui cria sa mŁre
en courant vers elle.
-Jeveuxboirelelaitpourgrandirvite!,rØpondit-
elle.
- Ah, a, c est bien toi ! Et toi Pascal, la pro-
chainefoisquetuluiracontesdestrucscomme a
gronda-t-elle,irritØe,ens Øloignant,tenantLydiepar
la main
Voil , c Øtait encore de ma faute !
Notre petite tØmØraire retrouvØe, nous rega-
gn mes au plus vite le vØhicule.
LafinduvoyagefutmoinsmouvementØe. Leseul
momentd agitationsurvintaveclavisiondelamer.
Venant de notre ville, la mer Øtait toujours une fŒte.
Jeconsentisàm arrŒterauborddeladigue,prŁsdu
12Laurent Szymczak
syndicatd initiative,afinqueLydiepuisseserØgaler
de ce spectacle magnifique. Il devait Œtre midi, et
l’eau scintillait de mille Øclats, faisant cligner des
yeux ; l eau s Øtendait à perte de vue, tout au loin
là-bas,loin,loin. EtnousØtionstouslestroisbouche
bØe, ØmerveillØs.
Nouslaiss mesBinic,cettepetitevillebalnØaire,
derriŁre nous et nous Ølan mes vers le vrai but du
voyage : notre maison de campagne. Je l avais
dØgotØe quelques annØes auparavant, lorsque nous
louions encore quelques piŁces au village. C Øtait
unemaisonnettesolide,paraissantvieillieparlesan-
nØes mais tenant bon, comme les marins du coin.
Elle Øtait de pur style breton, avec des pierres de
taille, blanches, et un toit en ardoise supportant ce
que mon pŁre appelait une “bognote”, c est- -dire
une avancØe sur la toiture avec une petite fenŒtre.
Devant,onavaitunboutdejardin,derriŁreaussi,on
yplantaitdesfleurs,rienquedesfleurs,detoutesles
couleurs, et puis de la pelouse, pour s y reposer et
pour servir de terrasse. J avais posØ dessus un por-
tique de balan oires et un toboggan pour Lydie. A
peinearrivØe,ellesautadelaplagearriŁrepourglis-
ser sur le plastique orange. J adorais la voir s amu-
ser, ses petits yeux pØtillants, son sourire Øclatant,
elle avait tellement l air heureuse.
Marie et moi nous occup mes de ranger les af-
faires. Nous avions pu amØnager la maison, depuis
quatre ans que nous en Øtions propriØtaires. L intØ-
rieurØtaitànotregoßt,ànotreimageaussi,avecdes
poutres apparentes, de vieux meubles, un coffre, et
desbibelotsdØnichØschezlesantiquaires. Ungrand
escalier de bois montait aux chambres lambrissØes.
Je l aimais beaucoup, je m y sentais bien. Un seul
regardsursesmurs,sursacharpente,etl onØtaitre-
posØ, tranquille, apaisØ.
Je montais les valises les plus lourdes pendant
que Marie prenait les petits sacs bourrØs de linge
13Et la vie s arrŒta
de maison. Nous m mes quand mŒme deux bonnes
heuresàtoutplacerdanslesarmoires,lesplacardset
les commodes.
Je me sentais un peu faible, la conduite et ce
travail devaient y Œtre pour quelque chose, mon
mØtier aussi, qui n Øtait pas de tout repos, loin de
l . J Øtais commissaire de Police. Je dirigeais une
Øquipe d hommes et de femmes du haut d un grand
bureau spacieux, il me fallait avoir la tŒte partout,
penser à tout, me dØplacer ici, aller voir celui-l ,
rØgler ce problŁme, et Ølaborer des plans contre
les maux de la sociØtØ, pour que chaque citoyen
puisse vivre à sa guise sans se mØfier à chaque
pas de l obscuritØ des ruelles. Je n arrŒtais pas de
l annØe, j aimais mon mØtier, je l exer ais à fond,
sans compter les heures ni la peine endurØe, et c est
sßrement ce qui me faisait encore plus apprØcier le
temps des vacances, pour enfin me reposer et ne
penserqu’àmafemme,mafilleetmoi,pourrevenir
unmoisplustardenpleineformeetprŒtàcombattre
tous les dØlinquants de la terre (comme les moulins
de Don Quichotte ?) !
Je fis le tour de la maison, rien que pour l admi-
rer. En passant, j enlevai les deux-trois pierres qui
entravaient mes pas et cueillis quelques fleurs pour
Øgayerlacuisine. JelesoffrisàMarie,ellefutravie,
me remercia par un petit baiser et continua de tour-
ner sa salade.
Nousnousm mesàtabletouslestrois. LydieØtait
toute excitØe, gigotant sur sa chaise, voulant dØj
avoirterminØpourgaloperdanslejardin. J eusenvie
de faire une priŁre, chose que je ne faisais jamais
d ordinaire. JemelevaisouslesregardsØtonnØsdes
deuxfillesetdis: «Seigneur,merci. Mercipources
vacances que tu nous donnes ce jour,
pour ce voyage sans incident et cette demeure si
jolie. Merci Seigneur pour le visage de ma femme,
14Laurent Szymczak
pour celui de ma fille, merci de nous rendre si heu-
reux. »
Je fis le signe de croix avec mon couteau sur le
pain, comme jadis, puis je m assis.
-AlorsmachØrie,quenousastuprØparØdebon?,
lan ai-je d un coup pour briserle silence.
- Parce que tu crois que j ai cuisinØ, avec tout ce
qu on a eu à faire ?
- Point n’est besoin de cuisiner beaucoup pour
manger bien !, n est-ce pas Lydie ?
Lydiememontra sabouche pleine de pain en me
faisantcomprendrequ’ellenepouvaitparlerainsi.
- Bon, soupira Marie, je vous ai fait un steak-
frites, aprŁs de la salade, du fromage et un fruit, ça
vous va ?
- Que demander de plus ?, lui dis-je. Laissons
de c tØ les dØtails matØriels et apprenons plut t à
goßter aux joies impalpables : la chaleur du soleil,
les senteurs des fleurettes, les couleurs des champs,
la vie sur vos frimousses !…
- Que c est beau !, apprØcia ironiquement Marie
entapantdesmains. Applaudispapa,chØrie,vas-y!
Lydie,saboucheredevenuevide,battitdesmains
en riant : « bravo papa, bravo papa ! »
- Oh ! Ne vous fichez pas de moi, ce n est pas
gentil, grommelai-je en prenant un faux air de bou-
deur.
Alors,elless approchŁrentensembledemoietme
firent chacune un baiser sur une joue : « cucul va,
tu sais bien qu on te taquine et c est parce qu’on
t’aime bien ! »
C Øtaient ma femme et ma fille, je n’aimais per-
sonne de plus au monde.
AprŁs le repas et la sieste, tous deux bien mØri-
tØs,nousdØcidâmesdenouspromenerauxalentours
pourvoirsiquelquechoseavaitchangØencinqmois.
NousyØtionsrevenusàP ques,unepetitesemaine,
15Et la vie s arrŒta
pour s aØrer, pour dØcompresser, a s ‘Øtait dØcidØ
vite, j avaiseufortàfaireavecuntueurensØriese-
mant la zizanie dans la rØgion, ça m avait achevØ,
il me fallait rØcupØrer, une semaine de Bretagne y
avaitsuffi. Non,rienn avaitchangØ. Chaquepierre,
chaque arbre Øtaient à leur place.
Nous grimp mes lentement le chemin poussiØ-
reux. LydieØtaitensandalettesroses,ellesneleres-
teraient sßrement pas longtemps. Tout en haut Øtait
la ferme. Si j avais achetØ dans cette rØgion, c Øtait
engrandepartiegr ceàelle. CetendroitØtaitlelieu
de villØgiature prØfØrØ de mes parents lorsque nous
Øtions gosses, mes frŁres et moi. Pratiquement tous
les ans, nous louions un garni un peu plus bas, et
nous, enfants, nous allions retrouver nos copains de
laferme. IlsØtaientcinq,etnoustrois. Venantdela
ville,lacampagnenousfascinait;nousallionscher-
cher les vaches, la trique à la main, nous montions
sur le tracteur et jouions entre les cochons. Il m en
restedebonssouvenirs,detendresmomentscomme
la mise-bas d une vache ou le cache-cache dans le
foin. Mesmeilleuresvacances,sansaucundoute.
- A quoi tu penses, chØri ?
- A l enfance.
- Tu regrettes ce temps-l ?
-Non,maisj’ailanostalgie j suisbŒte, aveut
dire que je regrette !
Elle m embrassagentimentsur lajoue.
-Neserais-tupasrestØunenfantaufonddetoi?
-Peut-Œtre si, sßrement mŒme. Mais n’est-ce pas
merveilleux d Œtre un enfant ? Alors pourquoi tout
abandonneràl adolescence? Ilfautgardersesyeux
d enfant, sa sensibilitØ d enfant, et nous compren-
drons mieux le monde des adultes.
Elle me regarda, attendrie.
Jeluidis: -˙afaitquoid aimerunenfant?
EllerØpondit: -˙afaittoutchaudauc ur.
16Laurent Szymczak
EtsarØponsemefittoutchaudaucœur. Jelapris
par les yeux, avec mes yeux, « je t aime Marie, je
t’aime»,puis jel embrassai, jelaremerciai.
- Et moi, je peux avoir un bisou ?
C Øtait Lydie, pleine de terre.
-Maisbien-sßr machØrie!, rØpondis-je.
Nous l embrass mes, Marie et moi, à qui mieux
mieux. La pauvre ne savait plus oø donner de la
bouche pour nous rendre nos baisers. Elle se mit
entre nous, nous lui pr mes la main et continu mes
notre route. La ferme avait changØ, elle. Autant la
maison elle-mŒme - le lierre avait maintenant tout
envahi, toute la pierre Øtait masquØe - que ses habi-
tants ; les parents Øtaient toujours l , bien vieillis à
prØsent,maisplusaucunenfant,chacunavaitfaitsa
vie, ailleurs, personne n avait repris l exploitation,
c’Øtaitunefermeensursis,auborddugouffre.
Nous voulßmes saluer les propriØtaires du lieu,
seullechiendonnaitsignedevie,ilsØtaientabsents.
Nous repart mes en sens inverse pour rejoindre
notremaison. Ilyaquatreans,jel avaisachetØpour
une bouchØe de pain ; cette rØgion meurt, vieillit,
et tout dØpØrit. Tout, sauf la nature et le cœur des
gens. Cesdernierssonttoujoursrieurs,accueillants,
sachantrecevoirlesØtrangers,ilssaventaimer. Nous
nousrafra ch mesenfouillantdanslefrigo. Bouscu-
lant tous les dires mØchants des uns et des autres, il
faisaittrŁsbeauici,lesoleilfrappaitfort,etlesoran-
geades furent les bienvenues.
«Bon,il faudrait peut-Œtre penserà seravitailler,
ce n est pas avec ce que j’ai rapportØ de chez nous
qu on va vivre trois semaines ! » lan a tout à coup
Marie.
Trois semaines. Nous Øtions là pour trois se-
maines de vacances. Hum ! Je jubilais intØrieure-
ment
17