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Être président là-bas

De
168 pages

Voici une fiction qui pose la problématique du pouvoir dans un pays en voie de développement.

Ce roman évoque l’exemplarité d’un président qui, aidé d’une dame de l’ombre du nom de Jeanne d’Arc-Marie-Monique, parvient à la réussite dans tous les domaines (social, économique, politique) de son pays.

Cette dernière se voit contrainte à l’exil avec son père journaliste d’investigation, métier qu'elle exerce également.

Elle fera son retour au pays avec la ferme volonté de donner « un coup de pouce » au président qui ne perçoit pas les agissements délictueux de certains de ses collaborateurs directs. Jeanne d’Arc Marie-Monique devient alors un catalyseur...

Dès lors, rien ne sera plus comme avant dans ce pays-là.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-08415-4

 

© Edilivre, 2016

Chapitre I

Il devait être dix heures ou onze heures lorsque cette scène inhabituelle se produisit.

– Mais, dites-moi, quel est ce tintamarre en ces locaux ? Pardieu, que se passe-t-il ?

Comme le patron des lieux parlait ainsi, tous sans exception disparurent comme par enchantement, qui dans son bureau, qui à ses occupations de l’instant. Ce dernier n’eût donc aucune réponse à ses multiples questions liées à la situation du moment. Seuls deux des agents de sa garde personnelle luttaient inlassablement et oh combien vigoureusement contre cette furie des temps immémoriaux. Eux-mêmes se demandaient d’où lui venait cette force titanesque.

Le patron des lieux arriva à pas fermes et rapides vers eux : il comprit, à la vue de cette scène rarissime en cet endroit, la peine de ses gardes du corps à maitriser cette personne pourtant si malingre à ses yeux.

Le patron qui avançait dans une mine déconfite ne put s’empêcher d’éclater et de se tordre de rire comme personne ne l’avait vu faire auparavant. Bien sûr cela ne put que causer la surprise de ses vaillants gardes dont les bérets trainaient au sol depuis déjà quelques minutes. La personne qui gigotait profita de cet instant et courut serrer le patron des lieux si fortement qu’il perdit l’équilibre et faillit se retrouver au sol.

Les deux gardes du corps venaient d’avoir du renfort de l’extérieur car les cris de cette personne avaient tant fendu l’air qu’ils étaient parvenus aux oreilles des gardes restés à l’extérieur et dont elle avait astucieusement réussi à baisser la vigilance. Tous à l’unisson se mirent en devoir de hurler en direction du maître des lieux :

– C’est un kamikaze, feu !

L’un d’eux se ravisa et tonna.

– Négatif.

Alors, tous de nouveau obtempérèrent et pour cause, faire feu aurait le même effet sur leur patron que l’effet que pourrait produire ce soi-disant kamikaze si c’en était un. Là ils furent abasourdis par la réaction finale de ce patron dont ils découvraient une nouvelle facette. Non seulement, il se tordait toujours de rire mais il leur fit d’un geste de la main de ne rien faire. Evidemment, des grosses gouttes de sueur perlaient sur tous les fronts et leurs regards en disaient long sur leurs ultimes pensées. L’un d’eux murmura :

– Nous sommes morts !

Ceux de ses collègues qui l’entendirent acquiescèrent par un hochement de tête. Le maître des lieux après ses quintes de rires revint enfin vers ce corps assez insignifiant qui s’était accroché à lui. Il le questionna :

– Qui êtes-vous et que faites-vous ici ?

L’être en question ne répondit pas. Il se ressaisissait vraisemblablement de tant d’efforts fournis pour tenir tête à ces gardes de corps. Le patron poursuivit ses questions toujours sous l’œil attentif de ses agents qui faisaient un compte à rebours au sujet des minutes ou secondes qui les séparaient de leur mort.

– Répondez-moi ou je vous fais évacuer.

La personne desserra son étreinte entre deux bouffées d’oxygène et se redressa pour fixer du regard le patron des lieux. A ce même moment, les gardes du corps présents s’allongèrent en une fraction de seconde et de leurs mains bouchèrent leurs oreilles comme pour éviter d’entendre une éventuelle déflagration. De leur position au sol, ils entendirent cette voix fine, douce et berçante qui disait à leur patron.

– Non, ne me jetez pas à la porte ! Je ne veux du mal à personne.

Puis avec insistance et, mot après mot, la personne articula :

– Je… veux… voir… le… Président !

Puis d’un ton cette fois ci sec.

– C’est tout ! Je ne veux rien d’autre.

– Mais vous savez bien que ce n’est pas la voie à suivre ; du reste c’est la voie la plus contre-indiquée que vous avez adoptée. Je ne vous l’apprends pas.

– Oui je le sais, murmura encore cette téméraire personne.

– Si vous le savez, pourquoi cette esclandre ici ?

– J’ai épuisé toutes les voies de recours et, finalement me voici en ces lieux ; je vous en prie, donnez-moi une chance.

En même temps que l’individu prononçait ces phrases, il se mit totalement debout, retira sa casquette, défit le blouson qui enroulait sa taille. Cela surprit le patron qui écarquilla les yeux et s’exclam

Tous se écarre toute crédibilité aux yeux de ce dernier.

Sans même prêter attention à ces gardes du corps d’un nouveau genre, le patron leur fit dos en disant à cette femme dont la témérité égalait l’impertinence dont elle venait de faire montre.

– Suivez-moi madame !

– On la laisse vous suivre excellence ?

Sans même se retourner, il martelait le sol de pas bien audibles. D’une voix encore plus audible il répéta à la dame.

– Suivez-moi madame !

Les gardes relâchèrent leur étreinte et l’un d’eux se mit même au garde-à-vous devant cette dame qui sortait de nulle part.

Cette dernière fit quelques bonds rapides et rattrapa l’homme qui lui avait dit de le suivre. Sa tenue du style hip-hop avait dérouté tous les « adversaires » du jour. Elle se retourna une dernière fois pour les voir et constata qu’ils avaient tous l’air hagard et le regard lointain. Elle venait de comprendre qu’ils méditaient sur leur sort. Elle se jura d’être leur secours tant qu’elle le pourra puis elle s’engouffra dans la salle où était rentré le patron

Chapitre II

– Mais asseyez-vous madame ! Dit le patron des lieux.

Elle s’exécuta, puis un silence s’installa entre les deux. Apres un long soupir, le patron reprit en fixant droit dans les yeux de cette dame assise devant lui sans audience ni salamalec préalables.

– Dites-moi madame, que puis-je faire pour vous ?

– Je souhaite tout simplement voir son excellence le président de ce pays, mon cher pays.

– Que désirez-vous bien dire au président ?

Elle ne répondit pas. Il poursuivit.

– Beaucoup de personnes comme vous désirent le rencontrer pour quémander, pour exposer leurs problèmes ou, parfois, pour le mettre en garde de telle ou telle situation en lien avec sa sécurité etc. etc. Cependant il y a tellement d’institutions par lesquelles tout ce beau monde peut passer pour faire leur requête ou exposer leur préoccupation. Ne pouviez-vous pas passer par là madame ?

– Non Monsieur. Aucune de ces institutions ne fonctionne, la preuve en est que me voici dans ce bâtiment où je sais qu’il officie pour enfin espérer le voir. Me comprenez-vous monsieur ? Pourrais-je bénéficier de votre compréhension, de votre indulgence, de votre amabilité, de votre esprit de…

– S’il vous plait madame, c’en est trop. Tous ces qualificatifs pour le président que vous semblez bien connaitre ?

– Excusez-moi monsieur mais je ne le connais pas en tant que tel sauf par les média comme la plupart des gens. J’ai profité du fait que vous soyez sorti de ce bureau pour mieux me défendre devant la sécurité en priant que vous prêtiez attention à moi pour me conduire à lui.

Elle entendit tout simplement l’homme murmurer comme s’il s’adressait à une tierce personne.

– C’est vrai ! On ne peut « me » reconnaitre.

– Pardon monsieur, que dites-vous ?

En disant cela, l’homme retira une fine pellicule qui lui enserrait le visage jusqu’au cou, une pellicule si fine qu’elle se confondait au teint de l’homme.

Comme un éclair, la dame venait de se rendre compte d’une chose. Elle écarquilla les yeux puis ce fut le trou noir. Elle venait de s’évanouir. Cinq minutes plus tard, elle reprit ses esprits.

Elle vit de nouveau l’homme qui semblait n’avoir pas bougé de là. Pourtant, pour qu’elle revienne à elle, il lui avait appliqué un cours de secourisme appris quand il était élève, membre de la croix rouge. Il avait aussi fait du scoutisme. Elle entendit :

– Ça va madame ? Vous sentez-vous mieux ?

– Oui, monsieur, patron, prés…, son excellence monsieur le président.

– Eh bien vous voici tout à fait remise ! Très bien, où en étais-je avec vous ?

– A votre « masque » excellence.

Ce dernier sourit à l’allusion à laquelle la dame faisait par rapport à son accoutrement facial.

– Madame, ce n’est pas un masque ; c’est juste une parure de diversion pour certaines personnes.

Elle resta sans voix et se remémora que tous dans le hall où elle luttait avec ses adversaires avaient fui dès qu’il était apparu. Elle voulut comprendre.

– Ici tout le monde doit être au courant de cela sinon ils ne fuiraient pas à votre vue.

– Non madame, ils se sont éclipsés, seulement et seulement, à ma voix dont ils connaissent parfaitement le timbre.

– Oh, je comprends maintenant.

– Monsieur le président prit son téléphone et d’une voix bien grave dit à l’interlocuteur à l’autre bout du fil :

– Madame Ouéda, aujourd’hui je ne reçois personne ; toutes mes audiences sont annulées et à reprogrammer.

– Très bien excellence, j’ai pris note. Bien merci !

– Maintenant, madame je suis entièrement à vous. Je vous fais don du reste de ma journée pour votre bravoure, votre témérité, votre esprit farouche et j’en passe.

– Merci monsieur le président. Mais d’abord, je vous présente mes excuses du tréfonds de mon cœur pour les désagréments causés ce jour en ces lieux pratiquement inaccessibles au citoyen lamda comme moi. Aussi, je serai heureuse si aucune sanction n’était prise contre vos braves et dévoués gardes du corps.

Le président éclata de rire et lança :

– Ah ! Ces bon-à-rien ; ces couards ; ces poules mouillées. Se laisser malmener ainsi par une dame et surtout une comme vous…

– Oui, je ne suis pas très en chair mais mes os sont solides. Excusez-moi vraiment mais je n’avais plus que cette manière, avec l’aide de DIEU, pour vous approcher.

– Alors, madame, pour que vous en arriviez là, il vous faut surement un réel motif, une raison valable. De quoi s’agit-il madame ?

Sans broncher, elle sortit des documents de la poche du pantalon de son blouson, les serra fortement dans les bras, les tendit au président, se ravisa, les remit promptement dans la poche et sans ambages questionna le président.

– Mais dites, excellence, vous ne m’avez même pas demandé mon identité ; pourquoi, s’il vous plait ?

– De toute façon, brave dame, nous avons tout le temps pour ça. Qu’est-ce qui vous amène chez moi ?

Elle ressortit les documents qu’elle tendit au président qui hésita une fraction de secondes avant de les retirer des mains de la dame. Il les feuilleta rapidement puis de plus en plus lentement sous le regard inquisiteur de sa visiteuse.

Tout était calme dans ce bureau où tout était feutré. Des murs à la porte tout était antibruit. C’est le fruit du hasard qui lui avait permis de tomber sur la scène dans le hall ; il avait quitté son bureau pour une petite tournée de routine dans le bâtiment loin des gardes et de tous les protocoles contraignants et astreignants pour lui.

De temps en temps, il levait les yeux sur la dame et se remettait à parcourir les documents parfois dans le sens inverse comme pour mieux s’imprégner de leur contenu. Au bout de quarante-cinq longues minutes, il les déposa, soupira longuement, plaça les deux mains sous son menton, soupira de nouveau et dit à la dame.

– Nous allons nous revoir très prochainement. Donnez-moi soixante-douze heures pour cela.

Le doute plana sur le visage de cette dernière. Le président le perçut et pour la rassurer lui dit avec désinvolture.

– Madame, soyez sans crainte ; je prendrai toutes les dispositions pour que vous reveniez ici en bonne et due forme.

– Excusez-moi, son excellence mais je préfère ne plus venir en ces lieux. Ne me demandez pas pourquoi. Vous le savez bien.

Comme s’il s’y attendait, le président lui rétorqua.

– Très bien, dites-moi où vous habitez et je vous y fais conduire pour aller vous rechercher dans soixante-douze heures comme je vous le disais.

– Non, excellence, je préfère retourner seule chez moi. Ma voiture est à peine à un kilomètre d’ici. Aidez-moi à quitter ces lieux de façon incognito pour aller la récupérer. Quand vous le désirerez, je reviendrai à vous mais de grâce plus en ces lieux.

En même temps qu’elle parlait, elle sortit une carte de visite qu’elle avait dans une autre poche et la déposa devant le président en exhortant ce dernier de lui trouver une issue de secours loin des regards indiscrets des agents.

Ce qui fut fait avec l’aide du patron des lieux lui-même.

Comme il n’avait pas pu jeter un coup d’œil sur la carte de visite de la dame avant son départ, il se rua presque là-dessus, la lut silencieusement en hochant la tête puis s’exclama tout haut.

– Quelle journée en couleur ! Mon cher président c’est le début du commencement avec cette dame.

Chapitre III

– Bonjour excellence

– Bonjour madame ; suivez-moi.

Ils marchèrent en silence dans une grande salle d’une résidence qui se situait un peu hors de la capitale. Après cette grande salle, se trouvait une pièce plus réduite avec toutes les commodités à la hauteur du rang d’un président. Cette femme le suivait d’un pas alerte. Elle était vraiment mince avec le regard vif preuve qu’elle était loin d’être timide ou dépaysée. Ça se voyait, ce luxe ne l’impressionnait pas.

– Asseyez-vous là madame.

Elle s’exécuta avec aisance.

– Qu’est-ce que je vous sers madame ?

– Je vous remercie excellence ; je ne vais rien prendre.

– Vraiment rien ?

– Oui.

Puis revenant s’asseoir sur un des sièges, il prit un air plus que cérémonial et dit :

– Madame, vous voici là maintenant avec moi de nouveau soixante-douze heures après cette première rencontre.

– Excusez-moi de vous interrompre excellence. Puis-je vous poser une question ?

– Cela ne me pose aucun problème. Posez-la-moi.

– Ma préoccupation est celle-ci ; pourquoi ne m’appelleriez-vous pas par mon prénom tout simplement ? Cela me mettra plus à l’aise que l’appellation « madame ».

– Sur la question, vous avez raison. Je suppose que vous faites référence à votre carte de visite que vous m’avez remise il y a trois jours déjà.

– En effet.

– Vous avez plusieurs prénoms sur votre carte et je ne sais par lequel on vous appelle en général.

– Jeanne-d’Arc Marie Monique sont en effet mes prénoms mais vous pouvez m’appeler par le prénom qui vous vient à l’esprit. Je n’y verrai aucun inconvénient.

– Très bien ! Je vous promets que dès à présent, j’utiliserai le prénom « Jeanne d’Arc » pour vous appeler.

– Merci excellence.

– Alors Jeanne d’Arc, dites, ne vous a-t-il pas été une tâche ardue de retrouver cette demeure pour y venir ?

– Non, excellence ; je connaissais déjà cette zone.

– Bien Jeanne d’Arc. Je ne vais pas vous cacher que j’ai été estomaqué par ce que j’ai lu dans les documents que vous m’avez remis. Jeanne d’Arc, êtes-vous consciente de ce à quoi vous vous exposez ? La raison d’état peut prendre le dessus en de telles circonstances. Qui me dit, qui me certifie que vous n’êtes pas un adversaire à la solde de l’ennemi ? Voyez-vous, vous me mettez entre le marteau et l’enclume ; ce document est un couteau à double tranchant à mes yeux. Toute cette scène à couper le souffle de la dernière fois peut vouloir rimer avec comédie. Eu égard à tous ces doutes, à tous ces questionnements, à toutes ces incertitudes et surtout à la soudaineté de votre apparition au palais présidentiel je me permets de vous demander de quitter ces lieux immédiatement et de ne jamais y revenir. Au cas où vous ne respecteriez pas cette décision, vous vous exposeriez à mon courroux ; je ne serai plus aussi magnanime que la fois passée. Vous comprenez aisément que je ne puis recevoir le contenu de ce document de façon puérile. Si par hasard j’ébruitais cela, je ne donnerais pas chère de votre peau. Alors Jeanne d’Arc, je vous prie de bien vouloir accepter que je mette un terme à tout ceci.

En même temps qu’il achevait ces derniers propos, il se mit debout imité par cette dame qui n’avait à aucun moment de la longue prise de parole du président essayé de l’interrompre. La seule chose qu’elle daigna dire fut ceci :

– Excellence, ce fut un réel honneur pour moi d’avoir pu passer ces instants aux côtés de votre éminente personne. Puisse le Seigneur vous bénir ! Qu’il vous comble de toute la science nécessaire pour mener à bien votre si noble tâche de premier responsable de notre cher pays !

Et au moment où elle s’installa dans sa voiture, elle souffla au président qui avait daigné la raccompagner :

– Excellence, ouvrez l’œil et surtout le bon !

Tout le reste de la journée, le président ne se manifesta, ni à sa famille, ni à ses proches collaborateurs. Il resta dans cette résidence secondaire et cogita sur les événements de ces derniers jours où cette femme avait fait irruption dans sa vie.

Qui était-elle réellement ? Que voulait-elle ? A la solde de qui était-elle au fait ? Que connaissait-elle en matière de politique, en matière de bonne gouvernance ? D’ailleurs, quelle fut sa stratégie pour déjouer tous les plans de protection de la présidence ? Il sourit lorsque ses pensées le ramenèrent à l’âpre lutte qu’elle avait mené avec ses garde-du-corps ? Il murmura

– Comment cette maigrichonne de femme avait pu tenir bon face à deux hommes bien formés et commis à la tâche de garde-du-corps ? N’eut été la présence d’esprit du premier responsable de la garde présidentielle à venir après le forfait de ces nullards pour quérir mon indulgence, ils n’auraient plus fait partie de l’équipe. Ils ont de la chance. Et c’est la dernière en plus. Ces crétins, ils ne perdent rien pour attendre. A quel genre de gardes ai-je à faire ? Et ils étaient là à crier « patron, kamikaze ! ». Ces poltrons d’un autre genre.

Il ralluma ses portables qu’il avait fermés tout au long de la journée. Il avait reçu quelques messages vocaux qu’il prit le maximums textes en latence de ses proches arrivaient l’un après l’autre. En marge des messages provenant de ses proches, des neveux quémandant ceci, des nièces lui rappelant une promesse tant attendue, les autres messages étaient ceux de ses collaborateurs lui souhaitant une bonne journée en lui réitérant leur fidélité à son programme.

Un message des plus surprenants retint davantage son attention. Il disait ceci :

– Excellence, encore merci pour votre accueil et surtout merci de votre franchise à mon endroit. Certes, je n’ai aucun moyen de pression sur vous et encore moins vous amadouer pour que vous preniez la question au sérieux ; cependant je reste convaincue de votre capacité à réagir avant que tout ne s’écroule. Je sais compter sur votre intelligence, votre ouverture d’esprit, votre esprit entreprenant. Excellence je demeure à volonté prête pour vous accompagner dans la réussite de votre mandat qui je pense est le dernier, nous sommes à exactement quatre ans de la fin de ce mandat. Sur ce, à nos marques. Je dis bien « NOS ». Je reste à l’écoute. Merci

Chapitre IV

Comme tous les mercredis, se tint le conseil hebdomadaire des ministres. A l’entame, le porte-parole du gouvernement prit la parole, salua les uns et les autres, évoqua les grandes avancées en ce début du deuxième mandat du président, avancées liées à sa grande vision des choses, à son esprit d’anticipation, de réalisme et surtout de courage face aux multiples pressions et sollicitations de certains groupuscules qui ne savent pas que gouverner est une tâche ardue.

Ensuite vint le tour des ministres qui parlèrent de l’évolution des choses dans leur ministère, leurs difficultés, leurs attentes et aussi l’œil qu’ils ont sur quelques directeurs qui devraient être rétrogradés ou mutés loin des sphères de décisions.

Le président les écouta plus attentivement avec cependant un regard lointain et des interventions mi-figue, mi-raisin. D’ailleurs, à ce conseil de ministres, il ne prit aucune décision notable, ne fit aucune nomination à aucun ministère, ne délivra aucune autorisation de déplacement à aucune rencontre internationale.

Son entrain habituel était quasiment nul. Cela créa quelques inquiétudes au sein des grands du jour mais personne n’eut le courage de questionner le boss sur son attitude, ne fut-ce que pour savoir s’il se portait bien. Qui aurait osé s’arrêter sur une plausible humeur des jours du président ? Qui aurait voulu s’immiscer dans ce qui ne le regardait pas vraiment au risque d’écorcher la sensibilité déjà exécrable du président ? Qui aurait pu manifester de telles attentions ? Et si elles étaient jugées gauches ? Finalement le porte-parole, ayant lui aussi senti cela, prit la parole et conclut en souhaitant une excellente journée à tous et en souhaitant le vœu que DIEU bénisse, assiste et garde le président en bonne santé.

Dès la fin du conseil des ministres, le premier ministre s’avança vers le président. Il y’eut cet aparté entre eux.

– Excellence, au sortir de ce conseil, permettez-moi de vous manifester certaines de mes inquiétudes. Je ne vous ai vraiment pas senti pendant le conseil. Peut-être est-ce une impression mais je ne crois pas avoir été le seul à ressentir cela.

– Merci mon cher du souci que vous vous faites pour moi. Cela me touche. Je ne vous contredirai pas. Seulement, rassurez-vous, je vais bien. A plus tard.

– Très bien excellence ! A plus tard.

Les deux rejoignirent leur véhicule ou les chauffeurs les attendaient. Ils quittèrent les lieux mais ce ne fut pas le cas des ministres qui semblaient vouloir tenir un autre conseil des ministres. En fait, ils restaient là pour parler de ce que chacun avait vécu lors du conseil des ministres.

– Que penses-tu de la prestation du président tout à l’heure ? Questionna le ministre des infrastructures à son collègue du plan et de l’urbanisme. Ce dernier rétorqua

– A sa mine, je pensai que le président était prêt à dissoudre le gouvernement pour un éventuel remaniement sans nous autres.

– Rien n’est à exclure. Ainsi nous devons nous attendre à tout. Vu sa mine déconfite, nous devons conjuguer avec cette éventualité.

– Nous sommes des ministres mais quelquefois, je me dis que je suis assis sur un tabouret à trois pieds.

– En tout cas, je ne te le fais pas dire. Nos chaises sont bancales. Dès une nomination, il faut déjà penser à l’après-poste en se tenant à carreaux car tout peut arriver. De toutes les mille manières, veillons car ici, à tout instant tout peut basculer.

– Bien sûr, cher collègue ! Veillons au grain. Nous ne saurons pas de sitôt ce dont souffre le président.

– Et il le fait en silence. Habituellement, il nous lance des boutades, nous exhorte au travail bien fait.

– De plus, tu constates tout comme moi qu’il n’y a eu ni nominations, ni autorisation de mission à l’étranger. Or il y a tant de colloques, de sessions parlementaires, des rencontres de femmes dans ce pays voisin.

– Cher collègue, si même les femmes ont été oubliées, nous pouvons conclure que la situation est sérieuse.

– Ne devançons surtout pas l’iguane dans l’eau. Nous saurons ce qui se passe de toute façon.

– Je ne suis pas autant optimiste que toi.

– Il le faut pourtant. Ne dit-on pas que tant qu’il y a la vie il y a de l’espoir ?

– En effet. Prenons notre mal en patience.

Non loin d’eux, c’était le ministre de l’éducation qui exprimait ses craintes à son collègue de l’information.

– Dis, toi de l’information, aurais-tu eu quelques échos sur cet esclandre à la présidence il y a peu ?

– Un esclandre ? Et de surcroit à la présidence ? Je n’en crois pas mes oreilles ; le boss l’a-t-il su ?

– Oui ! Cet intermède a eu lieu il y a seulement quelques jours ; et ce fut aux yeux et à la barbe de tout le monde. Il m’a été rapporté que cette personne avait fait irruption comme un volcan et cette irruption avait fait du tapage en ces lieux que personne n’ose outrager.

– Et où était la garde rapprochée du boss ? Ça me fait des frayeurs.

– C’est vraiment un mystère. La soudaineté de la chose avait laissé les gardes pantois comme si on les avait électrocutés ou anesthésiés. Il semble qu’elle a réussi à déjouer tous les plans de sécurité des lieux.

– Attends, tu me dis « elle » pour « la personne » ou était-ce...