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FATOUMA LA KAYESIENNE

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Description

Le train qui vient de Bamako, est au niveau de la dernière gared’arrêt avant Kayes. Le petit hameau Embranchement fut créepar les cheminots de la voie qui y séjournent afin de faciliter soncontrôle. Dans les wagons, c’est le remue ménage total ; tous lesvoyageurs qui descendent à Kayes commencent à faire descendreleurs bagages des étagères ; à les mettre ensemble pour en fairedeux ou trois colis. Chaque voyageur ne s’occupe que de ses bagageset ne prête pas attention à l’autre. C’est surtout les femmesqui ont beaucoup de bagages et qui sont plus nerveuses que leshommes.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2019
Nombre de lectures 4
EAN13 9789995274603
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

FATOUMA
LA KAYESIENNE
RomanBoubacar Sidiki OUEDRAOGO
dit TRAORE
FATOUMA
LA KAYESIENNE
RomanINNOV EDITIONS
Tous droits réservés
Siège social: Route de Sotuba, près de l’Ex MINUSMA,
Bamako,Mali
E-mail : manuscritinnov@gmail.com
Tel: (223) 76 04 87 63 / 98 94 14 14
ISBN: 978-99952-74-603
Dépôt légal: Bibliothèque Nationale du Mali 2019DEDICACE
A ma mère Mariam TRAORE, qui a su supporter la soufrance,
dans l’honneur et la dignité, sans se plaindre ni de sa mère, ni de
son père, ni de son mari, ni de ses enfants. Cette femme pieuse qui
a donné sa sueur, sa force et son sang en donnant vie est, restée dans
l’anonymat jusqu’au dernier soufe de sa vie.
Combien de femmes ont vécu dans l’ombre de la pauvreté, de
la misère et de l’injustice des autres ; malgré tout, se sont acquittées
loyalement de leurs devoirs de flle, d’épouse, de mère et de soeur et,
qui reposent au fond de leur tombe comme des : ni vu, ni connu.
A toutes ces femmes ; je dis : merci du fond de mon cœur et prie
Allah de les accueillir au paradis.Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
LES PASSAGERS DU TRAIN
Le train qui vient de Bamako, est au niveau de la dernière gare
d’arrêt avant Kayes. Le petit hameau Embranchement fut crée
par les cheminots de la voie qui y séjournent afn de faciliter son
contrôle. Dans les wagons, c’est le remue ménage total ; tous les
voyageurs qui descendent à Kayes commencent à faire descendre
leurs bagages des étagères ; à les mettre ensemble pour en faire
deux ou trois colis. Chaque voyageur ne s’occupe que de ses
bagages et ne prête pas attention à l’autre. C’est surtout les femmes
qui ont beaucoup de bagages et qui sont plus nerveuses que les
hommes.
— Ma mère ! Se plaint une flle à une vieille : ton sac est très
lourd, il est posé sur mon pied
— Fais attention à ma tête dit à haute voix un vieux
s’adressant à sa compagne de voyage, ta cantine est trop penchée.
— Où est ma courge, j’en avais trois, je n’ai vu que deux
sous le siège.
— A qui appartient cette courge à côté de mon sac ? Les
secousses du train font que beaucoup de choses mal emballées
ou mal attachées sont enchevêtrées les unes dans les autres ou
roulent pour aller se coincer ailleurs parmi d’autres bagages.
Les premiers passagers qui n’ont pas assez de bagages se sont
frayer le passage et sont maintenant debout serrés les uns contre
les autres aux portes des wagons pou être les premiers à descendre
dès que le train s’arrêtera à la gare de Kayes.
Le train est maintenant à deux ou trois kilomètres de la gare.
1Sur la côte de Fouti , on aperçoit les faites des grands arbres de
Kayes tels que les rôniers, les fromagers et caïlcédrats dans ce
vaste creux couvert par une fne couche poussiéreuse. Mainte -
1 Fouti est le nom donné à la dernière côte de la colline en venant de Bamako.
7Fatouma, la kayésienne
nant, les bâtiments coloniaux à étages se dessinent distinctement
entre les végétations vertes ; et à droite, cette verdure est divisée
en deux par une blancheur qui serpente jusqu’à l’horizon, c’est le
feuve Sénégal.
Le train vient de sifer trois fois, donnant le signal d’arrivée
très proche à la gare. Les passagers habitués au train s’agrippent
aux portes, aux fenêtres ou aux montants des étagères ou
s’asseyent sur les sièges pour résister aux coups de freins brusques
du train.
— Fais attention à toi, lança un passager à une femme
portant son bébé en califourchon sur son dos. Trop tard, la femme
sous le coup de frein s’est trouvée à deux mètres de son lieu de
station. N’eut été ces bras qui sont tendus d’un seul geste, la
femme allait tomber avec son bébé.
Un homme lui dit en blaguant :
— Toi, tu peux tomber mais c’est notre bébé qui nous
préoccupe.
— Mais le bébé ne vaut pas mieux que ta femme. Tu vois,
tu aimes plus ta femme que ton bébé, parce que tu m’as
empêchée de tomber. Avoue que c’est vrai.
Par respect de l’homme, une femme considère comme son
mari tous les hommes à vue d’œil qui peut avoir le même âge que
son mari. Donc elle est aussi la coépouse
Une autre femme vient à la rescousse de l’infortunée : Mon
frère, je suis sûre que tu es absent de Kayes il y a longtemps. Je
dirais à ma coépouse de ne pas te donner de l’eau chaude pour te
laver parce que tu aimes plutôt ton bébé que nous.
— - Vous les femmes, lança un autre homme à côté ; vous ne
manquez pas d’idée pour montrer votre jalousie, même à cause
d’un bébé. Un rire général coupé par un crissement des roues
sur l’acier obligea tous les passagers à un mouvement d’ensemble
8Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
comme s’ils sont poussés en avant par des mains invisibles.
Un troisième coup de frein, le train s’immobilisa. La
conversation est oubliée instantanément ; des salutations, des excuses
et des bénédictions se font entendre entre ces gens de diférentes
couleurs qui ont cohabité ensemble durant des heures depuis
Bamako, car c’est l‘heure de se séparer. Tous les passagers sont debout
hormis ceux qui doivent continuer sur Dakar avec leurs bagages en
main ou sur la tête cherchant à se frayer le chemin vers les portes.
Les premiers passagers descendus sont déjà en discussion
avec les porteurs de bagages. Voici la gare de Kayes dans toute
sa splendeur, Kayes, une ville cosmopolite tant vantée par les
gens du pays de l’Est. Une ville accueillante, Kayes la coquette
qui n’a son égal nulle part ailleurs hormis Dakar capitale de
L’A.O.F. Un adage ne dit-il pas que toute personne qui voit pour
la première fois Kayes est obligée de la revoir une seconde fois.
La gare est bondée de monde : qui pour rencontrer un
parent, qui pour vendre de menues choses, qui pour
simplement se promener parmi la foule, car la gare à cette époque
était un des lieux d’attraction du public, surtout le badaud.

9Fatouma, la kayésienne
LA FAMILLE DE FATOUMA
Ce jour là, Fatouma et sa mère ont trouvé que la porte
d’entrée est ouverte ; c’était Bâ le père de Fatouma qui était arrivé le
premier. Il avait déjà fait sa prière de Maghreb. Assis sur sa peau
1de prière, Bâ égrène son chapelet en psalmodiant. Il fait son zikr .
Tandis que sa mère se dirige directement à la cuisine, Fatouma
rentre dans la case pour prendre sa natte et sa couverture. Elle
étale la natte auprès de son papa. Après cette besogne, la petite
prit la bouilloire de son père comme d’habitude et va la remplir
à la jarre qui se trouve dans la cuisine. Ensuite, elle repartit
regagner sa mère à la cuisine, prit les condiments et commença à
les piler, tandis que se mère s’afaire autour de la farine de sorgho
préalablement pilée au mortier, la tamiser dans des calebasses
pour faire le couscous.
Un moment après, Bâ appela sa flle. Tout en cherchant sa
canne posée à côté pour se lever, il dit :
— Fatouma va informer ta mère que je vais à la mosquée
pour la prière du soir. Il faisait déjà nuit quand Bâ rentrait à la
maison ; et le dîner était prêt. Nâh a pris soin comme d’habitude
de poser les plats à côté de la peau de prière. Elles attendent que
le chef de famille rentre de la mosquée pour manger. Nâh et sa
flle tiennent la calebasse pour que le chef de famille lave d’abord
les mains, ensuite c’est le tour de Nâh et Fatouma est la dernière
à laver les mains. Le vieux donna l’ordre de commencer par un
2« bismilah ».
On mange en silence ; Fatouma en tant que flle par respect
des parents tient le bord de la tasse avec la main gauche et
toujours la tête baissée, elle prend ses tartines auprès d’elle, elle ne
hasarde jamais de promener sa main au milieu du plat ou
au10Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
près d’autre personne. Tant que son père ne donne pas l’ordre de
prendre les morceaux de viande ou de poisson posés au milieu
du plat, elle n’y touche pas. Quand elle est rassasiée, elle remercie
d’abord son père et ensuite sa mère.
— Fatouma, dit son père : viens prendre la viande.
Et son père, remplit sa main de morceaux ; et elle s’assit en
s’accostant à son père pour manger sa viande.
2Zikr ou wird est la répétition ou récitation d’un nom d’Allah,
d’un passage du coran avec un chapelet.
3Bismilah veut dire au nom de Dieu. En général il est conseillé
à tout musulman de prononcer ce mot avant toute action.
Après le dîner, Nâh et sa flle remercient le vieux qui, à son
tour fait des bénédictions pour toute la famille et remercie Dieu
de les avoir pourvus en nourriture pour ce jour.
Tan disque, sa mère ramasse les tasses, Fatouma sait son rôle,
elle prit la calebasse dans laquelle ils ont lavé leur main pour aller
verser l’eau loin sous le grand fguier qui se trouve près de la haie
de séparation avec la cour de la famille Dianka.
Dans la famille Traoré, ils ne sont que trois personnes.
Fatouma pour le moment est la seule enfant de ses parents. Comme
tous les enfants de son âge, elle ne donne pas le temps à son
papa dès qu’elle le voit assis, de venir s’accouder contre lui et
commence à lui harceler de questions comme tous les jeunes de
son âge qui sont curieux de tout, contrairement à sa mère qui ne
lui donne pas le temps avec ses mesquines questions. Nâ est trop
préoccupée à ses besognes et nerveuse ; si elle ne fait rien, elle ne
veut pas qu’on lui pose trop de questions.
— Fatouma ! Répondit son père, je suis fatigué, la journée
a été rude ; va m’apporter mon sac, j’ai réservé une surprise pour
2 Répétition ou récitation d’un nom d’Allah, d’un passage du coran avec un chapelet
3 Bismilah veut dire au nom de Dieu. En général il est conseillé à tout musulman de
prononcer ce mot avant toute action.
11Fatouma, la kayésienne
toi. Sans se faire prier une seconde fois, elle courut dans la case
et apporta le sac.
Bâh en sortit un colis emballé avec du papier et le lui tendit
— C’est pour toi, mais il faut le présenter d’abord à ta mère
— C’est quoi ?
— Tu le sauras, comme tu l’as déjà entre les mains
4— Je devine que c’est du « mollé » parce que, le papier est
huilé.
— Nâ ! S’adressa-t-elle à sa mère : tiens, c’est Bâ qui nous l’a
apporté du marché.
Fatouma est une fllette de quatre ou cinq ans très attachée à
son père car elle est l’unique enfant.
Bâh est gardien à Peyrissac, un comptoir français au marché.
Il fait le gardiennage en roulement avec un autre durant une
semaine du matin au soir et la semaine suivante du soir au matin.
A chaque retour de son lieu de travail, il s’arrête au marché pour
payer un cadeau pour sa flle, soit des galettes, soit du lait, mollé,
bonbon etc.
Cette nuit avant le retour de son père de la mosquée, Fatouma
dormait déjà. Nâh avait fni de faire la vaisselle. Après la vaisselle,
elle rangea les derniers ustensiles qui traînaient pêle-mêle dans
la cour. Elle n’oubliait jamais de renverser les mortiers, car elle
savait que suivant la tradition qui est encore vivace, il y a de gros
serpents qui pour mesurer leur force et leur puissance doivent
enjamber sept villages et ceux qui ne le pourront pas, tombent
normalement dans les mortiers. Gare à la première personne qui
utilisera le mortier où le serpent enroulé dedans est prêt à mordre
mortellement. Ce n’est qu’après avoir tout rangé que Nâh rentre
se coucher ; seul Bâ reste dehors toujours assis sur sa peau de
4 Viande grillée que les Maures vendaient.
12Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
prière en train de faire son zikr et n’ira se coucher que tard.
Le silence règne dans la cour. Une brise légère soufe ; le bruit
de la petite ville diminue petit à petit et les rues sont désertes.
Maintenant toute la ville dort. La petite famille aussi est
plongée dans le silence qui règne en maître ; seuls quelques oiseaux
nocturnes tantôt troublent ce monde du silence par leurs vols
assourdissants, tantôt par des cris de chauves-souris. De loin, on
entend les aboiements des chiens lugubres et monotones. Parfois
une horde de chiens qui se poursuivent, passent à toute vitesse
dans la rue déserte. De l’intérieur ; ces bruits ressemblent à ceux
d’une infanterie de cavalerie qui charge un camp ennemi ; puis
la galopade diminue petit à petit jusqu’à ce qu’on n’entende plus
rien laissant toujours place au bruit sourd persistant de la chute
d’eau du feuve sur la chaussée submersible que nous appelons le
pont de Kayes.
Au premier chant du coq, Nâh se lève, va à la fontaine
publique, chercher de l’eau pour remplir les trois jarres dont deux
se trouvent dans la cuisine et la troisième sous le hangar. La
fontaine publique se trouve près du stade de football qui n’est pas
loin de la concession au khasso.
Après ces besognes, elle allume le feu pour chaufer l’eau et va
réveiller Bâ pour se laver et prendre ses ablutions. Sous un ciel
lacté aux étoiles scintillantes, Bâ fait son zikr avant la salat
(dernier appel du muezzin) de la prière de l’aube.
Au retour de la mosquée, il se dirige directement vers la
cui5sine où se trouve Nâ qui s’afaire à préparer le moni .
— Bonjour dit-il sans le prendre par son nom
— Bonjour et que la paix soit avec toi répondit-elle
— Que la paix soit avec toi aussi et qu’Allah nous donne
notre subsistance, qu’Il nous fasse passer une bonne journée à
5 Sorte de bouillie faite avec de la farine de mil, maïs ou sorgho.
13Fatouma, la kayésienne
l’abri de Satan.
Chaque matin avant que les deux parents de Fatouma se
quittent, Bâ demande toujours le programme de sa femme après
lui avoir dit le tien.
— Ce matin, c’est le début de ma semaine de repos, je vais
au marché vendre mes cordes.
6— Je vais à Koumbamadiya chercher du bois, je suis en
7retard, le soleil brille déjà, c’est presque l’heure du walaha . Il faut
que je me dépêche. La bouillie de Fatouma quand elle se
réveillera, est dans la soupière jaune près du foyer.
— N’oublie pas de me chercher en brousse les feuilles et
racines de telles ou telles plantes.
— C’est compris ; père de Fatouma, donne-toi de la peine
d’aiguiser ma hache, elle se trouve sous le hangar ; et ce n’est pas
tout, il faut aussi me donner une nouvelle corde. Celle que j’ai,
est cassée en maints endroits ; je suis obligée de juxtaposer les
bouts en faisant des nœuds.
Pour toute réponse, Bâ lui renouvela sa commande de
médicaments.
Bâ est un homme qui connaît les secrets de beaucoup de
plantes comme médicaments traditionnels qu’il a hérités de son
père. Il ne se passe pas deux ou trois jours sans qu’un patient
vienne solliciter son concours. Tous les soirs avant le crépuscule
et la nuit avant le souper les mamans amènent leurs enfants : des
bébés jusqu’aux plus grands avec leur bol de karité pour le
massage contre les luxations et les courbatures. C’est surtout pendant
l’hivernage où les activités champêtres battent leur plein que les
grandes personnes afuent chez lui pour des soins divers.
Devant une situation critique d’un enfant malade, Bâ
lui6 Koumbamadya est le nom de la colline au Sud de Kayes.
7Walaha est un moment qui se situe entre 9 heures et 10 heures du matin où les
musulmans font une prière surérogatoire.
14Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
même se déplace pour aller en brousse chercher les médicaments.
L’exemple de cas du petit Sigou parmi tant d’autres : Vers les
premiers chants de coq, Bâ qui dort d’un sommeil léger entendit
qu’on frappe à sa porte, il entendit une voix mêlée de sanglots :
— Mon père ouvre-moi, Sigou est entrain de mourir.
Quand il ouvrit la porte, il aperçut Rokia, la jeune mère de
Sigou, secouée par des sanglots.
— Ma flle ne pleure pas, sèche tes larmes, ça va aller, sois
courageuse.
Il l’aida à s’asseoir sur un escabeau.
A cette heure-ci, la lune brillait de toute sa couleur lactée
inondant la cour.
— Depuis quand est-il tombé malade ?
— Cinq ou sept jours.
Sans plus s’intéresser aux sanglots de Rokia, Bâ alla allumer
8à la hâte le ftinè , et l’amena pour mieux examiner le bébé. Il
souleva la famme jusqu’à mi hauteur pour mieux voir le malade.
L’enfant est couché sur les genoux de sa mère les yeux
fermés et ne faisant aucun geste. On dirait qu’il est inconscient. Sa
bouche est pleine de bave qui coule sur sa petite joue luisante.
Par moment, le bébé se contracte pour devenir encore plus raide,
il n’arrive même plus à crier, seuls de petits gémissements à peine
audibles se font entendre.
— Donne-moi l’enfant, va à la jarre sous le hangar et
apporte-moi un peu d’eau.
Rokia lui apporta l’eau et tout en maintenant l’enfant sur ses
genoux, Bâ approcha l’eau à la bouche et récita des formules à voix
basse. Après, il cracha trois fois dans l’eau et commence à asperger
tout le corps du bébé avec, tout en récitant d’autres formules.
8 Fitinè sorte de lampe composée d’une écuelle dans laquelle, on met du beurre de
karité et un bout de chifon tressé servant de mèche, le tout relié à une tige en fer qui sert de
pied que l’on enfonce dans le sol.
15Fatouma, la kayésienne
— Maintenant, va te coucher, demain matin de bonheur,
j’irai moi-même sur la colline chercher des médicaments.
Rokia resta debout quelques secondes sans bouger, fxant du
regard le vieux avec un air d’imploration comme si elle voulait
encore dire à Bâ de sauver son fls.
— Il se fait tard ma flle, la fraîcheur de la nuit n’est pas bien
pour lui.
Le matin de bonne heure, Bâ prit le chemin de la colline
9après la prière du fadjr , muni d’une nouvelle calebasse et un
éventail qu’il a pris dans le magasin.
Avant que les femmes fnissent la cuisson du petit déjeuner,
le voici qui arrive avec sa calebasse remplie d’eau et de feuilles
qui font soulever le couvercle de temps en temps comme fait la
vapeur d’eau bouillante dans une marmite fermée.
Bâ se dirigea chez Rokia, il n’a parlé ni saluer personne dans
la cour, il a seulement fait un signe de tête à elle qui lui a amené
le bébé.
Bâ, prit la petite main droite de Sigou, la plongea dans la
calebasse jusqu’au coude sous le couvercle et le bébé dégagea un
soulagement comme s’il vient d’être libéré d’une force qui contraignait
sa poitrine. Bâ maintient encore un moment sa main dans la
calebasse avant de la retirer.
— Tiens ça, en lui tendant la calebasse : tu le laveras trois fois,
trois jours de suite et tu lui feras boire une petite quantité. Après,
tu enfouiras les feuilles sous la terre et tu m’apporteras la calebasse.
Maintenant, Bâ peut saluer tout le monde.
— Bonjour toute la famille que la paix de la journée vous
accompagne tous.
Avant de prendre congé d’eux, Bâ donna une dernière
recommandation à Rokia : Sigou va beaucoup dormir durant ces trois
9 L’ aube.
16Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
jours, ne t’inquiète pas pour lui. Il faut m’apporter un peu de
beurre de karité que je vais préparer ; après tu oindras tout son
corps avec à chaque fois que tu fniras de le laver.
Un autre exemple plus frappant qui est sur la guérison de la
tuberculose. Bâ a la réputation de guérir la tuberculose en un seul
traitement qui consiste à faire fumer le patient avec une pipe.
Le patient lui apporte une pipe neuve qui n’a jamais été utilisée
auparavant. Il bourre la pipe avec une poudre que lui-même a le
secret. Le patient le fume en sa présence. Après avoir terminé de
fumer, il conseille au patient d’aller jeter la pipe très loin dans le
feuve. Et le patient est totalement guéri. Des tuberculeux de cas
désespérés de l’intérieur, du Sénégal, de la Mauritanie afuaient
vers lui et retournaient complètement guéris.
Bâ n’a jamais demandé de prix à qui que ce soit. Il arrive
même que les étrangers qui n’ont pas de logeurs, que ce soit lui
qui les loge et les nourrit.
Ainsi un nouveau jour comme tant d’autres se lève, mais
quelques étoiles restent encore fgées dans le frmament bleu
comme pour défer le soleil qui se pointe à l’horizon sous forme
d’un grand disque rouge. Déjà le soleil avec ses rayons matinaux
doux, inonde tout le terroir : les collines, les plaines, les savanes,
la ville, et le feuve qui avec ses vagues refètent mille lumières
qui percent les yeux. Au dessus de la rivière, une brume fne
commence à se dissiper. Quelques oiseaux volent au ras de l’eau
comme pour savourer sa fraîcheur. Les martins pêcheurs et autres
oiseaux aquatiques cherchent déjà leur pitance par des plongées
momentanées et prolongées.
Maintenant le feuve grouille de monde par ceux qui y vont
se laver, les lavandières, les pêcheurs dans leur pirogue jetant les
flets dans l’eau etc.
Nâ avant d’aller sur la colline demanda, à sa voisine derrière la
17Fatouma, la kayésienne
haie qui sépare les deux concessions :
— Eh Gnougourou ! Si tu vas au feuve, il faut réveiller ta
coépouse ; elle dort jusqu’à présent, son père est parti au marché,
moi aussi m’apprête pour aller à Koumbamadya.
La vieille Gnougourou considère Nâ comme sa flle.
— Moi je t’ai dit que je vais lui enlever son mari, une
femme qui ne fait que dormir et pardessus tout est devenue ma
coépouse. C’est moi qui gagnerais.
— Toi, tu es vieille, les hommes n’aiment que les jeunes.
J’ai déposé à côté d’elle deux de ses camisoles qui sont sales, elle
proftera pour les laver.
— Pour qu’elle me laisse mon mari à moi seule, c’est moi
qui vais laver ces camisoles.
— La clé est à la porte, quand tu la boucleras, tu la
déposeras sous le seau qui est sous le hangar.
Dans les rues on entend les cris des Maures qui amènent du
lait frais de Kayes-n’di pour le vendre. Pendant la période chaude
quand le niveau du feuve baisse, les Maures traversent le feuve à
gué au niveau du côté Est du quartier khasso pour atteindre plus
rapidement le quartier de quinzambougou et le camp militaire
sans passer par la chaussée.
On entend de partout le martèlement des pilons dans les
mortiers au Khasso pour écraser le mil et en faire de la farine, ou
de la brisure pour en faire le moni ou la bouillie.
Ce matin là, Nâh faisait partie de ces pileuses, car elle n’était
pas partie sur la colline. Le corps ruisselant de sueur par cette
fraîcheur matinale, n’a pu maintenir ses membres engourdis. Elle
rythmait la cadence du pilon avec des « han ! han ». De temps
en temps, elle agitait son bras en criant « kouss » pour chasser les
18Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
poules qui s’entassaient tout autour du mortier à la recherche de
graines éjectées. Efrayées, les poules se sauvent dans tous les sens
en poussant des cris et soulevant de la poussière. Avant le premier
coup de sirène du dépôt du chemin de fer, le déjeuner est prêt.
C’est à partir de cet instant qu’elle réveille Fatouma pour le petit
déjeuner.
Le soleil brille dans le ciel ; il a perdu sa grosseur de grande
boule rouge au proft d’une petites très brillante. Les dernières
étoiles sont maintenant voilées par un rideau de rayons clairs qui
inondent toute la terre. Le clairon au camp militaire s’était fait
10entendre depuis l’aube et au « BASO » lieu d’exercice des
militaires, est rempli par des gens en tenue bleue qui présentent
des scènes extraordinaires. On voit un groupe à la corde, un qui
rampe sous des fls de fer barbelés, un qui marche au pas en chan -
tant, un qui fait le close-combat, un qui est assis à même le sol
écoutant attentivement leur formateur, qui est sûrement un
caporal ou un sergent de semaine, des feuilles à la main.
Il gesticule en déployant tantôt ses bras, tantôt se courbant
comme s’il va tomber. Tous ces gestes ne manquent pas d’étonner
quelques curieux, qui chaque matin vont voir ce spectacle, sans
savoir trop pourquoi tant de gestes et, de cris accompagnés
parfois de coup de pieds aux fesses à certains soldats.
Ces premiers rayons solaires à peine chaufants, furent comme
un lancement d’appel général du réveil matinal. Toute une
multitude de vies grouillantes se débattent à leur façon pour assurer
leurs subsistances dans le ciel, sur terre, dans l’eau etc.
Malgré son âge, Fatouma accompagne sa mère à la fontaine
publique avec sa petite calebasse pour remplir les trois jarres. Elle
aide aussi, sa mère à balayer la cour et l’intérieur des chambres,
enroule les nattes.
10 BASO (Bataillon Autonome du Soudan Occidental) est un grand espace situé
derrière la gare du CFM et l’Ambulance
19Fatouma, la kayésienne
Fatouma est issue d’une famille très pauvre. Ses parents
s’activent tant bien que mal pour subvenir aux besoins quotidiens.
Son père, s’il n’est pas de garde tresse les cordes de fbres de bao -
bab pour les vendre au marché. Quant à sa mère, femme
courageuse parmi tant d’autres, part chercher du bois mort sur la
colline de koumbamadya, le transporte sur sa tête et n’arrive au
marché que dans l’après midi pour le vendre. Elle les met en tas
de petits fagots à 5 fracs l’unité. Nâh avec toute cette fatigue
n’oublie pas sa flle qui est auprès de son père au marché ou à
Peyrissac. Une fois qu’elle trouve la quantité de bois nécessaire
qu’elle peut prendre, elle cherche pour Fatouma du jujube ou du
11zêguênê .
Il y a des jours, si elle vient tôt de la brousse, elle se dirige
directement vers le grand marché sinon elle va vendre son bois
au marché du soir. Ce marché est animé à partir de16 heures ou
les activités continuent jusqu’à 22 heures. On y trouve un peu
de tout là-bas : les bouchers amènent leur viande mévendue du
grand marché ; ceux qui ont pu vendre toutes leurs carcasses,
égorgent soit un mouton ou une chèvre afn de faire un maxi -
mum de recettes. De l’autre côté de la route sont installés les
vendeurs de légumes de toutes sortes. A droite sur le même
alignement des bouchers, se trouve la place des vendeuses de mets où
12on trouve du tô , du couscous, du riz à sauce, du riz au gras, de
la viande préparée : grillée ou à sauce. A l’entrée du marché sont
installés les vendeurs de bois, de jujube, du pain de singe, du lait
frais et caillé amenés par les Maures de Kayes-n’di. Les vendeurs
de poisson étalent leurs prises à même le sol sur de vieux sacs et
les aspergent d’eau de temps en temps. De ce décor vu de loin ;
11 Arbuste épineux dont le fruit est comestble (Balanides aegyptaca)
12 Sorte de gâteau fait avec la farine de céréales
20Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
on ne voit qu’une foule compacte qui se meut tel un essaim
d’insectes qui tournoient sur place. En se rapprochant plus ; la scène
est plus vivante : les vendeurs cherchent à séduire leurs clients ou
à un simple passant par ces mots :
— Ma sœur, ou mon frère, vient chez moi, tu ne seras pas
déçu. Je te le céderais à bon prix.
— Goûte à mon lait, il n’est pas trop caillé, le lait frais aussi
13est de qualité tout en lui tendant le galama rempli à moitié.
Des vendeuses ambulantes qui n’ont pas de place fxe se fau -
flent entre les gens avec leurs calebasse remplie de choses diverses
qui s’arrêtent de temps en temps pour convaincre quelqu’un à
payer. En général ces ambulantes viennent de la périphérie c’est
-à -dire les villages environnants.
13 Fruit d’une plante rampante qu’on évide pour en faire une cuillère.
21Fatouma, la kayésienne
DESCRIPTION DE LA VILLE
Nous sommes dans les années 1930. Kayes a le même aspect
que toutes les villes coloniales du Soudan. Ville coloniale ; elle est
le trait d’union entre le Nord (Yélimané, Nioro) et le Sud
(Kéniéba, Kita). Petite bourgade implantée dans une vallée bordée
au Sud, Sud-est, Ouest, Sud-ouest par les collines et au Nord par
le feuve Sénégal.
De façon générale ; la bourgade de Kayes est divisée en trois
grandes parties. Le côté Nord jusqu’à l’école du Khasso (le long
du feuve) se situe le quartier des Blancs qui comprend les grands
magasins de stockage, la maternité, le logement des militaires,
la police, la poste, le trésor, le service d’eau et de l’énergie, le
cercle, les écoles ; le tout formant un chapelet le long du feuve.
Au centre c’est le domaine commercial : les comptoirs comme
14Chavanel, Peyrissac, Morel et Prom, les boutiques des Nar , des
magasins de vente, la station Esso qui vend les produits pétroliers
et enfn, la grande mosquée de vendredi. Le reste de la bourgade
c’est-à-dire les parties Sud, Sud-Ouest et Sud- Est sont composées
de quartiers des indigènes qui sont le Khasso, Plateau, Liberté,
Legal-Ségou et Kayes n’di au Nord derrière le feuve. Etant sur la
rive gauche ; Kayes vue de loin sur une côte ; la première
observation qui frappe l’œil est l’imposition de grands arbres, tels que les
fromagers, les Kapokiers, les Caïlcédrats et l’on voit clairsemés ça
et là quelques pieds de rônier et de palmiers doum. Seul le
Caïlcédrat était l’arbre planté par les toubibs. A Légal Ségou quartier
situé à l’extrême ouest est une zone très basse inondable. Là, on
y trouve beaucoup des manguiers et de jardins potagers. La
deuxième observation est la diférenciation nette des constructions
coloniales le long du feuve avec leur couleurs blanche surmontée
14 Nom donné aux libanais
22Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
de tuiles ronge. Les quelques étages sont nettement perceptibles.
La troisième vision est les deux alignements presque parallèles
des poteaux électriques : Le premier alignement vient de la
centrale électrique située à l’extrême Est de la ville. De cette centrale
provient le premier alignement qui longe le feuve pour desservir
les logements des toubibs.
Le deuxième alignement part de la même centrale électrique ;
traverse le quartier khasso jusqu’un peu plus au sud du quartier
commercial pour le desservir.
Le reste de la bourgade est caché par des grands arbres. Et c’est
à travers des espaces clairsemés ça et là qu’on voit les chaumes de
paille de quelques cases aux cours délimitées par des haies. Les
constructions en brique à cette époque n’avaient pas atteint un
grand essor. Kayes est cosmopolite : on y trouve des khassonkés,
des Sarakollés, des Peuls, Maures, Somono, Ouolof et les
Mossi. Ces derniers venants, sont surtout les anciens combattants et
ceux qui ont mené les diférents travaux sur la voie ferrée avec
aussi quelques nouveaux venants pour la culture de l’arachide ou
simplement des aventuriers qui s’y sont défnitivement installés.
Sur la rive droite kayes-n’di, est complètement masqué par une
large bande de caïlcédrats plantés sous le temps du commandant
Lakasse. Le dispensaire nommé, ambulance est situé à l’extrême
Sud-est de la bourgade ; et par devant se trouve la gendarmerie.
Le camp militaire est séparé de l’ambulance par un grand espace
vide. Quant à la gare du chemin de fer Dakar-Niger, elle est
sé15parée des PTT par une route qui va jusqu’à la quarantaine à
l’extrême Ouest de la ville.
Kayes aussi à une merveille de son temps : on a aménagé un
grand remblai dallé sous lequel peut passer des voitures, et
au-dessus sont posés les rails où le train passe pour regagner la gare.
15 Poste Télégraphe Téléphone.
23Fatouma, la kayésienne
Les camions communément appelés T 45 pour atteindre
l’autre côté sont obligés de faire un grand détour.
Les étrangers de l’époque qui arrivaient à Kayes contemplaient
ce joyau avec beaucoup de curiosité.
Avec son seul axe bitumé qui quitte le quartier des toubibs,
passe sous le pont et se dirige vers l’ambulance. Cet axe bitumé
permet aux toubibs d’aller et revenir de leurs lieux de travail à
leurs logements.
A l’époque 5 quartiers composaient Kayes qui étaient
dominés en grande majorité par des cases rondes et quelques rares
constructions en banco du style soudanais.
Après des années, Fatouma vit toujours avec ses parents. Issue
d’une famille pauvre comme tant d’autres de l’époque ; ils vivent
dans une concession composée de quatre cases avec une grande
cour clôturée par des haies mortes sur lesquelles en quelques
endroits des calebassiers enchevêtrés aux pieux couvrent totalement
les haies par leurs ramifcations donnant un ombrage doux où
les oiseaux surtout les maquereaux élisent comme domicile qui
troublent de temps en temps le silence par leurs chants. Quand
il fait chaud, les poules se tassent sous ses plantes rampantes. Les
chaumes de plusieurs cases sont totalement ou à moitié couverts
par ces plantes rampantes laissant voir leurs fruits verts lisses et
luisants au soleil. Khasso d’une manière générale présente
l’aspect d’un gros village avec des rues et ruelles tortueuses, et la
plupart des maisons sont séparées les unes des autres par des haies.
Au devant d’une des cases est implanté un hangar en bois couvert
avec la paille qui sert de salon où se trouve installée dans un coin
une jarre et aux pieux du hangar avec des clous enfoncés on
aperçoit des sacs et menus objets accrochés. Quand on lève les yeux
24Boubacar Sidiki OUEDRAOGO dit TRAORE
on voit des ustensiles de cuisine (cuillères, couteaux etc.)
accrochés là-haut. La case qui sert de magasin présente un décor
indescriptible : des calebasses contenant soit du mil, de l’arachide,
du gombo séché, des sacs vides, des houes, coupe-coupe, hache,
corde etc. La case qui sert de cuisine est éloignée des autres. A
première vue d’œil ce qui est frappant est le four composé de
trois grands blocs de pierre servant de foyer et deux grandes jarres
couvertes de feuilles de tôles conçues spécialement par les
forgerons pour cette fn ; des marmites en fontes noircies par la
fumée avec quelques tasses en fer sont posées ensemble à droite
juste à la porte d’entrée.
A Khasso, les gens ne se gênent pas à traverser la cour du
voisin pour raccourcir leur chemin en enjambant la haie. Ils vivent
en harmonie et se complètent mutuellement. Si un problème se
présente à un voisin (mariage, décès, mésentente, baptême ou
autres), tout l’entourage y assiste et y participe.
Il n’est pas rare de voire une femme héler sa voisine derrière
16la haie pour lui demander du sel, du namougou , du piment ou
demander un ustensile de cuisine ou encore :
— Ma belle, veux-tu me donner un peu du beurre de karité
pour masser le corps de ton enfant, son corps est chaud, je crois
qu’il fait un début de fèvre.
— Ou bien : hé ma belle ton mortier est libre ? J’envoie ta
flle piler ceci ou cela.
Si une grande personne s’adresse à un voisin, il n’emploie pas
le pronom personnel, il dit plutôt ton fls, ton enfant etc. Cette
culture d’appartenance des enfants à tous était bien encrée dans
la société kayesienne.
Par solidarité et fraternité, les gens, s’ils commissionnent ou
veulent mettre leurs enfants à une besogne qui dépend du voisin ;
16 Poudre de feuilles de baobab
25Fatouma, la kayésienne
ils disent toujours je t’envoie ton fls, ta ; ou bien ton fls à fait ce
travail ou ce mal.
Si l’enfant commet un mal et qu’il arrive à s’échapper, le vieux
se rend dans la famille de l’enfant et en vrai maître et chef de
famille, il sermonne sérieusement l’enfant ou le corrige
copieusement devant ses propres parents qui ne réagissent pas et se sentent
plutôt satisfaits. Ce n’est qu’après tout ça qu’il salue les membres
de la famille et donne les raisons de sa correction. Gare à l’enfant
qui ne veut pas sécher ses larmes, car ses propres parents vont
doubler la correction.
— Si la prochaine fois tu refais une chose pareille je vais te
donner une correction plus dure. Tu as entendu ? Et le
malheureux n’a d’autre choix que de sécher ses larmes.
A travers cette description ; il n’est pas rare de voir de temps
en temps, un enfant en courant à toute vitesse enjamber ou
contourner la haie pour se réfugier chez Bâ le père de Fatouma.
— Mon fls qu’est ce que tu as fait ? Et le fugitif répond
naïvement
— Je n’ai rien fait
— Comment ? Tu rentres à toute vitesse et que tu as failli
tomber ; tu me dits que tu n’as rien fait. Si tu ne me dis pas ce
qui s’est passé, c’est moi qui vais te corriger
Et l’enfant, dans une confance mélangée à la peur, se confesse.
A Khasso, chaque famille est connue par les autres : c’est la
famille d’untel ou il vient d’une telle famille tant l’entente, la
solidarité sont respectées et vivaces qui sont les points forts de nos
coutumes et traditions.
Fatouma est issue de ce milieu plein de simplicité et de
cohésion et y a grandi.
— Viens rétorqua Bâ, je vais te raccompagner chez toi.
Estce que tu n’es pas le fls d’untel ?
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